N° 276
novembre

https://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er novembre 2026
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
https://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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SOMMAIRE de la SEYBOUSE N° 276

-        Puglisi : Quand passe « le Bafoungne.»
-        Acep 272 : histoire-afn271-72
-        Echo-d'Oranie 376 ; Un voyage imposé
-        Mutilé 194 ; LES VIVANTS ET LES MORTS
-        Alg-catholique 3-1938 : Jeunesse Etudiante Chrétienne
-        Bonjour 148 : Pantaloni MAIRE DE BONE est écrasé
-        Alger-étudiants N°29-1924 : M. HENRYS, Organisateur et Manager
-        PNHA 176 : Les colonialistes
-        CARTES POSTALE et photos DE BONE : Charpentier
-        Bianchi : RELATION DE L'ARRIVÉE DANS LA RADE D'ALGER
-        Acep 270 : UN JUGEMENT POPULAIRE - GROSSE BLONDE PARESSEUSE
-       Bouhier- : UNE VIOLENCE LONGTEMPS MINORÉE
-        ACEP 270 : CHAUSSONS AUX NOIX
-        PHOTOS Chapeaux DE BONE
-        Bouhier : crespo-desinformation.
-        PHOTOS TIRAILLEURS BÔNE
-        PNHA 176 : Jacques Gatti l'orientaliste,
-        Algudo : Acrostiche Algérie
-        PHOTOS Lycée SAINT AUGUSTIN Jovinelli
-        Grieu poème : DISSEMBLANCES
-        Ventura ; Croix de guerre
-        Revue de l'Orient 1857-5, DE L’INFLUENCE DES SMALAS DES SPAHIS
-        Grieu poème : DOUBLE MAITRE
-        BRASIER Panthéon : 58 Mimoun
-        ECOLE MARCHE AUX BLES 1958, Mme Etienne
-        PNHA 176 : IDEAL SPORTIF MOSTAGANEMOIS
-        ECOLE SAINT-CLOUD - CE1, Spina
-        PNHA 176 : PIERRE GARCIA
-        Algudo : Mépris, quand tu nous tiens !
-        Grieu poème : Mémorisation
-        Castano : LE FEU DE JEANNE, LES CENDRES DE LA FRANCE
-        Gomez : Est-ce qu’il y aura toujours des Français pour trahir la France ?
-        Paul Achard : SYMPHONIE EN CASBAH MAJEURE
-        ECOLE ??? , Spina
-        Puig : Encore un discours - Je regarde
-        GUILLEMAIN : On vous a légué les Trente Glorieuses
-        Gomez : Un mensonge d’État
-        Fifre : début de la guerre civile annoncée ?
-        Verdhelan : La mort d’une nation passe par la mort de sa langue
-        Mise à jour
-        Donato : De l'Art et du Cochon, descriptif
-        VOUS AVEZ DIT CANICULE
-        Livre d'Or :
-        Vidéos : 228-431-pour-lhonneur-1.pdf ; 228-alat-23.pdf ; 227-alat-22.pdf
-        Histoire : QUESTIONS !!!

        Chers Amies, Chers Amis,.

        " Bône " lecture et bon mois d'octobre
        A tchao, Diobône,         
        Jean Pierre Bartolini          


Quand passe « le Bafoungne.»

        Vous avez dit - Bafoungne ? Mais de qui et de quoi allons-nous causer ? Disons qu'en hiver à La Calle, le Bafoungne venu du Nord-Ouest était sans conteste, le grand Seigneur des lieux et il nous le faisait chaque fois savoir, en soufflant jour et nuit toujours avec une grande violence, ce qui n'a jamais empêché le petit peuple du Bastion, de vivre sereinement les jours où, le Bafoungne manifestait sa mauvaise humeur. Pourtant, malgré son mauvais caractère, il nous gratifiait toujours, par des très bonnes et solides intentions, qu'il nous donnait sans compter et ne jamais rien attendre en retour. Par exemple, il ne s'empêchait pas de souffler très fort, lorsque que le temps était pluvieux et le ciel chargé de vilains nuages, puis, allez savoir pourquoi ? il lui arrivait d'éclaircir les cieux et de laisser apparaître un radieux soleil, alors qu'il gardait la mer, particulièrement démontée. Par contre, la nuit venue, faisant fi de l'obscurité, il continuait de balayer les lieux, en hurlant particulièrement fort. Parfois, il se calmait et entonnait une douce et brève romance, qui rapidement laissait la place à des hurlements rageurs. Ce qu'il faut remarquer, c'est que le Bafoungne, s'il était frais, n'était pas un vent très froid et on peut dire, qu'il n'incommodait personne, même, si on avait du mal à cheminer en lui faisant face.

        Dans mon enfance et adolescence, je l'aimais bien ce Bafoungne, car, ses chansons ont bercé toutes mes nuits, surtout, lorsqu'il était associé au bruit de la pluie, tombant sur les volets clos de notre demeure et au grondement de la mer en furie, s'abattant sans pitié sur les rochers du Lion. Ce cher Bafoungne m'enchantait et me permettait de passer de merveilleuses nuits de sommeil. Comme j'ai la nostalgie de ces belles « Bafoungnades », qui me faisaient faire de si beaux Rêves. Aujourd'hui, comme le Bafoungne me manque, surtout lorsque vient l'hiver et depuis que j'ai changé, hélas ! de trottoir et que je n'ai plus que le Mistral à me mettre sous la dent.

        Avec le Mistral, qui, prend naissance dans la vallée du Rhône et qui souffle régulièrement, du Nord-Ouest été comme hiver, il ne nous gratifie pas de belles chansons, il souffle et c'est tout ce qu'il sait faire, mais, il souffle, sans ne m'avoir jamais atteint ni attiré mon attention, il passe et je l'ignore royalement ! On dit que lorsqu'il souffle, il faut compter les jours où, il se fait entendre. Ce peut être 3 - 6 – 9 jours selon son bon vouloir, en rendant la mer très froide et houleuse et c'est tout ce qu'il sait faire. On peut aussi dire, qu'il est toujours responsable d'attiser de violents incendies, qui affectent régulièrement nos forêts surtout en été. J'ai longtemps prêté l'oreille aux accents du Mistral, recherchant naïvement, peut-être ? quelques ressemblances avec le Bafoungne de mon enfance. Mais, hélas ! la musique n'était pas du tout la même et aujourd'hui, près de 64 ans depuis le grand départ de là-bas, je n'écoute plus le Mistral et songe toujours au Bafoungne de jadis, qui hurle toujours dans ma mémoire.

        Il faut le dire, le Bafoungne d'autrefois ne soufflait qu'en hiver seulement, mais, il disparaissait toujours durant l'été, évitant ainsi de faire flamber les bois et campagnes des alentours. C'est pour cela, que, les incendies étaient toujours rarissimes. Lorsque par hasard et que très rarement ils survenaient, c'était toujours en plein été où, le Bafoungne était toujours absent. On disait, que c'était les bergers qui mettaient le feu, afin d'avoir de beaux pâturages. Le Bafoungne, avait-il alors quelque responsabilité ? dans ces rares incendies, je pense qu'il n'en était rien, du fait qu'en été le Bafoungne était absent.

        Aujourd'hui, dans ce pays de France, en Provence où souffle le Mistral et au Sud-Ouest, toujours balayé par le vent d'Autan orienté vers Toulouse et la Tramontane qui vient affecter le golfe du Lion... Tous ces vents, qui dominent en maître dans chaque région, ne ressemblent en rien à notre Bafoungne, lequel a préféré - semble-il ? - garder sa place de maître des cérémonies, en Afrique du nord durant l'hiver. Il est bien curieux de faire le constat, que chaque région de l'hexagone ont leur vent dominant, qui ne ressemble en rien à notre divin Bafoungne.

        Bafoungne de mon cœur, je t'en prie continue en hiver à souffler dans ma mémoire, afin, que je puisse, un instant oublier ma condition d'exilé. Essaye - STP – de venir encore bercer mes nuits sans sommeil, pour me rappeler ce passé qui m'obsède et que je garde précieusement en moi. Il se peut qu'en hiver le petit peuple de Callois te manque, mais, fidèlement tu continues à souffler peut-être ? avec encore plus de violence, pour t'insurger contre notre exode. Bafoungne dis-moi pourquoi ? Tu nous as laissé tant de beaux souvenir et qu'encore aujourd'hui, nous ne t'avons pas oublié et que ton nom, est évoqué par les Callois de France, avec une grande et rare nostalgie.

        Bafoungne de mon cœur, sois béni, par tous les Dieux du Bastion de France et par tous nos frères Callois.
Docteur Jean-Claude PUGLISI
19 / 08 / 2026.
- de La Calle Bastion de France.
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage.
Giens en presqu’île - HYERES ( Var )



HISTOIRE DE L'AFRIQUE DU NORD
ACEP-ENSEMBLE N°271-272
par Henri PERRIER

La Berbérie : Algérie, Tunisie, Maroc

       "Henri PERRIER tient à préciser qu'il n'est pas l'auteur de l'Histoire de l'Afrique du Nord" publié dans ces colonnes, mais seulement le "rapporteur" d'un cours d'histoire dispensé à l’Ecole Préparatoire Monitorat Enseignement Ménager de Birmandreis (Alger), en 1958. Cours suivi par sa sœur Anne-Marie et dont il a saisi le texte pour en faire un fascicule à destination familiale".

Epoque phénicienne ou carthaginoise
IX° siècle J.C.

       1 - La civilisation égyptienne
       Tandis que les populations habitant l'Espagne, la Gaule, l'Italie, la Grèce vivaient bien misérablement des produits du sol et de la chasse, l'Egypte était parvenue à un bon degré de civilisation. Depuis 4.000 ans, elle était gouvernée par des pharaons et les Egyptiens avaient une culture de la pensée, des arts et des sciences extrêmement poussée.

       2 - En Asie Mineure
       Les Assyriens et les Chaldéens avaient une civilisation très brillante. Ils habitaient un pays très fertile, et si les Egyptiens avaient le Nil, les Assyriens avaient le Tigre et les Chaldéens l'Euphrate. Chacun de ces peuples était soumis à l'autorité d'un chef et avait son armée pour réprimer les désordres et assurer la sécurité.
       Les arts et les sciences, en particulier les mathématiques et l'astronomie, étaient en honneur chez ces deux peuples. Ninive était la capitale des Assyriens, Babylone celle des Chaldéens (à Babylone, on pouvait voir les fameux jardins suspendus de la reine Sémiramis).

       3 - En Berbérie (Algérie, Tunisie, Maroc)
       Que faisaient les habitants ?
       A cette époque en Berbérie, il n'y avait pas de maisons, pas de villages, pas de villes. Vivre, pour les Berbères, c'était se procurer à la chasse le gibier dont ils se nourrissaient, c'était fabriquer armes et vêtements, et assurer la garde et la subsistance des troupeaux.
       L'hiver dans la plaine, l'été dans la montagne, le pasteur berbère et toute sa famille parcourait le pays derrière son troupeau d'un bout à l'autre de l'année. C'était un nomade. La famille berbère se composait du chef, de ses frères, de ses fils, de ses neveux. La vie était simple, patriarcale, rude.

       4 - Les Phéniciens
       Revenons en Asie Mineure. La région côtière de la Syrie, à l'ouest de la Chaldée et de l'Assyrie était habitée par les Phéniciens. Leur capitale était Tyr. Les habitants étaient des marchands et d'excellents marins.
       Les cèdres du Liban leur fournissaient du bois en abondance pour la construction de leurs bateaux. Ils parcouraient toute la Méditerranée et s'aventuraient même dans l'Atlantique et jusque dans la mer du Nord, vendant ce qu'on fabriquait chez eux et achetant les produits d'autres pays pour les revendre ailleurs. A ce commerce, ils s'étaient enrichis.

       Au IX° siècle avant J.C., le roi des Phéniciens Pygmalion avait une sœur, Didon qui avait épousé un marchand extrêmement riche. Le roi, jaloux de la fortune de son beau-frère, le fit mettre à mort pour s'emparer de ses biens. Mais Didon transporta les trésors de son mari dans un gaoul et partit avec ses amis pour fuir Pygmalion. Au bout de quelques jours, elle aborda sur la côte de Tunisie où se trouve aujourd'hui Tunis.
       Didon demanda au chef berbère de lui vendre un petit morceau de terrain qu'elle paierait très cher, tout juste la surface qui serait délimitée par la peau d'un bœuf. Le chef berbère accepta.
       La peau du bœuf fut taillée en une lanière extrêmement fine qui s'allongeait, et eut finalement une longueur de plusieurs milliers de mètres. Disposée en rond sur le sol, elle entourait un très grand espace qui fut concédé à Didon.
       Sur ce terrain Didon fit bâtir une forteresse qui fut appelée Byrsa. Plus tard, les rois qui succédèrent à Didon construisirent autour de la forteresse une grande ville : Carthage.
       Les Phéniciens de Carthage eurent bientôt des petites colonies aux environs des villes actuelles de Bône, Bizerte et Sousse, ce qui leur permit de continuer leur commerce maritime. Les Berbères y venaient en acheteurs et emportaient en échange des peaux de bêtes, des défenses d'éléphants.

       Trois siècles après VI° siècle avant J.C.
       Trois siècles passèrent pendant lesquels Carthage augmenta sa flotte marchande, développa son commerce, fonda de nouvelles colonies qui s'échelonnèrent sur les côtes de Berbérie. Là où s'élèvent aujourd'hui : Philippeville, Bougie, Dellys, Matifou, Alger, Cherchell, Ténès. Il y en eut jusqu'en Espagne, Tripolitaine, en Sardaigne. Les Carthaginois étaient les rois de la Méditerranée. Mais allaient-ils le rester ?

       En Grèce, Athènes et Sparte s'étaient développées et enrichies rapidement. On trouvait chez les Grecs aussi bien la force physique et morale que l'intelligence, la valeur militaire et le goût artistique. Mais ce qui inquiétait les marchands de Carthage, c'était l'extension que prenait le commerce des marins grecs, qui avaient fondé en Libye une colonie nommée Cyrène. Cyrène avait rapidement prospéré et était en train d'enlever à Carthage le commerce avec l'Egypte.
       Puis les marins grecs vinrent s'établir à Marseille et leurs navires prirent la place des marins carthaginois dans les ports de l'Espagne et de la Gaule.
       Cela ne pouvait durer. Les Carthaginois, profitant de l'expédition des Perses contre les Grecs mobilisèrent tous les bateaux de guerre et de transport et débarquèrent en Sicile. Mais leur armée fut écrasée par l'armée de Syracuse. Le même jour, la flotte des Perses était vaincue et mise en déroute par la flotte grecque.
       Vainqueurs sur terre et sur mer, les Grecs accaparèrent le trafic maritime en Méditerranée. Le commerce carthaginois périclita de plus en plus et cela amena un grand changement dans la vie des Berbères.

       Défrichements.
       Jusque-là, les Berbères n'avaient eu que peu de relations avec les Carthaginois, des échanges de marchandises.
       Quand ils virent tout autour de Carthage les soldats carthaginois s'emparer de terrains de pâturages pour en faire des domaines agricoles, ils en furent très mécontents. Puis ils s'intéressèrent au défrichement et apprirent à semer l'orge, l'avoine, à cultiver les oliviers et en tirer de l'huile.
       Des familles berbères, abandonnant alors la vie nomade, se fixèrent dans certaines régions où la terre paraissait bonne et les pluies suffisamment abondantes. D'autres familles vinrent se joindre aux premières, on construisit des habitations de pierres et de terre sèche et ainsi se formèrent des villages. Aussi y eut-il désormais deux genres d'existence chez les Berbères : les sédentaires, c'est-à-dire ceux qui se fixèrent au sol, les nomades, ceux qui continuèrent à vivre sans demeure fixe.
       Nomades et sédentaires furent le plus souvent ennemis. Les incursions des tribus nomades finirent par constituer de véritables expéditions guerrières, de sorte que les sédentaires n'eurent pas d'autres ressources que de s'enfermer dans des villages fortifiés des "ksours", ou de construire une forteresse où le chef entreposait les bien de la communauté : le " bordj„

       IV° siècle avant J.C. : les Macédoniens
       La Grèce, déchirée par les guerres civiles, allait s'affaiblissant. Le roi de Macédoine : Philippe, en profita pour occuper toute la Grèce. Son fils, Alexandre le Grand, s'attaqua ensuite à l'empire des Perses, après avoir envahi l'Asie Mineure, soumis l'Egypte et fondé Alexandrie. En quelques années, il fonda un immense empire lequel, à la mort d'Alexandre (à l'âge de 33 ans), donna naissance à trois grands royaumes : la Syrie, l'Egypte, la Macédoine.

       Pendant ce temps les Carthaginois, profitant de l'anarchie qui régnait en Grèce, s'étaient rendus maîtres de quelques ports de Sicile, et réussirent à s'emparer de toute l'île. Mais la conquête de la Sicile allait les mettre en face d'un redoutable adversaire : Rome, qui s'est élevée en Italie il y a quatre à cinq siècles et qui par un jour étendra sa domination sur un immense empire.

       III° siècle avant J.C. : Les guerres puniques
       Les guerres puniques qui vont opposer Rome et Carthage dureront cent vingt ans. Nombreux furent les Berbères qui s'enrôlèrent dans l'armée carthaginoise (ou punique). On compte trois guerres puniques.

       1 - La première guerre punique
       Elle eut pour théâtre la Sicile. Les armées romaines ne purent y remporter de suc¬cès décisifs. Rome décida alors de débarquer en Afrique, où les Puniques n'avaient conservé qu'une faible garnison. Le débarquement réussit, mais les Romains échouèrent devant Carthage. Les cavaliers berbères et leurs éléphants jetèrent l'effroi dans les troupes romaines qui coururent se rembarquer, mais leur chef Régulus fut fait prisonnier. En Sicile, l'armée carthaginoise s'épuisait, les navires qui amenaient les renforts étaient coulés par la flotte romaine. Carthage fut obligée de signer la paix et d'évacuer la Sicile. Ce fut la fin de la première guerre Punique.

       Matho :
       Lorsqu'au retour de l'expédition on libéra les mercenaires (Berbères, Gaulois, Espagnols, Grecs) venue servir Carthage, attirés par les soldes élevées qui leur étaient offertes, il fut impossible de les payer, parce que le trésor était vide. Tous ces gens mécontents se joignirent aux agriculteurs berbères et formèrent bientôt une armée de 70.000 hommes, qui eut à sa tête un Berbère nommé Matho.

       Berbères contre Carthaginois :
       Cette guerre dura trois ans, les Romains fournirent des armes aux mercenaires, puis ils parlèrent de leur envoyer une légion en Afrique. Pour que ce projet fut abandonné, Carthage entra en pourparlers avec Rome et dut abandonner aux Romains la Sardaigne.
       En échange, les Puniques furent auto¬risés à recruter des soldats en Italie. Le général carthaginois Amilcar qui avait été isolé, fut rappelé et pris le commandement de l'armée. Il détruisit l'armée de Matho et tous les prisonniers furent suppliciés.

       2 - La deuxième guerre punique
       Les Carthaginois complètement ruinés avaient cherché fortune en Espagne, où Carthage possédait déjà une colonie : Gades (Cadix). C'est là que débarqua Amilcar, le général victorieux, avec une armée composée des meilleures troupes berbères. Il occupa rapidement tout le sud de l'Espagne : l'Andalousie. Tué dans une bataille, il laissa le commandement de l'armée à son gendre Asdrubal, mais celui-ci mourût assassiné. L'armée d'Espagne acclama alors pour chef le fils d'Amilcar : Annibal qui avait 22 ans.
       Le jeune général résolut d'aller à la conquête de Rome. Ce fut la deuxième guerre punique. Maître de la Gaule Cisalpine, Annibal parvint à franchir l'Apennin et à pénétrer dans la vallée du Tibre, le fleuve qui arrose Rome. Mais l'armée carthaginoise avait souffert et malgré ses succès, Annibal fut obligé de passer de nouveau l'Apennin. Après avoir défait les Romains à la célèbre bataille de Cannes sur l'Adriatique, il entra en Campanie, C'est-à-dire dans la région de Naples et menaça Rome par le sud. Mais Carthage ne lui envoyait que des renforts insignifiants. Durant plusieurs années, Annibal parvint à conserver ses positions malgré les attaques incessantes des légions romaines. Il s'était retranché à l'extrême sud de l'Italie, dans la région montagneuse que nous appelons aujourd'hui la Calabre.
       C'est alors que pour se débarrasser d'Annibal et le forcer à abandonner l'Italie, un général romain, Scipion, forma le projet d'attaquer Carthage.

       Expédition en Afrique
       Pour réussir en Afrique, Scipion comptait sur l'appui des Berbères dont les familles s'étaient groupées en tribus. Les tribus elles-mêmes s'étaient groupées et placées sous la conduite de chefs particulièrement braves et habiles. C'est ainsi qu'à l'époque dont nous parlons, trois grands royaumes se partageaient la Berbérie.
       L'un couvrait le Maroc et était composé de tribus qu'on appelait les Maures, c'était la Maurétanie. Les deux autres s'étendaient entre le Maroc et la frontière punique : c'était les deux royaumes de Numidie.
       Numidie de l'ouest, dont le roi était Syphax.
       Numidie de l'Est, qui avait pour roi Galla.
       Massinissa, fils de Galla, était alors fiancé à Sophonisbe, la fille du gouverneur militaire de Carthage.

       Scipion voyant Carthage faire des avances à Galla était entré en relations avec Syphax et lui avait envoyé un lieutenant pour faire l'instruction de ses troupes. Dès lors Syphax, se sentant soutenu par Rome, attaqua Galla et le chassa de ses états. Il s'apprêtait à mettre le siège devant Carthage. Carthage effrayée chercha par quels moyens elle pourrait calmer l'ardeur belliqueuse de Syphax et ne trouva rien de mieux que de lui offrir la main de Sophonisbe. C'est ainsi que la jeune fille âgée de 16 ans épousa le roi Syphax qui en avait 70. Cette trahison indigna Massinissa qui, pour se venger, vint se mettre à la disposition de Scipion qui avait débarqué à Utique, non loin de Carthage. Il réunit donc une armée berbère et vint rejoindre l'armée Romaine. Les deux armées surprirent le camp de Syphax, l'incendièrent et firent le roi prisonnier. Massinissa entra à Cirta où se trouvait Sophonisbe.
       Enfin il allait pouvoir l'arracher à Syphax et l'épouser. Mais comme elle était la femme du roi vaincu, Scipion s'y opposa en disant qu'elle devait défiler avec les captifs dans les rues de Rome. Sophonisbe, dans une pièce voisine, avait entendu la discussion. Quand ils entrèrent dans la chambre, ils la trouvère inanimée : elle s'était empoisonnée.
       Pendant ce temps, la plus grande inquiétude régnait à Carthage. Un seul homme pouvait sauver la ville : Annibal. On lui fit dire de rentrer au plus vite, mais malgré une résistance désespérée, il fut vaincu par Scipion et Massinissa.

       Carthage demanda la paix : ce fut la fin de la deuxième guerre punique. Les conditions imposées à Carthage furent dures. Plus d'éléphants, plus de flotte de guerre et lourdes indemnités à payer, défense d'engager aucune guerre sans l'autorisation de Rome, Massinissa reçut le titre de roi et reçut les états de Syphax. Il régna donc sur toute la Numidie.

       Un grand roi berbère : Massinissa
       Pendant les soixante années de son règne, la Numidie se transforma : les campagnes se couvrirent de riches moissons, partout se construisirent des villages fortifiés. Pour être protégés contre les pillards, les cultivateurs acceptèrent de payer des impôts qui permirent l'équipement et l'entretien de troupes.
       Mais Carthage avait aussi retrouvé sa prospérité, ce qui déplaisait à Massinissa. A 90 ans, celui-ci s'avança vers la cité punique à la tête d'une puissante armée. Les Carthaginois se défendirent, mais Massinissa remporta la victoire.

       II° siècle avant JC agonie et mort de Carthage

       3 - La troisième guerre punique
       En face du succès de Massinissa, Rome s'inquiéta. Sous prétexte de châtier Carthage d'avoir violé le traité en faisant la guerre à Massinissa, Rome envoya des légions qui débarquèrent à Utique.
       Les citoyens de Carthage, indignés, jurèrent de se défendre jusqu'à la mort. Les Romains, surpris de trouver une telle résistance, mirent trois ans pour prendre la ville, trois ans pendant lesquels les assiégés se défendirent héroïquement.
       Enfin les Romains parvinrent à pénétrer dans le port. Ils mirent six jours à conquérir la ville, maison par maison. Les hommes armés furent envoyés à Rome et jetés dans des cachots d'où ils ne sortirent pas vivants La population fut dispersée dans la campagne et la ville incendiée.
       Pendant plusieurs jours, les flammes dévorèrent les temples, les palais, les magasins, les arsenaux. De Carthage, il ne restait plus que des cendres.
       La rivale de Rome avait cessé d'exister.

       Il - Epoque romaine (II° siècle avant J.C.) L'Africa-romana
       Après la destruction de Carthage, le sénat romain décréta que le territoire de la république punique deviendrait province romaine. Les Romains prirent donc pied en Afrique du Nord.
       Ils n'eurent d'abord pour les Berbères que les plus courtoises intentions, mais un jour, ils devaient devenir leurs maîtres et le demeurer pendant six cents ans.
       A l'origine, l'Afrique romaine s'étendait à peu près sur le tiers de la Tunisie actuelle. Le chef de la province était un proconsul romain qui résidait à Utique et disposait de quelques troupes pour garder la frontière.
       Les terrains de culture, blés, orges, oli¬viers, vignes étaient exploités par des colons venus d'Italie pour le ravitaillement de la métropole. Les agriculteurs puniques ou berbères avaient été auto¬risés à rester sur leurs terres moyennant une forte redevance annuelle.

       La Numidie
       A la mort de Massinissa, ce fut son fils, le roi Micipsa qui régna en Numidie. Il continua l'œuvre de son père, développa l'agriculture et créa certaines industries.
       Cirta la capitale devint une grande et riche cité. Des émigrants grecs et romains vinrent s'y établir et apportèrent avec eux leur civilisation et donnèrent aux citadins berbères le goût des belles choses.
       Une armée de 10.000 cavaliers et 20.000 fantassins était entretenue en permanence. La république romaine dont la domination s'étendait alors de l'Espagne jusqu'à l'Euphrate jetait des regards d'envie sur ce beau pays de Numidie. Mais en souvenir des services rendus jadis par Massinissa, elle conserva avec Micipsa des relations amicales.

       En mourant, Micipsa avait laissé son royaume à ses deux fils et à son neveu Jugurtha, jeune homme admiré et aimé par tous les Berbères de Numidie à cause de sa beauté, de son intelligence et de son courage. Les Berbères voulaient que Jugurtha fut leur seul chef et Jugurtha était lui-même désireux de se débarrasser de ses deux cousins. Il commença par faire tuer l'un deux. L'autre craignant le même sort se réfugia à Rome et implora l'assistance du sénat. Jugurtha envoya à Rome des ambassadeurs chargés de riches présents et les sénateurs amadoués déclarèrent qu'il suffirait d'envoyer des commissaires partager la Numidie en deux. Grâce aux présents qu'ils firent aux commissaires, Jugurtha se vit approprier la meilleure part du royaume.

       Pendant quatre ans, Jugurtha se tint tranquille, puis il envahit le royaume de son cousin, s'empara de sa capitale et le mit à mort en même temps que quelques marchands italiens qui avaient pris les armes pour défendre la ville.
       Le sénat romain s'émut et chargea une armée de la province d'Afrique d'entrer en Numidie. Elle était accompagnée de deux nobles romains qui avaient mission de faire prompte justice. Mais avec son habileté coutumière, Jugurtha obtint un traité qui, moyennant quelques livraisons de bétail, le laissa maître de tout le royaume.
       Puis pour calmer le peuple romain qui criait au scandale, il se rendit lui-même à Rome et avec or, il apaisa ses accusateurs.
       Mais le roi numide, ayant eu l'audace de faire assassiner dans la ville même un prince berbère rival, le sénat invita Jugurtha à quitter immédiatement l'Italie et lui déclara la guerre.

       Rome contre Jugurtha
       La guerre dura six ans. Jugurtha demeurait insaisissable. Lorsque son royaume fut envahi, il se réfugia en Maurétanie chez son beau-père Bocchus, qui unit ses forces aux siennes.
       Mais les conseillers de Bocchus, achetés par des agents secrets de Rome, décidèrent le souverain à prendre le parti du sénat romain. Et Bocchus livra Jugurtha au général Marius.
       Ramené à Rome, il fut jeté dans un cachot, privé de nourriture pendant six jours puis étranglé. Ainsi mourut ce prince, qui malgré ses crimes, conserva un grand renom parmi les Berbères, pour avoir avec opiniâtreté défendu leur pays contre les Romains.

       1° siècle avant J.C. : La fin de la Numidie
       En perdant Jugurtha, la Berbérie avait perdu son indépendance. Elle fit partie désormais de l'empire romain. La Numidie et la Maurétanie, gouvernés par des rois berbères, furent soumise à l'autorité de Rome.
       Quand les chefs de la république romaine entrèrent en lutte les uns contre les autres, chacun des adversaires chercha un appui en Afrique. Juba, roi de Numidie, prit parti pour Pompée contre César et César fut vainqueur.
       Pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur, Juba se donna la mort, mais il ne sauva pas pour autant son royaume. La Numidie fut rayée de la carte de l'Afrique. Toute la partie est fut annexée à la province romaine, la partie ouest fut donnée au roi de Maurétanie qui avait soutenu César.

       Juba II
       La Berbérie était donc partagée en deux grandes provinces : l'Africa-romana, qui s'étend maintenant des côtes de Tunisie jusqu'aux environs de Constantine et est administrée par des gouverneurs romains ; la Maurétanie, qui comprend le Maroc et la plus grande partie de l'Algérie et qui conservera pendant quelques temps encore ses rois berbères.
       A la mort de Juba, son fils encore enfant fut ramené à Rome par César pour le faire figurer dans son triomphe. Puis il décida de le faire élever dans sa maison. Le jeune Juba grandit donc dans une des plus riches familles romaines, en compagnie d'un neveu et d'une nièce de César, Octave et Octavie.

       Cléopâtre
       Octavie avait épousé Antoine, lieutenant de César, qui, à la mort de ce dernier, devait gouverner l'empire romain d'Orient.

       Octave avait été chargé de l'occident et Lépide de l'Afrique.
       La jeune reine d'Alexandrie Cléopâtre, célèbre pour sa beauté et son esprit, ayant appris qu'Antoine se trouvait en Asie Mineure, alla lui rendre visite. Séduit par ce spectacle et par Cléopâtre, Antoine renvoya Octavie pour épouser la reine d'Egypte. Ce fut alors la guerre entre Octave et Antoine. Antoine se réfugia à Alexandrie, mais Octave s'empara de la ville. Antoine, craignant de tomber dans ses mains, se donna la mort, tandis que Cléopâtre préférant la mort à la perte de son royaume, s'était fait piquer par un serpent.
       C'est ainsi qu'Octave revint à Rome, ramenant avec lui Séléné, fille d'Antoine et de Cléopâtre.
       Elevée dans la maison de César où vivait déjà le jeune Juba, tout naturellement, le jeune prince berbère épousa la princesse égyptienne.
       Octave devenu empereur sous le nom d'Auguste, donna aux jeunes époux la Maurétanie en cadeau de mariage.

       Règne de Juba II
       Il gouverna la Maurétanie pendant quarante-cinq ans. Il s'efforça d'introduire dans son royaume tout ce qu'il avait appris à aimer et à admirer à Rome.
       Dans les villes et les villages s'ouvrirent des écoles où l'on enseignait le latin et l'on put voir bientôt de jeunes étudiants berbères déclamant des discours de Cicéron.
       La capitale du royaume eut son palais, son temple, son théâtre. Tous ces monuments furent construits en pierre de taille. Cette ville nouvelle qui faisait l'admiration des visiteurs s'appela Julio Césarée. Elle s'élevait à l'emplacement où se trouve aujourd'hui Cherchell.

       Pendant tout son règne, Juba II maintint dans son royaume l'ordre et la tranquillité, soucieux de montrer à ses sujets que le vrai bonheur est celui que l'on trouve dans le travail et la paix.

       1er siècle après J.C. : l’ère chrétienne

       Ptolémée, Tacfarinas, Caligula
       Fils de Juba II et Sélénée, Ptolémée est le dernier roi que va connaître la Berbérie sous la domination romaine. Mais il n'avait pas hérité des qualités de son père. Il n'aimait que le luxe et ne se plaisait que dans l'oisiveté.
       Ses sujets, sous la conduite d'un aventurier nommé Tacfarinas, se révoltèrent et les légions romaines durent intervenir pour rétablir l'ordre.
       Lorsque, après plusieurs années, Tacfarinas eut été mis à la raison, Ptolémée fut mandé à Rome. Se souvenant de Jugurtha dont les largesses avaient jadis fait merveille au sénat, il partit pour Rome muni d'un riche cadeau et revêtu de ses plus somptueux vêtements et de ses plus beaux bijoux, bien persuadé qu'un éclatant succès l'attendait.

       Mais le temps de la république était passé et il fut reçu par l'Empereur Caligula, qui trouva ce déploiement de luxe parfaitement déplacé et dont les premiers mots furent pour l'inviter à retourner chez lui.
       L'Empereur lui donna une escorte pour l'accompagner jusqu'au port d'embarquement et dès qu'ils furent sortis de la ville, les gardes se jetèrent sur lui et le tuèrent.
       Ainsi mourut le dernier roi berbère et la Maurétanie devint province romaine.

       Occupation romaine
       Toute la Berbérie était donc maintenant sous la domination de Rome et pendant plusieurs siècles, son histoire sera en partie l'histoire romaine.
       Pendant plusieurs siècles, la Maurétanie va connaître une ère de prospérité, sans guerres. Chacun pourra vivre de son travail, sans voir son bien continuellement menacé. Le paysan pourra non seulement se nourrir et élever sa famille, mais aussi augmenter le bien familial par son travail et le grand bienfait que ces deux siècles apporteront aux Berbères, c'est la paix.

       1° siècle après J.C. : un prodigieux empire
       Au 1er siècle de l'ère chrétienne, l'Empire romain était maître de la Gaule, de l'Espagne, de la Grèce, de la Macédoine et de tous les pays qui sont devenus l'Autriche, la Serbie, la Hongrie, la Bulgarie et imposait sa domination jusqu'en Asie Mineure, en Egypte et sur toute l'Afrique du Nord.
       Mais peu à peu, les sénateurs et les consuls avaient perdu leur sens du devoir et s'étaient laissés corrompre.
       Les immenses richesses provenant des provinces conquises s'étaient répandues à Rome, submergeant et détruisant les valeurs morales. Les mœurs fastueuses de l'Orient avaient donné à Rome le goût du luxe et des plaisirs. Tous ceux qui participaient aux affaires de l'état n'avaient plus qu'une préoccupation : s'enrichir.

       Quant au peuple romain, laborieux et énergique, qui avait fait la force de la république, il avait été décimé par les guerres ou ruiné par les usuriers.
       A côté de la richesse insolente de quelques-uns, il y avait une foule de miséreux. César, pour essayer de remédier à cet état de choses, imposa durement les riches et distribua des terres aux pauvres.
       Mais le peuple avait perdu le goût du travail. Vite lassé par la vie sévère des champs, il n'avait pas tardé à revenir vers la ville, oisif et avide de jeux.
       A César succéda Auguste. A la république romaine succédait l'empire romain. Mais les empereurs, malgré leur toute puissance, redoutaient le peuple qui réclamait des jeux et du pain. Chaque jour, du blé fut distribué gratuitement, du blé venu d'Afrique. La Berbérie, qui déjà fournissait des lions pour distraire le peuple fournira désormais le blé pour le nourrir.

       La Berbérie romaine
       La Berbérie romaine sera donc une terre de cultures : blé, orge, oliviers, vigne, arbres fruitiers, légumes. Les régions encore incultes seront défrichées, les puits seront creusés, des barrages construits et des systèmes de canalisa tion distribueront l'eau sur les terres.
       Des routes réuniront les centres agricoles entre eux et aboutiront au port d'embarquement. Si l'on excepte les hauts fonctionnaires, les gros propriétaires et les commerçants des ports et des grands centres, la population restera exclusivement berbère.

       Les villes et les villages vont se multiplier. Les grands centres auront leur forum (place publique) sur lesquels s'ouvrent les temples, ainsi que la maison communale ou curie et la basilique qui est le palais de justice. Sous les galeries sont installées les boutiques des marchands. De grandes voies d'allées traverseront la ville, aboutissant à des arcs de triomphe. Il y aura souvent un théâtre et un amphithéâtre, mais il y aura toujours des thermes. Ce sont de vastes bâtiments avec vestibule, piscine, chambre tiède, chambre chaude, salle de massage, de gymnastique, de conversation, décorées de mosaïque, ornées de statues et de colonnes de marbre.

       La colonie romaine
       Elle est divisée en quatre provinces :
       Africa : capitale Carthage avec un proconsul
       Numidie : capital Cirta avec un général
       Maurétanie de l'est : capital Césarée avec un procurateur
       Maurétanie de l'ouest : capitale Tanger avec un procurateur.
       Les deux procurateurs dépendent directement de l'Empereur.
       La Berbérie romaine ne s'étend guère au-delà des terres cultivables. Et pendant les deux siècles qui vont venir, la frontière se déplacera à peine de 100 km vers le sud.
       La frontière sera protégée par une seule légion romaine (5.500 hommes). A ces légionnaires s'ajoutent les auxiliaires berbères. Donc 12 à 13.000 hommes étaient cantonnés à Tébessa, puis transférés à Lambèse.

       La Berbérie romaine va connaître deux siècles de paix et donnera un empereur à Rome, Septime Sévère, qui était né en Tripolitaine et commandait une légion romaine lorsque ses soldats le proclamèrent empereur. Ce fut un grand empereur, imposant à tous une discipline impitoyable et apportant dans l'état l'excellentes réformes.

       II° siècle après J.C.
       Septime Sévère n'oublia pas ses origines et se montra particulièrement soucieux de la prospérité des provinces africaines. C'est lui qui introduisit le dromadaire en Afrique et par là, il ouvrit l'immense territoire du Sahara aux Berbères.
       Grâce au dromadaire, des caravanes s'organisèrent pour aller chercher l'or et l'ivoire de l'Afrique centrale.

       A la fin du 2° siècle, la paix en Berbérie comme dans toutes les provinces romaines. La religion chrétienne se répandait alors à travers le monde et avait pénétré en Afrique. Lorsque vinrent les persécutions, nombreux furent les chrétiens de Berbérie qui acceptèrent le martyre plutôt que de renier leur foi. Tels furent Ste Perpétue, Ste Félicité au début du 3° siècle et St Cyprien de Carthage au milieu du 3° siècle, parmi beaucoup d'autres.

       III° siècle après J.C.
       Mais l'anarchie militaire avait créé sur le plan politique de grands désordres. Des légions s'étaient adjugées le droit de proclamer des empereurs dans diverses parties de l'empire. Les gouverneurs de province, profitant de ce désordre, accablèrent les paysans d'impôts, ce qui provoqua des soulèvements de la part des Berbères malheureux et dépossédés.
       Dans le même temps, les peuples barbares envahissaient de toutes parts le territoire romain, quand un nouvel empereur romain, Dioclétien, entreprit de remettre de l'ordre dans l'empire.
       Il ramena l'armée à son rôle strictement militaire, réorganisa toute l'administration de l'état. Il établit un grand nombre de provinces dont les gouverneurs n'eurent plus de pouvoir militaire. Il fortifia les villes, les bourgades et même les fermes isolées.
       Le calme revint en Berbérie et les paysans retournèrent à leurs champs.

       IV° siècle après J.C.
       Au 4° siècle, Constantin fit cesser les persécutions contre les chrétiens, mais alors, ce furent des controverses entre chrétiens. De plus, une partie de la Berbérie supportait mal l'influence de Rome et n'attendait qu'une occasion pour se soulever. Elle allait lui être fournie par l'invasion des Vandales.

       Saint Augustin : 345-430
       Durant ces temps troubles, parut Saint Augustin. Né aux environs de Bône d'un père païen et d'une mère très pieuse, ce jeune berbère avait fait de brillantes études à Carthage, puis avait professé à Rome et à Milan où il avait goûté une vie de plaisirs dont il se lassa vite. Converti au christianisme, plus rien ne compta pour lui que le service de Dieu et du prochain. Devenu évêque d'Hippone (Bône), Saint Augustin se révéla un chef incomparable, usant de toute son influence pour apaiser les dissensions religieuses. Il mourut pendant le siège d'Hippone par les Vandales. Mais son influence était telle que les Barbares eux-mêmes, lorsqu'ils détruisirent la ville, épargnèrent son église et ses manuscrits.

       III - Epoque vandale (V° siècle après J.C.)
       Les Vandales étaient des barbares qui n'avaient pu se résoudre à se fixer dans aucun pays. Ils trouvaient plus simple de parcourir tantôt une région, tantôt une autre et de vivre de brigandages et de pillage.
       Après avoir pillé la Gaule, ils étaient entrés en Espagne et avaient occupé la partie sud, qui prit dès lors le nom de Vandalousie et qui s'appelle aujourd'hui l'Andalousie.

       Boniface et Aetius
       Les Vandales menaçaient l'Afrique. L'impératrice Placidie qui régnait alors à Rome, à la place de son fils Valentinien âgé seulement de quatre ans, envoya le comte Boniface trouver le roi des Vandales pour essayer d'obtenir de lui qu'il renonce à ses projets.
       Boniface réussit dans sa mission et revint d'Espagne avec une jeune fille dont il avait fait la connaissance pendant son séjour chez les Vandales et qu'il avait épousé.
       Mais Aetius, autre général romain, était jaloux de lui et afin de lui nuire, il s'empressa d'avertir Placidie de ce mariage, lui laissant entendre que Boniface était au mieux avec les Vandales qu'il comptait faire venir en. Afrique et qu'il n'attendait que leur arrivée pour se faire proclamer roi de Berbérie.
       En même temps, Aetius faisait savoir â Boniface que l'impératrice allait le faire venir à Rome pour le mettre à mort. Quand, sur l'instigation d'Aetius, Placidie envoya la convocation impériale, Boniface hésita à se rendre à Rome. Placidie, convaincue de sa trahison, envoya une armée contre lui.

       Genséric
       Le roi des Vandales, voyant les Romains sur le point de se battre entre eux, jugea le moment favorable pour débarquer en Afrique. Genséric était un homme redoutable, prompt à prendre ses décisions, prompt à les exécuter, menant toutes ses entreprises avec une énergie farouche. La brutalité s'alliait chez lui avec l'habileté, la férocité et la ruse. Ce barbare était d'une remarquable intelligence. Il était chrétien hérétique (arien) et se montra féroce pour les prêtres catholiques dont il fit massacrer un grand nombre.
       Après avoir traversé la Maurétanie à la tête de 80.000 hommes, traînant à leur suite femmes et enfants, il arriva en Numidie, dévastant tout sur son passage à la moindre résistance.
       Arrivé devant Hippone où le comte Boniface s'était enfermé, il en fit le siège pendant près d'un an, tandis qu'Augustin succombait à la fatigue et à la douleur.

       Enfin Boniface, décida d'évacuer Hippone, fit embarquer sur des navires ce qui restait de la population et regagna l'Italie.
       Maîtres de la ville abandonnée, ils la réduisirent en cendres, puis Genséric marcha sur Carthage. Sur la demande de Valentinien, Genséric renonça à poursuivre sa marche sur Carthage et reçut en échange toutes les provinces qu'il avait conquises. Pendant quatre ans, il se montra le plus pacifique des voisins, puis brusquement, il lança son armée sur Carthage et s'en empara. Tous les habitants durent livrer leur argent, leur or et leurs objets précieux. En outre, une quantité d'armes et la flotte tombaient entre les mains des vainqueurs.

       Un nouveau traité de paix fut signé et un projet de mariage élaboré. Hunneric, fils de Genséric, devait épouser Eudoxie, fille de Valentinien. Genséric accepta. Comme Hunneric était déjà marié, il accusa sa belle-fille de vouloir l'empoisonner et la réexpédia à son père, le roi des Ostrogoths, après lui avoir fait couper le nez et les oreilles.
       Puis ayant formé le projet de prendre Rome, il répondit à l'empereur qu'on reparlerait plus tard du mariage en question. Il attendit vingt ans le moyen de mettre son projet à exécution.

       Les Vandales à Rome
       Pendant vingt ans. Genséric avait eu affaire à l'empereur d'Orient Théodose. A cette époque. l'Empire romain était gouverné par deux empereurs : l'empereur d'Occident résidant non plus à Rome mais à Ravenne, l'empereur d'Orient ayant sa capitale à Constantinople.
       Théodose décida d'organiser une importante expédition pour mettre fin aux agissements des Vandales. Une flotte nombreuse portant un corps de débarquement mit à la voile de Constantinople. Genséric envoya aussitôt des ambassadeurs discuter d'un traité de paix avec Théodose. En même temps, il faisait parvenir un message secret à son ami Attila. Après s'être tiré de ce mauvais pas avec son habileté coutumière en envoyant les Huns envahir l'empire d'Orient, il apprit un beau jour la mort du général Aetius, assassiné par Valentinien et celle de Valentinien, assassiné par les lieutenants d'Aetius.

       L'instant était favorable.
       Avant que personne eut songé à l'arrêter, il était entré dans Rome, pillant, dépouillant, massacrant et emmenant avec lui un bon nombre de prisonniers de marque, dont la veuve de Valentinien et ses deux filles.
       L'aînée était cette Eudoxie, fiancée vingt ans auparavant à Hunneric et c'est ainsi que Genséric ayant donné son consentement, Hunneric épousa Eudoxie.

       Genséric et les Berbères
       Pendant le règne de Genséric, les Berbères n'eurent pas trop à souffrir. En Tunisie, il s'était bien gardé de dévaster le pays. Il s'était contenté d'expulser les riches propriétaires romains et de dis¬tribuer leurs terres à des Vandales. Ceux-ci n'entendant pas grand-chose à l'agriculture, les cultivateurs berbères qui travaillaient sur ces terres avaient continué à vivre comme par le passé. Les paysans qui possédaient des petits champs n'avaient pas été inquiétés. Ils ne payaient pas d'impôts, les revenus des grands domaines suffisaient à alimenter le trésor.

       Quant aux tribus pillardes, elles s'abstinrent de toute incursion pendant le règne de Genséric, par crainte du féroce Vandale.
       Seul le clergé catholique eut à souffrir du nouveau régime : prêtres et évêques pourchassés avaient été entassés dans des barques et abandonnés en pleine mer, au gré des vents. Partout le culte arien avait remplacé le culte catholique. Genséric se montra beaucoup plus soucieux des bonnes mœurs que les Romains ne l'avaient été. Il exigea des habitants une conduite et une tenue irréprochables et fit fermer les maisons de plaisir.

       La chute d'un Empire
       Tandis que l'Empire d'Occident se mourait, l'empire du Vandale Genséric grandissait de jour en jour. Il régnait, maître de l'Afrique du Nord toute entière, maître de la mer grâce aux flottes de Carthage et de Rome, maître des Baléares, de la Sardaigne, de la Corse, de la Sicile, ami et allié des peuples barbares qui occupent l'Espagne, la Gaule, l'Italie. C'était lui le véritable empereur d'Occident.

       Le dernier des Romains : Majorien Un homme allait se lever pour affronter Genséric : c'était Majorien. Résolu à un effort désespéré, ce Romain rassemble les débris des armées et 300 navires embarquent les troupes qui avait la volonté farouche d'arracher l'Afrique aux Vandales. Mais Genséric avait des intelligences dans la place ; ces barbares se répartirent dans l'armée à bord des bateaux et incendièrent la flotte pendant la nuit : l'héroïque effort de Majorien avait échoué.

       Nouveau désastre
       L'Empereur d'Orient décide alors d'entreprendre une expédition contre le redoutable Vandale. Une flotte considérable fut armée. Genséric, simulant la frayeur, demande un armistice de quelques jours pour signer la paix. Mais pendant ce temps, un incendie mystérieux éclata et anéantit toute la flotte. L'Empereur d'Orient reconnaissant son impuissance, dut signer un traité et Genséric, pour montrer ses dispositions pacifiques, s'engagea à tolérer dans ses états l'exercice du culte catholique. Cette soudaine manifestation d'amitié cachait une nouvelle traîtrise, mais alors qu'il organisait une expédition pour envahir l'Egypte, la mort vint soudain interrompre les préparatifs de Genséric et ses successeurs ne furent pas de taille à poursuivre ses conquêtes.

       Les successeurs de Genséric
       Arrivée et victoire de Bélisaire, son triomphe, la fin de l'empire vandale

       Malgré ses violences avec une grandeur sauvage qui imposait le respect, les inutiles cruautés des successeurs de Genséric, amollis dans le luxe, ne soulevaient que le mépris et la haine. L'Empereur d'Orient allait pouvoir reprendre ses projets de débarquement en Afrique. Il ne trouverait chez les Berbères que des alliés. Une nouvelle expédition contre les Vandales se prépara donc à Constantinople. Cette armée débarquée à Sousse. Aussitôt, Bélisaire marqua sa volonté de faire respecter les personnes et les biens des Berbères. Les habitants comprirent que ce général arrivait en ami et qu'il allait délivrer l'Afrique des Barbares. Bélisaire se mit en marche sur Carthage.

       Sur son passage, les populations berbères accoururent de toutes parts, les villes ouvrirent leurs portes. Cependant le roi Gélimer avait rassemblé en hâte ses troupes pour protéger la capitale. Il les avait partagées en trois groupes : l'un, commandé par son frère, devait attendre l'arrivée de Bélisaire, les deux autres groupes tomberaient en même temps sur les deux flancs et achèveraient la déroute. Mais le frère de Gélimer n'avait rien compris à cette savante manœuvre. Las d'attendre l'ennemi qui tardait à venir, il sortit de son défilé, s'élança en avant et se fit massacrer avec tous ses hommes. Les deux autres groupes, qui attaquèrent successivement, furent refoulés tout à tour et Bélisaire reprenant sa marche, entra à Carthage accueille par des cris de joie.

       Le roi Gélimer fut fait prisonnier et figura dans la cérémonie du triomphe qui attentait Bélisaire à son retour â Constantinople. Gélimer fut envoyé en exil en Asie Mineure, où il fut traité généreusement par l'Empereur Justinien qui lui fit don d'un vaste domaine où il finira ses jours au milieu de sa famille. Mais l'empire vandale avait cessé d'exister. La Berbérie allait devenir une province de l'Empire d'Orient, appelé aussi empire byzantin parce que sa capitale était Byzance, appelée plus tard Constantinople puis Istamboul, ville principale de la Turquie.
Henri PERRIER
 
    


Un voyage imposé
Par Francis Abadie
Echo de l'ORANIE N°376

       NDLR : On oublie trop souvent en France que les jeunes Pieds-Noirs se sont battus jusqu’au Danube, pour libérer une ingrate mère-patrie. De temps à autre, il est bon qu’un témoignage comme celui-ci vienne rafraîchir certaines mémoires défaillantes. Il est vrai que l'Alzheimer politique, dont a souffert un général aux tristes étoiles, fait de plus en plus de ravages en France.

       En avril 1945, après un hiver rigoureux devant la poche de Sélestat et de Colmar, tenue encore par les Allemands, nous franchîmes le Rhin, près de Spire sur un pont de radeaux du Génie français et, par petites étapes, nous arrivâmes au Danube, dans la ville de Sigmaringen dominée par un château des Hohenzollern, au lendemain du cessez-le-feu.
       Après deux jours de repos, nous repartîmes vers le nord, près de la frontière luxembourgeoise, à Neumagen, petit village au bord de la Moselle Où nous devions passer cinq mois en occupation. Nous étions logés, mon copain Wolf et moi, chez un couple d'Allemands d'une soixantaine d' années. Appelons-les M. ct Mme Rinker. Après le diner pris au mess des sous-officiers, nous regagnions notre chambre au bout d'un couloir, en passant furtivement devant le salon pour ne pas déranger nos hôtes. Notre chambre au parquet encaustiqué, meublée l'alsacienne, nous offrait deux lits aux draps immaculés.

       Madame Rinker nous invitait parfois à déguster une tranche de kouglof ou une tarte aux pommes de jardin, arrosée d'un petit cidre pétillant. Dans un français légèrement teinté d'accent, elle nous entretenait de ses études dans une école tenue par des religieuses françaises. Elle nous parlait longuement de Karl, son fils unique, professeur de physique, officier de l'armée allemande, tué par les Russes au siège de Stalingrad.

       Son mari, ne comprenant pas un seul mot, restait prostré dans son fauteuil. Nous prenait-il pour des occupants ennemis ou pour de pauvres bougres éloignés de leur famille ? Nous ne le saurons jamais. Pourtant, un jour, il nous invita à déguster son vin de Moselle. Nous descendîmes dans sa cave s'ouvrant sur la Moselle et, après avoir enlevé la bonde d'un tonneau, il y préleva une pipette d'un vin rosé qu'il laissa couler cérémonieusement dans des gobelets en argent. il nous fallut trinquer debout après le traditionnel prosit (santé et dire « gut, gut ! » après chaque gorgée d'un petit vin fruité légèrement acidulé.
       Nous pensions toujours que la culture de la vigne était impossible à une telle latitude. Pourtant, au cours d 'une promenade en barque sur la Moselle, nous vîmes sur des coteaux ensoleillés, des vignes dégarnies de leur feuillage offrant leurs grappes moisies aux pâles rayons d'un soleil de septembre. Madame Rinker nous apprit que, même pendant les restrictions alimentaires, les vignerons mosellans percevaient une dotation de sucre pour améliorer le degré de leur vin. Madame Rinker nous affectionnait, reportant peut-être sur nous un amour maternel frustré à la mort de son fils. Elle nous appelait ses petits hommes. À notre départ pour l'Algérie où nous devions être démobilisés, elle nous embrassa longuement en nous souhaitant un bon retour dans nos familles. Des larmes perlaient au bord de ses paupières. Pensait-elle à son fils qui, lui, ne reviendrait jamais
Francis Abadie



MUTILE n°194

LES VIVANTS ET LES MORTS

        J'ai dit maintes fois, ici-même, quelles difficultés rencontraient les mutilés pour trouver un emploi, à quelles lenteurs, à quelles 'ebuffades ils se heurtaient dans les administrations où ils venaient postuler pour une situation, même modeste. Je crois bien qu'il est impossible de rencontrer, en cette matière, une série de désillusions aussi complète, aussi persistante que celle dont je vals reproduire ici le lamentable calvaire.

        Réformé n° 1 le 13 décembre 1915, avec pension de 400 francs, le mutilé Georges Ani demanda à entrer comme convoyeur aux P.T.T., en avril 1917. Il lui fut répondu que cet emploi était réservé aux retraités.
        II fit une nouvelle demande comme facteur urbain ; il fut admis à faire, en cette qualité, un intérim de deux mois, au bout desquels il demanda à avoir un emploi stable. Le Directeur s'avisa qu'il devait intervenir à cet effet auprès de l'Administration militaire.

        Quelques jours après sa démarche en ce sens, la Subdivision de Mascara l'informait que cet emploi - dans lequel, ne l'oubliez pas, il venait de faire un intérim de deux mois, n'était pas compatible avec sa blessure.
        Au Mois de juillet 1919, il faisait une nouvelle demande, pour entrer dans l'Administration des Eaux et Forêts. Même réponse sa blessure n’était pas compatible avec l'emploi.
        Au mois de novembre 1919, il adressait une demande pour entrer aux Contributions Diverses comme porteur de contraintes. Ici, les chinoiseries augmentent.
        Il fut appelé à Mascara pour subir une visite et un examen. Un certificat d'aptitude lui fut délivré par l’Autorité militaire… mais, en Juillet 1920, une note du Ministère des Pensions, lui faisait connaître que sa blessure n’était pas compatible avec emploi sollicité.

        En octobre 1920, apprenant par la voie des journaux qu’un concours allait avoir lieu pour l’emploi de porteur de contraintes, il résolut de s'y présenter comme un particulier quelconque, sans utiliser son titre de réformé, qui s`emblait lui ponter la guigne. Mais, cette fois, en passant la visite médicale, il fut déclaré inapte.
        Pensant être plus heureux avec l'Administration des P.T.T, il lui adressa une nouvelle demande. - On lui répondit que le personnel était au complet.
        Sans se décourager, l'ancien Poilu, sachant qu'on avait mis plus de quatre ans pour « avoir » les Boches, pensa qu'il parviendrait bien, tout de même, à « avoir » aussi les autres, ses nouveaux ennemis. En novembre 1920, il fit une demande à l'Administration des Eaux et Forêts, pour entrer dans le service sédentaire. Cinq mois plus tard, il n'avait pas encore reçu de réponse..

        En attendant, comme il faut vivre, avant tout, ce mutilé - dont la blessure n'est pas compatible, paraît-il, avec les multiples emplois qu'il a sollicités remplit les fonctions de garde-champêtre à Chanzy, depuis deux ans. Il effectue, en cette qualité, des tournées autrement pénibles, car il a 14000 hectares à surveiller. Mais le mauvais vouloir des Administrations, abritées derrière des règlements absurdes, lui oppose inlassablement des refus ou des silences....
        La semaine dernière, toute la population d'Alger se pressait aux funénrailles des premiers soldats algérois rapatriés. Autorités, notabilités, administration y étaient représentées par leurs chefs et par des couronnes. Les cercueils alignés dans les prolonges, disparaissaient sous les gerbes de fleurs. Maints discours dirent la gloire des morts, la douleur des familles et les regrets qu'éprouve la cité à voir tant d'existences brisées en leur printemps.

        Or, en cette journée, je songeais, à part moi, que si ces cinquante ennfants d'Alger, au lieu d'être blessés mortellement, étaient revenus ici mutilés, mais vivants, ils auraient eu peut-être autant de fleurs, bien des discours aussi... mais, de la part des Administrations, le plus hostile accueil. Tous ces gens si prompts à parler pour honorer leur mémoire fussent demeurés sourds à leurs démarches. On leur aurait présenté, au lieu de gerbes enrubannées, d'impitoyables règlements. Morts, ils s'acheminaient vers le champ de repos, au milieu d'un immense fleuve de foule ; vivants, ils auraient glissé lentement dans la misère et le désespoir, parmi l'indifférence générale...
        Et voilà pourquoi les mutilés sont les seuls à comprendre le sens profond, formidable et navrant de ces paroles tant de fois citées :
        Mourir pour la Patrie,
        C’est le sort le plus beau
        Le plus digne d’envie !..
.
S. TENNAT-CHOUILLAT•

Algérie catholique n° 3, Février 1938
Bibliothéque Gallica
Jeunesse Etudiante Chrétienne

              Amitiés vraies et déjà profondes, voilà ce que rêvaient les collégiens et les « supériorains » sérieux de Bône. La J.E.C. réalisa ces désirs.
              Leur ardent Président, Maurice Galéa et quelques militants n'épargnèrent ni leur temps. ni leur peine et s'ingénièrent à créer une J.E.C. véritable.
              Les réunions sont une joute littéraire, religieuse, sociale. C'est à qui étayera le mieux une thèse et à qui en démontrera le mieux les points faibles.
              Grâce, harmonie, esprit, jeune savoir rendent ces réunions charmantes et instructives. Divers divertissements délassent les esprits.
              Nous voulons des étudiants qui étudient et qui connaissent de mieux en mieux la beauté transcendante de la Religion.

              JEUNESSE CATHOLIQUE
              Ce fut en 1911 que la Jeunesse catholique de Bône fut créée.

              Rapidement ce groupement prit de l'extension sous la Présidence de M. Offite Léopold et la direction spirituelle de M. l'Abbé Martimort.
              Le 28 mai 1912, le Groupe fut affilié à l'A.C.J.F. et prit le titre d'Association Catholique de la Jeunesse d'Hippone.
              Malheureusement, la guerre décima les rangs de la Jeunesse Catholique d'Hippone. Une vingtaine de nos meilleurs jeunes gens restèrent sur le champ de bataille.
              Monsieur l'Archiprêtre Béruard favorisa de toute son autorité et de ses largesses le mouvement. Parties instructives et parties récréatives des plus variées attiraient et retenaient les jeunes gens.
              Plus que jamais florissante, l'Association Catholique de la Jeunesse d'Hippone a droit d'être fière et d'avoir confiance en l'avenir.
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C. D.


M. Pantaloni
MAIRE DE BONE est écrasé
Bonjour N° 148, 9 novembre 1934
journal satyrique bônois.
Devant le Tribunal par un grand avocat bônois

       C'est une affaire incroyable, digne des mœurs du bas-Empire, et qui a eu la suite judiciaire qu'elle méritait. Nous en avons parlé et nous avons annoncé des détails pleins d'enseignement et d'intérêt.

        Rappelons les faits.
        Un beau Mercredi de Septembre dernier, un agent de police se présentait chez M. Jacob Benabu, commerçant fort sympathique, rue Bugeaud, pour l'avertir que Mossieu le Maire le convoquait à son cabinet.
        Sans méfiance, l'honorable et paisible M. Jacob Benabu obtempéra aussitôt au « diktat» municipal et se rendit à la Mairie où il fut reçu. et bien reçu, par le premier magistrat de la ville.

        Carré dans son fauteuil et fumant des cigares gros comme des queues de billard, en collaboration avec un nommé Bengaru Sadeck, indigène musulman, que les Arabes propres, et il y en a ici une imposante majorité, désavouent de profession à la fois claire et obscure, M. Pantaloni interrogea M. Benabu :
        Était-il exact que, tel jour, à telle heure, M. Benabu ait proféré : « Ce chien de Pantaloni ! »
        Bien entendu, M. Benabu nia.

        M. Pantaloni fit alors un signe et l'Arabe se leva, vint tout contre M. Benabu et lui demanda :
        «Tu dis que tu n'as pas dit :
        «Chien de Pantaloni ? »
        M. Benabu persista et l'indigène le frappa en plein visage. Le Maire ne protesta pas. Au contraire, comme M. Benabu voulait réagir et répondre à la violence par des arguments équivalents, M. Pantaloni s'écria, avec un juron épouvantable et que nous renonçons à écrire : «Si tu bronches, je te fais descendre et je te fais f. en prison ! »
        Et c'est à grand peine que M. Benabu put se retirer sous les outrages et les insultes du Maire et de l'Arabe.

        Et, séance tenante, il alla déposer une plainte entre les mains de M. le Procureur de la République contre l'Arabe exécuteur, Bengaru Sadeck, et contre le Maire de Bône.
        Ce fait divers, unique dans les annales de toutes les Mairies civilisés, venait mercredi, 24 Octobre, devant le Tribunal de Bône aux fins des sanctions indispensables.

        Ce fut, pour Me Numa Ricoux, qui représentait Jacob Benabu, partie civile, l'occasion d'un chef-d'œuvre d'ironie cinglante et de philosophie humaine qui fut fort apprécié du Tribunal et du public, fort nombreux, qui avait tenu à assister au dénouement d'une affaire, hélas! Trop tristement originale.
        Voici une synthèse, bien incomplète, de la magnifique plaidoirie de Me Numa Ricoux :
        «Je ne serais, certes, pas intervenu, déclara le remarquable avocat, si M. Jacob Benabu avait reçu une gifle dans l'atmosphère énervée d'une bagarre de rues et cette affaire n'est pas portée devant le Tribunal, pour le seul plaisir d'encombrer le prétoire de différents électoraux. »
        « Les violences qui ont été pratiquées sur la personne de M. Jacob Benabu prennent un caractère de haute gravité, non seulement matérielle mais morale, du fait qu'elles se sont déroulées en notre hôtel de ville et à l'instigation du Maire de la cité, qui ô paradoxe - a imprimé à cette affaire un triple caractère de mesquinerie honteuse, de lâcheté ridicule, et de dangereuse provocation. »
        «Caractère de mesquinerie, continua Me Numa Ricoux, puisque notre premier magistrat municipal a pris la peine de croire et d'attacher de l'importance à une parole vexante que M. Benabu, adversaire de sa politique, aurait proféré à son égard durant la campagne électorale.

        Notre Hôtel de Ville n’est-il donc plus qu'une loge de concierge et les soucis administratifs du Maire se réduisent-ils, désormais, à l'audition inquiète et énervée de ragots d'enquêteurs privés? »
        « Caractère de lâcheté ridicule ! Pourquoi entre toutes les injures dont est abondamment fournie la campagne électorale avoir jugé celle de M. Benabu comme spécialement digne de punition?
        « Pourquoi toutes ces peureuses précautions répressives : convocation de M. Benabu par agent de police, son jugement au sein de la forteresse municipale, ces violences par la personne interposée du nommé Ben gara Saddek, humble instrument d'exécution de M. Pantaloni ? »
        « Caractère de dangereuse provocation ! En ordonnant des violences sur la personne d'un israélite par un indigène, au sein de la maison publique et au milieu des effigies de ses prédécesseurs, M. Pantaloni n'ignorait pas qu'il avivait l'hostilité existant entre ces deux confessions et que les récents et douloureux événements de Constantine font à tous les Français un devoir d'apaiser».
        «Mais M. Pantaloni donnait un fondement aux menaces prononcées par ses partisans et par lui-même à l'égard des israélites leur laissant croire que si M. Pantaloni n'était pas élu, ils auraient à subir des représailles de la part des indigènes et seul le résultat électoral lui importait.
        « Certes, dit en concluant Me Numa Ricoux, il importe de ne pas tourner au tragique un incident dont le grotesque se suffit à lui-même, mais il convient tout de même, que le Tribunal marque, à titre d'avertissement sa désapprobation pour un tel manque de dignité du premier magistrat de notre cité. »

        Et le Tribunal, faisant droit aux conclusions de l'éminent avocat, donna gain de cause à la partie civile et lui accorda ce qu'elle avait demandé : 1 franc de dommages - intérêts et 5 francs d'amende.
        Il ne faut point que le public s'y trompe. La mansuétude des magistrats, tempérée par la Loi, ne dissimule pas leur mépris pour de pareils procédés. Le comparse est sans importance, c'est un exécuteur, mais M. Pantaloni, Maire de Bône, est flétri une fois de plus.

        Les Bônois disent qu'ils en ont assez de voir le premier magistrat de leur Cité fréquenter les prétoires plus souvent que les couloirs de l'Hôtel de Ville.
        M. Paul Pantaloni est le prototype de la haine, des violences des menaces, de la grossièreté, du mensonge et de la malpropreté morale la plus honteuse.
        Ses sicaires sont dignes de lui et lui digne d'eux.
« Bonjour ! »

       


 
ALGER ETUDIANT
N° 29, 3 mai 1924 - Source Gallica
M. HENRYS, Organisateur et Manager
a rénové le Sport de la Boxe à Alger

       Depuis quelques années le beau sport qu'est la boxe avait à Alger des détracteurs nombreux et, bien que dans toutes les grandes villes françaises, et à Oran même, les réunions pugilistiques connussent toujours un gros succès d'affluence et d'enthousiasme,, les algérois ne semblaient devoir recueillir, là, que des déceptions et des regrets.

       A quoi cela pouvait-il tenir puisque d'un côté il existe dans notre cité un nombreux public sportif très sensible aux émotions pugilistiques, très amateur de belle boxe et. d'un autre côté tout un clan de boxeurs d'une incontestable valeur ?
       Cela tenait à ce que nos manifestations avaient un caractère trop strictement local et ne pouvait aussi nous offrir que le spectacle renouvelé et sans charme des mêmes hommes combattant avec leurs mêmes défauts et ne trouvant pas dans ce cercle borné l'espace nécessaire pour extérioriser leurs dons et pour améliorer leurs qualités.

       A Oran, grâce à l'activité du matchmaker Benamou qui a depuis longtemps compris que la boxe, comme toute chose, a besoin pour vivre de décentralisation, d'expansion, d'air extérieur, les boxeurs oranais obtiennent aujourd'hui de magnifiques résultats et par corollaire les organisateurs font bien leurs affaires et le public est satisfait.
       Dès sa récente installation à Alger, l'ex-champion Henrys ; sentit ce qu'il fallait faire pour que la boxe retrouve dans notre ville la place prépondérante parmi les spectacles sportifs à laquelle elle a incontestablement droit.
       Henrys sentit le besoin d'union, de cohésion entre les salles infimes, aux moyens limités, généralement sans professeurs compétents que nous possédions et il parvint à réunir au Boxing-Club de Belcourt que préside avec distinction M. Vernet, la majeure partie des boxeurs algérois possédant une classe réelle.

       Et alors grâce aux connaisseurs, à la science remarquable et surtout à la vieille expérience de leur nouveau maître Henrys, nos pugilistes ne se confinant plus dans la manière locale dépourvue de toute beauté combattive, mais cherchant au contraire à l'apprendre, à étudier toujours, en maîtrisant leur ardeur et leurs trop grands désirs d'immédiates réalisations au profit de la seule Science, nos pugilistes vont enfin prendre autour des rings français et européens,) peut-être, la place d'honneur qui leur revient.

       Pour ce qui est des réunions pugilistiques, M. Henrys comprit qu'il fallait jeter sur elles un jour nouveau en les entraînant délibérément en dehors du niveau étroitement local qui jusqu'alors paraissait leur être fatalement assigné.
       Et l'on ne saurait trop insister sur ce fait qu'une réunion comme celle à laquelle nous conviait mercredi soir l'organisateur Henrys, serait une réunion vedette à la salle Wagram ou au Cirque de Paris.

       Il n'est pas toujours donné de voir en exhibition un ex-champion du monde et, en combat, un authentique champion d'Europe. Or, mercredi soir, nous eûmes dans la claire et vaste salle des Folies-Bergères la vision de ce que Tristan Bernard, cet amateur littéraire du cercle enchanteur appelle un « gros choc ». Montreuil, champion de Belgique et d'Europe poids mouche rencontrait en douze rounds Young Biaise, champion de Provence.

       Le pronostic allait, sans conteste à Montreuil qui, de par son record impressionnant, devait écraser, ou à peu près, son jeune et présomptueux adversaire.
       Il n'en fut rien. Biaise qui compte d'ailleurs des victoires sur des hommes tels que Geo André et Diamant, lit mieux que résister aux terribles coups de son adversaire et contrant avec calme et rapidité il eut au cours de certains rounds un léger avantage.
       Tout le monde fut émerveillé par la beauté des esquives du champion d'Europe et ses rentrées foudroyantes déchaînèrent l'assistance.

       Montreuil feinte admirablement, possède un jeu de jambes très efficace dans l'esquive. On entend plus qu'on ne voit ses coups, tant ils sont rapides. Il frappe des deux mains avec la même aisance, mais il place son gauche avec une précision merveilleuse.
       Les coups qu'il reçut d'un adversaire très avantagé en poids et en allonge ne semblèrent pas beaucoup l'inquiéter.

       Devant un tel adversaire, Biaise songea surtout à se couvrir et grâce à son endurance et à son courage fut surpris lui-même d'avoir pareillement résisté à Montreuil. Le public ne lui ménagea pas ses applaudissements et M. Peltrand, manager de Montreuil, félicita lui-même le sympathique Biaise.
       Montreuil qui a chalengé Pancho-Villa, champion du monde, va incessamment partir en Amérique pour soutenir le combat.
       A la même soirée, Louis Munoz rencontrait le vieux champion suisse Smeth qui battit il y a quelque temps il est vrai, des hommes comme Calloir, Mario, Merjean, etc.

       On ne peut encore, je vois, juger Munoz sur ce combat. Car Simeth n'exista pas un seul instant devant lui et nous parût bien vieux et bien fatigué, sans cœur, pour jouer encore un rôle prépondérant dans la boxe internationale.
       Il n'est pas moins certain que le jeu de Munoz s'est transformé, amélioré grâce aux bienfaisantes leçons de son nouveau professeur Henrys. Sa ligne est toujours élégante et line, sa boxe claire, ses esquives ont moins de fantaisie et de grâce qu'autrefois mais lui permettent des rentrées efficaces.

       Son gauche est en grand progrès et pistonne bien. Son droit ne suit qu'à bon escient.
       Le punch s'est amélioré et paraît pour le moins, dangereux. Simeth n'eut pas toujours le sourire après certains gauches sonores et rapides.
       Notre petit champion, toujours très correct et très élégant en combat, peut, je crois, affronter sans crainte Baudry, l'égal de Breionnel.
       Certes, ce sera là son plus dur adversaire, l'homme qui a dans ses mains le secret de sa destinée, mais il ne faut pas oublier que Munoz est un esquiveur rare, qu'il possède do l'allonge et du punch, et qu'il a maintenant M. Henrys comme professeur. Baudry peut venir. Nous avons foi en Munoz et en son maître.

       Deux autres combats très équilibrés nous permirent d'applaudir la science de Verdou qui rencontrait K.O. Pérez et le courage de Soler qui donnait la réplique au marseillais Bénigno.
       Cette remarquable soirée se termina par une trop courte exhibition de Joé-Goby contre Estève que Joannv, à la dernière heure, refusa de rencontrer.
       Félicitons donc sans réserve l'organisateur Henrys et les dirigeants du Boxing-Club.de Belcourt dont les belles réunions doivent ramener autour du ring un public conquis et qui désormais aurai! mauvaise grâce à bouder.
       Nous reparlerons sous peu d'un réunion qui doit avoir lieu au Champ-de-Manoeuvres et où nous verrons, toujours grâce à Henrys et au Boxing-Club de Belcourt, des rencontres comme bob-Youssef-Rouquet et Beaudry contre un homme de valeur.
INNOCENT TOUCHATOUT.


Les colonialistes
Cianfarani, PNHA N°176 - juillet/août 2009

       À tous les Métropolitains qui voyaient en nous d'affreux colonialistes couverts de l'or provenant de la sueur des burnous, je dédie ce poème de notre regretté collègue

       Voilà un an déjà, sur les quais de Port-Vendres,
       Je regardais songeur, des larmes dans les yeux,
       Un bateau accoster...et j'en ai vu descendre
       De gros capitalistes, des jeunes et des vieux...
       Les Comités d'accueil étaient déjà en place
       C'est grand, c'est généreux, je le savais, la France !
       La Croix-Rouge, était là...d'officiels pas de trace,
       À part les CRS, mais sans armes, nuance...
       Il y avait aussi, pour accueillir ces hères,
       Le Secours Catholique, une œuvre d'Israël,
       Mais j'ai cherché en vain d'un fameux ministère,
       Quelque représentant...Incroyable er réel !
       Je les ai vus descendre du bateau de l'exil,
       Ces gros capitalistes...avec pour tout bagage
       Qui, un vieux chat pelé, qui une vieille cage,
       Et les plus fortunés un tourne-disque à piles !
       Je les ai vus descendre comme un troupeau vendu
       Je les ai vus parqués, dans les halls, sur les quais,
       Je les ai vus pleurant, certains à moitié nus,
       Ces gros capitalistes... dont on a tant parlé I

1963 (à Rivesaltes)
Jean Cianfarani
(décédé à l'âge de 43 ans)




CARTES POSTALES DE BÔNE
Envoyée par M. S. Charpentier


















RELATION DE L'ARRIVÉE
DANS LA RADE D'ALGER
DU VAISSEAU DE SA MAJESTÉ
LA PROVENCE

Par Bianchi, Thomas-Xavier, 1830

  Parti le 30 juillet 1829, au matin de sa ligne de croisière et précédé du brig l’Alerte portant pavillon parlementaire, le vaisseau français la Provence.

  Vers les deux heures du même jour dans la rade d’Alger. A trois heures les deux bâtiments jetèrent l'ancre et mouillèrent par vingt - deux brasses à environ cinq quarts de lieue de la ville. Dans cette position , nous avions sous les yeux une partie d'Alger s'élevant en amphithéâtre, toute la côte est de la baie, depuis la porte Bab Azoun jusqu'au cap Matifou ( Ce cap, dont nous nous approchâmes souvent, forme, à l'est, une petite élévation. Du côté qui regarde Alger, se trouve un fort destiné à défendre la rade ; et, non loin du cap, les ruines de l'ancien Cothon.) ; à notre gauche et sur le rivage, le fort Bab - Azoun, et presque dans la même direction, mais à une grande élévation de la côte, le château de l'Empereur. Nous relevions le phare d’Alger dans le nord quart nord-est, à la distance d'environ deux mille cinq cents toises, et le front nord de la ville dans le nord nord-ouest, à la distance de trois à quatre milles. Nous remarquerons ici, d'après l'opinion d'un officier d'artillerie très distingué que nous avions à bord ( M . Signoret , capitaine d'artillerie de marine, auteur d'un excellent mémoire inédit, intitulé Coup d'œil sur les moyens de défense de la ville d'Alger par mer, dont nous devons la communication à M. le contre-amiral de La Bretonnière.), que les forts et les batteries d'Alger répartis sur la côte pour la défense propre de cette place, n'offrent, vus d'une manière générale, que deux grands fronts suffisants pour la couvrir du côté de la mer. Ces deux fronts peuvent être considérés, en cas d'attaque, comme les deux faces d'un bastion du corps d'enceinte d'une place forte, dont la batterie de la pointe nord du môle serait l'angle saillant. L'une de ces faces est tournée vers l'est ou l'intérieur de la baie d'Alger, l'autre vers le nord ou la grande mer. Toute l'artillerie battant l'entrée de la rade est accumulée sur ces deux fronts.



  Alger, vu de la mer, est bien loin d'offrir cet aspect pittoresque et cette élégance du goût oriental que présente surtout Constantinople, et même Smyrne, ainsi que d'autres villes de l'empire ottoman. L’œil n'aperçoit d'abord qu'un rideau dont la blancheur fatigue la vue. Au lieu de cette réunion d'élégantes mosquées, de minarets élancés, de coupoles dorées et d'habitations peintes de diverses couleurs et ombragées de cyprès, cette ville n'offre qu'un amas confus de maisons plates et uniformes dont la monotonie n'est interrompue que par la vue de quelques dômes couverts en plomb et de grosses tours carrées surmontées de plates-formes qui tiennent lieu de minarets.

  Mais rien n'égalait la beauté du coup - d’œil que nous présentait la partie est d’ Alger. Ce coteau magnifique, depuis le bord de la mer jusqu'au sommet le plus élevé, n'offrait qu'une suite de collines et de vallées parsemées d'un nombre infini de jardins et de jolies maisons de campagne où les habitants se retirent pendant les mois les plus chauds de l'année. Ces maisons, bâties dans le goût mauresque, couvertes de terrasses d'un, s'offraient à nous sous l'aspect le plus pittoresque. Les jardins produisent une grande quantité de melons, de fruits et de légumes de toute espèce, et, ce qui est d’un avantage inappréciable dans un pays chaud, ils sont arrosés par des sources et des ruisseaux abondants. L ' eau justement renommée de la grande fontaine d'Alger provient en totalité de ces sources, et est amenée dans la ville par des conduits souterrains. Sur le bord de la mer, et à partir du faubourg de Bab-Azoun, un chemin large et sablonneux conduit, en suivant le rivage, au cap Matifou ; nous le vîmes presque toujours parcouru par des caravanes, des cavaliers arabes et des piétons. Un jour, en portant notre vue sur cette partie du rivage, nous pûmes reconnaître que les canons montés sur affût de campagne ne sont pas étrangers aux Algériens ; nous en vîmes deux sur le bord de la côte la plus voisine du vaisseau.

  Ces canons étaient en batteries, les prolonges déployées et attelés de quatre chevaux à l'européenne. Non loin de là, et derrière les batteries qui bordent la côte, était un camp composé d'une trentaine de tentes rondes ayant chacune la forme d'un parapluie. Là les soldats, à ce que j'ai appris depuis, couchent à terre n'ayant ni paille ni autre chose sous eux, recevant pour toute nourriture un peu de biscuit, d'huile, des olives, du blé bouilli et de la viande une fois par semaine. Les Arabes ne connaissent ni corps de garde ni factionnaires ; la nuit seulement un soldat veille dans chaque tente tandis que ses camarades dorment tout habillés. Toujours du même point d'observation, messieurs les officiers d'artillerie qui se trouvaient à bord comptèrent onze batteries de côte dans le pourtour de la baie, entre le fort Bab-Azoun et le cap Matifou. Ces batteries sont construites dans le sable sur le bord de la mer et battent la baie : elles ne sont composées que d'un seul épaulement sans fermeture à la gorge.

  Le fort Bab-Azoun, que nous avions également fortification en usage en France. C'est un grand édifice en maçonnerie élevé d'environ trente pieds au dessus du sol et de soixante au-dessus du niveau de la mer. Ce fort est composé de deux parties rectangles différentes, mais parallèles entre elles, réunies par une espèce de courtine ou mur de clôture, fermant à droite et à gauche l'espace qui les sépare. Ses moyens de défense du côté de la rade, se composent de trois rangs de batteries superposées parallèlement les unes aux autres, et dont la première, à partir de la base, est casematée. Ces batteries sont armées de cinquante-sept pièces de canon de gros calibre ( Mémoire du capitaine Signoret ) . .

  Dans la même direction du fort Bab-Azoun, et sur le sommet de la colline qui domine Alger, à l'extrémité d'un ravin, nous découvrions le fort l'Empereur. Ce nom lui a été donné en mémoire de la malheureuse expédition de l'empereur Charles V, qui en jeta les fondements en 1541 ; ce château fut terminé par Hassan Agha, en 1545. Au centre de ce fort est une grosse tour bâtie en pierre de taille dont nous apercevions la partie la plus élevée.

  Le fort l'Empereur, comme l'a très bien décrit M. Shaler, est un polygone irrégulier, garni de bastions, qui n'a ni fossés, ni chemins couverts, ni ouvrages avancés ; mais, à vue d'œil, la circonférence de cinq cents toises que lui donne cet auteur me paraît exagérée.

  Le jour même de notre entrée dans la rade d'Alger, M. le comte de La Bretonnière, d'après des conventions préalables relatives à sa première entrevue avec le dey et les membres de la régence, fit immédiatement ses dispositions pour se rendre à terre. A cet effet, il s'embarqua dans son canot, accompagné de MM. Bianchi, secrétaire interprète du roi, de Nerciat, capitaine de fret peu près à moitié chemin de notre mouillage à la ville, nous passâmes à peu de distance de la corvette anglaise le Pilorus et de la goélette espagnole la Guadaleta. Ces deux bâtiments de guerre étaient arrivés la veille, et le dernier avait amené un nouveau consul espagnol à Alger. Poussé par une légère brise d'est, le canot, couvert de toutes ses voiles, eut bientôt atteint la première ligne des batteries de la marine. Ces batteries, ainsi que les rochers qui les bordent, étaient déjà couverts d'une populace immense dont les vêtements en lambeaux et l'aspect grossier ne devaient pas nous donner une idée bien avantageuse du reste de la population. Il était même difficile de reconnaître si les cris tumultueux poussés par cette multitude d'hommes dont le bruit parvenait jusqu'à nous, étaient l'expression de sentiments hostiles ou favorables à notre arrivée.

  Parvenus à l'entrée de la darse, nous aperçûmes une embarcation algérienne qui venait au devant de nous, et dans laquelle se trouvait le Liman-Reïs, ou capitaine du port, et M. Bensamon, premier drogman de la régence. M. le comte Datili , consul-général de Sardaigne, chargé des affaires de France, nous attendait au lieu du débarquement. Le magnifique uniforme rouge et couvert de broderies que portait ce fonctionnaire, contrastait d'une manière frappante avec les haillons et la malpropreté de tous ceux qui l'entouraient. Au moment où nous mîmes pied à terre, la foule de curieux qui obstruait les quais et les avenues du port s'était tellement accrue, que nous n'eussions jamais pu avancer au milieu de ces masses, si des gardes, qui marchaient devant nous, armés de bâtons, ne nous eussent ouvert un passage, en en distribuant des coups à droite et à gauche avec une dextérité et une prodigalité toutes particulières à ce pays. Nous fûmes introduits chez le ministre de la marine, qui l'est aussi des affaires étrangères. Un escalier sombre et étroit nous conduisit dans une petite pièce dont tout l'ameublement, quelques chaises disposées pour nous, et des armes de toute espèce suspendues à la muraille.

  Cette première réception du ministre de la marine fut en apparence des plus amicales ; je dis en apparence, car nous savions d'avance qu'il ne nous était pas favorable, et plus tard nous eûmes la preuve que les Français à Alger n'avaient pas d'ennemi plus déclaré et plus redoutable.

  Cette première conversation ne fut d'abord qu'un échange de politesses et de vœux usités en pareil cas pour le prompt rétablissement de la paix entre la France et Alger. Dans tout ce que dit le ministre de la marine, homme du reste assez commun, il ne laissa pas que de montrer une finesse et une réserve qui feraient honneur au diplomate européen le plus consommé. Il fut convenu que le lendemain, à une heure, le dey recevrait dans son palais de la Cassaba ( Cette citadelle, de forme octogone, garnie d'embrasures et de canons sur toutes ses faces, est située à l'angle oriental de la ville, et se découvre de très loin en mer.) le commandant des forces navales du roi de France, pour entendre ses propositions. Dans le cours de cette visite, on nous servit le café, et ensuite une limonade à la glace dans le même vase de cristal, qui, suivant l'usage, fut d'abord présenté au ministre, puis au commandant, et successivement aux personnes qui l'accompagnaient.

  Il était six heures du soir lorsque nous prîmes congé de Son Excellence. Quand nous arrivâmes au port, la brise avait considérablement fraîchi, la mer était houleuse, et ce ne fut qu'avec beaucoup de temps et de peine que nous pûmes regagner notre bord.

  Le lendemain, 31 juillet, M . le comte de La Bretonnière, accompagné des mêmes personnes, arriva vers midi sur le quai d’Alger. M. le consul de Sardaigne et le drogman du dey, qui nous avaient donné rendez-vous, n'étant pas encore arrivés, le commandant fut invité à se reposer en les attendant dans le divan - khané, ou salle du conseil du ministre de la marine. Cette pièce, construite récemment dans le goût mauresque, avec des bassins en marbre d'où s'élancent des jets d'eau, est fort belle ; on y respire une fraîcheur douce et agréable. A l'entrée de cette salle se trouve un kiosque élevé, où nous nous arrêtâmes aussi quelques instants, et d'où la vue s'étend sur le port et sur toute la longueur du môle.

  Dans le trajet du port au kiosque, la vue d'un spectacle bien affligeant pour des Français nous avait été ménagée avec une raffinement de cruauté bien digne du caractère de nos hôtes : les trois chaloupes des frégates françaises l'Iphigénie et la Duchesse de Berri, tristes débris de la malheureuse entreprise du 17 juin 1829, avaient été rangées sur notre passage de manière à ne pas échapper à nos regards ( Le 17 juin 1829 , six chaloupes des frégates l'Iphigénie et la Duchesse de Berri furent envoyées, entre les caps Deli et Morisson, à la poursuite d'un corsaire algérien mouillé près de la côte. Malheureusement trois de ces chaloupes, poussées à terre par la lame, ne purent être remises à flot, et tombèrent, ainsi qu'une partie des hommes qui les montaient, au pouvoir des Bédouins. Deux élèves de marine, MM . Cassius et Bargignac, ainsi que vingt-deux marins, après s'être défendus longtemps héroïquement contre plus de mille Arabes, payèrent de leur vie l'impétuosité de leur courage. Un seul de nos marins fut sauvé, et conduit comme prisonnier de guerre à Alger. Nous aurons occasion d'en parler plus tard. ( Voyez, pour plus de détails sur cet évènement, les Annales maritimes, cahier de juillet 1829, page 74. ) ). De jeunes Algériens, instruits sans doute d'avance à cette manœuvre ; frappaient dessus et s'efforçaient par leurs gestes d'attirer notre attention sur ces objets, qu'ils considéraient , ainsi que toute la population d’Alger, comme des trophées d'une victoire signalée.

  Nous vîmes même plusieurs Algériens portant sur eux les vestes ou paleteaux de nos marins tués dans cette circonstance ; si le consul de Sardaigne et le drogman du dey nous ayant rejoints, nous nous acheminâmes, précédés du capitaine du port et de nos gardes , vers le palais du dey , situé à l ' extrémité ouest et sur le point le plus élevé de la ville. Nous traversâmes la longueur du môle, qui peut avoir cinq cents pas de long, et nous passâmes par la porte de la Marine, où l'on conservait encore il y a plusieurs années, comme un trophée de victoire, cinq cloches prises dans la ville d'Oran en 1708.

  Pendant près de trois quarts d'heure que nous mîmes à faire le trajet du port à la Cassaba, il nous fallut parcourir des rues extrêmement étroites, mal pavées, sales, obscures, non aérées, et souvent d'une pente très rapide. Dans plusieurs de ces rues les maisons étaient étayées l'une par l'autre au moyen de poutres posées transversalement. Ces mesures de précautions datent de l'année 1717, époque où Alger éprouva, pendant neuf mois de suite, des secousses de tremblement de terre si violentes que presque tous les habitants abandonnèrent la ville et campèrent dans les campagnes environnantes. La chaleur excessive et la fatigue que nous éprouvions nous forcèrent plusieurs fois de nous arrêter pour reprendre haleine. Excepté quelques Turcs ou Maures de distinction, les nombreux habitants que nous rencontrâmes avaient en général un air de misère et de malpropreté. De temps en temps, quelques fantômes blancs, dont on apercevait à peine les yeux, s'arrêtaient avec curiosité sur notre passage, et nous rappelaient par leur présence qu'il existait aussi des femmes dans cette ville. Nous ne trouvâmes sur notre chemin aucun édifice ou monument ancien digne de fixer un seul instant notre attention ( Sous le rapport des antiquités, il y a déjà plus d'un siècle qu'Alger n'offre rien aux voyageurs qui soit digne de fixer leur attention. Vers 1730, le docteur Shaw y vit encore quelques inscriptions tronquées ; mais les lettres en étaient tellement couvertes de chaux, qu ' il ne put les déchiffrer.) L'absence de fenêtres donnant sur la rue, quelques ouvertures garnies de grilles en fer, et les petites portes surmontés d'auvents, donnent en général à ces maisons le triste aspect de prisons. Mais dans l'intérieur ces habitations offrent un coup d'œil très agréable ; nous aurons occasion d'en parler plus tard.

  Dans cette partie de la ville, excepté quelques échoppes de marchands de tabac ou d'épiciers, nous ne vîmes ni boutiques ni magasins de quelque apparence. Nous apprîmes que les plus considérables se trouvaient, ainsi que les cafés les plus fréquentés, dans la grande rue d'Alger qui traverse cette ville du nord au sud. Parvenus à peu de distance de la Cassaba nous vîmes sur une petite place à notre droite une belle fontaine en marbre, formant un massif carré surmonté d'une coupole, autour de laquelle s'avançait horizontalement un toit en auvent, destiné à abriter les approches de la fontaine. Les quatre faces du massif étaient couvertes de sculptures dorées, d'arabesques et de versets du Coran ; autour de ce monument plusieurs Turcs assez bien mis étaient assis et fumaient gravement la pipe (Jusqu'en 1011 Alger n'avait d'autre eau que celle des citernes ; mais, à cette époque, un Maure indiqua le moyen d'y conduire celles d'une source située à un quart de lieue de la ville, dans le voisinage du château de l'Empereur. C'est à ce projet, mis à exécution, qu'on doit la grande quantité de fontaines qui se trouvent aujourd'hui dans cette place. Si l'armée envahissante, en s'emparant de cette source, parvenait à en détourner les eaux, cette capitale si orgueilleuse se trouverait, par celte seule opération, dans la position la plus critique, ou, pour mieux dire, à la merci des assiégeants .)

  A notre entrée dans la première cour du palais, on nous fit attendre quelques instants le retour d'un officier qui était allé prévenir Son Altesse de notre arrivée. C'est dans cette cour , qui a la forme d'un carré long, que le dey donne ordinairement ses audiences publiques. Le trône, que nous aperçûmes sous une galerie au fond de la cour, consistait en un sofa dressé sur une petite estrade en bois, et couvert de drap rouge. Derrière le sofa était un grand miroir de Venise, encadré d'une large bordure qui conservait à peine quelques restes de son ancienne dorure. On vint enfin nous prévenir que Son Altesse daignait nous admettre en sa présence. Précédés de nos gardes, nous montâmes un escalier assez large, et parvînmes à une galerie longue et étroite, à l'extrémité de laquelle nous aperçûmes le dey assis sur un fauteuil, entouré de ses grands officiers et des principaux chefs de sa garde. .

  L'ancienne étiquette obligeait autrefois, dans ces circonstances, les consuls et les commandants des armements européens à baiser la main du dey ; aujourd'hui ils se bornent à une simple salutation, et portent la main sur celle que le pacha leur présente en signe d'amitié ; mais, dans aucun cas, les consuls ne peuvent se présenter devant le dey avec leur épée ; quelques observations faites à ce sujet à M. le comte de La Bretonnière par le drogman du dey ayant été vivement repoussées, nous conservâmes les nôtres. Le consul de Sardaigne salua le dey le premier, puis M. le comte de La Bretonnière, et successivement toutes les personnes qui l'accompagnaient.

  De même que devant les têtes couronnées de l'Europe, il n'est jamais permis dans les audiences publiques de s'asseoir en présence du dey, quelque longue que soit l'audience, et quel que soit le rang du personnage auquel elle est accordée. Cette première conférence dura plus de trois heures, pendant lesquelles il nous fallut rester debout.

  Hussein Pacha, dey actuel d'Alger, était ministre de l'intérieur lorsqu'il succéda, le 1er mars 1818, à Aly Khodja, son prédécesseur. Il avait alors quarante-cinq ans, et jouissait d'une bonne réputation ; mais, doué de peu d'énergie, il passait pour avoir un caractère facile à être influencé par tout ce qui l'approchait. Ce prince, qui a aujourd'hui cinquante-sept ans, est replet et d'une taille moyenne ; ses traits n'ont rien de cette régularité et de cette dignité qui se remarquent généralement dans les physionomies ottomanes. Sa figure, empreinte d'une sombre agitation, paraissait triste et sévère ; peut être aussi le caractère de nos différends avec lui et le sujet de nos conférences contribuaient-ils beaucoup à cette teinte extérieure qui nous frappa. Nous ne pouvons donc rien dire des manières habituelles de ce prince dans sa vie privée. S'il faut en croire les rapports qui nous ont été faits élévation au pouvoir suprême, n'est parvenu qu'à force de crimes et d'intrigues à se maintenir dans le poste éminent qu'il occupe encore aujourd'hui .

  Vivant isolé au milieu de ses sujets, il a considérablement augmenté les fortifications de la Cassaba, et n'admet dans cette citadelle, avec les plus grandes précautions, que ses ministres et ses favoris.

  Dans la crainte très fondée où il est que les Algériens n'attendent qu'une occasion favorable de se défaire de sa personne, il ne sort jamais de cette forteresse. Lors d'une seule tentative qu'il fit pour aller inspecter des travaux de fortification, il faillit être assassiné, et n'échappa au danger qu'en rentrant précipitamment dans son palais.

  Il y a dix-huit mois environ que Hussein pacha, jouant aux échecs avec l'agha son parent, alors chef de la force militaire d’Alger, le fit impitoyablement étrangler. Cet officier, par la régularité de sa conduite, était généralement estimé dans le pays, mais Hussein le soupçonnait sans doute de conspirer contre sa vie.
  Malgré de tels actes de cruauté, dictés par une politique ombrageuse ou par le sentiment de sa propre conservation, ce pacha est encore loin d'avoir mérité au même degré la qualification de tyran, acquise à si juste titre à son prédécesseur Aly Khodja ( La mémoire d'Ali Khodja, mort de la peste au commencement de 1818, est encore en horreur aux Algériens par le souvenir de ses cruautés et de son odieuse tyrannie. )

  Hussein jouit même parmi les grands et le peuple d'une certaine réputation d'équité pour tout ce qui se rapporte à l'administration de la justice et aux actes de son gouvernement.
  La même impartialité qui nous a porté à faire connaître ce que la justice et l'humanité reprochent à ce prince, nous impose également le devoir de rapporter des faits qui lui font d'autant plus d'honneur qu'ils sont peut-être les seuls de ce genre que l'on puisse citer dans les fastes de l'islamisme.

  Jusqu'à ce jour tout individu admis de gré ou de force dans la religion mahométane, ne pouvait plus l'abjurer, et même la plus légère tentative à cet égard était immédiatement punie de mort. Cependant le sieur Bensannon, juif algérien, protégé Anglais, premier drogman actuel de la régence, le même qui nous accompagnait dans nos conférences auprès de Son Altesse, le sieur Bensamon, dis-je, que le dey Aly Khodja avait forcé de se faire mahométan, fut, le 29 mars 1818, rendu par Hussein dey à sa liberté de conscience. Le même jour, en vertu d'une décision du pacha, appuyée de l'opinion des cadis turcs et maures, portant que nul ne pouvait être contraint à embrasser le mahométisme, trois jeunes garçons, huit filles juives et une chrétienne ravis à leurs parents par Aly Khodja, furent également rendus à leur famille et à la religion de leurs pères. L'une des jeunes filles juives, et Rose Ponsinibio, fille d'un aubergiste piémontais, reçurent même chacune du pacha, en rentrant chez leurs parents, une dot de 5000 piastres fortes d'Espagne, environ 27000 francs de notre monnaie.

  Notre première conférence, qui dura plus de deux heures, fut employée aux compliments d’usage, à des explications préalables relatives à l’objet de notre mission, et à la vérification des pleins pouvoirs. Après une discussion très animée, le dey ajourna au surlendemain ( 2 août ) son ultimatum, ou sa dernière réponse aux propositions qui lui avaient été faites. Pendant cette conférence et celle qui la suivit, le dey s'est toujours exprimé en turc ; ses paroles ainsi que celles de M. le comte de La Bretonnière étaient interprétées par l'auteur de cette Relation, et pouvaient être contrôlées par le drogman du dey ; mais ce dernier, intimidé par la nature même des discussions, prit rarement la parole.

  Hussein Pacha parle et écrit correctement le turc et s'exprime même en arabe avec beaucoup de facilité. Le surnom de Khodja ( maître, professeur, ) ajouté primitivement à son nom. Ce prince passe en effet pour l'homme le plus instruit de la régence, mais on appréciera cette réputation à sa juste valeur en apprenant qu'il n'existe pas à Alger trois membres du divan qui lisent et écrivent correctement leur langue. Quelque longue et animée que fût cette conférence, la rigueur de l'étiquette s'opposa à ce qu'on nous offrît des rafraîchissements, qu'aurait rendus nécessaires l'excès de la chaleur et de la fatigue. De temps en temps seulement, Son Altesse nous faisait présenter sa tabatière par l'un des officiers de sa maison. En prenant congé, le dey nous invita obligeamment à parcourir Alger, ses environs, et même à y séjourner si la chose pouvait nous être agréable, nous assurant que partout nous trouverions sûreté et protection. En sortant de chez Son Altesse , M. de La Bretonnière crut devoir faire une visite d'étiquette aux membres les plus influents du divan, qui lui furent indiqués par M. le consul de Sardaigne.

  Nous fûmes successivement chez le khaznadji, ou premier ministre, le mufti, chef de la religion, le bèitulmaldji, ou intendant général du fisc, le vèkili - Hardj , ou ministre de la marine et des affaires étrangères, et enfin chez l'agha, ou commandant des forces militaires ( On rend ordinairement de grands honneurs à cet agha. Lorsqu'il passe dans les rues, deux chaouchs le précèdent, et crient : Rangez-vous, voilà l'agha qui passe. C'est chez ce dignitaire qu'on porte tous les soirs les clefs de la ville ; et c'est chez lui que l'on inflige les punitions aux Turcs, telles que la bastonnade ou la peine de mort .). Tous ces personnages, excepté le dernier, nous parurent des êtres insignifiants, ou contraires aux intérêts de la France. L'agha seul, gendre du dey, désigné par la voix publique comme son successeur, est un homme aussi distingué par son beau physique que par l'affabilité et l'agrément de ses manières. Il nous fit l'accueil le plus affectueux et manifesta au commandant, avec autant de franchise que d’empressement, ses bonnes dispositions personnelles envers la France.

  En sortant de chez l’agha, M. le comte Datili, qui nous avait accompagnés et dirigés dans toutes les visites que nous venions de faire, nous invita à nous reposer quelques instants chez lui. Dans une rue assez étroite, comme le sont presque toutes celles d’Alger, une porte de moyenne grandeur, surmontée d'un auvent avec un banc de chaque côté, sert d'entrée au consulat général de Sardaigne. Cette maison à deux étages, comme la plupart de celles, d'Alger, se compose intérieurement d'une cour carrée assez vaste, appelée en arabe ouast ou milieu ; celle-ci est entourée de deux galeries placées parallèlement l'une au-dessus de l'autre, et soutenues par des colonnes. De ces galeries on passe dans les appartements, dont toutes les fenêtres donnent sur la cour ; de grandes portes servent d'entrée aux chambres, qui en général sont vastes et bien aérées. Les planchers sont en briques ou d'une espèce de stuc blanc, les plafonds sont presque tous boisés ou peints avec beaucoup d'art, et divisés en compartiments ou panneaux, avec des moulures peintes et dorées. Suivant la richesse du propriétaire, le pavé de la cour est en marbre ou en matières qui ne conservent pas l'humidité. Toutes les maisons, au lieu de toits, se terminent généralement en terrasses, forme commode et agréable à l'œil ; elles sont entourées d'un mur d'appui qui leur sert de balustrade. Ce mur est même quelquefois si bas, qu'on peut sans beaucoup de difficulté aller d'une maison à l'autre. Cette facilité de communication explique la nécessité des grilles de fer qu'on voit dans toutes les maisons, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ces terrasses sont d'une grande utilité pour les besoins domestiques d'une famille et pour tout le service d'une maison ;
  On s'y réunit les soirs de préférence pour prendre le frais, causer ou faire de la musique ; et elles sont d'autant plus agréables, qu’Alger étant bâti en amphithéâtre sur le penchant d'une colline assez rapide, on y jouit presque partout de la vue de la mer et du spectacle magnifique de la baie.

  Arrivés chez le consul de Sardaigne, nous présentâmes nos hommages à madame la comtesse Datili. Cette dame, fille de M . Chirico, dernier consul de Raguse à Constantinople, est née à Péra. A tous les avantages de la nature, à un esprit cultivé et à beaucoup d'amabilité, madame Datili réunit la connaissance des langues française, italienne, russe, grecque moderne et turque, et elle s'exprime dans toutes ces langues avec la plus grande facilité. Cette dame a surtout des droits à la reconnaissance des Français, pour les soins touchants qu'elle et son mari ne cessent depuis le commencement de cette guerre de prodiguer à nos malheureux compatriotes prisonniers à Alger.

  C'est par la bienveillante intervention de M. Datili que déjà plusieurs d'entre eux ont été rendus à leur patrie. Peu de temps avant notre arrivée à Alger, le dey, dans un de ses moments d'heureuse inspiration, avait, de son propre mouvement, accordé la délivrance de sept de ces infortunés au consul de Sardaigne ; mais ils étaient au nombre de quarante-quatre, il fallut donc tirer au sort. Cette opération, qui se fit dans la maison du consul de Sardaigne, fut un spectacle bien déchirant ; ceux même que le sort favorisa n'osèrent manifester leur joie ; et c'était encore les larmes aux yeux que madame Datili nous racontait toutes les circonstances de cette scène de douleur. Il reste donc encore à Alger trente-sept de ces prisonniers dont nous aurons bientôt lieu de parler.

  En sortant, M. et madame Datili invitèrent le commandant et les personnes qui l'accompagnaient à venir déjeuner le lendemain à leur maison de campagne, située à environ une lieue et demie d’Alger. Cette invitation nous fut d'autant plus agréable qu'elle était pour nous une occasion de reconnaître plus aisément une partie des environs de la ville, que jusqu'alors nous n'avions fait qu'entrevoir.

EXCURSION DANS LA VILLE ET LES ENVIRONS D'ALGER.

  Le 1er août nous quittâmes le bord vers onze heures du matin, et débarquâmes peu d'instants après sur le quai d’Alger. Débarrassés cette fois de nos uniformes et de l'entourage de représentation qui avait présidé à nos premières réceptions, moins remarqués de la foule, nous, pûmes observer plus tranquillement les choses qui méritaient de fixer notre attention, et surtout, en première ligne, les fortifications de la marine, le port et les bâtiments qui s'y trouvaient. Les ouvrages qui défendent la partie sud du môle, et que l'on trouve à droite, en entrant dans la darse, se composent de deux lignes de batteries, dont la première, à fleur d'eau, est casematée et forte de cent dix-sept pièces de gros calibre. A gauche, et vis-à-vis la tête du môle, une batterie formidable de trente-six pièces de canons de gros calibre, superposées parallèlement sur deux lignes, a été élevée depuis 1816. Ces pièces sont d'autant plus redoutables qu'elles battraient en flanc les bâtiments qui tenteraient de pénétrer dans la darse en tournant le môle ; une autre batterie, située à l'extrémité de la jetée et près de la porte de la Marine, composée de pièces de douze, directement l'entrée de la darse.

  Les chaloupes canonnières algériennes servent aussi à augmenter la défense particulière de l'entrée du port ; à cet effet, on en place une douzaine derrière une estacade en bois, renforcée d'une forte chaîne de fer et de plusieurs câbles et grelins ; la chaîne est tendue tous les soirs pour fermer le port. Ce dernier est encaissé par le môle et parsemé de dangers ; le fond, envahi par une végétation sous-marine qui s'accroît de jour en jour, doit avoir à peu près cinq brasses dans sa plus grande profondeur. Ce port, de figure oblongue, peut contenir environ cinquante bâtiments de trois à quatre cents tonneaux l'un portant l'autre. Nous vîmes les bords de la darse garnie des bâtiments algériens désarmés. Cette marine se compose aujourd'hui d'une grande frégate de soixante, dans le plus mauvais état ; d'une autre de plus petit échantillon, deux corvettes, deux brigs, cinq goélettes et une vingtaine de chaloupes canonnières portant chacune une pièce en bronze de gros calibre (1). Le môle, étroit et peu profond, fut construit en 1519 par des prisonniers espagnols.
  ( 1 ) Pour la première fois, en 1825, les Algériens donnèrent, à l'imitation des Européens, des noms particuliers à leurs bâtiments de guerre. Ces noms sont tous arabes, turcs ou persans. Voici ceux des navires qui étaient dans le port à cette époque. canons. Miftahi - Djihan, la Clé du monde . . . . . 62 Frégates. . . Ben-el-Ghavvas, le fils du plongeur . . . . . . 50 ( Neferi - Iskender, l'Alexandre . . . . . . . Corvettes . . . Mezaheri - Istavfiė . . . . Fassia . . . . . . 36 . S Nimeti - Khouda, le Don ou le Bienfait de Dieu. Brigs . . 18 Mujdères, le Porteur de bonnes nouvelles. · 16 Feth- ul-islam, la Conquête de l'islamisme, ou Faite par l'islamisme . . . . 24 Djèiran, le Chevreuil . . . . 16 Goélettes . . Tongarda . . . . . 14 Sureiia, les Pléiades ( sans canons ). Chahini - Dèria, le Faucon de mer (sans canons). Polacre , . . Zaghar , le Levrier . · · · · 20 Chebec . . Majorca, nom d'une des iles Baléares . . .

  Arrivés au consulat de Sardaigne, nous fûmes reçus par M. le comte Datili et les officiers du consulat ; madame la comtesse était partie la veille pour la campagne où elle devait nous recevoir. En sortant de chez M. Datil , nous nous dirigeâmes à pied vers la porte Bab-el-Oued, située au nord-ouest d’Alger. Peu d'instants avant d'arriver à cette porte, nous laissâmes à notre droite, et près de la marine, la maison consulaire de France. C'est dans le voisinage de cette dernière et près du consulat américain qu'est situé le magasin aux poudres ; et ce qui dans ce moment est très important à remarquer, c'est que cette poudrière, à ce que nous ont dit des personnes bien informées et dignes de foi, n'est nullement à l'abri de la bombe.

  Arrivés sur une petite place à la sortie de la ville, lieu ordinaire des exécutions publiques, nous trouvâmes des chevaux tout selles que M. Datili nous avait fait préparer. Notre petite caravane, composée d'une quinzaine de personnes et précédée d'un janissaire du consulat de Sardaigne, se dirigea en sortant de la porte Bab-el-Oued vers le nord-ouest. Cette porte tire son nom arabe d'un torrent situé à peu de distance, mais qui est à sec durant les mois les plus chauds de l'année. Laissant à notre droite les nombreuses batteries de la côte, une petite crique assez profonde, des moulins qui bordent le rivage, et le cimetière des chrétiens et des juifs, nous prîmes d'abord le menu chemin large et uni qui suit la direction de la côte jusqu'au cap Caxine, c'est-à dire à environ une lieue nord-ouest d’Alger. A partir de la gauche de ce chemin et des bords du torrent, un mamelon s'élève à une hauteur assez considérable et va aboutir aux murailles de la ville. L'espace entre ce mamelon et une autre élévation située sur le bord opposé du torrent, forme une gorge profonde pénétrant dans la campagne, où l'on découvre, dans les sites les plus pittoresques, une foule de jolies maisons entourées de jardins.

  Nous remarquerons ici que les haies vives de figuiers de Barbarie et d'aloès d'une très grande espèce, qui produisent des fleurs dont les tiges se développent en girandoles et ont quelquefois douze ou quinze pieds de haut. Toujours en suivant le même chemin, nous atteignîmes plusieurs coupoles en ruines, qu'on nous dit être les tombes de six deys, dont l'élévation et la mort tragique eurent lieu dans une seule et même journée ; un septième fut élu le même jour et régna, mais on ne dit pas si son règne fut de très longue durée. Parvenus à peu de distance d'un grand jardin appartenant au dey, et qui s'étend jusqu'au bord de la mer, nous vîmes les ruines d'une ancienne mosquée. Toute cette partie de la campagne, depuis la ville jusqu'au jardin du dey, est généralement aride et découverte. Des aloès d'une très grande espèce, des cactus ou figuiers raquettes, des myrtes et quelques oliviers couverts d'une poussière très épaisse, sont les seuls arbres qu’on rencontre de distance en distance.

  Non loin de la mosquée, nous tournâmes à gauche, quittâmes la route et ne cessâmes, en nous dirigeant à l'ouest, de gravir des collines arides et escarpées. Parvenus à l'entrée d'un joli chemin bordé de myrtes et d'aloès, et après nous être un peu élevés sur cette côte brûlante et desséchée, la vue magnifique de la baie et l'immensité de la mer, en nous offrant le plus beau tableau, nous fit oublier la fatigue de cette pénible montée. La baie se dessine dans une étendue de quatre lieues ; à l'ouest , elle commence par le cap Caxine, et se termine à l'est par le cap Matifou. La profondeur de cette courbe assez régulière est d'environ deux lieues ; c'est vers le fond de la baie que se trouvent les embouchures des rivières Haratch et Hamise, La première prend sa source dans les montagnes des Béni-Mouça, et la seconde dans celles des Béni-Jâte. Après avoir parcouru pendant environ dix minutes le chemin boisé où nous venions d'entrer, nous atteignîmes à droite une porte servant d'entrée principale à la maison de campagne de feu M. Deval, consul général de France. Nous descendîmes de cheval à l'entrée d'une espèce d'avenue dont les arbres étaient presque entièrement dépouillés de leur feuillage. Au pas ordinaire de nos chevaux nous employâmes environ deux heures à faire cette course ; mais, d'après les difficultés du chemin, on peut évaluer à cinq quarts de lieue, ou tout au plus à une lieue et demie, la distance de cette maison de campagne à Alger.

  Depuis le départ de M . Deval , en 1827, cette maison est habitée par M. Datili ; son genre de construction et surtout la distribution des appartements sont un mélange du goût oriental et européen ; l'ameublement en est simple, mais disposé avec goût ; cette habitation se compose d'un grand corps de logis avec toutes les dépendances nécessaires ; le jardin, construit sur le penchant de la montagne, est formé en terrasses ; excepté des orangers, des figuiers, quelques arbres fruitiers et des lauriers-roses, on ne rencontre ici aucun arbre de haute futaie ou susceptible de donner de l'ombrage ; la vigne y est assez abondante. Cette demeure, bien pourvue d'eau, est ornée, dans une des parties du jardin, d'un grand bassin alimenté par une source voisine. De l'une de ces terrasses M. Datili nous montra sa maison de campagne et celle du consul d’Angleterre, situées à peu de distance.

  De toutes ces maisons on jouit du spectacle magnifique de la baie et de la vue de la mer, dont rien ne borne l'horizon ; on y découvre les navires dans un grand éloignement ; nous pûmes même reconnaître nos frégates la Thétis et la Proserpine croisant à plusieurs lieues de la côte ; mais quel que soit l'avantage d'une telle position, on ne doit pas s'attendre à trouver ici cet air de vie, de fraîcheur et d'activité qui anime les campagnes dans nos climats septentrionaux. La solitude qui environne celles d'Alger, les grilles garnissent les fenêtres de toutes les maisons, l'abandon des lieux les plus susceptibles d'être cultivés, et l’air sombre, triste et misérable des gens de la campagne, donnent à tout ce paysage un air de langueur et de mélancolie qui se communique à l'étranger dès les premiers moments de son arrivée.

  La nature a été prodigue pour ce pays, mais le despotisme et la barbarie du gouvernement algérien ont tout étouffé et tout enlaidi. Nul doute que sous l'influence d'une administration régénératrice, cette contrée, jadis l'une des plus riches colonies romaines, ne vît bientôt renaître son ancien état de splendeur et de prospérité.

  Dans cette partie de campagne, dont M. et madame Datili nous firent les honneurs avec autant de politesse que de cordialité, nous eûmes occasion de voir et d'entretenir quelques-uns des Français prisonniers de guerre à Alger : Peu d’instants avant de nous mettre à table, quatre capitaines de notre marine marchande furent présentés au commandant par M. Datili. Ces marins, pendant le déjeuner, nous racontèrent toutes les circonstances de leur captivité. Conduits d'abord sur divers points du royaume assez éloignés de la capitale, ils avaient été dépouillés d'une partie de leurs vêtements, et forcés de faire à pied un long trajet, portant sur leur dos, et pour le compte de leur nouveau maître, la plus grande partie des effets qui leur avait appartenu. Réclamés par M. Datili à leur arrivée à Alger, ce consul les avait fait habiller, leur avait donné tous les secours nécessaires, et avait obtenu du dey l’autorisation de les garder dans sa maison de campagne, sous sa responsabilité personnelle. Nous apprîmes que le reste des autres prisonniers français logeait en partie chez les consuls des nations européennes, ou dans une maison que le gouvernement algérien leur avait destinée près de la Marine ; nous sûmes qu'en général ces Français n'étaient pas maltraités. Tous avaient également à se louer de la protection du consul de Sardaigne et des soins touchants que ne cessait de leur prodiguer madame Datili.

  En sortant de table, cette dame nous conduisit dans une galerie très propre donnant sur le jardin, où étaient rangés les lits des prisonniers français. Sur l'un de ces lits nous vîmes le nommé Martin, marin de la frégate la Duchesse de Berri, et le seul qui avait miraculeusement échappé à la malheureuse affaire du 17 juin. Ce marin , après avoir été grièvement blessé d'un coup de sabre à la tête, dut son salut à la bravoure autant qu'à la générosité d'un Arabe qui , l'ayant fait son prisonnier, le défendit contre ses propres compatriotes, et le conduisit au dey d’Alger. Hussein Pacha, autant pour récompenser cette belle action que pour en encourager de semblables à l'avenir, fit donner deux cents piastres de récompense à cet Arabe, tandis qu'il n'en avait accordé que cent pour chacune des têtes des autres victimes que, suivant l'usage, on lui avait présentées. Ce marin éprouvait dans ce moment de violents accès de fièvre, suite de sa blessure et de l'imprudence qu'il avait eue de s'exposer trop tôt aux rayons du soleil ; son état donnait au médecin du consulat de Sardaigne les plus vives inquiétudes. A peine l'affaiblissement de son cerveau troublé lui permettait-il de répondre aux questions qui lui furent adressées sur l'affaire du 17 juin ; et c'était tout au plus si dans ce moment il en conservait un vague souvenir. Étonné de se voir ainsi entouré de nouveaux compatriotes, il ne parut sensible qu'aux paroles d'amitié et d'encouragement que lui donnait, en lui serrant affectueusement la main, notre excellent commandant. Depuis nous avons appris que ce marin avait recouvré, avec la santé, l'usage de ses facultés intellectuelles.

  C'était surtout pour ces pauvres prisonniers que notre arrivée à Alger avait été un motif de joie et de consolation. Hélas ! quel a dû être leur désespoir lorsque, le lendemain, ils auront appris notre départ et la rupture des négociations ; mais quelle sera leur position, au milieu d'une populace en furie, au moment où la flotte française paraîtra dans la baie d'Alger ! Ici le souvenir terrible de Mezzo-Morto, de Choiseul attaché à la bouche d'un canon, et des membres palpitants de Le Vacher lancés tout sanglants jusque sur les vaisseaux de Duquesne, se représente malgré nous à l'imagination troublée ! Mais non, espérons-le, la Providence veillera sur ces enfants de la France ; les Algériens, en les conservant comme des otages précieux, suivront les inspirations d'une politique mieux entendue et plus conforme à leurs vrais intérêts ( M. Crépin, peintre distingué du ministère de la marine, vient tout récemment de reproduire sur la toile ces terribles épisodes de l'histoire d'Alger, d'où il a su tirer le sujet de deux jolis tableaux exécutés avec autant de vérité que de talent .).

  En rentrant dans la ville par la porte Bab-el-Oued, nous observâmes attentivement, mais avec toute la prudence qu'exigeait notre position, les murailles qui entourent Alger de ce côté ; ces murs, construits partie en terre et partie en briques, peuvent avoir vingt pieds de hauteur. Sur des tours carrées qui les flanquent de distance en distance se trouvent quelques pièces de canon mal appuyées. Quant aux fossés, ils nous ont paru dans cette partie avoir très peu de profondeur ( Du temps du docteur Shaw, c'est-à-dire vers 1730, ces fossés étaient déjà comblés en partie. )

DERNIERE CONFÉRENCE AVEC LE DEY,
DÉPART D'ALGER, INSULTE COMMISE PAR LES ALGÉRIENS
CONTRE LE VAISSEAU LA PROVENCE

  Le 2 août dès le matin nous fîmes nos dispositions pour nous rendre à l'audience du dey. Cette journée était pour nous d'une grande importance, puisqu'elle devait décider de la paix ou de la guerre. Les dangers et les outrages auxquels lord Exmouth et ses officiers avaient été exposés dans une circonstance semblable se représentaient à notre mémoire ; ils pouvaient se reproduire d'autant plus facilement à notre égard, que nous n'avions pas à notre disposition l'appareil de forces militaires imposantes qui appuyaient les négociations de l'amiral anglais. Nous partîmes, et vers midi nous débarquâmes sur le quai d'Alger. Arrivés chez le ministre de la marine, l'air triste et abattu de l'interprète du dey, la physionomie sombre et sinistre de tous ceux qui l'entouraient , furent pour nous l'indice de dispositions peu favorables. Lorsque le consul de Sardaigne nous eut rejoints, et qu'on nous eut fait assez froidement les politesses d'usage, nous nous acheminâmes vers le palais du dey, à travers la foule qui se pressait sur notre passage. En chemin nous rencontrâmes le Bach Tehavouch ou grand-prévôt ; cet officier supérieur, messager secret et fidèle du dey, était habillé de bonnet blanc terminé en pointe. Introduits auprès de Son Altesse avec les mêmes formalités qu'à l'audience précédente, la discussion, après les compliments d'usage, s'établit sur les objets importants que nous avions à traiter, et se termina, après de longs débats, par le rejet que fit le dey des propositions du gouvernement français. Sans entrer ici dans des détails qu'il ne nous appartient pas de faire connaître sur cette dernière conférence, nous pouvons dire que le langage tenu par M. le comte de La Bretonnière au dey d'Alger a été celui d'un négociateur conciliant et courageux.

  Après avoir fait les plus grands efforts pour remplir par la délivrance des prisonniers les vues paternelles de Sa Majesté, et avoir inutilement employé tous les moyens de persuasion pour amener Hussein Pacha à consentir aux justes réclamations de la France, le commandant des forces navales du roi lui fit d'abord observer la terrible responsabilité qu'il assumait sur sa tête en se rendant aux yeux de Dieu et des hommes la cause des malheurs de son pays, et il n'hésita pas à lui déclarer que désormais le roi de France, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, emploierait les forces que le Tout-Puissant avait mises entre ses mains pour défendre ses droits et la dignité de sa couronne.

  « J'ai de la poudre et des canons, répliqua Hussein Pacha, et puisqu'il n'y a pas moyen de s'entendre, vous êtes libres de vous retirer. Vous êtes venus sous la foi du sauf-conduit , aman – dit-il, je vous permets de sortir sous la même garantie. »
  Nous prîmes immédiatement congé de ce prince et sortîmes du palais.

  Depuis la Cassaba jusqu'au port, la foule qui nous entourait s'attachait à deviner dans notre maintien et dans l'expression de nos regards le résultat de cette dernière conférence ; mais nous jugeâmes prudent de montrer la plus grande impassibilité. Arrivés sur le port, le même sentiment de curiosité, ou peut-être un projet criminel, personnellement d'un ton sinistre sur ce qui venait de se passer. Voyant qu'il n'était pas encore instruit, et connaissant son fanatisme et son inimitié contre la France, je crus prudent, non seulement de prolonger son incertitude par une réponse évasive, mais je lui donnai même à entendre que tout espoir d'accommodement n'était pas encore évanoui. La conduite de ce même ministre, qui le lendemain fit tirer sur le vaisseau, m’a depuis donné la conviction que nous avions dû notre salut à ce dernier acte de prudence. La foule, toutes les fois que nous sommes allés à Alger, tout en se pressant autour de nous, ne nous a jamais paru avoir à notre égard un caractère décidément hostile ; je puis même affirmer, d'après la connaissance que j'ai de l'arabe et du turc, que je n'ai pas entendu sur notre passage un seul mot offensant ; la tristesse et l'inquiétude nous paraissaient être au contraire les sentiments dominants empreints sur toutes les physionomies.

  Au moment de notre embarquement, le capitaine du port et les personnes qui l'entouraient nous firent tous leurs adieux du ton le plus amical.

  M. le comte Datili et l'interprète du dey, qui nous avaient accompagnés jusqu'au quai, espérant que quelques heures de réflexions pourraient peut-être encore vaincre l'opiniâtreté de Hussein Pacha, prièrent le commandant de différer jusqu'au lendemain à midi son départ de la baie. M. de La Bretonnière voulut bien encore, pour un motif aussi puissant, céder à leurs instances : « Mais, monsieur, dit-il à l'interprète du dey, rappelez à votre maître que, passé cette heure, s' il ne se rend pas aux justes réclamations du roi, toute négociation est rompue, et je ne serai plus pour lui que le commandant des forces navales de Sa Majesté, chargé de continuer les opérations de la guerre jusqu'à pleine et entière satisfaction. »

  Enfin, après avoir pris congé de M. Datili, nous entrâmes dans le canot, débordâmes le quai debout et une mer affreuse ; il ne fallait rien moins que la solidité du canot et l'habileté de nos rameurs pour résister aux coups de la lame, dont la longueur et la violence semblaient à chaque instant devoir nous engloutir. Cette partie de la baie d'Alger est remplie de requins, nous en vîmes plusieurs qui suivaient le canot à une très petite distance ; il y en eut un entre autres de la grande espèce, qui, porté par une forte lame, nous parut un instant sur le point de tomber au milieu de nous dans le canot, mais il passa sous l'embarcation, dont il effleura légèrement la quille. Après trois heures de peines, de fatigues et de dangers, nous atteignîmes enfin le vaisseau, ayant tous nos vêtements trempés comme si nous étions tombés à la mer. On nous attendait avec impatience à bord, où déjà notre absence prolongée avait causé de l'inquiétude. Si l'on nous vit de retour avec plaisir, nous n'en éprouvâmes pas moins, après cette journée fatigante et aventureuse, à nous re trouver sains et saufs au milieu des nôtres.

  Cependant une inquiétude générale sur notre position dans cette baie semblait être le pressentiment des dangers que nous devions encore courir, et nous faisait désirer d'en sortir le plus promptement possible ; mais la parole du commandant avait été donnée, il fallut donc différer notre départ jusqu'au lendemain à midi. Vers le soir, la brise d'est, vent battant en côte, avait considérablement molli, et nous nous considérions dès lors comme plus en sûreté ; mais, dans cette baie, les courants, la nature du fond et les vents les plus impétueux entraînent toujours les bâtiments vers la terre, c'est ce que nous ne tardâmes pas à éprouver. Vers neuf heures du soir on s'aperçut déjà que le vaisseau avait chassé de deux encâblures sur son ancre, et un examen plus attentif fit reconnaître que le câble était coupé. Une seconde ancre fut immédiatement mouillée avec la chaîne. Nous dûmes notre salut à cette mesure quart d'heure seulement, le vaisseau, entraîné par le courant, aurait échoué sous les batteries du fort Bab-Azoun, où sa perte et celle de l'équipage eussent été inévitables. Quoi qu'en dise M. Shaler, que la rade d’Alger offre partout un ancrage sûr, il est bien certain que cette rade est dangereuse sur plusieurs points, et que sous une apparence de vase elle cache dans plusieurs endroits un véritable fond de corail.

  Le lendemain, 3 août, l'on voulut retirer l'ancre que nous avions dû abandonner dans la nuit ; mais tous les efforts furent inutiles, il fallut y renoncer ; elle est restée au milieu de tant de débris qui remplissent, depuis des siècles, le fond de cette partie de la baie. . . Vers midi, le commandant ordonna au brig l’Alerte, mouillé à peu de distance de nous , et qui avait suivi le vaisseau dans cette mission, d'appareiller et de sortir de la baie couvert du pavillon parlementaire. Forcé par le vent de passer sous les batteries de la ville et à portée du canon, M . le capitaine de Nerciat exécuta cette manœuvre avec habileté et prit le large sans inconvénient.

  A une heure le vaisseau, après avoir également appareillé, suivait la même route ayant les basses voiles, les huniers et les perroquets, portant le pavillon parlementaire au mât de misaine, le pavillon du roi arboré à la corne, et le guidon de commandement au grand mat. Plein de confiance sur la foi du sauf-conduit, nous naviguions pour sortir de la baie, lorsqu'un coup de canon à poudre, parti de la batterie du fanal, fixa notre attention. Peu de minutes après on entendit un deuxième et un troisième coup, et l'on vit beaucoup de monde courir aux batteries. C'était probablement l'ordre de faire tirer, car aussitôt une canonnade à boulets, partie des batteries de la ville et du môle, et dirigée sur le vaisseau, d’être commis. En effet dès ce moment, de deux heures et demie jusqu'à trois, c'est-à-dire pendant une demi-heure que le vent nous permit de nous éloigner de la côte, le vaisseau du roi la Provence a essuyé le feu d' environ quatre-vingts coups de canons, et celui de plusieurs bombes qui tombèrent à peu de distance de l'arrière du vaisseau ( Voyez la lithographie placée au commencement de cette relation.)

  Un heureux hasard voulut que onze boulets seulement atteignirent le corps du bâtiment, c'est-à-dire trois dans la coque, un dans la grande vergue qui fut percée d'outre en outre, entre le milieu et le bout de tribord, et plusieurs dans la voilure et le gréement. La corvette de guerre anglaise le Pilorus et la goélette espagnole la Guadaleta, mouillées à peu de distance du port, ont été témoins de cette insulte. Nous dûmes probablement à la position du premier de ces bâtiments, placé entre nous et une partie des batteries, de ne pas avoir reçu le feu de celles qu'il nous masquait.

  J'emprunte ici au mémoire du capitaine Signoret, cité page première, quelques circonstances importantes de cet évènement que son coup-d'œil militaire a observé avec la justesse et la précision d'un homme de l'art .

  « Le feu des batteries ennemies, dit-il, a commencé à la distance de six cents toises, mais la route du vaisseau croisant un peu la direction générale des forts de la Marine, cette distance a diminué jusqu'à quatre cent cinquante toises environ. Puis, le vaisseau ayant doublé le fort de la pointe nord du môle, cette même distance s'est accrue jusqu'au moment où il s'est trouvé hors de portée. La direction donnée aux pièces a généralement été bonne ; presque tous les boulets ont passé sur le vaisseau et entre les mâts, ou à peu de chose près. Le pointage n'a donc été fautif que dans l'angle d'élévation de plus grande qu'elle ne l’était réellement. Toutefois, nous observerons que la même pièce de canon n'a pas tiré deux coups de suite sur le vaisseau ; que c'est lorsqu'il passait devant la fortification que quelques pièces faisaient feu ; et que, quelque bon canonnier qu'on puisse être, le premier coup de canon que l'on tire n'est, à vrai dire, qu'un coup d'épreuve qui sert à diriger les coups suivants, en faisant apprécier la distance de l'objet, et l'angle d'élévation à donner à la pièce pour le frapper. »

  La Providence a permis que nous n'ayons eu personne à regretter ; mais il n'en eût pas été de même si les hommes eussent été au poste de combat ; plusieurs, dans cette position, auraient pu être atteints par les boulets qui pénétrèrent dans la batterie de dix-huit. L'auteur de cette relation, qui se trouvait dans cette partie du vaisseau au commencement de la canonnade, faillit lui même avoir les deux jambes emportées par un boulet de vingt-quatre, et ne dut son salut qu'à une de ces inspirations, véritable bienfait de la Providence, qui le porta instantanément à changer de place sans même y songer.

  Cependant, exposé au feu de plus de cinq cents pièces d'artillerie, c'en était fait du vaisseau la Provence si on eût eu le malheur de perdre un mât, ou si le commandant n'eût pas maîtrisé ce premier mouvement si naturel d’indignation que devait exciter une aussi lâche provocation. Une seule bordée aurait compromis sans gloire son caractère de parlementaire, l ' existence des braves qu'il commandait, et le beau vaisseau que le roi lui avait confié. On doit surtout apprécier la sagesse d'une telle conduite par les efforts que dut faire sur lui-même M. de La Bretonnière pour contenir la vive indignation dont il était pénétré. Dans ce moment difficile la conduite et les sentiments de nos marins furent les mêmes que ceux de leur commandant. Si quelques-uns d'entre eux voulurent, dans le premier moment, se jeter sur les pièces, et voix de leurs chefs et se bornèrent à lancer sur l'en nemi des regards qui exprimaient à la fois le mépris et l'espoir de se venger un jour.

  La canonnade durait encore, lorsque, monté sur le pont, j'aperçus sur la dunette, au poste le plus dangereux, le commandant entouré de ses officiers et aussi calme qu'à Navarin, lorsque , sur le Breslaw, il reçut une honorable blessure. Ici veillant à la conservation de son équipage, il sur veillait en même temps la manœuvre et ordonnait aux marins de se coucher sur le pont pour éviter ainsi des dangers qu'il affrontait lui-même.

  Le lendemain nous gagnâmes le large, et profitant d'un jour de calme, le commandant fit réparer une partie des avaries essuyées par le vaisseau ; ainsi , deux jours après l'évènement du 3 août, nous pûmes reparaître devant Alger, et prouver aux Algériens l'inutilité de leur lâche tentative ; depuis lors, et jusqu'à son retour à Mahon, la Provence ne quitta plus ces parages .

  Le 6 août , le capitaine Quin , commandant de la corvette anglaise le Pilorus, fit tenir à M. le comte de La Bretonnière un pli renfermant une lettre que lui avait adressée le drogman du dey.

  Ce dernier écrivait au commandant anglais que, non seulement Hussein Pacha avait désapprouvé l'attentat du 3 août, mais que, furieux de ce qu'on avait, disait-il, agi contre sa volonté dans cette · circonstance, il venait de destituer le ministre de la marine et de chasser tous les chefs des batteries. Nous remarquerons ici que cette soi-disant réparation était bien tardive, et que d'ailleurs elle n'avait aucun caractère officiel pour le gouvernement français, puisqu'elle ne lui était pas annoncée directement par le dey. En terminant la lettre qui accompagnait celle que nous venons de citer, le capitaine Quin donnait à M. de La Bretonnière les plus grands éloges pour sa conduite pendant la canonnade du 3 août. L'extrait suivant d'une autre lettre écrite d'Alger sur cet évènement, depuis notre départ, fera mieux connaître encore à ce sujet l'opinion de cet officier anglais et celle des étrangers qui l'entouraient. .

  « La Provence mit à la voile hier à deux heures ; » le vent était nord-nord-est et portait à la côte. Ce vaisseau sortit majestueusement sous pavillon parlementaire et passa à environ une demi portée de canon des batteries de la ville, qui, à l'étonnement général, firent feu sur lui. Le capitaine Quin, le maître Martin et moi, nous étions au consulat en ville ; nous montâmes de suite sur la terrasse qui, comme vous le savez, commande toute la vue de la rade. La position de ce vaisseau de guerre était fort critique ; si, d'après l'état du vent, il eût été atteint, il pouvait être chassé vers la terre près du consulat américain. Heureusement le feu des batteries fut si mal dirigé, que nous pensons qu'il n'a pas dû éprouver beaucoup de mal. Nous sommes tous d'avis que M. de La Bretonnière s'est conduit dans cette circonstance avec la plus grande dignité en traitant ces pirates avec le mépris qu'ils méritaient. Il a gardé son pavillon parlementaire, et à la satisfaction générale n'a pas tiré un seul coup de canon. Ce sang-froid et ce jugement ont été ici admirés de tout le monde. Pendant cette crise, je n'ai jamais vu un homme plus agité que le capitaine Quin. Son anxiété sur le sort de ce beau vaisseau était au-delà de tout ce qu'on peut concevoir. Se figurant qu'il était lui-même à bord, il ne cessait de dire dans sa langue : Don ' t fire , my boys , keep-up close to the wind : Ne faites pas feu, mes enfants, serrez le vent. L'infamie de cette violation était en effet si flagrante, que, dans ce moment, nous étions tous Français. » La brise d'ailleurs était faible, et il était à craindre que si le vaisseau français eût tiré, il aurait fait tomber le vent et se serait mis parce seul fait dans une position désespérée. Aussi jamais commandant n'a mieux mérité de son gouvernement que M. le comte de La Bretonnière ; sa conduite, je le répète, fut pleine de prudence, de noblesse et de dignité. Nous rendons grâce, à Dieu de l'avoir vu échapper à ces barbares ( J'ai entre les mains l'original de cette lettre, en anglais , adressée à madame Bodwen par son mari, médecin actuel du dey d'Alger .)»

  Pendant les trois mois que le vaisseau et les autres bâtiments de la division maintinrent le blocus le plus rigoureux sur les côtes de la régence, nous eûmes presque toujours, contre l’ordinaire de cette saison, une mer houleuse et des temps affreux. Les orages se succédaient presque sans interruption. A une distance de plus de vingt lieues de la côte, le vent du Sahara ou du désert nous fit deux ou trois fois sentir son influence débilitante et nous porta du sable en telle quantité que le pont du vaisseau et les bastingages en étaient presque couverts ; cependant la chaleur ne fut pas excessive, et le thermomètre ( échelle de Réaumur ) ne s'éleva jamais au-dessus de vingt-quatre degrés ( L'été de 1829 offrant une véritable anomalie avec l'état ordinaire du climat dans ces contrées, nous croyons devoir renvoyer les lecteurs qui voudraient en avoir une idée plus exacte à un excellent article inséré dans les Annales maritimes ( cahier de septembre et octobre 1829 ) intitulé : Lettre topographique et médicale sur Alger, par M. Lauvergne, chirurgien-major de la marine royale. D'après M. Lauvergne, Alger offre une grande égalité de température ; les saisons passent insensiblement de l'une à l'autre. Le docteur Shaw n'a vu qu'une seule fois, en dix ans, le thermomètre s'arrêter au terme de la congélation, et la neige alors couvre tout le pays ; l'air n'est calme et brûlant que lorsque le vent souffle du désert de Sahara. Les vents de la mer ou de l'ouest, du nord ou nord-est, sont les plus communs. Après ceux-ci, et durant mai jusqu'en septembre, ceux de l'est sont les plus fréquents. Pendant les équinoxes, on a lieu d'éprouver les terribles rafales du sud-ouest, etc. Ce vent dans les parages d'Alger porte avec lui une humidité froide el pénétrante qui incommode les personnes et altère sensiblement les objets de toute nature. Et offrent le plus de garantie de beau temps.) ; dès les premiers jours de septembre nous éprouvâmes les terribles rafales du sud-ouest, si connues et tant redoutées des anciens sous le, nom d'Africus.

  Le 5 septembre, vers dix heures du matin, un de nos hommes tomba à la mer ; presqu'au même instant un de ses camarades se jeta après lui et le sauva avec autant de courage que de sang-froid. Le lendemain, après la messe militaire en musique, le commandant, à la tête de l'état-major et en présence de l'équipage sous les armes, témoigna sa satisfaction pour la belle conduite du marin qui avait risqué sa vie pour sauver son camarade. Il promit, en faisant connaître cette belle action au gouvernement, de demander une récompense en sa faveur. Cette récompense pour les marins est ordinairement une médaille d'argent, et quelquefois la croix de la Légion-d'Honneur .

  Le 7 septembre, par une grosse mer, un requin de dix pieds de long, ayant cinq rangées de dents dans ses mâchoires, fut pris par l'équipage ; après s'être longtemps débattu et avoir tout ébranlé autour de lui, ce monstre marin fut mis en pièces pour être mangé par les matelots. La chair de cet animal, que j'eus la curiosité de goûter, est fade et filandreuse. Les bonites sont très abondantes dans ces parages : nous en prîmes une assez grande quantité, ainsi que des glaucus et des poissons volants. Souvent des oiseaux, tels que des tourterelles, des cailles et autres espèces, chassés par la force du vent et fatigués, se laissèrent prendre à bord du vaisseau. Pendant cette croisière nous arrêtâmes souvent des bâtiments neutres qui cherchaient à échapper au blocus ou à sortir d’Alger. Il résulte de tous les interrogatoires subis par les capitaines de ces navires, que, depuis notre départ, le dey n'a point fait élever de nouvelles fortifications, soit à Alger, soit dans les environs. Les déclarations faites séparément par chacun de ces capitaines, s'accordent toutes à ne porter la force militaire d’Alger qu'à 4 ou 5000 hommes au plus.

  Le 10 septembre, le vaisseau étant encore en vue d'Alger, fit le signal de ralliement à la frégate la Duchesse de Berri, et aux brigs le Hussard et le Voltigeur. D'après l'ordre du commandant, le simulacre d'un combat naval fut exécuté par les bâtiments réunis. Plus de cinq cents coups de canons furent tirés à bord des navires, et nous eûmes sur le vaisseau le spectacle d'un branle-bas général, d'un abordage et d'un incendie simulés. Heureusement, ce jour-là, le mauvais temps ne se mit en scène militaire. .

  Après une croisière de trois mois dans ces parages, M . le comte de La Bretonnière fit voile le 19 septembre pour Mahon. Pendant cette traversée nous éprouvâmes, dans l'espace de cinq jours, des vents contraires, des calmes, puis un très gros temps qui nous obligea subitement à prendre deux ris dans les huniers et à amener la grande voile ; enfin le 23, à huit heures du matin, nous mouillâmes à Port-Mahon, entre le lazaret et le bourg de Villa-Carlos. Nous trouvâmes dans cette île l’escadre américaine composée du vaisseau la Delaware, deux frégates et une corvette.

  Il est quelquefois très difficile d'entrer à Mahon ; mais, parvenu dans l'intérieur, on voit le port le plus beau, le plus vaste et le plus sûr de la Méditerranée. C'est en quelque sorte un large canal de plus d'une demi-lieue de longueur, abrité de chaque côté par un rang de collines assez élevées. Des vaisseaux de haut bord peuvent être amarrés à terre et à très peu de distance du rivage, quelle que soit la force du vent et la violence des vagues qui se brisent contre les remparts qui défendent l'entrée du port, à peine une légère ondulation se fit-elle remarquer dans l'intérieur.

  A partir du lendemain de notre arrivée à Mahon, le commandant et une partie de l'état-major et de l'équipage furent pendant plusieurs jours de suite fortement incommodés, pour avoir mangé des huîtres et autres coquillages qui, bons dans tout autre temps, sont pernicieux ici dans cette saison.

  Le lazaret de Mahon, que nous avons visité dans tous ses détails, est parfaitement bien entretenu. C'est incontestablement l'un des plus vastes et des plus beaux établissements de ce genre qui soit en Europe. Le fort Saint-Philippe est aujourd’hui dans le plus grand délabrement, ainsi que toutes les fortifications de l'île. Quel que soit au reste l'état présent de Minorque, utilité dont elle a été à notre escadre du blocus depuis 1827, par ses ressources locales et comme point intermédiaire entre Toulon et Alger. Mais de quelle importance surtout ne sera pas aujourd'hui cette île avantageusement placée, pour l'armée expéditionnaire d'Afrique !

  Le 14 octobre, au soir, je quittai le vaisseau la Provence, et m'embarquai sur la frégate la Duchesse de Berri, qui devait le lendemain matin mettre à la voile pour Toulon. J'allais revoir la France et ma famille ; cette idée, toute consolante qu'elle était pour moi, ne m'empêcha pas au moment du départ d'éprouver une véritable émotion ; je quittais ce beau vaisseau où pendant plus de trois mois une communauté de dangers, de craintes, d'espérances et souvent de plaisirs, m'avait uni de la plus douce et de la plus honorable confraternité à des hommes bons, instruits, et vraiment estimables. Je n'oublierai jamais les nombreux témoignages d’estime, de bonté et de bienveillance dont messieurs les officiers du vaisseau, en général, et leur digne et respectable commandant en particulier, n'ont cessé de m'honorer. Puisse ce témoignage public de ma reconnaissance leur en prouver l'étendue et rappeler quelquefois à leur souvenir le passager de la Provence.

CONCLUSION

  Si, depuis longtemps, la cause de l'humanité, celle de la civilisation et l'honneur de la France réclamaient impérieusement l'exécution de la grande entreprise qui vient d'être confiée à la bravoure de notre armée, c'était surtout à ceux qui comme nous furent les témoins et presque les victimes de l'insulte faite au pavillon du roi dans des parages ennemis, qu'il appartenait de faire des vaux ardents pour le succès de notre expédition. Mais après avoir vu et admiré la fécondité et les immenses ressources de la plus belle partie de l’Afrique septentrionale, nos désirs les plus chers seraient remplis, si, pour prix du sang de ses braves et des sacrifices qu'elle s'impose, la France pouvait un jour s'ouvrir dans ces contrées un long avenir de gloire, de richesse et de prospérité.
Bianchi, Thomas-Xavier

  IMPRIMERIE DE LA CHEVARDIERE, QUAI DU COLOMBIER, N° 30, A PARIS .
  RELATION DE L'ARRIVÉE DANS LA RADE D'ALGER du vaisseau de S . M . la Provence, SOUS LES ORDRES DE M. LE COMTE DE LA BRETONNIÈRE, COMMANDANT LES FORCES NAVALES DU ROI DANS CES PARAGES ; EXCURSION DANS LA VILLE ET LES ENVIRONS D'ALGER, ET DÉTAILS PRÉCIS DE L’INSULTE FAITE AU PAVILLON DU ROI, PAR LES ALGÉRIENS, LE 3 AOUT 1829.
  Par M . - X . Bianchi, SEGRÉTAIRE - INTERPRÈTE DU ROI, MEMBRE DE LA COMMISSION CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS, MEMBRE DES SOCIÉTÉS ASIATIQUES DE PARIS ET DE LONDRES.
  MEMBRE DES SOCIÉTÉS ASIATIQUES DE PARIS ET DE LONDRES, en Paris, CHEZ L'AUTEUR, RUE DES BEAUX - ARTS, N° 11 ; ET CHEZ LADVOCAT, LIBRAIRE, AU PALAIS-ROYAL. 1830.




SUR UN JUGEMENT POPULAIRE
Par CAUSSIGNAC
ACEP-ENSEMBLE N°270


               Il se trouve qu'un jour, nous circulions à deux fourgonnettes, entre Malatya et Elàzig, gagnant le lac de Van, et les marches désolées du Kurdistan. La route, ma foi, sur ce plateau isolé, bru1é et salé, valait ce que faire se peut, les 3 CV n'ont point de ces délicatesses... Du goudron tout de même, mais des trous, beaucoup de trous, d'énormes trous et taillés à l'emport pièce, ceux que l'on voit trop tard pour passer sans rentrer. Des zones de travaux, beaucoup de gravillon, et répandu à plein camion...

                L'autre voiture avait pris les devants, séparée par quelques tournants, une badine turque et noire apparaît à ma gauche, à la place du pare-brise je devine un grand trou, qu'un Turc en fureur me désigne. Je le suppose pour sûr éclaté.
                Personne n'ayant corné à ce moment tragique, je ne m'en étais aperçu, d'ailleurs j'avais dû mettre pour la Norvège un an plus tôt des bavettes derrière les roues, et ce pour protéger les vitres, des survenants précisément.

                Bien sûr, je ne m'arrête pas, Premier réflexe dans ce pays funeste ; en cas d'accident, on peut se faire lyncher par le village du plaignant. On continue jusqu'aux gendarmes... Ici il n'était point mort d'homme, mais expliquer la carte verte à un Turc voulant récupérer et sur-le-champ son pare-brise, je ne pouvais point l’espérer. Deux cent dollars à débourser, pour le moins et bien qu'assuré.

                Léger recul du requérant pour laisser passer une voiture, retour avant pleine puissance, queue de poisson, et me voilà coincé. Une Opel verre éclaté, prétendu à tort incassable, Puisque cassé'
                Contre mauvaise fortune bon cœur, j'arrête le moteur. Heureusement je n'ai point peur, c'est dans mon signe du zodiaque, et puis endurant et tenace.

                Dialogue de sourds, l'autre qui montre son pare-brise, éclaté, moi mes bavettes, nous ne sommes pas plus avancés - sinon qu'il veut être payé comptant – Et moi tout net de refuser.

                Vingt minutes déjà ont passé. Alors le passager du Turc propose : "on va demander aux voitures, ils vont juger". Cela doit se passer ainsi, par là-bas. Le me dis : - tu ne t'en sortiras Pas, avec leurs coreligionnaires, faudra tâcher de marchander, avec fermeté et doigté. Mais tu ne perdras pas la face.

                La première voiture arrêtée, un bon bourgeois père de famil1e, ses quatre enfants et sa moitié. Malgré sa bonne volonté, se révèle inapte à juger. Ne naît point juge qui le veut, c'est tournure d'esprit difficile, d'accepter pour réalité ce qui est possibilité. Il se récuse et prend congé, les Salamalecs de fuser. Toutefois il garde sa place, le spectacle ne voulant manquer.

                Alors arrive, à pas comptés, un car et surchargé, trop plein sur le toit, sur l'échelle. Et bien ce coup-ci, je suis bon, me dis-je, sans laisser paraître émotion I De par signaux démesurés, le car qui s'arrête, se range sur le bas-côté. Point pressé, et tout le monde, de descendre, de jaser. Quarante Turcs de tous âges, puis les femmes, enfants et bébés.

                Le bon bourgeois père de famille de rassembler les voyageurs, sur le tas. Il leur explique, trémolos dans la voix et ce avec force gestes, ce qui a bien pu arriver. Grande est son impartialité, je les vois tous examiner, se pencher, regarder mes bavettes, puis le pare-brise, puis le gravier sur la route. Mais toutes en ont, ou c'est une piste, mais alors, qui peu s'étonner ?

                Les voyageurs du car discutent, cela s'anime chemin faisant, ils ne sont point d'accord entre eux, c'est évident. Mettons qu'ils soient moitié. Tout véhicule envole ici et derrière lui de vastes salves de gravier. Et les vitres souvent de voler. Nous avons des pares brises amovibles avec nous en réserve, avant de partir on le sait. Mais à qui la faute imputer voilà ce dont ils discutent.

                Tout bien vu, tout bien entendu, Ies quarante hommes délibèrent. Les femmes n'ont rien à voir à l'affaire. Et cela dure un bon moment. D'autres voitures sont arrivées et qui se mêlent de trancher, un vrai débat démocratique. L'ébullition tourne à l'affaire...d'Etat I
                Sur ce, les miens revenus qui s'étonnent, mais personne ne doit s'en mêler, une justice s'est mise en marche, et de tous reconnue, celle du bon sens populaire, de sa foncière honnêteté. Car ces gens sont près de la terre...

                Et le verdict m'est notifié, et à la partie adverse : Je suis disculpé. Rien ne prouve les assertions des deux Turcs offensés.

                Ainsi donc nous pouvons partir, et sans payer. Quant au Turc de la voiture : - Toi, tu vas au garage dans l'autre sens, à Malatya, il n'y a que vingt kilomètres, puisqu’il faut nous séparer. Toi, le Français, tu continues, on te suis.

                Ce fut un acte de justice : avec les plaignants ce fut sans s'insulter, tout se passa avec décence. De ce jugement populaire, je suis tout à fait étonné, il fallait nous le rapporter.
                Ainsi de la justice en ce pays, point donc toujours défavorable à l'étranger, infidèle par-dessus le marché, comme on aurait pu le penser I
Claude CAUSSIGNAC
Décembre 1984

LA GROSSE BLONDE PARESSEUSE
1934 CONSTANTINE

                Par-delà les lustres, plus de douze dans tous les cas, je vous fais part d'un drame intime qui désillusionna l'enfant que j'étais. Je croyais à la bonne organisation du monde, mais je me suis bien vite aperçu, et sans connaître l'Ecclésiaste, qu'en ce bas monde, tout est vanité, et du sirocco, la poursuite....en vérité.

                Au printemps 1933, nous déménageâmes, quittant le chaud quartier d'EI-Kantara, très intime, vivant et humain, nous atterrîmes au désert des Tartares, un quartier neuf qui se construisait au milieu des champs de blé en somme, entre le stade Turpin, l'usine Duplan et le cimetière arabe. Une maison neuve achetée par raccroc à un qui s’était désisté, c'était un lotissement d’employés municipaux. Vu la crise de I immobilier en ces temps, on ne faisait la fine bouche, c'était même une faveur que de nous y avoir admis en dernier.

                Les voisins qui s'installaient s'avéraient serviables, mais les rues étaient désertes dès que la nuit approchait. Et pour faire de la bicyclette, c'était carrément, en gagnant les hauteurs de Bellevue Supérieur au milieu des champs de blé..
                Mais la sécurité était parfaite, ce qui peut paraître aujourd’hui extravagant : Cette villa, conservée 28 ans, pratiquement vide tout l'été, n'a jamais été cambriolée. Sinon trois poules dans le jardin, une après-midi de dimanche...

                Car il y avait un jardin autour de la villa, jardin de deux ou trois cents mètres, et comme mes parents, au demeurant piètres jardiniers, avaient d'autres chats à fouetter, j'en avais d'autorité, fait mon domaine, à ma convenance...

                Des arbres avaient été plantés, deux cerisiers, deux néfliers, un plaqueminier et tout un lot de vignes et de treilles, un pied de raisin de Corinthe qui mûrissait vers le 20 juin, avant notre départ d’été et cinq ou six muscats dorés, bouturés depuis ceux d'El Kantara, sucrés en diable, qui attendaient notre retour de Lozère, fin septembre.

                Quant à la terre, déclarée trop basse une bonne fois pour toutes, du côté le mieux exposé j'avais construit, retourné et biné quatre ou cinq planches bien régulières, et malgré une terre argileuse à l'excès où du terreau fut déversé, et le sol ainsi amendé, j'entrepris mes plantations printanières et personnelles : radis en premier, petits pois, et surtout salades, ce qui pouvait être récolté avant l'été.

                Celles-là surtout m'intéressaient : bien arrosées, elles poussent vite, quelle fierté d'en amener pour le dîner, pommées et craquantes à souhait !...

                J’avais planté des batavias et des laitues, appelées sur le paquet "Grosses Blondes Paresseuses". Il m'avait fallu les éclaircir, en repiquer, car elles étaient trop serrées. Sans leur avoir donné un nom, je les connaissais toutes séparément, elles se mettaient à pommer maintenant, mais certaines assez lentement.

                L'une d'entre elles, grosse et bien arrondie, le teint clair et Ia feuille craquante, allait bientôt pouvoir passer au saladier, sans déroger. Je la gardais pour le dimanche, avec un gigot et des pommes soufflées. Puis, je pensais à autre chose...
                C'était le vendredi...

                Dimanche, jour du sacrifice, je descends au jardin, de bonne heure, ma salade toute fanée, sur le flanc, trépassée ! Je la soulève, sans résistance, elle vient, la racine sectionnée tout en haut, sans façon, et la verdure point touchée.

                Cela méritait enquête ! J'ai creusé dessous, doucement, sans rien casser. Savez-vous ce que j'ai trouvé ? Un ver blanc magnifique dodu et joyeux qui se tortillait d'abondance I C'est la larve du hanneton, on en voit peu en Algérie, mais à Chaumont où je suis né, il y en avait en quantité, il suffisait parfois de secouer un noisetier pour en faire tomber un panier !

                Cette engeance je fis trépasser, mais le jeune enfant que j’étais dix, onze ans ce n'est pas grand-chose, apprit à ne tabler sur rien dans ce monde où nous demeurons, pour le moment, selon la volonté de Celui qui est en Haut, notre céleste Père.
                Tout est Ecrit et nous dépasse complètement.
                C'est là, la moralité de l'histoire.
                Baraka Allahoufik.

Claude CAUSSIGNAC




GUERRE D’ALGÉRIE : LES CRIMES DU FLN,
Envoyé par Mme Bouhier le 19/09/2026
UNE VIOLENCE LONGTEMPS MINORÉE

  La guerre d’Algérie ne peut être comprise en occultant les violences commises par l’un de ses principaux acteurs : le Front de libération nationale (FLN) et son bras armé, l’ALN. Attentats contre des civils, assassinats ciblés, enlèvements, mutilations, exécutions de rivaux nationalistes et massacres accompagnèrent la lutte pour l’indépendance. Les rappeler ne revient ni à nier les violences de l’armée française ni à juger la légitimité de l’indépendance algérienne : c’est restituer une guerre dans toute sa brutalité.

  Dès l’insurrection du 1er novembre 1954, des civils figurent parmi les victimes. L’un des cas les plus emblématiques est celui de Guy Monnerot, jeune instituteur arrivé depuis peu en Algérie, tué dans l’attaque d’un autocar dans les Aurès. Mais l’objectif du FLN n’est pas seulement militaire. Il s'agit également d'imposer son autorité à la population musulmane, d'éliminer les collaborateurs réels ou supposés de la France et de marginaliser les organisations concurrentes. Des élus musulmans, gardes champêtres, anciens combattants, fonctionnaires, caïds et simples villageois sont assassinés.

  Le 20 août 1955, dans le Nord-Constantinois, cette violence atteint une dimension spectaculaire. L'offensive organisée par le FLN contre plusieurs localités vise des objectifs militaires, mais des Européens et des musulmans sont également massacrés. À El Halia, cité minière proche de Philippeville, hommes, femmes et enfants sont tués. La répression française qui suit est elle-même extrêmement meurtrière et son bilan demeure controversé. L'événement marque un tournant : la guerre entre désormais dans une logique de représailles où la terreur exercée par chaque camp nourrit celle de l'autre.

  À Alger, en 1956-1957, le FLN transporte la guerre au cœur de la population urbaine. Des bombes sont déposées dans des lieux fréquentés par des civils européens. Le Milk Bar et la Cafétéria sont frappés le 30 septembre 1956. Le 26 janvier 1957, des attentats touchent notamment l'Otomatic et le Coq Hardi. Femmes et enfants figurent parmi les morts et les blessés. La stratégie est assumée : rendre la guerre impossible à ignorer, provoquer une réaction française et internationaliser le conflit. La bataille d'Alger sera ensuite marquée par la réponse française, comprenant arrestations massives, torture et exécutions extrajudiciaires.

  La violence du FLN frappe cependant très largement les Algériens musulmans eux-mêmes. Le mouvement cherche à devenir l'unique représentant du nationalisme algérien et mène une guerre particulièrement dure contre le MNA de Messali Hadj. Cette lutte fratricide déborde jusqu'en métropole, où FLN et MNA s'affrontent pour le contrôle de l'immigration algérienne, des réseaux militants et des cotisations. Plusieurs milliers d'Algériens sont tués ou blessés au cours de cette véritable guerre intérieure au mouvement indépendantiste.

  Le massacre de Melouza, en mai 1957, en constitue l'un des épisodes les plus terribles. Des centaines d'hommes du village de Mechta-Kasbah, considéré comme favorable au MNA, sont tués par des combattants liés au FLN/ALN. L'affaire devient immédiatement un enjeu de propagande française, mais la réalité du massacre et la responsabilité de forces indépendantistes ralliées au FLN sont aujourd'hui largement établies. Melouza montre que la lutte ne se résumait nullement à un face-à-face entre « Français » et « Algériens » : une guerre civile algérienne se déroulait également à l'intérieur de la guerre de décolonisation.

  Une autre catégorie de victimes fut constituée par ceux que le FLN considérait comme des « traîtres » ou des collaborateurs. Des personnes furent enlevées, exécutées clandestinement ou retrouvées mutilées. Certaines mutilations — notamment du nez ou des oreilles — furent utilisées dans certains contextes comme châtiment et avertissement adressé aux populations. Les harkis et autres supplétifs musulmans engagés aux côtés de la France devinrent naturellement des cibles privilégiées.

  La violence ne s'arrête d'ailleurs pas avec le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Dans le chaos entourant l'indépendance, des milliers de harkis et de membres de leurs familles restés en Algérie subissent enlèvements, internements, tortures et exécutions. Leur nombre exact demeure l'objet de fortes controverses historiographiques : les estimations varient considérablement et les chiffres les plus élevés avancés dans le débat public ne peuvent être présentés comme des certitudes. L'existence de massacres et de représailles massives après l'indépendance, en revanche, ne fait pas débat.

  Le 5 juillet 1962 à Oran, quelques jours après la proclamation officielle de l'indépendance, une flambée de violence frappe principalement la population européenne : assassinats et enlèvements se produisent pendant plusieurs heures. Les responsabilités précises, le rôle respectif de groupes armés, de membres de l'ALN et de civils, ainsi que le bilan exact restent discutés par les historiens. Là encore, l'événement doit être étudié sans transformer les incertitudes documentaires en certitudes politiques.

  Reconnaître les crimes du FLN est indispensable pour comprendre la guerre d'Algérie. Comme il est indispensable d'étudier la torture pratiquée par des forces françaises, les exécutions sommaires, les disparitions, les violences de l'OAS et les autres formes de répression. L'histoire n'a pas à choisir les victimes dont elle accepte de parler. Derrière les mémoires concurrentes se trouve une réalité beaucoup plus inconfortable : entre 1954 et 1962, la population civile fut simultanément l'enjeu, le terrain et trop souvent la victime d'une guerre dans laquelle la terreur devint une arme politique.
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 CHAUSSONS AUX NOIX
Jacques GATT
ACEP-ENSEMBLE N°270
    
                Temps de préparation : 2 h. environ.
                Pour 12 cigares environ à 160°.
                Temps de cuisson : 20 à 25 mn par fournée

                Ingrédients:

                Pour la pâte :
                - 500 g de farine
                - 200 g de beurre
                - 1 pincée de sel
                - 2 cuillérées à soupe de sucre
                - 2 oeufs

                Pour la pâte de noix :
                - 300 g de noix hachées
                - 300 g de sucre fin
                - Eau de fleur d'oranger.

                PREPARATION
                Préparez la pâte : tanisez la farine – Disposez-la en fontaine - soupoudrez, de sucre et de sel - versez au centre le beurre fondu - incorporez les oeufs battus - Mouillez avec un peu d'eau en pétrissant en même temps jusqu’à obtention d'une pâte malléable - Roulez en boule et couvrez.

                Préparez la pâte de noix : Mélangez les noix finement hachées et le sucre – Arrosez doucement d'eau de fleur d'oranger jusqu'à ce que la pâte se tienne

                - Abaissez la pâte de farine au rouleau sur 2 mm d'épaisseur environ. Découpez en bandes de 10 à 12 cm de large - Disposez sur le bord de chaque bande dans le sens de la largeur, 1 cordon de pâte de noix
                - Roulez la bande sur elle-même 2 ou 3 fois pour former un cigare -coupez à l'aide d'une roulette le restant de la bande -
                Aplatissez les 2 bouts du cigare pour enfermer la pâte de noix – coupez les 2 extrémités à un demi cm environ de la pâte de noix à l'aide d'une roue dentelée – Disposez Ies gâteaux sur un plateau huilé ou du papier sulfurisé - Enfournez (au four doux préalablement chauffé)
                - Retirez lorsque les gâteaux sont à peine dorés.
Jacques GATT
    


PHOTOS CHAPEAUX DE BÔNE
Envoyée par M. Robert LEON







En rangeant les placards je suis tombé sur deux feutres qui ont appartenu au père
ou au grand-père de Monique Sammut
Son père était chef de rayon aux Galeries de France
et son grand-père VENERUSO coiffeur dans une rue adjacente.
Peut être avec vous connu ces chapelleries ? Pourriez-vous me dire où elles se trouvaient.
  Amitiés
  Robert




LA DÉSINFORMATION
Envoyé par Mme Bouhier
Avec l’aimable autorisation de M. Gérard CRESPO,
Vice-Président du CDHA
Le mythe de la (dé)possession foncière en Algérie

      Dans l'imaginaire collectif des français de métropole en 1962. le Pieds Noirs était un colon qui faisait «suer le burnous à l'Arabe». il était même un riche coton qui possédait des terres qu'il avait saisies aux indigènes.
      Qu'en était-II exactement ?

      En 1954. on comptait 22 037 exploitations agricoles qui étaient des propriétés européennes, soit en tout 2.153.566 hectares, un peu moins de 10% de la totalité des terres d'Algérie. On peut donc raisonnablement estimer qu'environ 100.000 personnes vivaient de la terre soit à peu près 10% de la population européenne.

      Vivaient, (?) le terme est-il approprié. En effet. 8000 propriétaires. sort plus du tiers, possédaient des exploitations dont la superficie état inférieure à 10 hectares.
      D'autre part. 5.017 propriétaires possédaient des propriétés dont ta superficie était comprise entre 10 et 49 hectares et 2 635 propriétaires possédaient des exploitations dont la superficie était comprise entre 50 et 99 hectares, ce que l'on peut assimiler à une classe aisée rurale.

      On peut considérer que les riches colons ceux qui malgré eux, ont véhiculé le mythe de la richesse des Français d'Algérie, possédaient des terres dont la superficie était supérieure à 100 hectares. Ils étaient 6343 soit, avec leur famille environ 26.000 personnes. C'est à dire 2.6% de la population européenne.

      L'état français possédait quant à lui 9.412.579 hectares, en grande majorité des terres non cultivables, montagnes, maquis, forêts qui provenaient en grande partie de l'annexion des terres du beylik, c'est-à-dire terres appartenant aux turcs avant 1830.

      Enfin, à la même date, on recensait 630.732 propriétaires musulmans qui exploitaient 10.107.000 hectares de terres agricoles, soit 78% des terres agricoles privées; ils exploitaient également 274 000 hectares de forêts.
      Parmi ces 630.732 propriétaires, 8.500 possédaient des exploitations dont la superficie était supérieure à 100 hectares et 16.580 possédaient des propriétés dont la superficie était comprise entre 50 et 99 hectares.

      Que retenir de cette aridité de chiffres ? • Que les Français ne possédaient mème pas 10 % des terres en Algérie.
M. Gérard CRESPO,


PHOTOS TIRAILLEURS
Envoyée par M. C. Ciantar




























Jacques Gatti l'orientaliste,
Un indéniable talent
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°176 - juillet/août 2009
     
             Jacques Gatti est né à Alger en 1927. Dans sa famille originaire de Carrare, on est artisans de marbre.
             Ses études achevées au Lycée Bugeaud, le jeune homme, passionné par la peinture, décide de se consacrer à cet art. Il sera guidé par des peintres de renom comme René Guivarch et Gilbert Galland, peintres officiels de la marine.

              Amoureux de la mer, excellent chasseur sous-marin, Gatti affectionne l'ambiance des ports, l'activité autour des bateaux, les criques, les plages et tout ce qui rend les scè¬nes de mer vivantes, changeantes au fil des heures. Le port d'Alger, Pointe Pescade, La Perouse, la côte est jusqu'à Courbet, la côte ouest jusqu'à Tenes, il finira par les connaître sous tous les aspects, il y a tant de fois plongé, dessiné, peint.

             En 1956, Gatti fit partie de l'Atelier de Charles Ray à Alger. Il œuvra pour des travaux publicitaires, des affi¬ches de cinéma etc...
             Il avait débuté, dès 1949, en exposant au premier salon estival des "Aquarellistes d'Outre-Mer " à Mr Taya.
             Il y reviendra régulièrement et, 10 ans plus tard, l'émi¬nent critique de la "Dépêche Quotidienne d'Algérie " Fernand Arnaudiès, pouvait écrire ; " Gatti s'impose une fois de plus. Il a de très belles pages denses et de très beaux accents pour traduire l'inépuisable activité, le pitto¬resque multiple du Port d'Alger qui reste son domaine de prédilection

             Pour vivre au plus près de la mer, l'artiste sut dénicher l'atelier idéal : un cabanon sur pilotis posé sur les rochers à Raïsville à la frontière d'Alger et de Saint-Eugène.
             En 1956, Gatti se fit remarquer dans une exposition personnelle Galerie Romanet ; les nombreux visiteurs purent y admirer ; " Cales sèches d'Alger" : " Un coin de pêcherie " mais aussi " Le port de Castiglione " ou " Mzab.

             En 1957, il participe au I er Salon de la Marine d'Alger avec de Buzon, Bouviolles et Galliero
             En 1958, la ville de Paris fit l'acquisition d'une de ses toiles à la suite d'une exposition tenue dans la capitale l'année précédente.

             A Oran, c'est dans la galerie d'Olga Monet que Gatti présentait ses huiles et ses aquarelles.

             Après l'exode. il travailla à nouveau pour la publicité à Paris et en Provence. Un séjour en Bretagne lui donna l'occasion de peindre des sites baignant dans un éclairage nouveau pour lui ; la patte Gatti guidée par son œil d"' orientaliste " s'y retrouve. Depuis une trentaine d'années, Gatti s'est fixé à Plan de la Tour. village en retrait du Golfe de Saint-Tropez. II y enseigne son art, de même qu'au Rayol. et y travaille assidument dans son atelier de l'ancien couvent au centre du village.


             Ses conseils, son exemple ont favorisé l'épanouissement de Kant Cabet. Cette artiste, originaire de Guelma. séjourne souvent au Maroc depuis quelques années et y exprime son très grand talent.
             Au début des années 1980. Gatti a participé à la fondation du GAMT (Généalogie Algérie, Maroc, Tunisie), il en a dessiné le logo.
             Les expositions de Gatti se sont succédé : l'artiste a suscité éloges et trusté les récompenses.

             En 1985, après une médaille d'or obtenue au Salon de Saint-Raphaël. Gatti a fait la - Une "de " la côte des Arts "; l'article le qualifie d’aquarelliste de génie ".

             En 2005, après un séjour de travail au Maroc. Gatti a exposé galerie Lawrence-Amon à Tanger. Pendant 3 semaines les amateurs d'art ont défilé devant les œuvres présentées : le " Palais Royal " fait l'acquisition de 6 tableaux. Dans la brochure de 20 pages qui résuma cette manifestation un critique note " Encensé pour ces délicates représentations impressionnistes...et son génie pour brosser des Mannes... Gatti nous montre un autre aspect de son indéniable talent...il se révèle comme un Orientaliste héritier des grands artistes d'Europe... les traditions qu'on lui a inculquées étaient des traditions vivantes, et c'est ce qui rend l'orientalisme de Gatti aussi ardent...l'Orientalisme de Gatti est l'antithèse de la pseudo école orientaliste de studio...Gatti est un maitre. II n'a que faire des fausses louanges, de la publicité tapageuse ou des magnifiques catalogues couleurs pour le prouver ou vendre ses œuvres. Ses toiles ...se vendent toutes seules ! " Andrew Clandermond et Or Terence Mc Carthv
             Ces pages élogieuses se passent de commentaires.


             Au cours des 10 dernières années, Jacques Gatti a exposé avec le même succès notamment à Fréjus en 1998, et au Musée des Troupes de Marine, à Antilles la même année au Salon des Artistes Rapatriés obtenant une médaille d'or dans ces 2 occasions.

             Saint-Tropez en 2001 au Musée de la Tour carrée. Aix-en-Provence en 2003 à la Maison Maréchal Juin. Paris en 2003 au Cercle de la Mer, Lyon en 2005 et 2008 à la galerie de l'Olympe.
             Ses toiles sont présentées également en exposition permanente à Boston (USA). Marrakech (Maroc) ou Bakewell (Angleterre).

             Cette année, Gatti a illustré un épisode de la bataille des Dardanelles pour un ouvrage patronné par le Ministère de la Marine : " Lettres d'un officier de marine à son épouse ".

             L'Association des peintres de Saint-Tropez. dont il est membre, lui rendent hommage du 18juin au 3 juillet galerie Dispas, place des Lices.

             Ceux qui ont vu " La pêcherie d'Alger ", le môle aux minerais ; " l'Amirauté " : " Sauvetage en rade d'Alger " : Le Kairouan à quai ; Le kiosque à musique de Marengo : Port d’Oran ; La Médina de Marrakech ; Essaouira ; Le port de Sidi Ifni ; Port de Tanger etc... auront à cœur de venir admirer les dernières réalisations de l'artiste qui n'oublie pas son pays natal (huiles ou aquarelles).
John Franklin
    

ALGÉRIE Acrostiche
Envoyé par M. Alain Algudo
Au bord de notre belle Grande Bleue
Là-bas pour nous hélas perdue à jamais
Généreuse elle a dans la joie embelli nos vies
En nous donnant cette volonté de vrai fraternité
Rien ne nous la fera cependant sombrer dans l’oubli
Indispensable pour bien perpétuer ce merveilleux paradis
Ensemble unis pour la mémoire de notre lumineuse ALGÉRIE
Alain ALGUDO
Président C.D.F.A./U.C.D.A.R.A
Vice-Président de VERITAS
Rédigé à Béziers le 21 Août 2026


PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par M. Jovinelli
LYCEE SAINT-AUGUSTIN, 3ème B3

1 Piana ; 2 Perriaud ; 3 Courbis ; 4 Pau ; 5 Duchene Nicolas; 6 Caravella ; 7 Buchet ; 8 Lucas
9 Tedde ; 10 Cremona ; 11 Jovinelli ; 12 Micaleff ; 13 Madonna ; 14 Rassat ; 15 Cabannes ; .
16 Ricci ; 17 Langella ; 18 ? ; 19 Trano ; 20 Motte ; 21 Pucheu ; 22 Guedj ; 23 Papalia ;
24 Couderc ; 25 Cautres ; 26 ? ; 27 Breton ; 28 prof-math Azzopardi ; 29 Loufrani ; 30 Henri Lunardelli ; 31 Orlando ; 32 Durand ;
De haut en bas et de gauche à droite
Photo envoyée par M. Jovinelli, corrigée par N. Duchene
-
            
            Est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms à cette photo et l'année ?
            Si OUI, contacter le webmaster, SVP, d'avance merci.


DISSEMBLANCES
De Jacques Grieu

Ressemblances, différences, sont-elles toujours contraires ?
Et leur opposition est-elle bonne conseillère ?
Autant que parenté ressemble à divergence ?
Il faut donc se garder… de certaines apparences !
Le contraire du contraire serait comme…l’unité ?
Laquelle ressemblance, ressemble à…parenté.
Il faut toujours garder un bon sens des nuances
Et rester fort prudent avec les différences.

Par exemple, souvent, entre un homme et un autre
La différence est faible : le nôtre ressemble aux vôtres ;
Mais cette différence est celle qui change tout,
Notre commun miracle qui façonne nos goûts !
« Qui se ressemble, s’assemble », énonçait un dicton :
S’assembler ne dit pas que c’est la communion !
S’il faut se ressembler pour bien mieux se comprendre,
Pour s’apprécier il faut la différence, entendre.

La grande intelligence c’est savoir détecter
Chaque similitude dans les diversités
Et chaque différence dans les grandes ressemblances.
Mais souvent on ressemble à ceux comme qui on pense...
La haine vient aussi bien d’une certaine ressemblance
Que du constat amer de grandes différences.
Certains veulent éviter de rappeler quelqu’un
Et finissent souvent par ressembler… à rien.

Le génie, la folie : l’écart tient du mystère ;
Amener aux extrêmes des choses bien contraires,
Plutôt que les porter à se différencier,
Dans leurs traits outranciers, les font se ressembler.
On cherche à ressembler au portrait qu’on se crée ;
C’est pourtant à soi-même qu’il nous faut ressembler !
Plutôt qu’à une image qu’auraient les gens de nous.
Photo d’identité, souvent nous désavoue…
Jacques Grieu                  


BÔNE - Croix de Guerre
Envoyé par M. J.L. Ventura



DE L’INFLUENCE DES SMALAS DES SPAHIS
Revue d’orient 1857- pages 144/150 – tome 5

SUR L'AVENIR DE L'ALGÉRIE.

  LA C0L0NISATI0N, journal des intérêts algériens, qui paraît dans la capitale de notre colonie africaine, a récemment publié, sous ce titre, un remarquable travail de M. Ch. d'Orély, sur lequel, néanmoins, l'habile rédacteur en chef de cette intéressante feuille, M. Clément Duvernois, croit devoir faire ses réserves : tout en reconnaissant, avec l'auteur, les inconvénients qui résultent pour les smala du changement continuel des hommes appelés à les diriger, il n'admet pas, à son exemple, qu'il faille doter ces colonies arabes d'administrateurs inamovibles, même de fait. Ce serait, à son avis, se créer de sérieux embarras pour l'avenir.

  Quoi qu'il en soit de cette opinion, bornons-nous à constater que, lorsque M. Ch. d'Orély visita, la smala de Berrouaghia, dans le voisinage de la jolis petite ville de Médéa, il fut émerveillé de sa position magnifique , de l'originalité des montagnes qui l'enserrent, de l'élégance pittoresque de la maison de commandement, de l'abondance et de la fraîcheur des eaux , enfin de l'étendue , de la richesse et de la fertilité des terres.

  C'était à l'époque de la moisson. Il fut étonné dei résultats qui frappèrent ses yeux. Le territoire de la smala présentait le spectacle le plus animé ; il y avait de la besogne pour tout le monde, et nul ne reculait devant la besogne.

  On coupait, en ce moment, les blés ; on n'en comptait pas moins de 800 hectares de la plus belle apparence ; les charrettes roulaient les herbes aux aires, où de robustes mulets travaillaient au dépiquage. Plus loin, un joyeux groupe d'Arabes, armés de pelles de bois, vannait les battues ; et de graves personnages, silencieux comme des marabouts de pierre, ensachaient le drain nettoyé, après avoir solennellement appelé la bénédiction de Dieu sur la récolte. Ailleurs, des spahis enlevaient, en chantant, le foin des prés et le portaient aux meules, qui s'élevaient comme par enchantement.

  Tout cela se faisait en même temps, sans encombre, dans l'ordre le plus parfait, image frappante de ce que devait âtre au moyen-âge le domaine du seigneur, où vivaient et travaillaient de nombreux vassaux.

  Groupés en smala, les spahis remuent des terres, font des foins, reculent les bornes de leurs cultures et contribuent certainement de la sorte à la prospérité matérielle de la colonie. Mais l'autorité supérieure ne s'est-elle proposée rien de plus dans la création des smala?

  Sans doute, la formation des escadrons de spahis, dans lesquels sont entrés les jeunes gens des meilleures familles arabes, a été une mesure de haute politique, qui a déjà produit d'heureux effets. C'est un résultat immense d'avoir amené tous ces hommes influents, si fiers de leurs prérogatives et de leur indépendance , à laisser leurs fils s'enrôler sous le drapeau de la France, courber la tête, et obéir sans honte au plus humble de nos brigadiers. Male, ce point difficile obtenu, notre mission civilisatrice reste incomplète, l'œuvre n'est qu'ébauchée.

  Quel doit être notre but en Afrique, si ce n'est de détruire, par tous les moyens possibles, l'e prestige des chefs territoriaux, de miner insensiblement leur autorité, d'anéantir sans bruit leur influence morale, religieuse, politique au profit de la nôtre, d'amener enfin peu à peu les indigènes à préférer notre administration à celle de leurs coreligionnaires ?

  La création des bureaux arabes, en donnant aux hommes du pays la faculté de faire juger leurs différends par nos commandants de place sur les territoires militaires, par nos juges de paix sur les territoires civils, a porté un rude coup à l'immense pouvoir des chefs indigènes ;mais la réunion des spahis en smala doit, dans un avenir prochain, bien plus avancer, sinon complétement décider la question.

  Le spahis, en effet, par cela seul qu'il est à notre service, et qu'il a reçu le bournous rouge, échappe à l'autorité des kaïds, aux corvées, aux mille vexations que ces hauts fonctionnaires imposent à leurs administrés, en dépit de notre surveillance. Soldat, il est sous le commandement et la protection de ses chefs immédiate.

  L'homme appelé à acquérir le plus d'influence morale sur ses subordonnés et, par contre-coup, sur leurs familles, celui qui doit répondre le plus aux intentions de la France et rendre son drapeau glorieux et cher aux Arabes, celui qui, s'il le veut, peut contribuer puissamment au gain de la rude bataille que, depuis notre débarquement sur le sol africain , la civilisation livre à la barbarie, c'est le capitaine commandant un escadron de spahis, s'il comprend l'importance de sa mission.

  Les généraux sont trop loin et trop haut ; le simple spahis arrive difficilement à eux. Le capitaine commandant, au contraire, est, chaque jour, à chaque instant, en rapport avec ses hommes; à lui, s'il a su gagner leur confiance, ils content leurs peines et demandent dei conseils ; à lui ils en appellent, tout d'abord, pour régler leurs différends.

  Sans doute, pour qui cannait le peuple arabe, ses incessantes importunités, ses exigences continuelles, c'est un poste pénible , laborieux , réclamant une forte dose de bonne volonté et de patience, de douceur et de fermeté le spahis est un grand enfant, qui, au besoin, fait parler éloquemment la poudre , mais qui s'égare et se noie dès qu'on l'abandonne à lui-même : il faut savoir le conduire, sans qu'il s'en aperçoive, à la civilisation.

  C'est en pleine smala que le rôle du capitaine commandant se dessine ; c'est là qu'il est mis en demeure, par sa position, de déployer toutes ses qualités. En garnison ou en cantonnement, son autorité n'atteint que le spahis ; dans la smala, son influence s'étend sur le spahis et sur les siens. Ce militaire, presque toujours riche, amène sur le territoire de la smala tout ce qui lui appartient, ses femmes, ses enfants, ses serviteurs, ses chevaux, ses troupeaux. Souvent son père, sa mère, ses frères, ses parents dressent leurs tentes près de la sienne et vivent avec lui en famille. Ainsi , sur le seul territoire de la smala de Berrouaghia, on compte 4,500 indigènes.

  Toutes ces familles éparses autour de la maison de commandement ont des intérêts souvent communs, quelquefois divers ; des querelles, s'élevait entre spahis, agitent leurs familles. Qui fera régner dans chaque tente l'ordre, l'harmonie, la paix ? Le capitaine commandant : à lui seul tout le monde a recours c'est un père plein de sollicitude et de bienveillance, comme c'est un chef vigilant et ferme dans le service ; il laisse parler son cœur en conservant sa dignité. Ne cherchez pat ailleurs le secret de son influence.

  Mais il faut qu'il n'oublie pas, non plus, la réalisation des progrès matériels; qu'il introduise, chaque jour, quelque amélioration nouvelle au sein de cette population dont on l'a constitué le mentor et le guide; qu'il multiplie et perfectionne ses races de bêtes à laine et à cornes , ovine et bovine, ses chevaux surtout. Pour développer ces sources fécondes de la prospérité de l'Algérie, il doit élaguer insensiblement les sujets défectueux, chétifs ou malingres, enrichir les troupeaux de bêtes d'une belle espèce, de taureaux d'un type supérieur, comme dans les smala de Laghouat et de Marengo.

  Ce n'est pas tout ; il est principalement de son devoir de faire naître et croître chez ses hommes la soif du bien-être, l'amour de l'ordre, de ]a propreté sur eux et dans leurs tentes, le soin intelligent de leurs cultures en particulier, de ]sure affaires en général ; de s'appliquer surtout à les fixer au sol par la construction ' de demeures stables. De lui-même le goût des meubles leur viendra.

  M. Ch. d'Orély a vu, avec bonheur, bien des maisons bâties par les spahis sur le territoire de Berrouaghia ; elles tendent à s'y multiplier de plus en plus.

  Le capitaine commandant, et c'est la partie la plus belle, la plus féconde, la plus sainte de sa tâche, doit s'occuper des enfants. Par ]a génération nouvelle nous conquerrons l'Afrique; nous arriverons à la fusion désirée des deux races, du vainqueur et du vaincu, sans laquelle l'Arabe nous regardera toujours comme un ennemi. Une école est donc indispensable.

  Quand M. d'Orély visita Berrouaghia, on s'occupait d'y en établir une, que soixante enfants devaient fréquenter chaque jour, ce qui est énorme.

  Le choix du Thaleb ou marabout, appelé à diriger l'école, est de la plus haute importance : il faut que, sans qu'il s'en doute, il soit, dans son enseignement, l'objet d'une incessante surveillance. Qu'on se sarde de prendre un fanatique ! il entraverait la marche de notre influence. Qu'on se précautionne, autant que possible, d'un homme à nous, dévoué à nos intérêts, à la France, sympathisant surtout avec le capitaine commandant! Si l'on ne s'illusionne pas sur les bruyants témoignages d'affection et de respect que nous prodiguent les indigènes qui se francisent, on comprendra combien un parsi! homme est difficile à trouver. II serait d'une bonne politique de lui adjoindre, comme instituteur, un sous-officier sachant l'arabe.

  Ainsi les enfants indigènes, si intelligents d'ordinaire, apprendraient promptement, facilement, notre langue. Or l'introduction du français parmi eux, c'est la voie ouverte à nos mœurs, à nos usages, à nos goûts, à nos habitudes ; c'est la civilisation, c'est le progrès, c'est la fusion lente, mais certaine des deux races.

  En terminant, M. Ch. d'Orély ne croit pas devoir dissimuler ses appréhensions au sujet d'un fait qui se présente nécessairement et peut compromettre d'une manière fatale, selon lui , non seulement l'avenir matériel des smala, mais l'influence morale et civilisatrice qu'elles exercent sur les Arabes ; il s'agit des changements fréquenta des capitaines commandant les escadrons de spahis et directeur des smala.

  Le commandant supérieur du cercle de Laghouat, M. Marguerite, si expert dans les affaires indigènes, lui disait dernièrement que le plus grand reproche formulé par les Arabes contre notre administration était le changement continuel des officiers chargés de les conduire. Rien d'aussi préjudiciable à notre influence : chaque homme, en effet, à sa manière de voir et d'administrer ; il est fort rare qu'un nouveau venu suive les errements de son prédécesseur ; notre nature est ainsi faite.

  L'un est partisan de la verge de fer ; il veut dominer par la terreur, se faire obéir la cravache à la main, et son escadron devient désert , ou ne se recrute que de mauvais sujets, méprisés de leurs coreligionnaires. L'autre pense qu'il faut être accessible , affable , bon, paternel, et son autorité méconnue reste sans vigueur. Un troisième arrive avec des idées arrêtées sur l'incapacité native des Arabes, sur l'impossibilité d'en tirer parti , d'en faire jaillir une étincelle de progrès , et, découragé avant d'avoir mis la main à l'œuvre, se frappant lui-même d'impuissance , il ne fait rien de bon, il n'est jamais qu'un officier fort honorable sans doute, mais complétement impropre à sa tâche.

  « Nous serions désolé, dit M. Ch. d'Orély, qu'on attribuât à nos paroles une portée qu'elles n'ont pas, une signification que nous sommes loin de vouloir leur donner d'une manière absolue. Il serait souverainement injuste de prétendre que rien n'a été fait jusqu’à ce jour pour la réalisation de la grande pensée qui préoccupe les esprits éminents en Algérie. A celui qui oserait se permettre une aussi étrange assertion, les faits donneraient un éclatant démenti.

  « A cette œuvre tout ce que l'Afrique compte de cœurs honnêtes, d'âmes élevées, d'intelligences d'élite, a mis généreusement et vigoureusement la main, dans la mesure de ses forces et dans la sphère de ses attributions. Les divers gouverneurs généraux qui se sont succédé , ont noblement fait leur devoir, et l'administration supérieure, puissamment secondée par les commandants des cercles et par les chefs des bureaux arabes, a vaillamment répondu à l'impulsion qui lui était donnée. Des résultats importants et nombreux ont été obtenus, c'est incontestable ; mais précisément en présence de ces résultats, nous ne craignons pas d'affirmer que l'ouvre des smala, intelligemment conduite, doit en produire de plus nombreux, de plus importants, de plus immédiatement visibles surtout.

  Le choix d'un capitaine commandant est donc une chose extrêmement grave, et ce qui ne l'est pas moins, ce serait de le maintenir longtemps, toujours mime, si c'était possible, à son poste. L'œuvre alors se développerait, marcherait avec ensemble, sans tiraillements, sous l'égide d'une autorité constamment la même, poursuivant la réalisation d'une même idée. Une volonté aussi forte que prudente aplanirait insensiblement ces âpres' montagnes de l'esprit indigène, sur lesquelles trop souvent notre semence s'est desséchée et a péri, comblerait lei ravins désolés du cœur de l'Arabe, où le soleil du progrès a peine à luire ; et l'on verrait un spectacle magnifique, digne récompense de tant de peines et de fatigues, le flot majestueux de la civilisation envahissant toutes ces intelligences devenues dociles.

EUGÉNE DE MONGLAVE.


DOUBLE MAITRE
De Jacques Grieu
.........

« Je suis maître de moi comme de l’univers »,
A dit maître Corneille avec… d’ « Auguste » vers.
Est-ce à mettre en exergue ou bien tout à la fin ?
Car mettre ou ne pas mettre est débat cornélien.
En ces temps très techniques où le mettre-étalon
N’est plus que longueur d’onde issue du gaz krypton,
Il faut mettre aux poubelles un platine iridié,
Qui enchanta pourtant nos cahiers d’écolier.

Premier mètre, ou second, ou mètre d’équipage,
La marine est visée dans tous ces mesurages.
« Par les airs du valet, on peut juger du maître » ;
Mais le mettre d’hôtel doit pourtant se soumettre,
Aux ordres du patron qui est maître des lieux !
Là il trouve son mètre ; ainsi le mètre queux.
Qu’il soit maître nageur, maître-chien, quartier-mètre,
Celui qui frappe un chien vise toujours son maître.

Si puissant que l’on soit, on a toujours un maître.
Il en est un commun, sur la terre, à tout être :
Car ce maître c’est le temps ; mais il tue ses élèves !
Faut-il donc tuer le temps ? C’est le plus vieux des rêves !
Plus personne n’écoute une Voix de son Mètre,
Que le siècle dernier, joliment, a vu naître.
Son maître, il l’a trouvé, ce touchant petit chien ;
« Chronomaître » est le Dieu qui l’a réduit à rien.

« Maître de son destin », c’est la vraie quête humaine ;
Combien de gigamètres au chemin qui y mène ?
Le mètre de balai n’est pas maître de danse ;
Avec le mètre d’œuvre, on change de cadence !
Coups de mètre se mesurent à l’aune des valeurs,
Mais en maîtres carrés on manque de hauteur.
Ces mètres de maison n’ont pas beaucoup de classe,
Et resteront toujours en petites surfaces.

Où tout le monde est maître, tout le monde est esclave ;
Mettre une différence est nécessaire entrave.
A se mettre hors de soi, il faut vite y rentrer,
Et pas un millimaître oublier de ranger.
Il n’y a qu’en soi-même où mettre son espoir ;
Le mettre sur les autres est bien aléatoire...
Mettre en route est aisé : mettre fin difficile ;
Mettre du noir sur blanc ne donne pas le style !

Car apprendre les vices aucun maître n’exige ;
Tous les défauts qu’il peut, l’homme se les inflige.
L’homme maître du monde est-il maître de soi ?
En mettre au feu sa main, n’est qu’affaire de foi.
« Je suis maître de moi comme de l’univers » ?
Auguste avait-il tort ? Restons sur ce mystère !
En chaque poésie, le lecteur a le choix,
De mettre son plaisir à penser ce qu’il croit…
Jacques Grieu                  



MON PANTHÉON DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE
DE M. Roger BRASIER
Créateur du Musée de l'Algérie Française

A SUIVRE


PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par Mme ETIENNE Paulette
ECOLE MARCHE AUX BLES 1958 ?

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IDEAL SPORTIF MOSTAGANEMOIS
PNHA - N'176 -
LES DIABLES ROUGES D’ORANIE
     
            Issu de la fusion de l'Idéal Sportif et du Club Sportif, l'Idéal Sportif Club Mostaganem est né officiellement le 1er Octobre 1916. Monsieur BOUCHERAT qui fut l’instigateur sera le premier président de ce club omnisport où l'Athlétisme, le Basket, le Hand-Ball, le Rugby et le Football tinrent une place prépondérante.


            Souvent les joueurs signaient une licence mais pratiquaient plusieurs disciplines. Les footballeurs firent beaucoup pour la renommée du club plus par la popularité du football que par ses résultats qui restèrent dans une honnête moyenne. Il faut dire que l'Oranie possédait à cette époque quelques équipes qui tenaient le haut du pavé comme le CDJ, le GCO et
            l'incontournable SCBA. Un SCBA qui dominera le football oranien durant de très nombreuses années.

            L'entre deux guerres vit évoluer quelques joueurs de talent parmi lesquels, le premier membre d'une famille qui portera très haut le drapeau de I'ISM et de Mostaganem, Antoine OLIVER "Papaz" qui sera plus tard l'entraîneur du club, Puis après la guerre, les neveux Célestin et Christian OLIVER commencèrent à faire parler d'eux. Aux côtés des MAUBON, KIBI, AVOUSTIN, IBANES, DIAZ, PISSIO, MARTINEZ, ESSINGER, BRAULT, VIGNEAU, HERRY, ils feront leurs premières armes en équipe seniors avant de partir jouer en professionnel à Sedan et d'être sélectionnés en équipe de France A pour Célestin et en B pour Christian.


            Sous la conduite des dirigeants de valeur au premier rang desquels figure Hippolyte BOULANGER bien secondé par Messieurs LEMAITRE, VALAT, BONNAUD et BONNARDEL, I'ISM poursuivra son petit bonhomme de chemin avec au fond du cœur le regret de n'avoir pu disputer la finale de la Coupe d'AFN 1952 victime d'une décision inique de I'ULNA (Union des Ligues Nord-Africaines),

            En effet, en demi-finale, I'ISM se voit proposer de jouer le RAC au Stade Monréal à Oran, Après une partie égale, le RAC s'incline 1-0, but marqué par MARTINEZ. L'lSM tient sa finale (contre le FC Blida). Hélas, les dirigeants marocains déposent réclamation. Selon le calcul savant concernant le nombre de jours de déplacement, le match aurait dû avoir lieu à Casablanca. La 3F passe le relais à I'ULNA qui donne match à rejouer à Casablanca. Le RAC inverse le score de la première rencontre et I'ISM se trouve être le dindon de la farce,
            Jusqu'à l'indépendance, les "Diables Rouges" évolueront en Division d'Honneur après y être parvenu en 1951.
            Les joueurs HERNANDEZ, IVKOVIC, Jacques et René BERNARDET, BEVERADJI, MARTINEZ, MASSACRY, EXPOSITO, ABDELKADER, BETOUS, PARILLA, LEVASSEUR, DILORENZ'O, SEGURA, PISSIO, SIMONET, DIAZ, VARGAS, LACHGAR, SELLES, KLIMCZACK et quelques autres défendront les couleurs "rouge et noir" au Stade du Bivouac et d'ailleurs, jusqu'à l'indépendance avec un œil rivé sur le football métropolitain où s'illustraient les frères Christian et Célestin OLIVER de l'Idéal Sportif de Mostaganem

  J-M L
    

 
PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par M. SPINA
ECOLE SAINT-CLOUD - CE1

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PIERRE GARCIA
PNHA N°176
LE CŒUR « VIOLET ET BLANC »
     
              Peut-on dire d'un homme qu'il est amoureux de son club, de sa ville, de son pays. Amoureux dans le sens noble du mot. Si l'on parle des Pieds-Noirs, en général, et de Pierre GARCIA, en particulier, on peut répondre, sans risque d'être démenti, par l'affirmative.

              Lorsque le Saint-Eugénois d'Oran évoque sa naissance (le 5 Juin 1933), ses premiers pas dans le football rue Montgolfier, ses études à l'école Edgard Quinet, sa première licence à la Jeunesse Sportive Saint-Eugénoise et les amitiés qu'il s'y est forgées, Pierre GARCIA déborde d'amour pour ce passé qui lui colle à la peau.

              En 1946. Pierre signe un pacte d'amour avec le maillot violet et blanc de la JSSE. Il a 13 ans. Deux ans plus tard. il joue son premier match "seniors" contre le CALO.
              Son entraîneur d'alors, ex-grand joueur du club, Fernand PERAL a eu le nez creux. Non seulement le "gamin" a très bien joué, mais il s'est permis le luxe d'inscrire le seul but du match.

              Sélectionné d'Oranie minime puis cadet, Pierre remporte le Concours du Jeune Footballeur et termine à la 17ème place du Concours National à Paris. Cela classe un joueur et sa titularisation est définitive. Pierre joue au poste de demi et ne vous étonnez pas si Armand PENVERNE et JeanJacques MARCEL sont les modèles qu'il s'est choisis.

              Un autre homme l’ impressionne et celui-là, il a la chance de le rencontrer deux, voire trois fois par saison. Homme de base du fameux SCBA, CALATAYUD répond parfaitement à l'image du milieu de terrain moderne auquel Pierre s'identifie. Sélectionné par la LOFA, Pierre est à présent, un joueur avec lequel il faut compter.


              Le Championnat de France Amateur lui offre la possibilité de se mesurer tout au long d'une saison aux grands de l'Algérois, de l'Oranie et du Constantinois. Avec son club, il ne souffre pas du tout de la comparaison avec les milieux de terrain de valeur qui évoluent en CFA. Mieux, grâce à son travail de récupérateur et en liaison permanente avec BOURGUIGNON, FUNES et MIRA, il permet à son frère Ernest de terminer meilleur buteur de la compétition.

              Contacté par I'OGC Nice, l'O. Lyon et le Nîmes Olympique, il renonce à une carrière professionnelle pour demeurer au pays de son enfance. 'Lorsque l'exode viendra frapper la communauté française d'Algérie, Pierre et Ernest effectueront un stage à Nice, mais l'affaire ne se fera pas. Pierre GARCIA a quitté son pays et ses amis sont éparpillés aux six coins de l'hexagone. Heureusement, chaque année se déroule au Canet en Roussillon et à la Valette du Var deux rassemblements d'anciens footballeurs d'Oranie. Durant trois jours. entouré de tous ses amis, Pierre fait le chemin à l'envers. Les cheveux se font plus rares, qu'importe ! Le cœur est toujours aussi jeune et le miracle de Saint-Eugène s'accomplit. Près de 5.000 personnes se regroupent autour d'une somptueuse paëlla, autour d'une éternelle amitié et autour du maillot violet et blanc si cher aux cœurs des Saint-Eugénois et de Pierre GARCIA.
Hubert Zakine
La Mémoire du Football d’AFN
    

 
« Piqûre de rappel 2023 »
Mépris, quand tu nous tiens !
Envoyé par M. Alain Algudo
Lettre ouverte à Monsieur le Principal du collège du Pays de la Gesse BOULOGNE SUR GESSE 31 Août 2018

         Monsieur Le Principal,
         Pourrions-nous penser que vous réagirez humainement, tout simplement, aux protestations qui vous parviennent ? Comme nous en doutons très fortement, nous dénoncerons néanmoins votre irresponsabilité de faire intervenir les négationnistes d’obédience gauchiste de la FNACA dans une salle de classe, ce qui est pour nous une prise de position qui confirme l’orientation partisane de l’éducation nationale. Vous allez avoir en face de vous des dévots qui ont obéi aux ordres d’un félon et qui entretiennent aujourd’hui des relations avec nos égorgeurs d’hier, tandis que d’autres soldats, hommes d’honneur, écoutaient leur conscience !!

         En effet qui sont les anciens combattants de cette association ? : Ils sont l’antithèse personnifiée de leurs frères d’armes qui ont refusé de trahir la parole donnée au plus haut niveau de l’État de l’époque. Ils veulent expliquer ce qu’était « leur » guerre d’Algérie dans un cours d’histoire. Évidemment sans contradicteurs. Vont-ils vous parler des conséquences sanglantes de leur 19 mars ? vont-ils évoquer leurs compatriotes et leurs frères d’armes enlevés, abandonnés, assassinés, leur mémoire encore insultés aujourd’hui ?
         Alors on est en droit de se demander si le masochisme n’est pas devenu en France une institution dans l’enseignement donné à nos enfants par des « éducateurs » qui, en jetant l’anathème sur le colonialisme, pensent évidemment et immédiatement « Pieds-noirs !»
         Faudrait-il rappeler en effet à vos enseignants, « conditionnés » à sens unique, qu’ils prennent au préalable connaissance, s’ils peuvent exceptionnellement enlever leurs œillères, de ces fameux « accords de dupes d’EVIAN »et de leurs résultats, et qu’ils sachent surtout, ou qu’ils essaient de réfléchir, que des accords sur des sujet aussi graves, où la vie de milliers de leurs compatriotes était l’enjeu, auraient dû normalement se dérouler qu’en présence de toutes les parties en conflit !

         Or, Messieurs, certainement encore grands donneurs de leçons, savez-vous qu’aucun des représentants des populations des départements Français d’Algérie, n’a participé aux négociations où se décidait leur avenir ? Ni même ceux, Français -musulmans, dont la majorité croyait encore en l’Algérie Française jusqu’en 1960, tant les propos et les promesses du Général « micro » les avaient incités à faire confiance à la France.
         Comme vous invitez complaisamment la FNACA, soyez pour une fois impartial en faisant abstraction de votre méprisante attitude en invitant aussi devant vos élèves, ceux qui peuvent vous démontrer, preuves irréfutables à l’appui, l’ampleur de la trahison et de la duplicité institutionnelle de l’époque et le mensonge qui perdure aujourd’hui.
         Ne parlons pas des représentants des populations d’origine européenne qui eux, évidemment, tous « affreux colonialistes » jugés certainement indignes de figurer à ces discussions car, comme chacun le sait, tous les Français d’Algérie étaient OAS comme tous les Français étaient dans la résistance…après la libération par…les troupes alliées et l’armée d’Afrique.

         Les combattants de cette Organisation Armée Secrète de résistance désespérée, à la vie plus qu’éphémère, estimée à 2000 hommes et femmes dont des musulmans, étaient certainement moins nombreux que ceux de la résistance en France sous l’occupation, à échelle comparative.
         Et quand bien même : tous les protagonistes d’un affrontement, face à une impasse qui doit obligatoirement aboutir à des négociations pour retrouver la paix, ne doivent-ils pas tous se retrouver face à face pour trouver un accord ?
         Pour ne pas me tromper, je voudrais que l’on me donne un seul exemple où les protagonistes concernés par un conflit ne sont pas consultés pour des négociations? Là, NON, notre exclusion fut totale en complicité avec cet ennemi dont on connaissait, pour en avoir déjà fait les frais, les méthodes barbares innommables et à qui ont devait ensuite nous livrer, pieds et poings liés, en violation de ces dits « accords » signés entre les seuls parjures et barbares vaincus sur le terrain !

         Et la forfaiture, oui la forfaiture, n’allait pas s’arrêter là ! Le piège abominable d’un homme et de son exécutif allait atteindre son paroxysme par le décret du 20 mars 1962 paru au Journal Officiel excluant du Référendum National du 8 avril 1962 décidant de leur devenir tous les départements de notre Algérie Française, et eux seuls, les autres DOM/TOM y participant !
         Imaginez un seul instant le prochain Référendum décidant du devenir de la Nouvelle Calédonie excluant tous les habitants de ce Territoire d’Outre-mer et décidé seulement par la Métropole!!
         Et c’est ainsi que nous avons assisté, en victimes, à un tour de force machiavélique dans un contexte de désinformation, de diabolisation et d’exclusion d’un peuple innocent accusé de mille maux par une propagande honteuse, faisant abstraction totale totalement le ressenti de ces êtres déracinés qui, au soir de leur vie, s’identifient toujours à leur paradis perdu, et dont certains, la maladie du siècle aidant, vivent littéralement dans leur lieu de naissance. Un paramètre que vos esprits conditionnés ne pourront jamais comprendre ! Vous n’y pensez même pas, ce traumatisme ne faisant certainement pas parti de vos préoccupations :

         Seul le cours d’histoire et les « vérités »de la FNACA importeront pour vous ?!!
         Un monstre a donc réussi à faire se refermer le piège mortel qu’il a prémédité. « N’essayez surtout pas de m’apitoyer » répondit-il à PEYREFITTE (auteur de « C’ÉTAIT DE GAULLE) qui lui faisait part de la catastrophe humanitaire qui se produisait et la détresse de dizaines de milliers de ses compatriotes, maltraités ignominieusement à leur arrivée.
         Non seulement ce peuple n’a pas été partie prenante de ces « accords » où les vainqueurs se prostituèrent en vaincus devant des assassins, mais le référendum décidant de leur sort leur était interdit. Ce simple droit civique, ce simple droit de l’homme, cet article majeur de la constitution de 1958 leur était refusé.
         Le cauchemar que nous avons vécu vous indiffère nous le savons, peu vous importe, il s’agit de « colonialistes » qu’il fallait punir dans la droite ligne du bourrage de crâne que vous avez vécu et que vous vous complaisez à entretenir. Pourquoi ? Vous sentez-vous coupables ? Les 12500 « colons » et leurs familles qui représentaient 45.000 individus sur les 9 millions de Français de toutes origines présents, vous conviennent et suffisent certainement pour mettre tout le monde dans le même sac, même si la modestie de la majorité des exploitations de ces « maudits colons » (09ha) était loin de représenter la moyenne de celle des départements de métropole.

         « Ces maudits colons à cravaches » ? Une anecdote à votre service : « Lors de notre « réinstallation » en métropole nous nous sommes endettés pour acheter une exploitation viticole dans la région de Béziers dans l’Hérault, le jour de notre prise de possession, le personnel local de l’exploitation que nous avions décidé de conserver, nous attendait, aligné dans la cour des bâtiments, leurs couvre-chefs à la main. Nous avons constaté qu’ils étaient surpris de nous voir leur tendre la main et leur demander de se couvrir.
         Ils nous ont dit par la suite qu’ils avaient effectivement été étonnés de notre comportement, vu la réputation que nous traînions médiatiquement, et ils pensaient qu’il serait pire que celui de leur patron précédent, domicilié à Paris, qui n’intervenait qu’à travers un « Ramonet » et lors de ses visites ne leur avait jamais serré la main, ni adressé la parole. Et que dire aussi de l’étonnement des vendangeurs voyant à leur arrivée des lits, des matelas des draps et des couvertures que nous leur fournissions, à la place des paillasses à même le sol qu’ils avaient l’habitude de trouver chaque année, comme les sanitaires que nous avions installés et qui n’existaient pas.

         Alors Messieurs les censeurs dites-nous où se trouvaient « les exploiteurs » ?
         Mais vous faites certainement parti, avec vos proches, des responsables de notre exode de nos malheurs, de nos morts et de nos disparus. Que nous ayons été exclus dans la décision de notre avenir, que nous ayons subi un enfer, peu vous importe, vous êtes dans ligne droite de la pensée unique et derrière ceux qui absolvent le parti de la trahison et les porteurs de valises de la honte.
         Alors, vous invitez la FNACA qui vous donnera bonne conscience puisque cette association fait abstraction totale des conséquences sanglantes de cet après 19 mars qu’elle commémore avec l’appui honteux des autorités civiles et militaires.
         Mais comment s’en étonner quand le parjure subsiste avec les promesses oubliées du Président de la République sur ce sujet précis, entre autres. Paroles et promesses écrites qui avaient suscité un espoir fou parmi une majorité des nôtres qui, encore non vaccinés par la dialectique gaulliste, se sont laissés prendre à nouveau.

         Voilà l’exemple que vous allez donner à nos enfants, la désinformation par ceux qui, mordicus, considèrent que ce MAUDIT 19 MARS, est la fin de la guerre d’Algérie alors qu’elle est le début d’une tragédie dans l’horreur, et l’exemple d’un déplacement de population de départements Français, unique dans l’histoire de France et l’abandon de leurs frères d’armes prisonniers du FLN.
         Même si l’on commémore la défaite de DIEN BIEN PHU, il s’agit d’une défaite dans l’honneur à la suite d’un combat ultime et héroïque d’une glorieuse armée Française, sans dégâts collatéraux majeurs pour les civils Français. Alors que ce 19 mars c’est la terrible et lamentable illustration d’une belle et grande victoire contre la barbarie sans nom de l’islamisme, et que l’on transforme en défaite, livrant, sur ordre, toute une population au génocide avec la complicité de tout un peuple conditionné qu’on amène à un référendum qui absout un chef d’état machiavélique : Un boucher qui se servait de ses « veaux » ! C’est à ce « résultat » que la FNACA veut à tout prix se référer ?

         La France est coupable, doublement coupable du malheur de deux peuples !
         «Si la France a une dette morale, c’est d’abord envers vous !»
         (Sarkozy, sa lettre compassionnelle du 16.4.07)

         Alors, il faudrait tout de même que vous sachiez qu’il y a des bornes à ne pas dépasser ou que les miroirs doivent disparaître de votre environnement car, laisser sur le bord du chemin avec le mensonge, la calomnie, l’insulte et le mépris toute une partie de vos compatriotes, dont certains vivent encore dans leurs cauchemars les plus fous du martyr de leurs disparus, dépasse les limites de la décence.
         Et cette tragique réalité ce n’est pas la FNACA qui va l’évoquer devant vos élèves !!!

         Mais cela ne vous interpelle certainement pas comme nous interpellent encore ADOUR SUR GLANE, la Rafle du VEL D’HIV, les déportations et les innocents fusillés en représailles par les troupes d’occupation nazies !
         Nos tragédies, le martyr de 150.000 harkis (document du ministère de la défense), les 86 morts escamotés honteusement dans des fosses communes du 26 mars de la fusillade de la rue d’ISLY et plus de 200 blessés, le massacre innommable du 5 juillet 1962 à ORAN et ses plus de 3.000 morts et disparus en une seule journée, les 25.000 disparus européens sur tout le territoire de cet après 19 mars, les soldats Français prisonniers du FLN jamais restitués (plus de 500), évidemment vos invités ne vous en parleront pas, car depuis longtemps ils jugent ces « événements » comme un « mal nécessaire !» Certains d’entre eux, nous en sommes persuadés, ayant la même philosophie que l’ignoble SARTRE, je le cite : « Dans un premier temps, il faut tuer. Abattre un européen, c’est faire d’une pierre deux coup, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé. Reste alors un homme mort et un homme libre… ». Mais peut-être certains prenaient-ils souvent là-bas la position d’une scène du film « 20ans dans les Aurès » face aux Fellaghas ?

         Pour les autres nous nous inclinons devant leurs actions de bravoure et devant leur combat, nous respectons leurs morts et leurs familles. Mais nous voudrions aussi que le peuple de métropole n’oublie pas le sacrifice, la bravoure et le combat des milliers des nôtres dans l’armée d’Afrique, fer de lance de la libération de la France pendant les deux dernières grandes guerres, et des combattants pour le respect de la parole donnée et de l’intégrité du territoire national.
         Mais, là aussi, je suppose, vous n’avez que faire de l’impartialité et vous n’inviterez pas quelques-uns de nos combattants, Français d’Algérie survivants, pour leur parler de Monte Cassino, de la libération de la Corse ou du débarquement de Provence, et le pourquoi de la résistance à l’abandon des départements Français d’Algérie, programmé sournoisement.

         Alors, Monsieur Le Principal, nous allons vous dire ce que nous pensons pour l’avenir de la France et de cette mentalité qui n’a pas changé depuis 1962. Vous vous prenez pour des vainqueurs alors que vous êtes des vaincus en voie de colonisation ! Les exemples foisonnent mais vous êtes adeptes de la politique de l’autruche. Je doute que vous ayez la clairvoyance que vos aînés n’ont pas eu en Algérie en traitant avec une minorité radicale d’assassins qui avaient fait leur preuve d’une sauvagerie défiant l’entendement.
         La majorité de ces « combattants vainqueurs- vaincus » qui viennent donner des « leçons » à nos jeunes, n’auront certainement pas le sujet du patriotisme à offrir au débat, les vrais combattants, comme chacun le sait, étant ceux de l’ombre qui ont refusé l’infamie, et non ceux qui pérorèrent, voulant à tout prix faire croire qu’il n’ont pas perdu leur honneur par la trahison de la parole donnée. Et encore, même vaincus sur le tapis d’une trahison qu’ils ont acceptée, si cela avait été un combat perdu pour une vie meilleure des populations concernées, on pourrait le comprendre, voir même l’accepter et nous taire, mais en l’occurrence avec cette date maudite et ignominieuse, certains se font complices d’un crime d’état qui a plongé deux peuples, l’un face aux massacreurs, à la vindicte d’une majorité de Français et au déracinement, et l’autre, dans la terreur des règlements de compte et, actuellement, la misère, la saleté, le chômage, la corruption, le banditisme, la prostitution, les maladies, la dégradation d’un quotidien provoquant une fuite éperdue par la course aux visas ou des traversée sauvages la plupart du temps dramatiques. Et ce n’est pas nous qui le disons mais les Algériens eux-mêmes. (voir le quotidien Algérien L’EXPRESSION du 3 janvier 2009)

         Voilà le résultat réel des « accords » du 18 mars et du cessez le feu unilatéral du 19 MARS 1962 aux conséquences que n’importe quel esprit sain dénoncerait. Mais NON l’acharnement de la FNACA est tel que nous sommes en droit de nous demander si la haine contre tout ce que fut la vie de leurs compatriotes d’Algérie, ne l’emporte pas. Mais votre obligeante complicité n’est-elle pas à classer dans le même d’état d’esprit ?
         Un exemple récent ? : Un de nos compatriotes dit dans une allocution improvisée : « il pousse un cri de charognard » à l’intention d’un élu communiste qui insulte une stèle du souvenir des combattants de l’Algérie Française située au fin fond d’un cimetière, et le voilà qu’il se retrouve avec une assignation devant un tribunal correctionnel ! Exit, la déclaration assassine de SARTRE ! Là on considère ces quelques mots comme un « crime abominable » de lèse idéologue de pourvoyeurs des goulags et de porteurs de valises du FLN.

         Justice quand tu nous tiens !
         Alors ce n’est pas le fait d’une vision de l’histoire falsifiée et sans débat contradictoire devant nos enfants qui nous scandalise, sans en être étonné, c’est cet acharnement de rejet renouvelé à notre égard qui anime votre inconscient dans toutes vos actions, dans le mépris total du ressenti de tout un peuple.
         Et le plus grave c’est que vous agissez persuader que la vérité est de votre côté, et ne peut être que de votre côté. Vous condamner ? L’histoire s’en chargera ! Vous haïr ? certainement pas ! Vous plaindre, sincèrement OUI !

Alain ALGUDO
Président d’honneur CDFA/VERITAS
Ex rédacteur dans la revue VERITAS
Mostaganemois, Français d’Algérie et, plus que jamais, fier de l’être


Mémorisation

De Jacques Grieu


Ecrire ses mémoires n’est pas si simple qu’on croit.
Où l’approximatif et le « n’importe quoi »,
N’ont leur place nulle part et excluent « l’approché »,
Autant que les redites et choses radotées.
Elles demandent la rigueur comme l’honnêteté,
Une bonne précision et des lieux bien situés.
Se souvenir d’un fait, même fort intéressant,
Si on oublie sa date, est bien moins passionnant.

Qui écrit ses mémoires à la fin est défunt
Puisque la vie du moi n’est pas un récit feint.
Présage-t-on la fin quant on pense au début ?
Mettre fin à ses jours n’est pas souvent le but !
Les mémoires, c’est passé… qui redevient présent.
C’est une sorte de brume qui s’épure dans le temps.
Et donc pour les écrire, les confier au papier,
Il ne faut pas attendre, on risque d’en oublier.

Attention cependant aux regrets et aux pleurs,
Si la tête vous entraîne vers trop de profondeur ;
Car à trop la pencher pour revoir son passé,
Elle chute dans les erreurs, et tombe dans l’encrier.
Des souvenirs, j’en ai plein, qui reviennent au matin
Et qu’il faut vite écrire avant qu’il soient éteints.
Beaucoup sont mis en tas dans un coin du cerveau,
Perdus dans un cimetière où ils ont leur tombeau.

À nonante six ans, si ma mémoire est bonne,
Je m’agite et m’inquiète en cherchant mes neurones.
J’en avais cent milliards, m’avait dit mon médecin :
Il prétend qu’il m’en reste... mais ne sait pas combien !
Résultat, j’ai des manques, des noms propres, surtout.
Et même pour des moins propres, de simples passe-partouts,
Ma mémoire, fatiguée, saute de trous en trous ;
Ce qui fera des « blancs » je ne sais pas trop où.

Attention aux erreurs, le lecteur les remarque
Et à la moindre faute il criera à l’arnaque !
Ce qu’on nomme « expérience » n’est que vaste mémoire.
Pour combattre la mort, la vie est sans victoire...
Avoir pris du recul doit être un avantage
Dont il faut profiter pour un regard plus sage.
La route du bonheur serait celle de l’oubli ?
La mémoire est pourtant sentinelle de l’esprit !
Jacques Grieu                  



LE FEU DE JEANNE,
LES CENDRES DE LA FRANCE
Par José CASTANO Avril 2026
Envoyé par M. J. Castano
,
Quand le pouvoir trahit la nation
« Grand-pitié ! Jamais personne ne secourut la France si à propos et si heureusement que cette Pucelle, et jamais mémoire de femme ne fut si déchirée. » (Etienne Pasquier)

       Il y a près de six siècles, la France vacillait déjà au bord de l'abîme. Déchiré par les factions, humilié par l'étranger, le royaume semblait condamné à disparaître dans les ténèbres de l'Histoire. Les Bourguignons et les Armagnacs ensanglantaient le pays tandis que les Anglais occupaient ses terres avec l'assurance des conquérants. La France doutait d'elle-même ; pire encore, elle avait cessé de croire en son propre destin.

       Alors surgit une enfant.
       Elle n’avait ni naissance illustre, ni fortune, ni science des livres. Rien, sinon une foi inébranlable, une volonté de fer et cette mystérieuse certitude qui fait parfois des êtres simples les instruments de la Providence. Son nom traverserait les siècles comme un glaive de lumière dans la nuit des peuples : Jeanne d'Arc. Sa devise tenait en quelques mots où résonnait déjà toute son âme : « Dieu premier servi ».

       Née le 6 janvier 1412 à Domrémy, aux marches du royaume de France et du duché de Lorraine, Jeanne grandit au milieu des ravages de la guerre de Cent Ans. À treize ans, elle entendit ces voix qui lui ordonnaient de sauver le royaume et de conduire le Dauphin au sacre. Pendant plusieurs années, elle résista à cet appel, comme si elle pressentait le prix qu'il lui faudrait payer. Puis vint l'heure du renoncement à soi-même : elle quitta son village, son enfance et marcha vers son destin.
       A Vaucouleurs, elle rencontra le capitaine Robert de Baudricourt et le convainquit de l’aider à obtenir une audience auprès du Dauphin.

       À Chinon, devant le futur Charles VII, cette jeune paysanne de dix-sept ans parla avec une autorité qui bouleversa les plus sceptiques. Les théologiens de Poitiers voulurent la soumettre à leurs interrogatoires, sonder sa foi, examiner sa pureté, éprouver sa vérité...
       Elle annonça pourtant ce qui semblait impossible : la délivrance d’Orléans, le sacre du roi à Reims, le redressement du royaume... Ébranlé par tant de convictions, Charles accepta alors de lui confier une armée pour libérer Orléans des mains des Anglais. Et ce qui semblait folie devint réalité.

       Le 7 mai 1429, avant l’assaut des Tournelles, Jeanne lança à ses soldats cette injonction immortelle : « Entrez hardiment parmi les Anglais ! » Alors se produisit ce prodige que les siècles peinent encore à expliquer : des hommes découragés retrouvèrent le courage ; des soldats vaincus redevinrent une armée ; une nation humiliée releva la tête. Transcendés par tant de courage, les soldats français bousculèrent les lignes ennemies infligeant aux Anglais leur première défaite.
       Orléans libérée, Jeanne remonta vers Reims, délivrant chacune des villes sur son passage... inversant, ainsi, le cours de la guerre de Cent ans. Là où les princes tergiversaient, où les stratèges hésitaient, où les puissants calculaient leurs intérêts, une jeune fille avançait sans peur, portée par une seule idée : sauver la France.

       Et c’est peut-être là que réside l’écrasante leçon de Jeanne d’Arc.
       Car son héroïsme jette une lumière cruelle sur les faiblesses qui saisissent les nations lorsqu'elles traversent l'épreuve. Jeanne donnait sa vie quand d'autres protégeaient leurs charges ; elle affrontait les épées quand les puissants s'abritaient derrière leurs prudences ; elle parlait au nom du peuple souffrant quand tant de responsables ne parlent plus qu'au nom des intérêts, des partis ou des calculs du moment.
       Elle, l'ignorante selon les docteurs, comprenait mieux la France que beaucoup de ceux qui prétendaient la gouverner.

       Aujourd'hui encore, la comparaison demeure troublante.
       D'un côté, une adolescente qui marcha au feu sans rien demander pour elle-même, préférant le sacrifice à la compromission et la vérité au confort... De l’autre, une caste politique sans souffle ni grandeur, prisonnière de la communication, des renoncements successifs, se vautrant dans le déni… ce déni qui découle de son aveuglement face à sa politique immigrationniste.
       Là où Jeanne incarnait l’abnégation absolue, nombre de nos dirigeants semblent n’incarner que l’art de survivre politiquement au milieu des difficultés qu'ils peinent à résoudre : l’insécurité gangrène les villes ; le narcotrafic prospère en toute liberté ; la violence — banalisée à l’extrême — devient quotidienne ; une justice laxiste entretient le sentiment d’impunité ; l’école ne transmet plus ni mémoire ni exigence ; l’histoire nationale se délite ; l’autorité s’efface ; le débat public se dissout dans l’invective, la peur et le mensonge. Une société autrefois fière de son héritage semble désormais honteuse de son histoire, comme si aimer son pays était devenu suspect. Aucun peuple pourtant ne peut vivre longtemps sans idéal…

       Comment réagirait Jeanne face à cette « Nouvelle France » — chère aux « antifas » — issue des quartiers populaires, des héritages migratoires et d’un métissage présenté non comme une conséquence historique mais comme un horizon politique ? Que ferait-elle face à leurs méthodes de voyous consistant à opposer la rue contre les urnes, le tumulte contre la loi, le cri contre le bulletin de vote ? Que penserait-elle de ces élites qui semblent avoir renoncé à défendre ce qu’elles ont mission de servir ? Elle qui ne connaissait qu’un seul parti — celui du royaume — regarderait sans doute avec stupeur cette époque où l’on préfère diviser les Français plutôt que les unir, culpabiliser le peuple plutôt que le protéger, déconstruire l’héritage plutôt que le transmettre.
       Et pourtant, malgré tout, son souvenir demeure.

       Parce qu'il rappelle qu'une nation ne meurt véritablement que lorsqu'elle cesse de croire à sa propre grandeur. Parce qu'il rappelle qu'au milieu des trahisons, des lâchetés et des abandons peut surgir une âme assez pure pour relever tout un peuple. Parce qu'il rappelle enfin qu'il existe quelque chose de plus grand que les intérêts particuliers : une patrie, une mémoire, une civilisation.
       Mais aujourd'hui, qui se lèvera ?
       Qui parlera encore d’honneur, de sacrifice, de fidélité, de devoir ? Qui acceptera de servir plutôt que de régner ? Qui aura le courage de dire la vérité quand tant d’autres préfèrent le confort du silence ? Qui consentira au sacrifice quand notre époque enseigne l’adoration de soi ?

       La France s’enfonce désormais dans une nuit épaisse, une nuit sans étoiles où vacillent les dernières flammes de son génie. C’est le temps des consciences qui s’éteignent, une à une, comme des cierges oubliés au fond d’une nef déserte. Si ses cathédrales défient encore le ciel, les âmes, elles, s’effondrent ; si ses monuments demeurent, son esprit s’évapore. Et dans ce silence de mort, ne résonne plus que le pas lourd de l'impuissance et le murmure des indifférents.
       Alors, parce que la terre se dérobe, nos regards se tournent vers elle.
       On la revoit, cette enfant de dix-neuf ans, seule au fond des ténèbres de Rouen. Enchaînée, trahie, vendue, elle n’a plus pour horizon que le bois sombre du bûcher. Et pourtant, dans le dénuement absolu de sa prison, elle se dresse, immense, écrasant de sa pureté la morgue des puissants et la petitesse des juges.

       Vient enfin l'aube livide du 30 mai 1431.
       Sur la place du Vieux-Marché, on l’attache au poteau… Les flammes commencent leur œuvre. La fumée monte, mais son regard, lui, cherche encore le ciel. À l’évêque Pierre Cauchon, artisan de son supplice — acquis à la cause anglaise — elle jette cette sentence qui déchire les siècles : « Évêque… je meurs par vous ! » C’est le cri de la vérité face à la trahison des élites, le cri de l’innocence face au calcul des clercs. Puis, dans le fracas du brasier, elle libéra son ultime cri d’amour : « Jésus ! »
       Si la France possède encore un cœur sous les décombres de son époque, qu’elle écoute ce cri consumé par le feu. Car aujourd’hui, dans le vacarme des mensonges, au milieu des renoncements qui nous enchaînent et des fidélités que l’on brise, c’est l’âme même de notre peuple qui semble monter du bûcher. Un peuple qui, dans un même élan de douleur et d’espérance, murmure avec Jeanne cette supplique désespérée : « Jésus… sauvez la France. »
José CASTANO le 15 octobre 2026
E-mail : joseph.castano0508@orange.fr

      


Est-ce qu’il y aura toujours des Français pour trahir la France ?
  

               Je me souviendrai toujours de la réponse que me fit le colonel Gardes, à Alger, début 1961, alors que l’OAS venait à peine de se manifester et que je ne pouvais croire que des Français, des « barbouzes », pourraient venir assassiner d’autres Français parce qu’ils voulaient uniquement que l’Algérie reste française :

               – « Tu crois ça ? On trouve toujours des Français pour accomplir les actes les plus dégueulasses soit pour de l’argent, soit pour le pouvoir, soit par idéal personnel. Ne l’a-t-on pas vu lors de la dernière guerre ? Il a fallu combien de temps pour que les communistes cessent de collaborer avec l’ennemi ? Combien de Français ont collaboré avec l’occupant allemand ? Combien ont dénoncé des résistants, livrés des Juifs ? Et depuis le début de la guerre d’Algérie, combien de Français ont récolté des fonds pour le FLN, livré des armes, fabriqué et posé des bombes. Combien ? Alors tu peux en être certain, on en trouvera des tas pour venir foutre la merde ici et essayer de nous éliminer physiquement, sous des couvertures officieuses ou officielles ».

               C’est toujours d’actualité !

               Le 24 février 1960, le réseau des « Porteurs de valises », organisé par Francis Jeanson et son bras droit, le communiste, anticolonialiste et activiste, Henri Curiel, fils de banquier, chargé du transfert des fonds entre la France et la Suisse et de l’achat des armes de guerre et des explosifs, qui serviront à assassiner nos soldats, vos enfants et nos enfants, était démantelé.

               Il s’agissait véritablement d’une cinquième colonne composée de communistes, gauchistes, syndicalistes, trotskistes, de nombreux artistes, intellectuels, etc.
               Depuis le 2 octobre 1957 il avait été mis en place pour apporter un soutien au FLN.

               Ses missions :
               Fournir des hébergements. (héberger un Algérien, ce n’est pas aider le FLN, c’est soustraire un homme à l’arrestation et à la torture). Dixit Francis Jeanson ;
               Recherche de planques et de véhicules sûrs ;
               Franchissement des frontières ;
               Collecter, transporter et transférer des fonds. (Des sommes énormes recueillies par racket organisé contre les 400 000 Algériens travaillant en France, tous taxés de gré ou de force : 2000 francs (1957) pour les salariés et un pourcentage sur le CA pour les commerçants, artisans, professions libérales, trafic de drogue, bordels, tripots de jeux, bonneteau, etc. Chaque mois de 400 à 500 millions. 1 % de ces sommes était alloué aux porteurs et les permanents : Jeanson, Curiel, Bolo, Cuena, etc. recevaient un salaire de 75 000 francs/mois.) ;
               Fournir des faux papiers aux agents ennemis opérant en métropole ;
               Achat d’armes et d’explosifs ;
               Recrutement continu de complices de nos ennemis, le FLN.
               « Si nous avions pu passer des petites annonces nous aurions refusé du monde ». Dixit Francis Jeanson.

               Cartes du monde
               Il est vrai que du monde il n’en manquait pas pour planquer les terroristes et « porter les valises », surtout dans le milieu des artistes : (liste non-exhaustive) Serge Reggiani, Roger Pigaut, Jacques Charby, André Thorent, Paul Crochet, Jacques Trebout, Raoul Sangla, Georges Arnaud (Le salaire de la peur), Georgina Dufoix, Paul-Marie de la Gorce, Michel Rocard, Jean Daniel, Roland Castro, Hervé Bourges, Alain Geismar, Bernard Kouchner, Henri Alleg, Georges Suffert, Jacques Vergès, Hélène Cuena, Jacques Rispail, Christian Nucci, Michel Pezet, Pierre Vidal-Naquet, Françoise Sagan, docteur Chaulet, Professeurs d’Alsace et Veullay, prêtres de la mission de France, les abbés Mamet, Davezies, Boudouresque, etc.

               Le procès débuta le 5 septembre 1960.
               Comparaissaient 18 Français et 6 Algériens.
               Furent prononcées 15 condamnations à 10 ans de prison, maximum de la peine.
               Trois autres à 5 ans, 3 ans et 8 mois et 9 acquittements.
               La plupart seront libérés lors des « accords d’Évian » sur exigence des représentants algériens du FLN.

               En fuite à l’étranger, Francis Jeanson sera jugé par contumace en octobre 1960. Coupable de haute trahison il sera condamné à 10 années de réclusion criminelle.
               Il sera amnistié en 1966.
               Francis Jeanson se défend d’avoir trahi la France. Il se justifie par fidélité aux idéaux sur lesquels, selon lui, doivent s’appuyer les Français. Les départements d’Algérie, dit-il, ne sont pas soumis aux lois de la République. Il faut soutenir la juste cause du mouvement national algérien.

               Immédiatement les intellectuels et artistes de gauche apportent leur total soutien et Maurice Blanchet rédige le « Manifeste des 121 » : « Nous jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous jugeons justifié la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français ».

               Suivent les signatures de : J-P. Sartre, Simone de Beauvoir, André Breton, Pierre Boulez, François Truffaut, Danièle Delorme, Françoise Sagan, Catherine Sauvage, Alain Cuny, Alain Resnais, Simone Signoret, André Mandouze, Florence Malraux et j’en oublie 108 autres.

               Après l’indépendance de l’Algérie, certains de ces « porteurs de valises » rejoignent l’Algérie, espérant une reconnaissance.
               Francis Jeanson choisira de rester en France. Il décèdera le 2 août 2009 à Arès, Bassin d’Arcachon en Aquitaine.

               Le colonel Gardes avait raison : il y a toujours eu et il y aura toujours des Français pour trahir la France, pactiser et porter aide et assistance à ses ennemis.
               La guerre d’Algérie est finie depuis belle lurette mais jamais autant de Français n’ont, aujourd’hui et depuis des années, trahi la France… et ce n’est pas fini, nous le constatons quotidiennement.

               Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.com
Manuel Gomez
30 juin 2026



SALAOUETCHES
Envoyé par M. J.C. Gatto
Mai 2013 pages 72-108
SYMPHONIE EN CASBAH MAJEURE
PAUL ACHARD chez Balland

       L'adjudant s'épongea et ouvrit la fenêtre du « bureau » de la 2e Compagnie : une odeur de poussière mouillée lui chatouilla les narines ; il aperçut une corvée de zouaves en bourgeron, occupés à arroser la cour d'honneur ; l'horloge sonnait sept heures quand le fourrier entra et jeta sur la table une brassée de lettres, de papiers et de publications.
       - Bonjour, mon adjudant, quelle chaleur qu'il fait déjà, bon matin !
       Il était de Bône ; l'adjudant était de Corse, il dit simplement :
       - Hé, qué voulez-vous...

        Puis, il se plongea dans la lecture d'un journal et sembla goûter le style du rédacteur des faits divers, car, hochant la tête et élevant la voix, afin de couvrir le bruit que faisaient sous les voûtes sonores du grand escalier, les pas des hommes de garde, revenant de la poudrière et regagnant leurs chambres, il lut les lignes suivantes : « Nuit rouge à la Casbah... » ça c'est le titre : « Hier soir, les visiteurs de la rue Kattaroudjil ont pu assister à l'une de ces scènes pénibles dont les bas-fonds de Paris, Babylone moderne, n'ont hélas ! plus le monopole depuis que la Casbah est mise en coupe réglée par un ramassis d'Arabes, d'Italiens, d'Espagnols, de Maltais et de Juifs, parmi lesquels, malheureusement, on compte quelques Français. Voici les faits : hier soir, dès neuf heures, l'attention des promeneurs était attirée par le manège scandaleux d'une fille soumise, la dénommée Aïcha ben Ahmed, qui ameutait les passants et les invitait à la débauche en termes si grossiers, qu'un honorable négociant du quartier, le marchand de beignets Amar ben Saïd, crut devoir la rappeler au respect des bonnes manières ; mais la susnommée, du reste bien connue de la police qui a eu à diverses reprises l'occasion de s'occuper de cette peu recommandable créature, ne trouva pas la remontrance de son goût ; s'emparant d'une poubelle pleine de détritus en putréfaction, inopportunément oubliée par les bourricotiers chargés de l'enlèvement des ordures ménagères (et contre la négligence desquels nous ne saurions trop nous élever), elle en projeta le contenu au visage du marchand de beignets et sur son étalage, souillant au surplus les vêtements de plusieurs personnes qui se trouvaient parmi l'assistance.

        Comme celles-ci protestaient avec raison, un indigène à mine patibulaire sortit de la foule. Le sieur Mohamed ben Ahmed n'est pas, lui non plus, un inconnu pour Dame Police. Vivant ouvertement de la prostitution d'une mineure et plusieurs fois condamné pour ce délit, ce vil souteneur est loin de s'exprimer avec correction : incontinent, c'est le cas de le dire, car une fois de plus il avait bravé les préceptes du Coran en se livrant à des libations prolongées, il se mit à injurier l'assistance en accompagnant ses invectives de gestes d'une intolérable inconvenance ; puis, passant de l'attitude à l'action, cet ignoble individu tira un long couteau kabyle qu'il s'amusa à lancer au milieu du groupe de touristes ; l'un d'eux évita de justesse le redoutable projectile qui alla se planter dans une porte, à deux doigts de la tête d'un autre spécimen de cette faune spéciale au quartier réservé, un dangereux récidiviste du vol et du vagabondage spécial, vieux cheval de retour, dix fois puni par la justice pour coups et blessures et attentats aux mœurs et, par surcroît, interdit de séjour. Ce triste sire, un certain « Tomate », n'a pas, lui non plus, les façons d'un gentilhomme. Au surplus, il se trouvait dans un état d'ébriété avancé, car, se jugeant offensé par les plaisanteries - de mauvais goût, il faut le reconnaître - de son collègue qui s'affirme, par ailleurs, son rival dans les faveurs de plusieurs filles de joie, l'odieux personnage trouva plaisant de taillader à coups de rasoir le visage de son heureux concurrent. L'irascible indigène protesta à sa façon, en labourant la poitrine de son adversaire avec une carafe brisée et en le mordant si cruellement, qu'il lui arracha un morceau du nez qu'il avala, par suite d'un horrible réflexe de sauvagerie.
       D'autres amis s'étant mêlés de la querelle en prenant parti qui pour Mohamed, qui pour « Tomate », il s'ensuivit une véritable bagarre au cours de laquelle on compta sept blessés dont un dans un état grave, lequel, par chance, se trouve être précisément le peu intéressant « Tomate ». Quant à Mohamed ben Ahmed, le voilà sévèrement puni de ses provocations, car son visage n'a plus rien d'humain. Un troisième larron, un Espagnol surnommé El Pedorrero à cause de certaines particularités assez répugnantes provenant vraisemblablement d'une avarie intestinale, s'en tire avec quatorze coups de couteau. Fort heureusement, ceux qui ont donné le bal ont payé les violons, car aucun des spectateurs de cette farce sanglante n'a eu à pâtir de cette révoltante échauffourée. Mais il serait temps que des mesures rigoureuses fussent prises pour que la Casbah de plus en plus infestée d'escarpes et de chevaliers du rasoir, dont l'audace croît avec l'impunité, soit débarrassée d'une pègre abjecte qui finira par éloigner de ce quartier pittoresque, au demeurant habité dans sa plus grande partie par une population indigène des plus paisibles, les nombreux touristes qui, à chaque arrivée de paquebot, considèrent comme naturelle une visite à la haute ville, classée comme l'une des curiosités les plus intéressantes à voir dans notre beau pays. »

        - Cristaccio ! c'est tapé, comme article... s'exclame l'adjudant.
       - On a doublé les patrouilles pour ce soir, dit le fourrier, et c'est le petit Lendormie qui les commande. L'endormi ? il l'est pas, çuilà ! C'est un de France pourtant... il est de Moulins.
       - Celui qui vient de Joinville ? Je le croyais Corse.
       - Non, mon adjudant, son nom s'écrit : d, i, e.

        - Tout de même c'est pas un métier pour des soldats de surveiller les maquereaux, Cristaccio
       - C'est aussi une drôle d'idée d'avoir foutu la caserne au milieu de la Casbah, mon adjudant !

        La garde montante, lavée, astiquée, mais déjà suante, s'aligne devant le bâtiment central, sous la célèbre et terrible devise de Soubise, gravée dans la muraille : « Se brosser et attendre ». Ils attendent depuis dix minutes en plein soleil. Voilà le chef. En route. Les hommes passent au pas cadencé sous la voûte ombreuse du corps de garde où le bruit des « souliers ferrés » se répercute en échos sans fin. Une sonnerie de clairon, sèche et impérieuse, réclame le caporal de semaine. On entend dans une chambrée :
       - Ha, Gandolfo, où ti as mis mon blanc d'Espagne, la figa de ta ouela ?
       Devant la grille d'honneur de la Caserne d'Orléans, le capitaine Jacquot, faisant fonction de chef de bataillon pendant les vacances du commandant en titre, descend de cheval et répond par un bref salut au « Présentez armes ! » de la sentinelle, un bleu, très impressionné par les onze médailles du capiston, qui vient de la Légion.

        TCHALEFFES

        Stévenet, son ordonnance, un ancien légionnaire, traverse la Casbah pour aller « faire le marché » et effectuer quelques achats pour « la patronne ».
       Stévenet est un cordon bleu, il n'achète ni n'importe quoi, ni n'importe où. Aussi la tournée est longue. Sur un terre-plein, un conteur déjà entouré de yaouleds, de flâneurs et de quelques chenapans à la recherche d'un coup de « sarraquage » à faire, s'est lancé dans un récit d'où il ne sortira pas aujourd'hui, car il en remet la suite à demain. Il arrête son histoire juste au moment où le cadi Kouïder ben Abderrahmann allait rendre une sentence sensationnelle.

        NATURES MORTES

        La fraîcheur de la rue arrosée annonce les bouti¬ques : le marchand de légumes rétablit l'ordre de son étalage, dérangé par une cliente exigeante, la veuve Zacarraga, dont le fils est en prison et la fille en maison. Dix pyramides s'alignent, composant un grand triangle bigarré qui fait l'orgueil de son architecte ; il évalue les poids et dénombre les couleurs de la palette, disposées en éventail : tomates, poivrons, aubergines, courgettes, haricots verts, concombres, petits pois, artichauts, fèves fraîches, oignons. Son voisin, un Maure aux longues moustaches, chasse les guêpes qui assiègent les grappes de muscat perdant leur sucre par toutes les crevasses des grains dorés ; les figues noires, les figues blanches, les amandes, les abricots aux teintes dégradées, les amandes au ton tendre, les jujubes ridées, les arbouses saignantes, les caroubes bosselées, voisinent sans protocole ; il y en a pour tous les goûts. La sœur du coiffeur Carmelo s'arrête devant le tas de melons.
       - Ils sont doux, Ahmed ?
       - Di soucre, Madame.

        Il découpe dans le fruit une tranche triangulaire et la tend. La femme goûte, regoûte, puis remet la tranche à demi rongée dans son trou ; elle servira à une autre acheteuse qui « goûtera » aussi.
       - Pas assez parfumé il est, çuilà. Coupe l'autre.
       - Ça fait trois, Madame, que je cope, ti achètes ou ti achètes pas ?
       - Non, j'aime mieux la pastèque, mais celle-là elle est trop grosse. Nous sommes deux pourquoi ma mère elle est à l'hôpital de Mustapha.
       - La moitié ti veux ?
       - Combien elle coûte ?
       - Entier, six sous, moitié : quatre sous.
       - Allez, grand voleur, donne la moitié, mais bonne mesure, alors, hein ?

        D'un grand coup de flissa, il sépare la pastèque en deux hémisphères qui retombent à droite et à gauche, montrant leur chair éventrée, saignante, juteuse, étoilée de graines noires.
       - Tiens voilà trois sous, Ahmed.
       - Quatre ! Sans ça j'aura pas coupi, Madame.
       - Tu veux trois ou tu veux pas ?
       - Allez, donne trois... Pas çouilà, Madame, c'est un sou Ravachol.
       - Ils sont bons.
       - Y sont plous bons, Madame.
       - Tiens un autre. Qué des embrouilles que tu fais !... Ah, oui mais alors rends-moi le sou italien... ou sinon je te prends l'autre moitié de pastèque.
       - Pardon, Madame, ji pas fi exprès.

        ENVOYES DE DIEU

        Elle part. Le Maure sourit : il a payé la pastèque entière deux sous. Négociant trop heureux, il devra partager ses gains avec les déshérités de la terre.
       - la, baba, bismmallah et Rahmani ou l'rahimi...
       Le fruitier ne laisse pas l'aveugle mendiant achever une supplication qui durerait cinq minutes. Le vieillard s'en va, tâtant le sol du bout de son bâton, promenant dans le labyrinthe de la haute ville des haillons qu'un peintre achèterait et une tête de patriarche sans regard, qui force l'attention du passant.
       Mais voici le fou. Lui aussi a droit au secours. Dieu l'envoie pour rappeler aux hommes que la raison est quelque chose de plus léger que la plume d'un oiseau ; au moindre souffle : elle s'envole.

        ALEA JACTA EST

        Moins bienvenue est la jeteuse de sorts. Les fem¬mes enceintes la redoutent. Les médisantes l'appellent. Les vindicatives s'en servent. Les riches l'entretiennent. Les imaginatives lui demandent de faire réussir des projets complexes.
       - la Zohra, yo té donne dos sous franchèses pour qu'il loui vient on clou à la femme di patron à mon fils al même endroit qué il li a donné on coup de pied son mari à mon petit.
       Elle est hideuse, couverte de haillons effilochés. Son œil de vipère, caché au fond des orbites profondes, se fixe sur le sujet à opérer. Il lui manque un manche à balai. Quand l'élève du Lycée qui traduit le « de Bello Gallico » l'aperçoit faisant des signes occultes, il lui crie : « Alea jacta est ». Se croyant insultée en roumi, elle répond en relevant d'un coup ses kilos de chiffons crasseux ; et alors, vraiment, c'est la pire des guignes. Comme a dit un matin le jeune Monteil en apercevant cet emblème injurieux : « Araignée du matin, chagrin. »

        APOSTROPHES

        - Ti vois çuilà, si le goût y lui vient, un couffin des insultes il te sort.
       Ainsi le jeune coiffeur Carmelo désignait « l'insulteur public ».
       L'insulteur, lui, reste hautain ; il se promène, toise, se joint à qui proteste, réclame, vitupère, attaque. Il flatte l'agresseur, puis prend sa place quant au bout de cinq minutes d'insultes, le vocabulaire de « l'amateur » est épuisé. L'insulteur, d'un coup d'œil, fait son prix ; l'autre lui revaudra par un présent la joie qu'il lui donne en injuriant savamment l'adversaire. L'insulteur, lui, a un répertoire, dix répertoires, une mémoire infernale. C'est un professionnel. Il peut parler une heure sans se répéter. Car il ne dit pas n'importe quoi. Chaque mot est pesé, on connaît son pouvoir. Le mieux pour l'insulté est de fermer sa porte, ses volets, ou sa devanture.
       Rien n'arrête l'insulteur, même pas la police. A la Casbah, insulter n'est pas

        un délit, c'est un bruit, un des mille bruits de la Casbah. Du reste, jamais l'insulteur ne risque un geste déplacé. Tout se passe en paroles. Mais quelles paroles !

        Le voici aux prises avec un groupe de Génoises, de Catalanes et de Maltaises ; elles ont « manqué de respect » à une « femme honnête », qui « porte un chapeau ». Il a commencé par leur dire, avec douceur, dans une langue qu'elles comprennent assez bien, car leurs mères et leurs pères ont mêlé leur sang à celui des indigènes les moins distingués :
       - Qu'Allah vous étouffe avec votre propre langue, vipères !
       Pour la forme, il ajoute : « Chiennes, filles de chiennes et petites-filles de chiennes ». Sans leur laisser le temps de riposter, il déduit, poursuit son idée, cres¬cendo : « Allah vous paralyse les lèvres par la peur, ô femelles de lièvres, chrétiennes maudites, bavures du mensonge...
       - Sale Arabe ! risque l'une des femmes.
       - Juif ! siffle l'autre.
       Alors il hausse le ton :
       - Par le Prophète qui a frappé à tout jamais vos ventres de stérilité, je suis de la race élue de Mohammed et fier de cette faveur infinie du ciel.
       - Tu t'appelles Yakoub, menteur !

        Il esquisse un léger mouvement que les matrones prennent pour un pas ; elles reculent de toute la vitesse de leurs jambes grasses dont les chevilles débordent sur le cuir des babouches déformées par les chairs enflées. Il lève le bras :

        - Que le Prophète - le seul ! - vous empoisonne avec votre propre venin, scorpions sans queue, clous sans pointe ! Qu'il vous colle la bouche avec votre propre fiel, champignons obscènes avec vos grosses têtes nues et vos cheveux gluants comme les vers de la débauche.
       - Ton Mahomet il lui vient pas au cul à notre Diable à nous et la mèche de ta tête de pouilleux, grand voleur, trois fois plus petite elle est que ses cornes à lui, que si elles te rentrent dans les fesses elles te sortent par les yeux !
       - Enfants débiles et rageurs, que votre pauvre Chîtann vous repousse de son pied de bouc, doubles boues, et refuse de vous saillir comme des brebis lubriques, vaches sans pis, et que votre âne vous engrosse, telles des bourriques puantes, bande de prostituées pour esclaves émasculés !
       - Tronc de figuier !
       - Que votre propre odeur vous empeste, pourritures vivantes et que vous vous empaliez sur le mât des vaisseaux des marins que vous salissez de votre peau gâtée, fruits piqués qui infectez les passants de votre sang tourné, ô, sangsues pleines de vent, je vomis sur votre faux prophète et sur le culte de vos idoles qui tremblent devant mon maître et sur lesquelles je crache tout le pus de ma haine !... Pfouhh !...

        Un grand jet de salive rougeâtre, teintée par le soûak qu'il mâche, sans vouloir atteindre les maritornes grimaçant à bonne distance du redoutable orateur, souille symboliquement le sol que foulent leurs pieds indignes ; le poète ajoute aussitôt, sur un ton révérend :

        - Et maintenant qu'Allah vous fasse sortir des clous aux mamelles et qu'il me pardonne de perdre mon temps à flétrir votre famille jusqu'à l'origine des générations, ce qui est insuffisant pour des tarentules enflées par la bile, dernière race après le crapaud, truies dédaignées par les porcs sauvages que sont vos dieux, je vous méprise et je jette ma salive, pourrie d'avoir été sécrétée pour vous... Pfouhh !...
       Un second crachat couleur de rouille s'étoile aux pieds des créatures visées par ces imprécations.
       La dame « bien » a écouté et rit. Quand l'insulteur, remettant sa matraque à son côté comme on rengaine une épée, se retire et passe, digne, auprès d'elle, elle lui donne deux sous. Ça vaut bien ça...

        ET PUIS VOICI DES FLEURS...

        - Yasminn ! Yasminn ! Le cri est poussé par une voix vieillotte. Le marchand de jasmin est arrière-grand-père. Son dos est voûté, ses maigres jambes font penser à des moitiés de cercles de tonneaux, la barbe est rare et jaunâtre à force d'être blanche, le turban a été acheté sous Louis-Philippe ; et en voyant les mains, on pense à des ramilles sèches. Il a près de cent ans d'âge mais plus de mille ans de type. C'est une ruine qui n'est plus soutenue que par un vice qui empêche de mourir : le goût du lucre ; car il est riche et ses enfants sont casés.
       En ce sens seulement on peut dire qu'il vit, mais il reconnaît un bon sou d'un mauvais ; son œil de cacatoès ne s'y trompe pas ; il s'arrondit encore davantage en voyant de l'argent. Comment a-t-il la force de tenir son bâton d'où pendent des guirlandes de jasmin dont l'odeur entêtante oppresse toute la Casbah ? Un sou la guirlande...
       - Yasminn ! Yasminn !

        FANTASIA

        Un grand diable lui en achète une et l'enroule autour de son poignet. Dans l'autre main il tient un chapelet d'ambre. Il doit aimer les fleurs car il porte déjà une branche d'héliotrope à l'oreille. La chéchia en bataille, l'œil sournois, chantonnant Dieu sait quoi entre ses dents blanches tout en mâchant la racine de noyer, le soûak qui donne aux gencives la couleur des goyaves, il flâne, souple, musclé, inquiétant, en quête d'aventure. Il faut éviter de le frôler, ses réflexes pourraient être mortels. Quelles pensées troubles roulent derrière ce front bas, sillonné par une couture sinistre ? Quel rasoir attend, au fond d'une poche, l'occasion de sortir et de taillader de la chair ? En liberté provisoire, toujours entre deux détentions, n'est-il pas poursuivi par une implacable fatalité qui l'a marqué une fois pour toutes, comme s'il portait, gravé dans la main gau¬che - il est gaucher - un signe correspondant à ces deux mots tragiques : « Tu tueras » ? Un marchand de crème maltais hoche la tête en le voyant ; puis, se touchant le front en agitant ses doigts, il dit simplement : « Fantasia ». Un mot léger, mais lourd de menaces.

        LE MARCHAND D'OR

        Le grand Arabe méchant regarde en louchant le marchand d'or qui fait sa récolte, sordide, défiant, jetant autour de lui des regards inquiets, inclinant sur la marchandise à acheter ou à vendre un profil de rapace qui semble luire du reflet des plaques ciselées, des bagues en filigrane ou des lourdes épingles berbères, cadeaux ou souvenirs également chers, que lui proposent les malheureuses filles d'amour, qui tremblent devant leurs protecteurs exigeants et insensibles.

        FEMMES AUX BAINS

        Des femmes de la bourgeoisie indigène vont au bain, lourdes et lentes dans leurs atours soufflés et hermétiques. Derrière le voile, l'œil n'a plus d'âge et « si tu veux reconnaître ta fille de ta mère, c'est à la cheville qu'il faut regarder ». Dignes, effarouchées et puériles, elles ne s'offusquent pas des quolibets des garnements.
       - Ho, Fathma ! tu viens ?
       Elles évitent la devanture du dentiste arabe, ornée d'instruments barbares et de molaires gigantesques auxquelles parfois adhère un bout de maxillaire, souvenir d'extractions difficiles et bruyantes. L'opérateur lui-même n'a plus que quelques dents, qu'il montre lorsqu'il sourit, d'un sourire qui fait peur.
       Elles entrent au hammam. Là, en sécurité, elles pourront jacasser comme des corneilles blanches.

        AHMED OU LE TRIOMPHE DE LA MEDECINE

        On fait la queue chez le médecin maure, docteur Ahmed, un empiriste, plein de secrets et de recettes. Chez lui le proverbe fleurit avec les formules. C'est un sage, beaucoup de génie populaire pétille derrière ses lunettes d'or. Il est grave, minutieux et poli. Pour la consultation, il prend vingt sous ; aux riches seulement, car il soigne les pauvres gratis. Il s'exprime dans un français compréhensible. II est pieux et respecté. N'ayant pas d'enfant, il en a adopté un et l'a élevé. Allah, pour le récompenser, a doté le moutard d'un gosier qui le mènera loin, jusqu'à l'Opéra de Paris et à Covent Garden. Docteur Ahmed s'est privé de tout pour que le garçon devienne un artiste. Tandis qu'il donne des consultations à un franc, son fils chante du Wagner, devant des salles où il y a cent millions de bijoux. Quand on le dit au médecin maure, il sourit, mais il est bientôt obligé d'ôter ses lunettes pour les essuyer.
       C'est un des rares Arabes qui s'appelle réellement Ahmed, mais que les sacripants du quartier n'osent pas accueillir dans la rue par le cri traditionnel et irrévérencieux de :
       - Oh ! Ahmed !

        LA FIN DU « NEGRO DE L'ABATTOIR »

        Stévenet, l'ordonnance du capitaine Jacquot, est arrivé au bas de la colline sacrée. Il s'arrête devant la boutique de Mouloud, au marché. Mouloud, c'est le boucher nègre. A ses crochets sont suspendus des moitiés d'agneau d'un rose tendre, des pièces de bœuf noirâtres, des gigots maigres, des têtes de mouton qui pleurent du sang dans des bols qui ont l'air de se remplir de gelée de groseille ; sur de mauvais bouts de marbre s'étalent des foies bruns, des cœurs violets, des poumons couleur de framboise, des cervelles gris perle, des graisses ambrées. Il pourchasse les mouches voraces, à l'aide d'une tapette de peau emmanchée dans un jonc flexible ; les manque rarement ; d'un geste prompt il les écrase contre les morceaux qu'elles veulent goûter avant les clients ; à chaque mouche il fait mouche et salue sa propre adresse d'un bon rire blanc.

        Les louettes du quartier savent d'où il vient. Ils fre¬donnent en le voyant une chanson humoristique de Moliner-Violle, à peu de chose près celle-ci :
       Un beau soir étant en goguette Un soir de Mardi-gras
       Nous rencontrons une belle fillette qui avait de beaux appâts.
       Elle avait un domino rose
       Un loup de satin vert
       On l'invite à prendre quelque chose A la Tavern' Grüber.
       La belle ne répond pas
       Et nous emboîte le pas
       Accept' tout ce que nous lui offrons Sans laisser voir son citron...

        In cauda venenum. Le clou est dans la dernière strophe décrivant la déconvenue des galants qui, après bien des aventures, décident leur conquête à se démasquer :
       On reconnut aussitôt
       Qu' la bell' n'était qu'un négro
       Un négro du plus beau noir
       Le Négro de l'Abattoir.

        Le Négro de l'Abattoir est un personnage légendaire. On le retrouve à tout instant dans la conversation, avec Dache, le perruquier des zouaves. On prononce son nom pour faire peur aux enfants, pour impressionner les dames, pour inquiéter les maris. Il est le héros d'histoires, de proverbes, de dictons. On lui prête des aventures, des performances amoureuses. Il est un peu là, le Négro de l'Abattoir. Saluons en passant, la verve de Moliner-Violle qui sut le chanter. Mouloud n'aime pas qu'on lui rappelle sa carrière obscure, ses besognes sans gloire. Une « affaire de coups de tête » lui a fait abandonner le métier. Il a cogné un peu trop fort. On l'a regretté, car il était habile. Cette adresse, il l'a transportée dans le travail beaucoup plus délicat du découpage. Une pièce de viande est un scé¬nario. Mouloud n'était qu'un adroit tueur ; il est devenu un ciseleur. Il faut le voir à l'œuvre sur un agneau, qu'il manipule avec la même aisance que s'il s'agissait d'un oiseau.

        D'un seul coup de son plus large coutelas, il pourfend la tendre bête ; d'un seul coup d'un long couteau fin, il l'ouvre ; les os sont si fragiles qu'il ne se sert jamais de la hache pour les briser ; la pointe suffit, la large main aussi ; à l'aide d'une lame effilée comme un bistouri, il détache les viscères, dégage les côtelettes presque blanches qu'on mangerait crues tel-lement elles semblent appétissantes :
       - Ça fond, Madame, affirme Mouloud, qui ajoute : « Moi j'en mange douze. »
       On le croit sur parole, car il a deux mètres de haut.
       - Li gigot, c'i du beurre aujourd'hui, Mazmazelle !... j'ti jor' jamais ti en as mangé quiqu' souge di pareil !
       Il ne ment pas. En évoquant ce temps, on a faim.
       - La graisse, c'i comme la crème, assure-t-il à l'ordonnance, à qui il offre, par-dessus le marché, à titre de commission, la queue de l'agneau.

        Ti la mets comme ça sor deux bouts de bois rouges et pis ti attends qu'elle vient noire. Alors, ti manges sor di pain arabe, avec les os et tout ; ils sont to petits y ça craque comme la noisette, Hak Rebbi, ti digères comme si c'est di biscouit...
       Mouloud a toujours une rose rouge derrière l'oreille et il mordille sans cesse une herbe, une paille, une tige de diss ou de jonc... Souvent il arrive que des rogatons de graisse, de viande ou d'os se détachent des pièces qu'il prépare avec une science d'orfèvre et tombent sur les dalles, sur le pavé ou dans la sciure ; alors il les ramasse et les mange, en rigolant ; puis il reprend son brin de paille. Sur le coup de midi, quand ses gros yeux blancs brillent de faim, il lui faut beaucoup de courage pour attendre le repas que lui prépare sous le comptoir le petit Abdallah, un négrillon hydrocéphale, sorte de minus habens d'une infernale résistance, ainsi qu'on en jugera bientôt. On a vu Mouloud, prêt à défaillir, détacher un quartier de « veau de France », une large escalope et la dévorer en quelques bouchées, accompagnée d'un trognon de pain arabe, tiré de sous sa blouse pleine de sang. Il saisit ensuite la gargoulette égueulée, toute en sueur, la place à bout de bras, à trois quarts de mètre de ses lèvres épaisses arrondies en bourrelet et il arrose ce léger casse-croûte apéritif, d'un long trait d'eau glacée, reçu à la régalade. Puis il rote avec satisfaction, et dit « Hamdoullah ! ». Alors seulement il continue à s'occuper de la cliente, qui attend qu'il ait fini.

        Ah ! on peut dire que c'est un type, Mouloud. Les bonnes l'adorent. Elles regardent avec admiration ses gros doigts spatulés manier de minces rouleaux de graisse, tailler de fines « toilettes ». Ses énormes mains si noires, sans cesse lavées par le contact de la viande, sont aussi blanches à l'intérieur que le cœur d'un melon. Il les essuie à son tablier blanc sur lequel elles impriment des signes fatidiques ; elles ont l'air de jeter des sorts.
       Mouloud est très propre, il va nager dans le port tous les soirs et fréquente régulièrement un bain maure, où il retrouve des relations de hammam, en particulier plusieurs jeunes gens d'agréable commerce. Or, j'ai recontré Mouloud, vêtu en grand tralala un jour qu'il allait assister au septième mariage de son père. Il était rasé, bichonné, pomponné et même, si j'ai bonne mémoire, parfumé. Eh bien ! malgré tout, il sentait la viande à dix pas.

        Il a un nom prédestiné. Le Mouloud, c'est la fête du mouton. Les gosses le suivent dans la rue, à bonne distance, non seulement pour éviter la taloche, mais aussi la matraque lancée d'une main sûre et qui vous arrive dans les jambes, à trente mètres. Toutes les précautions étant prises, les gamins crient : « Mouloud, tu sens le Mouloud ! » Il n'aime pas ça ; il faut dire qu'ils font suivre cette appréciation d'un reniflement fabuleux tenant du lion, du bouledogue et du porc.

        FUTURS ARABISANTS DISTINGUES

        Toujours descendant, arrivé auprès de la butte, l'or¬donnance se trouve à la porte du Lycée où il va chercher le petit garçon du capitaine Gilles, tandis que l'ordonnance de ce dernier va chercher, à l'école, les filles du capitaine Jacquot. Ce système a été adopté par les mères pour raison de quartier. L'échange des enfants se fait place du Gouvernement. Les deux ordonnances échangent quelques mots dans leur patois (ils sont pays), puis chacun reprend sa part de gosses qu'il a en consigne et l'on se sépare jusqu'à la prochaine fois. Le petit Gilles raconte à l'ordonnance de son père que la classe d'arabe du professeur Laborie est loin d'être sans joie : le pauvre homme est sourd ; pour la forme il interroge ses élèves :
       - Un tel, récitez-moi la leçon.
       Et il regarde les lèvres de l'élève ; si celui-ci les remue sans cesse, même pour dire n'importe quoi, le père Laborie lui dit :
       - Très bien, mon ami, asseyez-vous.

        Si, s'exprimant lentement, honnête, l'élève cherche ses mots et a l'air de « sécher », il reçoit cette observation :
       - La prochaine fois, si vous ne savez pas mieux, vous serez collé.
       Il y a même dans la classe un certain salaouetche, nommé Friturini, qui, lorsqu'il est interrogé, se met à proprement « agonir » le père Laborie, de l'air le plus sérieux du monde. Les camarades se mordent les lèvres pour ne pas éclater de rire. Quant au maître, il attend la fin de l'engueulade et dit :
       - Friturini, vous faites des progrès étonnants de jour en jour, vous aurez 10 sur 10.
       Alors, la classe pouffe. Le brave homme ne bronche pas. Si par hasard il surprend une face par trop hilare, il ajoute :
       - Un tel, vous n'avez pas besoin de rire. Je dirai même mieux : la prononciation de Friturini est parfaite. Vous irez en retenue.
       Les rires et les protestations redoublent. Le père Laborie, les yeux sur son cahier, ne s'aperçoit de rien... Pourtant, un jour, il s'est méfié. C'était la dernière classe avant la distribution des prix. Les élèves étaient excités. Le vieux professeur a senti qu'il y avait de l'électricité dans l'air. Aussi l'a-t-on entendu brusquement faire cette observation, justifiée d'ailleurs :
       - Il me semble que j'entends un vague murmure, Messieurs.
       Vous pensez : toute la classe chantait la Marseillaise !

        CES MESSIEURS DE LA CASBAH

        - Ho, Salomodo ! ti as passé le conseil ?
       - Réformé : trop de blessures... et toi, Cardona ?
       - Moi je suis bon pour le service, la mort de leurs morts !
       - Ti vas rigoler aux bataillonnaires.
       - Ça qui me fait plaisir c'est que je vais me rencontrer avec Roméo « le Chinois », depuis deux ans que je me le cherche pour le maquiller. Avant qu'il soye escarminté, Tomate il m'avait dit que je vais le retrouver là-bas. Assez de rire !
       - Et Féfé les beaux yeux, il part à soldat ?
       - Ajourné ; l'année prochaine il sera piqué ; ça li fait toujours un an pour bien l'habituer à la petite Lolotte qu'il l'a fait rentrer au « Sept ».
       - Alors, nous montons ?

        Cette scène se passe derrière la cathédrale. Maintenant, ces messieurs montent. De dos, on aperçoit deux paires de pantalons clairs, trop clairs, deux vestons courts à épaules carrées, trop carrées ; puis plus rien : un cou nu et, au-dessus, la bosse des cheveux réglementaire, alignée au poil : le « paquet de cinquante », comme on dit. Les casquettes sont du vert le plus pâle.
       Ces Messieurs montent. Ils doivent retrouver des amis là-haut. L'heure est bien choisie pour causer métier et ils ont à parler d'une forte rafle, faite la veille. « Le Petit Tambour », un déserteur des Bat' d'Af' a disparu. A-t-il été arrêté, blessé, tué ou a-t-il pris le bateau ce matin en emportant les pierres dérobées lors du cambriolage de la bijouterie Pachot ?
       - Alors si ça serait ça, le testament il peut faire !
       - Ti es fou, toi, le Petit Tambour c'est pas un falso.
       - Personne il est falso, seulement quand il faut partager le flous, adios
       - Peut-être il est malade ?
       - Ça, je sais : le sang il crache quand il fume de trop.
       - Toujours j'ai dit il est poitrinaire.
       - Allez-vous la prendre tous, bande de calamars, aucun y pense à sercher lequel que c'est de bateau qu'il est parti ce matin ?
       - L'Eugène Pereire.
       - Y a qu'à télégraphier à Sauveur qu'il est à Marseille. Bouillon-Gras il a l'adresse de l'hôtel et tout, pourquoi sa première femme c'était la sœur au Petit Tambour, que sa belle-sœur à elle, elle fréquentait à Camaléon, çuila qu'il est à Cayenne.

        - Télégraphier ? Qui c'est qui va écrire ça ? Toi, Miquette ?
       - Manco je sais écrire.
       - Demandez-y au patron.
       - Pour qu'il nous augmente l'anisette ! Déjà ahier il nous a engorrés pour le vin blanc.
       - Ti as raison. Moi mon frère il sait écrire un peu.
       - Ecrire ! Ecrire ! Y après, qu'est-ce qu'il va faire, Sauveur ?
       - Sauveur il l'attend au barcadère à Marseille.
       - Y alors ?
       - Y alors ? Hé ben oilà, il se l'emmène avec des amis et là il le fait passer au Conseil. Il rend ça qu'il a volé ou sinon, kaô ! Il va à dame !
       - C'est un voleur, toujours je l'ai dit.
       - Et toi qu'est-ce que ti es ? un honnête homme ?
       - Oué, mais lui il vole à les amis, c'est pas bien.
       - Voilà Pot-au-Feu ; peut-êt' il sait.
       - Je sais, je sais... Petit Tambour il est à l'hôpital avec deux balles dans les fesses... Vous avez pas lu les journaux alors, vous autres ?
       - Lire ? Qui est-ce qui sait lire ici ? Moi et toi, c'est tout.
       - Hé ben, il s'est fait choper au port hier soir, dans un estoufarès de charbon, en côté la Compagnie Touache. Le gardien il a tiré ; le petit il l'a pris en pleine poila.
       - Ça alors, c'est c... !

        LE BAR DES MAUVAIS GARÇONS

        Ils sont maintenant une douzaine qui discutent sans se gêner pour le patron. M. Cimino Edmond, dit « Gantcho », surnom paraît-il mérité, assure sa femme, la brune Amélie, une Toulousaine ardente qui s'est admirablement adaptée à cette nouvelle vie. Son premier mari était gardien de prison, à Maison-Carrée ; c'est là qu'elle a connu Gantcho qui tirait quatre ans. Quand le garde-chiourme est parti avec Victorine, la femme du comptable de la prison, elle, Amélie, s'est mise avec Cimino Edmond ; ils ont pris un café à Hussein-Dey et puis ils se sont rapprochés du centre des affaires... « Modernisme », comme dit Gantcho. En outre, ce vieux louette est indicateur de police, on le sait, mais on sait aussi qu'il a une peur maladive de l'arme blanche. Pot-au-Feu, grand psychologue, a dit de lui : - Si un jour il fait falso et pis qu'on l'assaisonne, hé ben jamais il osera sortir de son tiroir le gros revolver du premier mari à Madame Amélie, qu'elle se l'est emporté avec les cadeaux de noce.

        Le Bar des mauvais garçons porte un autre nom. Mais il méritait d'être appelé ainsi. Il y fait bon. La brise marine arrive en plein fouet sur la petite balustrade qui domine la mer. Le temps est magnifique. Deux bateaux de guerre russes sont entrés en rade hier. Il y aura du monde à la Casbah, ce soir. Le patron a renouvelé dans la potiche en carton, les fleurs en papier qui étaient fanées. On a réparé le phono.
       - Gantcho il fait des frais, Madame Amélie.
       - C'est le commerce, Monsieur Sasportès.
       C'est un bar comme les autres, avec un zinc, des verres et des bouteilles. Sur une étagère il y a toujours un bouquet de fleurs artificielles, celles qui restent quand on a garni les guirlandes du comptoir. Là, ces messieurs sont chez eux, ils sont les maîtres de la placette qui domine toute la ville. Ils sont assis correctement, leurs pantalons retroussés pour éviter les faux plis. Ils n'aiment pas se salir, se froisser. Sur les tables, il y a des olives, des œufs, de la boutargue et des andoubelbeiss. Le patron aime mieux les acheter au Maltais et les revendre à ses clients que de laisser entrer les marchands qui ont très peur de ces messieurs. Ils ont tous dans leurs poches des cacahuètes, des tramousses, des grains de maïs, des bliblis et des petites patates, qu'ils grignotent comme des singes.

        Quant à la boisson, elle a fait l'objet de tous les soins du patron.
       - Qu'est-ce que vous prenez, Monsieur Laouère ?
       - Une anisette pure dans un grand verre.
       - Et toi, Tonton ?
       - Anisette, avec l'eau et la glace, je me tiens une soif terrible.
       - Anisette.
       - Anisette !... anisette tout le monde !

        BOJE TSARIA KHRANI...

        Vers la fin de l'après-midi, les équipages russes sont à terre. Ils se font conduire à la Casbah, en calèches ; certains ont loué un mulet. Par groupes ils entrent dans les « maisons » où ils boivent, cassent et paient, mais surtout chantent. Ils sont pleins de roubles et de chœurs nostalgiques. Sur l'ordre de la patronne du Douze, un piano mécanique ayant écorché la « Marseillaise », ils ont cru de leur devoir de montrer qu'une politesse en vaut une autre. Et, dans les lupanars, vers la fin de l'après-midi, déjà saouls, on les a entendus chanter :
       Bojé Tsaria Khrani
       Silnyi, der javnyi.

        - Ti entends, Quiquo, ils chantent la messe.
       - Ti es pas fou ! C'est l'Hymne russe.
       - Tout ça qu'ils boivent, ils se le boivent pur et dedans des grands verres. Jamais de l'eau.
       - Bon matin ils ont la tchispa.

        Et, chaloupant des épaules, Llinarès fredonne, sur l'air de « La Tonkinoise », une chanson à la mode qui fait fureur depuis quelques jours :
       En passant dans la rue Bruce
       J'ai glissé dans la dégueulad' de marin russe.

        Quant à Pot-au-Feu, il manifeste sa joie par une décharge d'incongruités d'une violence telle, qu'elles arrachent à Bouillon-Gras cette boutade :
       - Ti entends, l'escadre ?
       Près du parapet, un petit Arabe, haut comme trois pommes, regarde vomir un marin russe, géant, dont les fusées partent dans le vide, vers la mer...

        ODYSSEE

        - Ho, Boudjadi !
       - Borquoi ti m'appel' Boudjadi, dis ?
       - Pourquoi ti es un bleu, Ahmed, c'est vrai oui ou non ?
       - Y en a pas bian parlé, toi, han ?
       - Allez, allez, adrob Slimann, descends du cor¬ricolo, et dis merci, ya khouïa, pourquoi à oufe ti as venu jusqu'ici sans marcher, tchallah et tout.
       - Moun ami, moi y en a donné la boule di pan, grand canaille ! Allez, bonsoir, M'siou Dames !

        - Entention tu te perds pas dedans la Casbah ; là où ti vas, c'est en côté du commissariat, rouve l'œil aussinon si tu te trompes de café maure, faut' c'est plein de Kaâbas, des maladies et tout ti attrapes.

        - Pffouh ! in hal dinn iemmhoum ! fait l'Arabe, en crachant avec dégoût, à la seule pensée qu'il pourrait échouer chez de dangereuses hétaïres, et non dans un petit cercle de coreligionnaires parmi lesquels il est chargé de retrouver l'oncle du premier soldat Kaddour ben Ahmed, son chef direct et son ami. L'oncle en question est un personnage : boulanger de la Casbah, champion de natation, amateur, il porte pour tout état civil le nom respecté de « El Hadj », souvenir d'un voyage à la Mecque, qui date de l'année des troubles antijuifs, en 1898.

       Point n'est besoin d'être un grand psychologue pour deviner que Mohammed ben Larbi, tirailleur de 2e classe, est un bleu, un boudjadi : la chéchia posée toute raide sur le crâne en calebasse, la veste trop large, la ceinture mal mise, le sarouel à l'ordonnance retombant trop bas et sans les plis voulus, sur des guêtres blan¬ches en tire-bouchon, tout atteste que ben Larbi n'est pas attifé « à la chacal », comme son supérieur hiérarchique Kaddour ben Ahmed, un galon, cinq ans de service et une allure de tous les diables.

        Le jeune tirailleur, empêtré dans sa tenue neuve, s'engage dans le sombre et étroit escalier qui mène au dispensaire indigène. De là il doit prendre la première rue à droite, puis la seconde à gauche, contourner une placette dont la maison principale, du temps des Barberousse, est signalée au passant par une plaque qu'ont apposée les Amis du vieil Alger, dont le président Charles de Galland s'attache à faire classer les monuments authentiques du passé et les souvenirs d'une époque pittoresque entre toutes. D'un pas lourd, il avance, peu confiant dans les godillots de grand format, qui échauffent une paire de pieds formidables, habitués à être nus ou très à l'aise dans de larges babouches ; les « chaussettes à clous » le font glisser sur les pavés gras, où cependant les femmes de mauvaise vie circulent avec facilité, malgré leurs hauts talons. En croisant quelques péripatéticiennes qui l'interpellent sans façon pour l'inviter à les suivre, Boudjadi admire confusément ce pouvoir d'adaptation que Mahomet a distribué à l'être inférieur qui s'appelle la femme, tandis qu'il se trouve lui-même, Boudjadi, engoncé dans son costume à la turque, sentant fort le drap neuf. Toutefois cet hommage et ce regret n'entament pas ses résolutions vertueuses ; il reste sourd aux appels non déguisés, aveugle devant les gestes précis qui sont destinés à attirer son attention, muet devant les questions indiscrètes qui lui sont posées par des personnes qui semblent beaucoup tenir à être renseignées sur son anatomie.

        Au bout d'une demi-heure de marche et de flânerie devant l'étal des marchands de parfums, de loukoum, de confitures de roses et de figues de Barbarie, Boudjadi est heureux d'arriver sur une placette, mais il a la surprise de constater qu'elle est bornée par une balustrade dominant un gouffre. Il s'avance : à ses pieds la ville basse s'étale dans la pénombre de la nuit tombante, déjà piquetée de lumignons à pétrole, avec sur la droite, vers les quartiers « bien », le halo plus vif et plus bleu des nouveaux « becs de gaz » qu'une Municipalité, toujours soucieuse d'appliquer les dernières inventions du progrès, vient de faire placer. Au loin, jusqu'au fond de l'horizon, il aperçoit une masse noire qu'il identifie sans peine : la mer. La topographie ne correspond pas au plan que lui a fait des lieux le soldat de 1° classe Kaddour ben Ahmed. Il y a bien là une maison avec une plaque, mais sur laquelle il ne peut reconnaître qu'un numéro, placé sous un nom qu'il ne sait pas lire ; par les fenêtres, baignées de lumière rose, s'échappent des rires, des cris, des chants et de longs soupirs d'accordéon.

        Avisant un mendiant boiteux aux yeux sanguinolents et aux lèvres rongées par un lupus, il lui demande :
       - Achnou hada ?
       - La lune, répond simplement l'homme, d'une voix rauque, et comme le bleu écarquille les yeux sans comprendre, l'infirme répète : la Lune... bourdil, ya Khouïa.

       Ensemble ils crachent dans la direction de la maison d'où sortent, bras dessus, bras dessous, trois matelots russes sans béret, blonds et dépenaillés, gueulant un refrain déchirant de tristesse, dans une langue inconnue ; les trois gaillards, des colosses aux yeux bleus, ont bu plus que de raison. Ils appartiennent à l'équipage du Dmitri Domskroï, cuirassé de la flotte de S.M. Nico¬las II, ancré depuis la veille près du quai de l'Amirauté. L'un d'eux se détache du groupe lorsqu'il aperçoit l'uniforme du tirailleur et il vient vers Boudjadi ; il lui pose sur les épaules deux mains de lutteur, puis l'attirant sur son cœur dans une étreinte fraternelle, il bégaye :
       -- « Franzouski !... Trinka Margarita », en l'embrassant, avec un affreux hoquet.

        Décontenancé, l'indigène veut se dégager, mais ne peut y parvenir. Le Russe l'entraîne devant « La Lune », voulant à toute force le faire doublement consommer, par la boisson et par la débauche, ce qu'il traduit à nouveau par cette expression synthétique : « Trinka Margarita ». Déjà des silhouettes chaloupantes sortent de l'ombre, des burnous suspects se rapprochent. La théorie militaire, que déjà Boudjadi a beaucoup de mal à se mettre dans la tête, est muette sur l'atti¬tude à prendre dans un cas aussi scabreux que celui où se trouve le jeune tirailleur. Accepter est impossible ; refuser, c'est risquer de contrarier un ivrogne athlétique et têtu qui prendrait cette discrétion pour un affront. Boudjadi lui explique par gestes autant que par mots, que le Coran ne lui permet point de boire de l'alcool. Alors le Slave esquisse un grand geste pour lui faire comprendre que s'il ne peut violer les lois du Coran sur ce point, Mahomet n'a jamais prescrit la chasteté aux Croyants ; et il l'a déjà poussé jusque sur le seuil de la maison publique, lorsque la face des choses change brusquement.

        En voyant que leur camarade les abandonne, les deux autres marins décident de le ramener à bord coûte que coûte. Histoire de rire, l'un d'eux s'approche sur la pointe des pieds, si l'on peut dire, en considérant qu'il est abominablement saoul, et, arrivé à bonne portée du dos du premier matelot, il lui administre un magistral coup de pied au derrière, puis il se colle contre le mur pour se cacher. Dégrisé par la secousse, l'autre se retourne, furieux, et, cherchant l'agresseur, ne voit personne, personne qu'un trio de badauds rica¬nant sous leurs casquettes à longue visière. Son bras, tel un fléau, s'abat sur les têtes ; l'un des chiqueurs s'aplatit sur le mur, l'autre perd l'équilibre, on le croit blessé et le Russe a aussitôt sur lui une grappe humaine qu'il traîne comme un filet, agrippée à lui pour le renverser et le frapper à terre. Les deux autres marins étant tombés dans le tas, le pugilat se transforme en une mêlée générale ; l'éclair d'une lame brille dans la nuit, on entend un bruit sourd suivi d'un râle, tandis qu'un des voyous, à demi étranglé par deux mains énormes serrées autour de son cou, secoue drôlement une tête devenue livide sous la clarté verdâtre du réverbère et d'où la vie semble sortir en même temps qu'une langue de pendu ; d'autres Russes s'échappent des bouges voisins ; rajustant en hâte leurs vêtements, ils accourent à la rescousse ; vingt hommes sont aux prises, roulant comme une vague roulant sur le pavé déjà taché de sang.

        BOUDJADI DETECTIVE

        Porté par les remous, Boudjadi s'efforce de ne per¬dre aucun des effets militaires que l'Etat lui a remis en consigne et qu'il doit sauver sous peine de Conseil de guerre. D'une main il tient le fourreau de sa baïonnette, de l'autre il essaie de sauver sa chéchia dont le gland a déjà été arraché, mais soudain il vacille sous l'arrivée de deux têtes s'affrontant comme celles de deux béliers ; il bat l'air de ses bras pour ne pas tomber, et sent qu'on tire sur son ceinturon, une main rapide a dégainé la baïonnette du tirailleur et va l'enfoncer dans un ventre, lorsqu'on entend un coup de sifflet, un commandement bref, suivi de quelques cris dans la foule :
       - Scapa !
       - Ladja !
       - Sauvez les meubles !

       Une patrouille de zouaves accourt au pas gymnastique.

        C'est une débandade, une fuite de panique. Mais tous n'ont pas pu gagner le large, il reste des blessés, quatre badauds, deux Russes et six chiqueurs. Le sergent, un rempilé, un petit, maigre, blond, l'air dur, se plante devant le plus grand d'entre eux et d'un revers de main, lui administre une paire de claques qui retentissent étrangement dans le silence. Personne ne bronche. Ce petit bonhomme a un de ces toupets ! c'est le dénommé Lendormie, de Moulins. Joinville a du bon. Le chiqueur écume et fouille sournoisement dans sa poche. Mais il n'a pas le temps de riposter : deux coups de poing à la pointe du menton, l'étendent aux pieds du petit sergent qui, sans perdre de temps, commande : « Allez, ouste, les autres à coups de buis, rassemblement au trot ! » Les zouaves entourent les assistants comme les chiens font d'un troupeau, et, à coups de crosse dans les côtes, les forcent à se rassembler, à se serrer les uns contre les autres ; une corde les entoure, et les uns menant les autres, civils et soldats prennent le chemin du poste. Boudjadi est, hélas ! du nombre.

        En arrivant devant le poste où les agents attendent la livraison pour l'accueillir selon l'usage, Boudjadi s'aper¬çoit que le café maure où l'attendait l'oncle de Kaddour ben Ahmed est précisément là, à deux pas. Il demande la permission de s'y rendre, le commissaire la lui refuse. Le jeune tirailleur se voit perdu, déféré devant le Conseil de guerre et condamné à mort avec dégradation militaire. Heureusement son « ami » le Russe, les vêtements en lambeaux et tout couvert de sang, le reconnaît et le fait mettre hors de cause. Deux autres témoins jurent que l'Arabe n'a rien fait. Reste la baïonnette, pièce à conviction ; mais une des femmes l'a ramassée, soigneusement essuyée avec le tablier de petite fille que la patronne lui a fait revêtir pour servir les clients, et vient presque aussitôt la rapporter au commissariat.

        Le secrétaire interpelle le tirailleur :
       - Allez, Ahmed, il faut que tu reconnaisses celui qui t'a pris ta baïonnette, sinon on te garde.

       Boudjadi frissonne. Le voilà promu au poste de détective, presque de juge d'instruction. Allah est témoin qu'il n'a pas eu le temps de voir le sale roumi qui lui a joué ce tour-là. Au moment où il désespère de voir la vérité se révéler comme dans les histoires des vieux conteurs, là-bas, à Laghouat, c'est encore une femme qui dénonce Cardona, pour se venger de cet infidèle qui l'a délaissée pour se mettre avec une rivale, la « Tchelba ». Tout s'arrange et Boudjadi rend hommage à Mahomet, qui, tout de même, a donné aux femelles quelques qualités, surtout celles qui peuvent être utiles aux mâles.

        GARDE A VOUS !

        C'est un officier de ronde, avec jugulaire et revolver chargé, qui a lancé l'ordre bref.
       Les patrouilles se rassemblent. « En avant, arche !...» Il faut fermer les boîtes. Les groupes se dispersent. Tout rentre dans le calme petit à petit. En ville, les journaux impriment déjà, dans les nouvelles locales, un nouveau fait divers, entre un discours de M. Viviani et l'annonce du voyage de M. Loubet.
       Les zouaves regagnent la caserne d'Orléans. Les agents indigènes les remplacent. Du reste, tous ces messieurs de la Casbah sont allés se coucher. Seul Boudjadi a passé une nuit blanche. Il lui faudra retourner à Blida sans avoir vu l'oncle. En attendant l'heure du train, il ne va pas aller gaspiller dix sous pour dormir deux heures dans une chambre pleine de punaises. Mieux vaut, avec cette somme, casser la croûte tout à l'heure. De plus, cette nuit a été trop fertile en émotions, le jeune tirailleur ne pourrait pas se reposer. Il rêve encore. Ses pas le portent vers le cimetière musulman. Les tout premiers rayons du levant caressent les stèles funéraires dont le nombre, la couleur et l'alignement font penser à une vigne funèbre. Déjà, sur les figuiers aux feuilles semblables à des mains, les premiers oiseaux chantent.

        Sur chaque tombe, ils trouvent de quoi manger et boire. Mais la tradition veut que ce soit pour subvenir à la nourriture des morts qu'on place sur les dalles des figues, du pain et de l'eau... Ce sont les oiseaux qui les mangent, c'est-à-dire Dieu. Quel apaisement ! Quelle sérénité ! Les pointes des aloès étaient mauves, elles sont bleues, les voilà roses, puis noires ; un olivier semble sortir d'un bain de cendre. La brise le secoue, le nettoie, le voici vert. La mer est encore couverte d'un long voile gris que le globe rouge va déchirer d'un coup. Une église chrétienne sonne cinq heures dans ce décor païen, où palpite l'âme barbare d'un irrésistible Orient. Et, presque aussitôt, ponctuel, retentit l'appel qui fait passer un frisson d'orgueil et de crainte dans les membres de Boudjadi qu'une nuit blanche rend sensible au petit froid de l'aube.
       Soldat, lève-toi soldat, lève-toi soldat, Lève-toi bien vite
       Soldat, lève-toi soldat, lève-toi soldat, Lève-toi bientôt.
       Si tu n'veux pas t'lever
       Fais-toi porter malade...
       Derrière toute la symphonie algérienne ou chantent mille et une musiques, il y a toujours au moins une note militaire, sèche et comme tondue, à l'ordonnance.



PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par M. SPINA
ECOLE ???

1 ? ; 2 ? ; 3 ? ; 4 ? ; 5 ? ; 6 ? ; 7 ? ; 8 ? ; 9 ? ;
10 ? ; 11 ? ;12 ? ; 13 ? ; 14 ? ; 15 ? ; 16 ? ; 17 ? ; 18 ? ; 19 ? ;
20 ? ; 21 ? ; 22 ? ; 23 ? ; 24 ? ; 25 ? ; 26 ? ;27 ? ; 28 ? ; 29 ? ;
30 ? ; 31 ? ; 32 ? ; 33 ? ; 34 ? ;
            
            Est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms à cette photo, le nom de l'école et la classe ?
            Si OUI, contacter le webmaster, SVP, d'avance merci.


Encore un discours...
Par Robert Charles PUIG,

         Est-ce un personnage aux abois ? Encore un discours pour prouver qu'il existe sur la branche vermoulue de l'arbre macroniste. Un discours face aux futurs compétiteurs d'un pouvoir qu'il a détruit en 10 ans de présidence en commençant par ses paroles honteuses de "crime contre l'humanité et de barbarie" pour désigner les Pieds noirs et l'armée d'avant le Putsch des généraux.
         Dix ans de pouvoir et d'endettement faramineux. Dix ans qui ont réduit le pays à un "état" de soumission face à une Algérie dictatoriale et aujourd'hui il parle loin des attentes du peuple pour évoquer la guerre qu'il souhaite pour exister lui, lui seul !
         Il se sent chef de patrouille avec un slogan bien à lui : 'Tous devant et moi derrière, dans mon bunker élyséen" car c'est comme cela qu'il voit le pays. La jeunesse au combat et lui dans l'ombre d'une UE fédéraliste qui aura détruit les Nations.

         On pouvait s'attendre à un discours qui sonne aux oreilles du peuple, évoque le prix de l'essence et des mesures à prendre pour soutenir notre pauvre économie en baissant les taxes, comme le font de nombreux pays. Mais non, il parle de guerre et d 'une France contre Moscou et la France qui coule, ce n'est pas lui et il montre ses mains qu'il croit propres et qui sont sales ! Rien sur le pouvoir d'achat, les gens en peine de fin de mois, les retraités tondus à qui il faut arracher la peau de leurs maigres corps. Rien pour sauver l'humain ni l'économie et tout pour partir en guerre.
         Il a peur de Poutine car sa rancune d'une table trop longue pour le recevoir est un affront dans sa gorge. Alors il veut l'Europe contre la Russie encore et toujours.

         Ne serait-il pas nécessaire qu'il parte avant que ses propos aventureux, ses décisions aveugles et absurdes ne débouchent véritablement sur une guerre mondiale dont il est le seul artisan ?
         Il a parlé pour ne rien dire aux élus, au peuple, mais il reste dangereux comme un crotale en embuscade prêt à étouffer le pays sous les menaces de ses élucubrations dangereuses.
Robert Charles PUIG.
19/08/2026
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Je regarde, j'écoute ce pays,
est-ce la France ?

         Les grands meetings se suivent. Pourquoi ? Chacun se chatouille le nombril et en profite pour vouer les autres aux flammes d'un Lucifer et lorsqu'ils abordent la dette, cette fameuse dette du macronisme - pas un du camp du centre ne fait de mea culpa. Non, il n'est pas coupable !

         C'est le peuple qui coute trop cher. Le premier ministre et ses sbires sous le souffle venimeux de l'Elysée ont compris... Il y a là matière à sauver les meubles et la vaisselle de Macron. Puisons vite dans ce qui reste de finances chez les retraités avant de les envoyer légalement mourir au nom de la loi sur la fin de vie. Vite essorons leurs derniers fonds ! Ainsi, le pays survivra grâce à eux, juste le temps que les institutions internationales nous prennent sous leur coupe pour que tout le monde paie. Je crains cette France ou les élus ne comprennent rien mais poursuivre leur descente aux enfers. Mélenchon, Attali, et les autres. Ils ne voient que leur possible élection, mais rien sur le futur du pays. Seule compte la place à l'Elysée et le bras d'honneur aux français.

         La gauche qui nous perd depuis si longtemps continue son travail de sape avec 80 % des médias qui creusent le trou ou nous serons enterrés.

         Tous ces gens de Mélenchon à Macron ne souhaitent, avec leurs "merdias" de gauche, que tomber sur le RN pour le perdre et continuer ainsi à perdre le pays. On ne nous montre que des fictions Marine - Jordan même si chacun dément, puis il faut montrer les policiers de Carcassonne, anti arabe, anti immigration... Carcassonne, une ville parmi des milliers, c'est l'os que la gauche, que la 2 et le service "public" rongent pour saborder la droite et le RN. N 'oublions pas le syndicat de la magistrature toujours plus à gauche??? N'oublions pas le mur des cons... Tout est fait, fabriqué pour que la France se noie définitivement pour devenir une terre sans drapeau, sans histoire, sans peuple !

         Nous sommes à ce point de n'être plus rien, que même le parcours du Pape change de route pour ne pas gêner le coin des dealers.

         Moi je crains cette élection ou les coups d'arnac, les coups bas et les fausses nouvelles diffusées par les "merdias" de gauche toujours majoritaires et du macronisme pourront changer l'espoir d'une partie du peuple en grand remplacement où nous n'aurons plus notre place.
Robert Charles PUIG.
16-09-2026


On vous a légué les Trente Glorieuses
Par M. Jacques Guillemain. 6 octobre 2026
Envoyé par divers lecteurs
Et vous osez taxer nos retraites !

         Décideurs de ce pays, votre ignorance vous égare. Notre retraite n’a rien d’un privilège, elle n’est que la juste récompense de nos efforts aussi intenses que méconnus.
         Nous avons travaillé 2100 heures par an contre 1600 aujourd’hui selon l’Insee ! Beaucoup ont trimé jusqu’à 65 ans. Et vous osez nous traiter de nantis qui ruinent le pays et se prélassent sur le dos des actifs ?

         Face à vos attaques incessantes et à vos calculs comptables sur nos retraites, il est temps de rappeler quelques vérités historiques à ceux qui ont la mémoire courte. Entre les semaines de 48h, les 3 semaines de congés et le départ à 65 ans, notre génération n’a pas chômé pour bâtir la France moderne dont vous avez hérité. C’est vous et vous seuls qui avez dilapidé ce trésor inestimable. Par conséquent, pourquoi devrions-nous financer vos dettes et réparer les dégâts de votre gestion de cigale totalement irresponsable ?

         La génération qui a reconstruit la France depuis 1945 et l’a projetée dans le monde moderne, cette fabuleuse France gaullienne, mérite reconnaissance et respect. Car elle peut être fière de ce qu’elle vous a légué. Mais vous préférez la mettre sur le banc des accusés pour vous exonérer de vos lourdes responsabilités dans la faillite d’aujourd’hui. Vous êtes responsables et coupables du désastre.
         La réalité est que la nation a une dette morale envers ses aînés. Les retraités actuels ne bénéficient d’aucun privilège indu : ils récoltent simplement les fruits d’une vie de travail d’une intensité que les générations actuelles sont très loin d’imaginer.

         Une vie de labeur sans concession
         Les retraités d’aujourd’hui sont les artisans des Trente Glorieuses (1945-1975). À cette période de reconstruction, les normes de travail n’avaient rien de commun avec le confort moderne :
         – une durée hebdomadaire théorique fixée à 40 heures mais qui était de 45 à 48 heures en réalité.
         – 2 semaines de congé jusqu’en 1956, 3 semaines ensuite. La 4e semaine est arrivée en 1969 et la 5e en 1982.
         – pas d’assistanat démesuré, ni RMI ou RSA, ni APL, ni chèques d’aide en tous genres. L’Etat n’était pas la vache à lait dont les largesses se substituent au salaire.

         Un héritage fabuleux… dilapidé !
         Faire le procès des seniors est une injustice sans nom. Ils ont légué une France riche et prospère, affichant une croissance à la chinoise de 5 à 6 % par an, propulsant le pays vers un niveau de vie au sommet. Pendant que la France gaullienne tournait à plein régime et caracolait aux premiers rangs des classements économiques mondiaux, le Japon et l’Allemagne émergeaient à peine des ruines et du redressement de la guerre. Notre rang international était envié et respecté. Par conséquent, au vu du champ de ruines actuel, oser reprocher aux retraités le coût de leur pension est une ignominie.

         Le leurre de la retraite à 60 ans et des 35 heures
         Si le travail et le mérite étaient les moteurs de la France gaullienne, dès l’école et durant toute la vie active, cela n’a pas duré. Les générations qui ont suivi ont privilégié le « temps libre » et la « qualité de vie », sans réaliser que seul le travail peut financer les besoins essentiels d’une société. La retraite à 60 ans et la semaine de 35 heures, cela a un coût qui se reporte automatiquement sur les actifs, salariés et entreprises.
         Avant 1982, l’âge de départ à la retraite était fixé à 65 ans. Bien des salariés commençaient à travailler à 14 ou 16 ans, la religion du « bac pour tous » n’étant pas encore d’actualité. 35 % des salariés travaillaient dans l’industrie et 25 % dans l’agriculture, loin des automatismes et de la mécanisation des métiers d’aujourd’hui. Ce sont souvent des corps usés qui prenaient la retraite à 65 ans.

         Pour conclure, ce n’est pas en utilisant les retraites comme variable d’ajustement budgétaire que le gouvernement redressera les finances de l’Etat. Nous en sommes à 3600 milliards de dettes et nous empruntons au taux de 5 %, ce qui entraîne une charge de la dette qui va dépasser les 100 milliards en 2027, alors que la croissance est à l’arrêt. Tout ne peut donc qu’empirer.
         Quelles que soient les coupes dans les dépenses et les retraites, rien ne sera possible sans travailler davantage, seule solution crédible pour créer de la richesse. Prenons pour objectif la moyenne européenne pour la durée annuelle de travail et pour l’âge de départ à la retraite. Rien d’insurmontable quand on a une espérance de vie de 80 ans.
         Cela exige de travailler 120 heures de plus par an, ce qui génère 100 milliards de PIB. Et si on aligne le départ à la retraite sur la moyenne européenne à 65 ans, ce sont encore 50 milliards de PIB supplémentaires. Certes, ces 150 milliards de PIB chaque année ne vont pas résoudre tous nos problèmes, mais la fiscalité induite évitera de baisser les revenus, mesure qui va plomber la consommation, donc la croissance et les recettes fiscales de l’Etat.

         N’oublions jamais que c’est ce monumental déficit de travail qui nous a ruinés, car nous l’avons compensé par l’emprunt perpétuel et le recours à une main d’œuvre non qualifiée, totalement inutile à une économie moderne. Depuis des décennies, pas un seul politicien n’a eu le bon sens élémentaire pour nous éviter ce naufrage titanesque.
         Prétendre que les retraités pèsent sur l’économie est un odieux mensonge : Ils ont payé leur part, et ont offert au pays ses plus belles décennies. Ils ne demandent pas l’aumône, ils exigent leur dû. La solution est dans le « travailler plus » et certainement pas dans le « taxer plus ». C’est tout le contraire de l’assistanat, que vous cultivez par faiblesse et manque de courage.
         Par ailleurs, toute augmentation de la durée du travail nous évitera d’importer une main d’œuvre non qualifiée qui coûte plus cher en social que sa contribution au PIB.
         Que chaque retraité qui lira ce texte n’hésite pas à le partager massivement pour faire entendre notre voix.

Le 17 octobre 1961
Un mensonge d’État   

               Un rassemblement pacifique du FLN, interdit par la préfecture, après quelques mois où 80 policiers avaient été assassinés, et 4000 musulmans exécutés, au cours des affrontements sanguinaires entre MNA et FLN.
               Et, pour faire bonne mesure, offert la parole à Zorah Drif, cette criminelle qui avait posé, entre autres, une bombe au Milk-Bar, rue d’Isly, à Alger, massacrant et mutilant femmes et enfants. Bien entendu, elle n’a exprimé aucun regret, dans un excellent français, enseigné par la « colonisation »

               Chaque année, depuis plus d’un demi-siècle, le 17 octobre 1961 revient à la une de l’actualité pour dénoncer les soi-disant 2 à 300 victimes (on n’est pas à quelques dizaines près) de la « terrible » répression policière, suite à la manifestation « pacifique » du FLN (interdite par le préfet), qui, rappelons-le, était tout de même l’ennemi en guerre contre la France à cette époque.
               Le 18 octobre 1961, lendemain des manifestations, bilan affiché par Maurice Legay, directeur général de la police parisienne : 3 morts.

               Les conclusions du rapport officiel de la commission d’enquête, réclamé par le Premier ministre Lionel Jospin et le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, concernant les événements du 17 octobre 1961, et qui leur a été remis en 1998, viennent confirmer mes affirmations (sur le quotidien parisien L’Aurore) sur le nombre de victimes comptabilisé au cours des journées du 17 au 20 octobre 1961.

               Cette commission, dénommée « La mission » » était composée de :
               – M. Dieudonné Mandelkern, président de section au Conseil d’État.
               – M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration.
               – Mme Mireille Jean, conservateur aux Archives nationales.
               – M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration.
               Elle a examiné scrupuleusement les :
               – Archives de la préfecture de police.
               – Archives du ministère de l’Intérieur
               – Archives de l’Institut médico-légal
               – Dossiers d’enquête de la police judiciaire
               – Graphique des entrées de corps « N.A. » (Nord-Africain) de septembre à fin octobre 1961

               Pour l’ensemble de l’année 1961, 474 dossiers d’enquête pour homicides ont été dénombrés.
               275 se rapportaient à des victimes FMA (Français musulmans d’Algérie) tués par arme blanche, arme à feu, strangulation ou noyade. Pour la plupart par règlements de compte entre les mouvements indépendantistes algériens FLN et MNA.
               79 à des victimes appartenant aux forces de l’ordre (qui avaient bien des raisons légitimes de procéder à une « ratonnade » ce jour-là).
               120 à des victimes autres que FMA ou forces de l’ordre.

               Entre le mois de septembre et le 6 octobre 1961, 90 morts ont été dénombrés, dont 10 dans la seule journée du 3 octobre et 50 cadavres par noyade ont été découverts dans la Seine, la Marne ou les canaux, donc bien avant le 17 octobre.

               En ce qui concerne plus particulièrement la manifestation interdite du 17 octobre, le nombre de manifestants était estimé entre 20 et 25.000. Encadrés par des groupes de choc armés. Les instructions du FLN menaçaient de mort les Français musulmans algériens qui n’obéissaient pas aux consignes.
               11.358 ont été interpellés.
               2299 ont été transportés de métropole vers l’Algérie après le 17 octobre 1961.
               Le ministre de l’Intérieur, lors de la séance du 31 octobre 1961, a fait part aux sénateurs du bilan de 7 morts et 136 blessés hospitalisés entre le 17 et le 20 octobre 1961 :

               **Le 17 octobre 1961 j’étais journaliste d’investigation et chroniqueur judiciaire du quotidien L’Aurore et j’ai enquêté dès le lendemain auprès de la morgue et des services hospitaliers, également auprès des établissements et des riverains qui longeaient la Seine.
               J’ai accompagné le colonel Raymond Montaner, commandant de la Force Auxiliaire des Harkis de Paris, dont le rôle principal était la protection des Algériens de la région parisienne contre les exactions du FLN, qui a enquêté en compagnie de ses deux adjoints le capitaine de Roujoux et le lieutenant Champsavin et voici le résultat absolument vérifiable de ses conclusions :
               Il n’y eut cette nuit du 17 octobre aucune intervention anormale des pompiers parisiens, ni de police secours, ni de la Croix-Rouge, ni d’aucun service d’ambulance.

               – Aucun service d’urgence des hôpitaux de Paris et de la banlieue n’a reçu un afflux anormal de blessés.
               – 2300 blessés en une seule nuit cela laisse pourtant des traces, non ? Toutes les urgences et même les cliniques privées auraient dû être totalement débordées. Où sont donc passés ces 2300 blessés ? Disparus comme par magie ! Il paraîtrait qu’ils auraient été jetés dans la Seine en même temps que les 300 morts !
               L’enquête auprès des barrages en aval de Paris n’a révélé aucune découverte de noyés. Pourtant 300 corps ne se dissolvent pas dans l’eau de la Seine. Les berges sur des kilomètres auraient dû être parsemées de cadavres mais aucun riverain n’en a signalé !

               Peut-on d’un coup de baguette magique escamoter 300 cadavres ?
               Si l’on conteste ces chiffres que l’on nous donne les noms des 300 morts, et si 2300 blessés sont passés par les services hospitaliers, les traces existent. Qu’on nous les communique.
               Alors, Messieurs nos gouvernants, Messieurs les sénateurs, parlementaires, Français et Algériens, voici la liste officielle des cadavres « non identifiés » reçus à l’Institut médico-légal entre le 18 et le 21 octobre 1961 :
               – Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant massacre, l’Institut médico-légal (la morgue), n’a enregistré aucune entrée de corps de N.A. (NA = Nord-Africain dans la terminologie de l’époque).
               – Le 17 octobre 1961, de 19 h 30 à 23 heures, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation, un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21 heures devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ?
               – En dehors du périmètre de la manifestation, seuls 2 morts furent dénombrés, Abdelkader Déroues, tué par balle et retrouvé à Puteaux et Lamara Achenoune, tué par balle et étranglé, gisant dans une camionnette, également à Puteaux. Rien ne permet de dire qu’ils furent tués par les forces de l’ordre, puisque la manifestation ne se déroulait pas à Puteaux.
               – Le 18 octobre, à 4 heures du matin, le bilan était donc de 3 morts. Nous sommes donc loin des 2 à 300 de morts.
               Mais, nous dit-on, les cadavres ont été déposés à la morgue les jours suivants.

               C’est absolument faux !
               **Les archives de l’Institut médico-légal de Paris affirment qu’entre le 18 et le 21 octobre, 4 cadavres de N.A. seulement furent admis à la morgue :
               – Le 18 octobre, Achour Belkacem, tué par un policier invoquant la légitime défense et Abdelkader Benhamar, mort dans un accident de la circulation à Colombes.
               – Le 20 octobre, Amar Malek, tué par balle par un gendarme.
               – Le 21 octobre, Ramdane Mehani, mort dans des circonstances inconnues.
               Mais ceux qui nous gouvernent sont sans doute persuadés que les médecins légistes et les fonctionnaires d’État ont été payés ou ont subi des pressions afin de dissimuler ces 2 à 300 cadavres… et que depuis plus de cinquante ans, ils se taisent !

               Ces archives inscrivant les entrées de corps N.A. (Nord-Africains) par jour nous apprennent également que pour tout le mois d’octobre 1961 les 90 corps enregistrés par l’Institut médico-légal étaient, pour la plupart, des victimes du FLN.
               Et que pour la totalité de l’année 1961, 308 cadavres de N.A. sont passés par l’IML, la plupart exécutés par le FLN dans sa guerre contre les Messalistes.
               Sur ces 308 cadavres de N.A., 34 retrouvés dans la Seine ou la Marne notamment étaient des harkis, des partisans de la France, ou des membres du MNA, une des méthodes d’assassinat du FLN consistant à noyer ses opposants.


               Et surtout que ce sont ces mêmes assassins du FLN qui étaient les organisateurs de cette manifestation pacifique.
               Ces chiffres cités dans mes livres et mes articles n’ont jamais été contestés.
               On vous trompe, on nous trompe, on les trompe, on ment à la France et aux Français et, forcément, on ment aussi aux Algériens qui ne demandent qu’à croire les informations volontairement erronées qu’ils reçoivent.

               STOP ! À présent, ça suffit. Il est temps d’accepter la vérité, toute la vérité, sur ce prétendu massacre inventé de toutes pièces par le Parti Communiste Français, complice du FLN, après la parution du livre La bataille de Paris, édité en 1991 et œuvre de l’écrivain Jean-Luc Einaudi, rédacteur à L’Humanité rouge et membre influent du PCF, qui n’avait que dix ans en octobre 1961.
               Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, vous êtes, je le pense, des hommes sincères. Votre ministre de l’Intérieur possède tous les documents officiels concernant la manifestation interdite du 17 octobre 1961.

               Ne pensez-vous pas que votre devoir est de tenir informer les parlementaires, les sénateurs et, bien sûr, les Français, sur le nombre véritable de victimes lors de cette manifestation de 1961 ? Et que, par la même occasion, les Algériens en prennent connaissance ! Manuel Gomez
Manuel Gomez
27 août 2016



17 octobre 2026
début de la guerre civile annoncée ?

       Ce 17 octobre 2027 restera marqué dans la mémoire de nombreux citadins d’une pierre noire. Noire comme la tenue vestimentaire de ces casseurs violents, décérébrés, masqués et manipulés.
       Manipulés par des forces maléfiques qui ont décidé de ruiner la France, de la rayer de la carte, d’en faire une terre brûlée, stérile, après avoir effacé son histoire, détruit son présent et stérilisé son avenir.

       C’est du moins la volonté profondément ancrée de ces anti-Français entraînés par un certain « Jen… Méchancon » qui n’est avare ni de mensonges ni d’aucune outrance la plupart du temps antisémite et qui pousse à l’insurrection ces groupes de jeunes désocialisés ou enrôlés dans des organisations tels que les black blocs.
       Oui, l’avenir lui aussi est noir parce que, depuis de nombreuses années, le pouvoir a laissé ce désordre se développer, ourdi par des anarchistes de gauche.
       Noir parce que ce pouvoir inepte s’est en permanence trompé de cible, portant son regard vers l’extrême droite alors que celle-ci n’existe quasiment plus, et surtout en étant d’une clémence aveugle envers cette extrême gauche qui pourrit le paysage politique depuis plusieurs décennies et hypothèque l’existence même de notre pays.

       Au fond, peut-être tout cela fût-il volontairement instauré dans le but d’effacer la France un peu rance aux yeux d’un certain nombre ?
       Car ne nous y trompons pas, c’est bien le début d’une guerre civile qui nous guette, une guerre civile que nous voisins observent avec une grande inquiétude tant les signaux sont nets, évidents et pourraient, à l’occasion, faire l’objet d’une atteinte similaire de la part de leurs propres voyous.

       Au-delà de ce constat, je vois nettement la stratégie de Macron qui laisse se dégrader une situation en espérant la récupérer à un moment donné. Lorsque ce moment sera venu, il envisage, sans aucun doute, de décréter l’état d’urgence, de mobiliser l’article 16 de la Constitution qui lui donnera tout pouvoir pour stopper le processus démocratique, repousser sine die les élections présidentielles et se maintenir ainsi au pouvoir… Son rêve le plus fou !
       Il va de soi qu’un certain nombre de questions se posent aujourd’hui à la Nation après une telle journée, sommet d’un processus destructeur engagé de longue date.

       D’abord, faudrait-il décréter l’état d’urgence ? La réponse est oui. Cela permettrait, entre autres empêchements, d’interdire les manifestations sans remettre en cause la légalité parlementaire.

       Deuxième question : Emmanuel Macron devrait-il partir ? La réponse est évidemment oui. Il aurait même dû le faire depuis longtemps et notamment après le désaveu de 2022. Mais on connaît son ego et sa détermination à s’accrocher, aussi peut-on être certain qu’il ne démissionnera pas. La France lui importe peu et s’il peut s’en servir à son profit, soyons certains qu’il le fera.

       Troisième question : faudrait-il empêcher les membres de LFI d’agir en les embastillant manu militari ? La réponse est oui. Tous les individus comme Mélenchon, Portes, Hassan, Delogu, Arnault, Bompard et j’en passe, qui par leur actes ou leurs déclarations incitent à insurrection devrait être arrêtés et déférés devant des juridictions appropriées. Le climat s’en trouverait rapidement plus clément et la France pourrait ainsi retrouver le calme pour s’attacher aux vrais problèmes qui concernent les citoyens.

       Quatrième question : faut-il dissoudre La France Insoumise ? La réponse est oui. Un grand nombre d’autres organisations l’ont été pour bien moins que cela et la démocratie n’en fut pas affaiblie pour autant.

       Cinquième question : faut-il procéder à des expulsions massives ? La réponse est oui, à commencer par les Frères musulmans et tous les islamistes qui constituent une partie importante des émeutiers.

       Sixième question : faudrait-il instaurer un couvre-feu pour tous les mineurs ? La réponse est oui, bien sûr. Rendre aux parents la responsabilité des actes délictueux de leur progéniture serait une bonne chose par ailleurs.

       Il s’agit là des mesures les plus immédiates qui seraient à imposer sachant qu’elles ne pourrait à elles seules résoudre le problème de fond.
       Car ce qui rend difficile la résolution de cette sombre situation est le manque de volonté et de courage du pouvoir, voire son hostilité envers les principes qui sous-tendent le fonctionnement des institutions de notre pays.
       Soyons certains que si rien de radical n’est entrepris pour contrer les visées insurrectionnelle de LFI et de ses alliés islamiques, c’est une guerre civile à brève échéance qui nous menace et qui ne manquera pas d’arriver.

       La journée d’hier n’en dessine que les prémices.
       À bon entendeur salut ! Que les ministres en place, Président, dirigeants du centre mou, les amblyopes qui refusent d’écouter (sic) se le tiennent pour dit et ne viennent pas la gueule enfarinée nous dire en plein cataclysme qu’ils ne savaient pas !
Jean-Jacques Fifre


La mort d’une nation passe
par la mort de sa langue

Eric de Verdelhan, 12 octobre 2026
https://ripostelaique.com/la-mort-dune-nation-passe-par-la-mort-de-sa-langue/
« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. » (Albert Camus)

        Comme tout le monde aujourd’hui, je suis inondé, gavé, submergé, d’informations diverses et variées sorties de forums, sites ou blogs qui se sont multipliés depuis l’invasion d’internet. Ces notifications, à quelques exceptions près, n’ont pas le moindre intérêt (et ce sont souvent des fake news) mais elles permettent à des crétins narcissiques, à des pétasses vulgaires, maquillées comme des putes ou des voitures volées, de se théâtraliser, de minauder ou d’afficher leur faciès de con satisfait devant leur Smartphone pour nous énoncer des fadaises, des inepties et des lieux communs dans un français généralement très approximatif. Ces gens ont, pour la plupart d’entre eux, un égo inversement proportionnel à leur QI qui s’apparente à celui du bulot ou de l’huître. Cette manie – ô combien crispante ! – s’est répandue comme une trainée de poudre depuis quelques années. Je reçois une dizaine de ces vidéos par jour, et ce malgré mes demandes pressantes auprès de mes amis d’arrêter de m’en envoyer en rafale. Ces fichiers lourds bloquent régulièrement ma boite mails et me font perdre un temps précieux. Je ne supporte pas les vidéos stupides ; je leur préfère l’écrit. C’est pour ça que je suis chroniqueur bénévole sur plusieurs sites souverainistes ou conservateurs. Des sites qui se réclament d’une droite qui n’a pas peur de se dire de droite.

        Je lis beaucoup, disais-je et ce, depuis toujours, mais là encore tout se délite très vite. On tue notre langue au profit du dialecte d’homme de couleur de petite taille (1) ; on veut nous imposer le langage des banlieues, le franglais ou encore l’écriture inclusive. On veut aussi faire disparaître l’orthographe, les majuscules et la ponctuation. Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’aggrave de jour en jour avec la bénédiction de Macron, qui a pourtant appris le français ET le théâtre avec celle qui l’a déniaisé quand il avait 14 ans et qui, depuis, est devenue sa femme. Notre belle langue se meurt, elle est en phase terminale, elle va devenir une langue morte… comme notre civilisation.
        J’ai découvert l’ampleur de la catastrophe en faisant sur le tard un troisième cycle à l’ENAss (2). Chaque année, Le Point établit un classement des meilleures écoles de commerce de France. L’ENAss, peu connue du grand public, figure dans ce palmarès parmi d’autres grands noms comme HEC, l’ESSEC, ou l’ESCP. L’école a une réputation d’excellence, à mon humble avis, un peu surfaite voire carrément usurpée. À propos de l’ENAss, et je ne manque jamais une occasion de raconter que les élèves de l’École Nationale d’Administration, l’ENA, cette fabrique de crânes d’œuf, ont jadis exigé que les deux « s » d’assurance soient ajoutés aux initiales de l’école pour que nous ne soyons pas confondus avec eux. Je les en remercie très sincèrement car il me déplairait qu’on me prenne pour un énarque ; pour moi, ça friserait l’insulte ou l’injure !

        L’ENAss intègre des étudiants titulaires d’une licence (ou d’une prépa), des BAC+3, or j’ai découvert avec stupeur la pauvreté de vocabulaire, l’absence d’orthographe (et de culture générale) de la majorité de mes condisciples, à quelques exceptions près bien sûr. J’ai gardé les contacts avec quelques-uns. L’un d’eux, en théorie titulaire d’un BAC+5, m’envoie régulièrement des mails écrits dans un pathos filandreux, digne d’un (mauvais) élève de CM2, et remplis de fautes d’orthographe grossières (3) ; en gros une par ligne. Mais ce qui me frappe encore davantage c’est son incapacité à exprimer en quelques lignes une idée claire. Peut-on lui reprocher ? Non, ce garçon est victime d’un système miné, gangrené, vérolé par le gauchisme sous toutes ses formes, de l’extrême-gauche à la gauche-caviar. L’honnêteté m’oblige à dire que la droite-cachemire et les centristes ont été leurs complices complaisants. Ils sont TOUS coupables ! L’idéologie socialisante, qu’elle soit larvée, comme sous Giscard, ou revendiquée et assumée, comme sous Mitterrand, aura fait des ravages. Depuis 50 ans, notre système éducatif – dit improprement Éducation Nationale – va de mal en pis. Il est devenu une machine à fabriquer des illettrés, des crétins ou des cancres.

        Certes il y a encore de nombreuses exceptions – des formations, des collèges, des lycées, des grandes écoles, des filières d’excellence – mais elles demeurent marginales au regard du monstre, du Mammouth que dénonçait déjà Claude Allègre en 1997.
        Sa lente agonie a commencé après mai 68 et je crains que nous ne revenions jamais à un niveau correct car les gouvernements – droite et gauche confondues – qui se sont succédé depuis, sont dans le déni total, veulent coller aux modes et surtout, ils ne veulent pas braquer les puissants syndicats d’enseignants. Le petit monde des pédagogues gauchisants impose ses vues.

        Les expériences pédagogiques loufoques, le découragement des vraies vocations et la valse des ministres ont contribué à ce que les classements internationaux nous placent dans une honnête médiocrité, dans le ventre très mou des pays dits civilisés : entre la 30e et la 50e place, selon la matière. Les premières victimes auront été les lettres et l’histoire. Puis nous avons abandonné les maths et les matières scientifiques. De ce fait, les vocations se raréfient ; on peut le comprendre !
        Comme les candidats-profs se font de plus en plus rares, on utilise le même processus que pour l’enseignement : le nivellement par le bas. On occulte les exigences à l’embauche d’enseignants et on demande à France-travail de recruter… n’importe qui, pour faire nombre.
        La discipline n’existe plus, les élèves font en gros ce qu’ils veulent et, depuis l’affaire Samuel Paty, nous savons que la sécurité des enseignants n’est plus assurée. Leur hiérarchie se contente de leur demander d’adopter un profil bas et de ne pas parler de ce qui fâche. La mafia enseignante pratique l’omerta, comme la Cosa Nostra sicilienne ou la Camorra napolitaine.

        Nos facultés sont devenues des outils de propagande pour le wokisme, le décolonialisme, la théorie du genre, etc. Les syndicats d’étudiants se chargent de mettre au pilori les professeurs jugés politiquement incorrects et les instances administratives préfèrent fermer les yeux.
        N’allez pas croire que je noircis le trait, même si, je le répète, il y a des exceptions, mais il faut bien juger l’arbre à ses fruits et, en l’occurrence, ses fruits sont… des fruits secs.

        L’école n’enseigne plus les bases, les fondamentaux, mais, comme si cela ne suffisait pas, on surcharge les programmes de sujets qui devraient relever de la sphère familiale, laquelle est souvent démissionnaire. Au lieu d’apprendre à lire, écrire, compter, on formate et on intoxique l’élève avec la propagande LGBT+++, le racisme, l’antisémitisme, l’écologie, etc.

        On a supprimé le Certificat d’études primaires, on retarde l’âge d’entrée en apprentissage, le BEPC est devenu une formalité et, on donne – c’est le mot qui convient – le BAC à plus de 95 % des postulants. Autrefois, une licence était gage d’un bon niveau. Depuis le classement L.M.D (4) imposé par l’Europe, on a multiplié les Masters dans tous les domaines, y compris ceux qui ne servent strictement à rien et qui ne débouchent que sur le chômage.

        Mais les socio-pédagogues modernes vous diront tous que la note ou le simple contrôle des connaissances sont discriminatoires et reproducteurs d’injustices systémiques : ce qui importe avant tout c’est que Rachid et Mamadou, qui arrivent en secondaire sans manier les rudiments de la langue française, aient les mêmes résultats que Pierre ou Paul. On appelle ça la non-discrimination ou l’égalité des chances alors qu’il s’agit en réalité d’une honteuse discrimination positive.

        Notons, au passage, que la diversité issue de l’immigration asiatique caracole souvent en tête de classe et réussit généralement bien son intégration. C’est un simple constat !

        Je me souviens d’une émission de télé durant laquelle Jean-Marie Le Pen avait déclaré, pour amuser son auditoire, que le budget de l’Éducation nationale était équivalent à celui de la Général-Motors et que ses effectifs étaient comparables à ceux de l’ex-Armée rouge. En fait, le premier budget de l’État est très mal géré et totalement inefficace. Le Mammouth fait un peu plus de lard chaque année. Les enseignants invoquent le manque de moyens, et les gouvernements injectent toujours plus d’argent pour calmer la grogne des syndicats, en pure perte.

        Non, ce ne sont pas les classes de trente élèves – que nous avons tous connues dans notre enfance – qui expliquent le nivellement par le bas. Le véritable problème, c’est la présence dans la même classe de plusieurs nationalités qui ne maîtrisent pas le français.

        Quelques naïfs ont pensé que le bon élève Macron, conscient de la faillite du système, allait y remédier. Certains ont applaudi à la nomination de Jean-Michel Blanquer. En dehors de quelques effets d’annonces, Blanquer a fait… comme ses prédécesseurs, c’est-à-dire à peu près RIEN. Et Macron, l’homme du et en même temps, a viré Blanquer pour nommer à sa place son contraire, Pap Ndiaye. Il faut y voir une provocation à l’égard des Gaulois et un gage donné aux minorités.

        Puis Macron a nommé Attal, qui a fait quelques annonces avant de céder la place à Amélie Oudéa-Castera, très vite virée et remplacée par Nicole Belloubet (qui fut, on s’en souvient, une garde des Sceaux calamiteuse), remplacée par Anne Genetet puis par la vieille Élisabeth Borne, et enfin par l’insignifiant Édouard Geffray : sept ministres en moins de neuf ans, c’est lamentable !

        On amuse la galerie, on se moque du monde ! Mais ne nous leurrons pas, tout ceci est voulu. Pour tuer une nation, après avoir détruit la travail, la famille et la notion même de patrie, il faut aussi tuer sa langue et sa culture, or si l’on veut imposer la start-up nation au sein d’une Europe unie, il faut impérativement faire disparaître la France en tant que nation .

        En guise de conclusion, je citerai un article, que je trouve excellent, qui m’a été envoyé par un ami : « Comment construire une pensée déductive sans maîtrise du conditionnel ? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur ? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu ?… Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté. Ceux qui expliquent qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses défauts, abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté… Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions. Sans mot pour construire un raisonnement, la pensée complexe est entravée, rendue impossible. Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe… » (5). Nous en avons la triste démonstration depuis le début du mouvement lycéen. Les islamo-gauchistes de LFI sont à la manœuvre mais faut-il s’en étonner ?
        Assurément non car Mélenchon ne cache pas sa volonté de tuer l’ancienne France et de lui substituer un peuple neuf issu du Grand Remplacement.
Eric de Verdelhan - Le 26 mars 2026

        1) Autrefois on aurait dit qu’on parle petit nègre mais aujourd’hui, c’est du racisme ;
        2) École nationale d’assurance ; émanation du CNAM ;
        3) Quand j’étais en 7e – l’actuel CM 2 – le fait de faire cinq fautes vous valait un zéro pointé !
        4) Licence, Master, Doctorat ;
        5) Ne m’en veuillez pas, je n’ai pas noté le nom de l’auteur.


MISE A JOUR
Par M. J.P.B.
        Chers amis,
        L'envoi de photos d'école de certains amis m'a permis d'ajouter des photos de classe sur le site de Bône la Coquette

SAINT-AUGUSTIN 3eme B3

MARCHE AUX BLES 1958

SAINT-CLOUD - CE1

ECOLE ???

Rubrique « Où sont-ils »

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Du lard et du cochon
Par M. Marc Donato
         Notre Association Manosquine de Recherches Historiques et Naturelles projette de publier un livre écrit par moi-même, décrit dans la Pièce Jointe.
         Espérant vous compter parmi nos lecteurs, Cordialement.
Préface
         Il est question ici de gastronomie… De gastronomie dans la littérature du Midi de la France… De gastronomie dans la peinture.
         « La poésie est une peinture parlante et la peinture une poésie muette », selon la formule attribuée à Plutarque dans ses Moralia.
         Une symbiose déjà bien vue à cette époque lointaine !
         Art et Littérature… Quel fond commun peut rapprocher le pinceau et la plume pour toucher l’Homme au cœur ?
         Deux manifestations venues de l’intérieur et qui se valorisent l’une l’autre dans une expression complémentaire.
         Laquelle procède de l’autre ? Laquelle précède l’autre ? Qu’importe, si l’une est le reflet de l’autre ! Ne cherchons pas laquelle est à l’origine.
         Le sujet l’emporte pour l’écrivain comme pour l’artiste, les entraînant l’un et l’autre dans un voyage sur la toile ou le papier.
         Et pour le lecteur ou l’amateur d’Art toute la jouissance naît du texte ou du tableau… du texte et du tableau.
         Car quand on ose le rapprochement des deux, le plaisir est décuplé, la riche gastronomie provençale fournissant la matière, voilà qui en rajoute au plaisir.
         Invitons-nous à ce repas avec Peinture et Littérature, livrée ici avec l’accent du Midi.
         Il est temps, passons à table sans tarder !
Octobre 2026 - Marc DONATO

VOUS AVEZ DIT CANICULE
N'EST-CE PAS LA MEMOIRE ?


LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


               Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône et la Province du Constantinois méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.

             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il a continué jusqu'à son dernier souffle. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous, des pages qui pourraient être complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir. Jean Claude est décédé, et comme promis j'ai continué son oeuvre à mon rythme.

             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Guelma, Philippeville, etc. a été fait pour d'autres communes de la région de Bône et de Constantine.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et du Constantinois
    
CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net
Autres Communes

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :

 
De M. Pierre Jarrige
Chers Amis
Voici les derniers Diaporamas sur les Aéronefs d'Algérie. A vous de les faire connaître.

    PDF 223                                                  PDF 224

    PDF 225                                                  PDF 225A

    PDF 226                                                  PDF 227

    PDF 228                                                  PDF 228A Pierre Jarrige
Site Web:http://www.aviation-algerie.com/
Mon adresse : jarrige31@orange.fr

QUESTIONS !!!
Echo d'Oranie N° 266


          L'évêque fait passer un examen aux futurs communiants :

          - Toi, là, quand notre Seigneur a-t-il insti¬tué le sacrement du baptême ?
          - 1er élève : - C'est quand il a dit : Je te baptise au nom du père, du fils et du Saint-Esprit.
          - Très bien !

          Et toi, l'Eucharistie ?
          - 2ème élève : - Quand il a dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps, ceci est mon sang.
          - Parfait !

          Et le sacrement du mariage ?
          - 3ème élève : - C'est quand il a dit : Mon Dieu, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font !



Si vous avez des documents ou photos à partager,
n'hésitez-pas à nous les envoyer. D'avance, Merci.

                 EN CLIQUANT. ===> ICI
Notre liberté de penser, de diffuser et d'informer est grandement menacée, et c'est pourquoi je suis obligé de suivre l'exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d'information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d'expression, tel qu'il est reconnu par la Résolution 59 de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d'expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».


    

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