N° 275
Octobre

https://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Octobre 2026
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
https://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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SOMMAIRE de la SEYBOUSE N° 275

-        Puglisi : HISTOIRE POUR S'ENDORMIR.
-        Donato : Le monument aux morts de Bône
-        Acep 272 : FAUBOURG SAINT JEAN, FAUBOURG SAINT-ANTOINE
-        Echo-d'Oranie ; L'abandon. Le calvaire des Moghaznis et Harkis.
-        Mutilé 191 ; NAPOLEON A LA GUERRE DE 1914
-        Alg-catholique 2-1938 : L’Église Saint-Augustin d’Alger
-        Bonjour 129 : LES GRANDS HOMMES BÔNOIS
-        Alger-étudiants N°29-1924 : Le Chemin.... Professionnel
-        PNHA 179 : LES ODEURS DE LÀ-BAS
-        CARTES POSTALE DE BONE
-        Gallica : LETTRE DE Mgr COMBES ÉVÊQUE D'HIPPONE
-        Acep 272 : 7 ANS DE GUERRE - MUELLE
-        CARTES POSTALE DE BONE
-        Gallica : EXPOSÉ DES Dires de Messieurs les Vignerons et Cultivateurs
-        CARTES POSTALE DE BONE
-        Ventura : BÔNE - Croix de Guerre
-        ACEP 272 : Square-démocratique
-        PNHA 179 : La grande poste
-        Algudo : Pour deux peuples frères ! « Le mal absolu ! »
-        PHOTOS Caraman 49/50 primaire
-        Grieu poème : Angoisse.
-        Cyrano : Pourquoi n’enseigne-t-on pas
-        PHOTOS Caraman 1950-1
-        Grieu poème : Surmenage.
-        BRASIER Panthéon : 57 Marcais.
-        PNHA 179 : Draâ-el-Mizan
-        Revue de l'Orient 1857, L'OPUNTIA ou CACTUS RAQUETTE D'ALGÉRIE.
-        PNHA 179 : LES MILLES ET UNE VIE DE ROBERT ABDESSELAM
-        Algudo : D’INSUPPORTABLES INSULTES
-        Grieu poème : Aversion 6
-        PHOTOS Caraman 1950-2
-        Castano : LE SERMENT D’UNE FRANCE QUI SE RELÈVE
-        Ventura : Vanuxem
-        Gomez : La différence entre les nouveaux colonisateurs… et les anciens
-        Paul Achard : FANTAISIE EN CASBAH MINEURE
-        PHOTOS Caraman 1950-3
-        castano : 23 septembre 1940 : Dakar sous le feu britannique
-        Rousset : Les 8 raisons pour lesquelles la Russie
-        Verdhelan : Le 1er Régiment Étranger de Parachutistes
-        Puig : Je regarde, j'écoute ce pays, st-ce la France ?
-        Les fameux versets tolérants du Coran
-        Fleurissement-2026 du Cimetère de Bône
-        Mise à jour
-        Livre d'Or :
-        Vidéos : 225-430-en-bandes-dessines-dans-l_alat ; 226-alat-21.pdf
-        Histoire : Mais où travaille ta mère ????

        Chers Amies, Chers Amis,.

        " Bône " lecture et bon mois d'octobre
        A tchao, Diobône,         
        Jean Pierre Bartolini          


HISTOIRE POUR S'ENDORMIR.

        C'était un vieux roi d'une contrée lointaine, qui était bien malade et que tous ses sujets craignaient pour sa vie. Parmi ses proches se trouvait un petit-fils, nommé Richard, lequel, vouait au vieux roi, une solide tendresse et une grande affection. Désespéré de voir l'état de son grand-père, il alla se réfugier au fond du jardin et se mit à pleurer à chaudes larmes. Alors qu'il se désolait ainsi, il vit un vieillard s'approcher de lui, pour lui demander les raisons de son chagrin. Entre deux sanglots, il lui raconta, que, le roi son grand-père était si mal, qu'il craignait de le voir mourir, car, aucunes médecines n'arrivaient à le soulager.

        - Le vieillard lui dit =
        "Je connais un moyen de le guérir, avec quelques gouttes d'eau de la source de vie. Dès qu'il en boira il recouvrera la santé, mais, il n'est pas très facile de trouver cette source."

        - "Je saurai bien la trouver, dit Richard."
        Il se rendit aussitôt auprès de son grand-père et le pria, de vouloir bien lui permettre, d'aller à la recherche de la source de vie. Le vieux roi, refusa tout net cette demande, arguant le fait que des dangers qu'il pouvait rencontrer en chemin étaient trop grands et qu'il préférait mourir. Mais Richard insista longuement avec beaucoup de chaleur, que le vieux roi lui donna enfin son accord et il put ainsi partir, à la recherche de la source de vie.
        En chemin il rencontra un nain qui s'évertuait à tenter de changer une énorme roue de sa charrette. Comme le petit homme se désolait, car, avait toutes les peines du monde pour changer sa roue, alors, pris de pitié, Richard s'arrêta pour l'aider dans sa tâche.

        Une fois la roue changée, ils demeurèrent assis épuisés l'un à côté de l'autre.
        -"Où vas-tu de ce pas ? lui demanda le nain."
        -" Je vais à la recherche de la source de vie, car, le roi mon grand-père est atteint d'une grave maladie mortelle."
        -"Sais-tu où elle se trouve ? dit le nain."
        -"Je l'ignore objecta Richard."
        - "Pour te récompenser de m'avoir aidé, je vais te l'apprendre, répartit le nain. Cette source se situe dans un palais enchanté et pour t'aider à y entrer, je te donne une baguette de fer et ces deux tranches de pain. Avec cette baguette, frappe trois fois la porte du Palais pour la faire ouvrir, alors, tu verras couchés sous la voûte deux grands loups qui fonceront sur toi, jette-leur alors les deux tranches de pain et il se calmeront vite. Puis hâte toi d'aller à la source de vie puiser un peu de son eau, dépêche-toi, car dès que le dernier coup de minuit sonnera, la porte du palais se refermera sur toi et tu ne pourras plus sortir.

        Richerd remercia le nain, il saisir la baguette et les deux tranches de pain, pour de diriger vers le Palais où, tout devait se passer comme lui avait dit le nain. Bientôt, la source de vie était juste devant lui, mais, minuit était encore loin et il avait très envie de visiter ce splendide château, c'est alors qu'i rencontra la maîtresse des lieux, qui était une très jolie princesse assise sur un trône de marbre blanc immaculé et qui ne sembla pas surprise de sa visite.

        -"Voici donc celui qui a vaincu mes deux loups, mais, nul doute que mon ancien mari le nain y est pour quelque chose. Qui es-tu et pourquoi es-tu venu ici ?"
        - "Je me nomme Richard, je suis ici pour ramener de l'eau de vie au roi mon vieux grand-père qui est très malade."

        -"Moi, je suis Gwenaëlle la blanche, princesse et gardienne de la source de vie. Je t'autorise à puiser de l'eau de vie, car, tu as fait un long et pénible voyage, mais, ne souhaiterais-tu pas te reposer un peu avant ?

        Richard qui était fatigué de son voyage accepta l'invitation de la Princesse. Il fut conduit dans une chambre ou, se situait un très grand lit paré de beaux draps blancs et comme il voulut de reposer un moment, il se plaça sur cette couche pour s'endormir sereinement. Cependant, il fût réveillé en sursaut lorsqu'il entendit sonner onze heures trois quart, alors il se leva effrayé et se précipita vers la source pour y plonger un flacon qui se trouvait au bord su puit et se hâta de sortir du château. Mais, au moment même il franchissait la porte de fer, minuit sonna et la porte se ferma avec tant de force, qu'elle faillit lui briser le talon.

        C'est alors qu'il entendit derrière lui la Princesse crier de rage = son stratagème, pour le garder dans les murs du château avait échoué.

        Lorsqu'il arriva au château de son vieil oncle, Richard s'empressa de de porter au roi malade l'eau qui devait lui rendre la santé. Mais il avait à peine trempé ses lèvres que le vieux roi revint à la vie, fort et bien portant comme au temps de ses jeunes années.
        Le vieux roi voulu le remercier et le récompenser, mais, Richard perclus de fatigue, lui demanda seulement l'autorisation d'aller se mettre au lit pour toute récompense.

        Quand vous vous réveillerez
        hier ira de l'avant
        et demain sera aujourd'hui
        d'ici-là bonne nuit !
Jean-Jean du Bastion de La Calle.
19 / 11 / 2024.
- de La Calle Bastion de France.
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage.
Giens en presqu’île - HYERES ( Var )



Le monument aux morts de Bône
Par M. Marc Donato
Des lectures diverses sur Bône conduisent au monument aux morts et, en ce qui le concerne, le témoignage le plus fourni a été écrit par Louis Arnaud dans son ouvrage "Bône, son histoire, ses histoires".
Le texte, polémique, n'est pas tendre, ni pour le sculpteur, ni pour les élus, ni pour le monument lui-même.

          Thomas Cartier, le sculpteur.

          "Il fallait un sculpteur, c'est un charcutier que l'on élut… Un inconnu, nommé Cartier".
          Qui était ce charcutier inconnu qui "commit" le monument aux morts de Bône ?
          Il s'appelait François Thomas Cartier, né à Marseille le 21 février 1879, dans le quartier d'Endoume, au n° 38 de la rue Samatan, où ses parents habitaient.
          A-t-il été ouvrier charcutier, comme l'affirme Louis Arnaud ?

          Pas de renseignements sur sa jeunesse. Le fait est que son père, Louis Cartier, était cuisinier ; Thomas a peut-être travaillé avec lui. Et c'est par la cuisine que Thomas Cartier a été sélectionné par les autorités bônoises.

          A cette époque d'après-guerre, l'hôtel Transatlantique était en construction sur le site de la villa Galtier sur le chemin de la Corniche, qui deviendra plus tard le collège d'Alzon, et le directeur, chef-cuisinier de l'établissement, était le propre frère Thomas Cartier, sculpteur animalier. On ne sort pas de la cuisine.

          Avec une mauvaise foi évidente, Louis Arnaud y va de son couplet sur un mauvais sculpteur, mauvais charcutier également :
          "Ce Cartier, en effet, n'était venu à l'Art qu'en passant par le lard. Il avait débuté dans la vie comme ouvrier charcutier et, c'est en modelant, pour son étalage, sous l'inspiration de Saint Antoine, dans son saindoux professionnel, des animaux qui lui étaient familiers, qu'il avait fini par se trouver plus de goût pour la sculpture que pour la galantine et le cervelas. Et il était devenu sculpteur animalier. Mais cela n'aurait, certes, pas suffi pour le signaler à l'attention de l'édilité bônoise."

          En effet, à Bône, personne ne connaissait Cartier. Peut-être fût-il retenu parce qu'il était tout simplement moins cher que d'autres sculpteurs.
          Pourtant, à partir des années 1900 - il a 24 ans -, l'artiste avait exposé des sujets animaliers allant dans le sens de cette mode et de ce goût de l'époque pour la représentation d'animaux sauvages ou familiers.
          A l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, il avait été élève de Victor Peter et de Georges Gardet, deux des plus grands artistes de l'école française des sculpteurs dans le genre.

          Il fréquenta assidûment, de 1904 à 1935, le Salon des Artistes Français où il reçut plusieurs récompenses : mention honorable en 1908 (Agonie, groupe plâtre, et Chat se léchant, statuette bronze), médaille de 2e classe en 1910 (Agonie, groupe marbre) et une médaille d’or en 1927 (Renard et Panthère, plâtres). On le croise aussi dans la section d’art décoratif avec un Chat persan en céramique en 1912 et des panneaux de Lions en 1930.

          Il a réalisé de nombreux modèles largement diffusés par des reproductions en bronze, régule, plâtres, terre cuite patinée ou non, émaillée ou craquelée, en ciment ou en pierre.
          C'était la mode aussi des serre-livres, des lampes de bureau, des garnitures de meubles avec lions, cerfs, biches bondissantes… qui ont repris ces Inauguration du monument.
          Thèmes animaliers source inépuisable de cadeaux de communion ou de mariage.
          Il avait exercé aussi à La Ruche, une cité d'artistes située dans le 15e arrondissement de Paris.

          Cartier s'est fait connaître aussi comme illustrateur engagé pendant la Grande Guerre, réalisant alors de nombreuses cartes postales de propagande antiallemande et de soutien aux poilus.

          A la fin de la guerre, notre artiste a 40 ans. Il s'installe dans une ancienne poterie dans la Nièvre à Saint-Amand-en-Puisaye où il réside après les hostilités. Il contribuera à la renommée du village avec ses grès sculptés ou tournés.
          Il réalisera les monuments aux morts au village et dans les villages alentour ainsi que dans le Vaucluse (La Tour d'Aigues) et les Bouches-du-Rhône. Une manne pour cet artiste qui trouvait là une source de revenus. Il aurait aussi sculpté plusieurs monuments pour des tombes du cimetière de Bône.
          Alors qui a choisi Cartier pour créer le monument aux morts de Bône ?

          Les hommes politiques.
          Divers témoignages évoquent l'esprit polémique de Louis Arnaud. Ici, il en fait preuve tout particulièrement, laissant libre cours à un parti pris sans bornes et livrant une diatribe sans appel contre les élus. Il les connaît bien, ils sont de son monde, d'autant plus qu'il a fait partie du conseil municipal en 1908, dans l'équipe dirigée par Fernand Marchis, le successeur de Bertagna à la mairie. Il appartenait clairement à l'élite politique de Bône.

          Alors ? Propos d'un déçu de la politique ?
          " Il est certain que, dès la fin de la première guerre mondiale, on a pu assister à une déchéance de la conscience morale…
          Un désir excessif et urgent de richesse, un trop grand engouement pour une vie extérieure et tapageuse et un trop vif amour de l'argent sont devenus les véritables impératifs des mœurs.
          Les honneurs et les mandats publics n'ont plus été pour certains, que des degrés qui leur permettaient d'accéder à la fortune, tandis que l'intérêt général et le Bien public devenaient des expressions vides de sens réel peut-être, mais pleines de possibilités ou de promesses de profits personnels.
          Il y eut, pour l'homme de la rue, des affairistes partout et des affaires louches dans tous les marchés d'entreprise ou de fournitures publiques.
          Aucun de ces marchés, pour lui, n'était sans dessous, dessous de table, bien entendu, sans ristournes, ni pourcentages, ni tantièmes. "
          as tendre…

          Les décideurs.

          Un comité est constitué pour l'érection du monument et au Conseil municipal les discussions sont âpres et passionnées ; les associations patriotiques d'anciens combattants élèvent des protestations unanimes. Le choix n'a pas été facile.
          Deux hommes auraient eu un avis déterminant : "un architecte et à un entrepreneur, tous deux membres influents du Conseil municipal."
          Il s'agirait de Louis JAMMY, Conseiller général et membre de la Chambre de commerce, polytechnicien, impliqué dans la construction du port et dans l'aménagement du quartier de Beauséjour, et d'Auguste GALTIER, entrepreneur, lui aussi étant intervenu pour le port.
          Le Maire, c'est encore, à l'époque des discussions précitées, Jean Bulliod, élu en 1919, Conseiller général de Bône, très populaire, qui meurt à Alger en janvier 1921.

          Les sculpteurs pressentis.

          Ils ne manquent pas. Après la guerre, les monuments aux morts sont du pain bénit pour ces artistes. La sélection fut difficile.
          "Des sculpteurs réputés, Alaphilippe et Popineau, entre autres, avaient présenté des projets parfaitement conçus adaptés au cadre choisi, qu'ils étaient venus étudier sur place. "

          Arnaud regrette aussi Landowski, sculpteur de renom, qui réalise dans l'après-guerre plus de quatre-vingts monuments aux morts, dont celui d'Alger.
          François Émile Popineau, qui a épousé la fille d'Antoine Gadan, le célèbre peintre de Bône dont il sculpta le buste qui fut installé dans le square de la Colonne. Il créa le monument aux morts de Biskra.

          Camille Alaphilippe, responsable de la section sculpture à l'École des Beaux-Arts d'Alger, auteur des monuments de plusieurs villes d'Algérie : Tipaza, Mostaganem, Aïn-Témouchent, Bordj Bou Arreridj, Bougie, Batna, Guelma, Saïda, Tébessa, Philippeville.

          Mais, à Bône, c'est Thomas Cartier qui fut retenu. D'après Louis Arnaud, ses talents artistiques y étaient pour rien.
          "C'est grâce à la délicatesse et la succulence de mets bien arrosés de vins capiteux, que l'architecte et l'entrepreneur entreprirent de démontrer qu'un sculpteur animalier tout à fait inconnu, était parfaitement qualifié pour glorifier par le marbre et le bronze le souvenir de nos morts de la Grande Guerre… Il fallait un sculpteur, c'est un charcutier que l'on élut. "

          Et le monument ?

          Le lieu de l'érection, au moins, lui, convient à notre auteur.
          « L’emplacement sur lequel il est érigé avait été judicieusement choisi.
          Ce fond de palmes mobiles, disparues depuis lors, et, par-delà, la perspective lointaine de la rue du 4 Septembre, le Palais Consulaire d'un côté et de l'autre, le bel immeuble aux cariatides superbes (le palais Calvin, n.p.) … Tout convenait admirablement au caractère de l'hommage que la ville entendait rendre à ses enfants morts pour la France. "
          Quant au monument lui-même, Louis Arnaud ne lui trouve aucune qualité : "Bône, quatrième ville d'Algérie, a failli à son devoir et trahi son passé et son renom de coquetterie, d'élégance et de distinction. "
          " … banal, sans la moindre originalité, à peine digne d'orner une place de village…. Ce monument aux morts de la grande guerre… surgit brusquement, et beaucoup trop orgueilleusement… [il] est un sous-produit de ces mœurs nouvelles...
          Il est, au surplus, si près de notre Cours, comme un défi à la beauté, à l'art et au bon goût, tout simplement."

          A quoi ressemble-t-il ?

          Un socle avec 5 marches sur le devant pour établir l'horizontalité, sur lequel s'élève une pyramide, l'ensemble en granit, apparemment.
          Au sommet, un coq en bronze qui lance son cocorico ; sur la face qui regarde le port, une palme en bronze, elle aussi ; un ensemble sculpté dans le marbre, les deux poilus, un "européen" debout qui serre contre sa poitrine la tête d'un "indigène" blessé. Sous ce groupe, un bas-relief représentant un lion grognant plutôt que rugissant. Sur la face arrière, deux cavaliers fougueux. Sur les côtés, des plaques de marbre venues d'Italie où furent gravés les noms des soldats européens tombés à la guerre. Selon Louis Arnaud, l’artiste aurait commis de graves erreurs.

          "Son coq, sur l'étroit sommet de la stèle marche en chantant et son pas est si hardi qu'on dirait qu'il va tomber dans le vide, En outre, jamais, un coq n'a lancé son "cocorico" triomphant, autrement que dressé sur ses ergots et solidement campé sur le sol… Et ce Lion, qui grogne et semble tourner en rond dans une cage, n'a certainement pas la fière allure d'un lion victorieux. Il fait un contraste par trop criant avec le coq qui chante fièrement à l'autre bout de la stèle."

          Que penser ? Louis Arnaud, avocat de métier était connu pour sa parole alerte et ses propos acides. La polémique ici est évidente.
          Va pour le coq…

          Les cavaliers sont un thème d'inspiration de Thomas Cartier et on trouve sur les enchères par internet un cavalier arabe de belle facture de sa création (estimation 2014 entre 3000 et 4000 euros).

          Quant au lion, s'il ne rugit pas en signe de victoire, il évoque peut-être tout simplement toutes les souffrances endurées par les uns et par les autres.

          Cartier a réutilisé cet animal à plusieurs reprises, soit dans des plaquettes en bronze et en réduction, soit dans la dimension de celui de Bône. Ce fut le cas à Saint-Amand en-Puisaye, dans la Nièvre. Le monument qu'il avait créé a dû être détruit et remplacé ; la pierre artificielle utilisée par Cartier dans un souci d'économies ne résista pas dans le temps. Le lion, thème reçurent chez Cartier, puisqu'il présente encore des panneaux de Lions en 1930 au salon des Arts décoratifs.
          Finalement, en 1921, Elie-Félix Pétrolacci, maire, successeur de Jean Bulliod, inaugure le monument.
          Manifestation "sans faste excessif et sans enthousiasme … La foule … silencieuse et recueillie… triste… ne pensait qu'aux morts, auxquels, enfin, on venait de rendre l'hommage qui leur était dû et qui avait été trop longtemps différé."

          Tempus fugit…

          Les années ont passé. Louis Arnaud publie son texte en 1959, 40 ans après l'inauguration du monument.

          L'historien, aujourd'hui, sait aussi le recul qu'il faut prendre par rapport à "Bône, son histoire, ses histoires", document oh! Combien précieux par ailleurs. Ceux qui ont approché Louis Arnaud se souviennent de quelqu'un de très dur, peu souriant, au caractère bien trempé, supportant mal la contradiction, ce qui induisait des relations difficiles avec ses relations et son entourage.
          Les plus jeunes de cette époque, parmi nous, ont adopté le coq, le lion et tout le monument ; sur les plaques, d'autres noms sont venus s'ajouter aux premiers. Ville martyre, Bône a été citée, le 11 novembre 1948, à l'Ordre de l'Armée avec attribution de la Croix de Guerre avec Palme qui figure dans les armoiries de la ville. Deuxième guerre mondiale et "événements"…

          Jusqu'en 1958, la clique locale interprétait les hymnes de circonstances aux cérémonies.
          En 1958, le dernier à lancer la sonnerie aux morts fut Edmond Vento, le père de notre irremplaçable René (voir photo).
          Le pire était à venir avec l'indépendance : le monument de Bône fut détruit en 1963.
          Disparues les plaques avec les noms, jetées peut-être dans le port ; disparu le coq tant critiqué et qu'on aimerait bien retrouver malgré ses tares (aux dernières nouvelles, il aurait planté ses ergots du côté d'Antibes). La tête du poilu été récupérée par J. Coquard et le lion de Thomas Cartier nargue Louis Arnaud devant le consulat de France à Annaba.

          Thomas Cartier est décédé en 1943 à l'âge de 64 ans. Aujourd'hui, une panthère en bronze de Thomas Cartier est évaluée à 4 850 €, deux lévriers à 4 800 €, un chat en bronze, à 1 500 €, certains plâtres à 250 €.
          Un palmarès et une côte honorables pour un charcutier !

Septembre 2026 - Marc DONATO


CONSTANTINE
ACEP-ENSEMBLE N°272
Pour faire barrage à l’oubli

FAUBOURG SAINT JEAN FAUBOURG SAINT-ANTOINE

       L'espace limité par les gorges étant entiè¬rement bâti, l'extension de la ville se fit :
       - au sud est au-delà des gorges vers le Plateau du Mansourah, donnant naissance au faubourg d'El Kantara, aux Faubourgs Lamy et Lamy supérieur et au Faubourg Galliéni.
       - sur les flancs du Coudiat-Aty. Deux chemins le contournaient avant son ara-sement, qui seront à l'origine de la Rue Rohault de Fleury et de la Rue Séguy Villevaleix.

       Ainsi se développeront le Faubourg Saint Jean qui s'étendait de la Rue Séguy Villevaleix à l'Avenue Bienfait et le Faubourg Saint Antoine dans l'espace compris entre la Rue de Verdun et la Gendarmerie.
       
       La dernière génération de Constantinois ne les distinguera plus et ne connaitra que le Faubourg Saint Jean.
       De la Place Lamoricière partaient en éventail la Rue Séguy Villevaleix. l'Avenue Bienfait et l'Avenue du 11 Novembre.
       Dans la Rue Séguy Villevaleix un grand nombre de commerces et d'entreprises s'étaient installés.

       En partant de la Place Lamoricière vers le Boulevard Victor Hugo. se trouvaient : les Ets BESTOZO, fournitures automo¬biles - DONIKIAN Georges. denrées coloniales - PHITOUSSI, peinture générale - le Bar de l'Union (M. et Mme GATT) – le magasin de pièces détachées DOKHAN Frères - les pneus GILBERTAS - MISCHLER, fermetures - la Société LAK¬DAR, transport de voyageurs - VERSINI huiles minérales - le Bar des Messageries (MORETTO) - le Photographe GON¬ZALES - le Tribunal de Commerce - l'Entreprise ABECASSIS Alexandre céréales - le Garage FERRANDO - DEBONO Ameublement - VENTON entreprise de peintures - l'Epicerie YOUB - INHOFF, Radiateurs Automobiles.


       On arrivait à la Place Béhagle. S'y trouvaient le Temple Protestant - Café POUVREAU - l'Entreprise GUERRINI, installations électriques - MASCHAT Electro-Ménager.
       Sur la Place Béhagle, débouchait la Rue Pinget. A l'angle de la Rue Pinget et de la Rue Séguy Villevaleix se dressait un immeuble de quatre étages dans lequel se trouvait le Restaurant le Guillaume Tell, sous lequel s'étaient ouverts les magasins : LAUZEL, Graveur - le Salon de Coiffure SIMON. Sur le trottoir en face il y avait la poissonnerie CROCE et un marchand de beignets.

       En remontant la Rue Pinget on passait devant la Direction Départementale des Contributions Directes. S'étaient instal¬lés dans cette rue : la Société BERGOUGNAN CAOUTCHOUC - l'Atelier d'Electricité et Mécanique Auto ARME¬RIGO - la Société ACIER, Matériel d'Electricité - KERBOUB Madani, Plombier - le salon de Coiffure JEAN¬NINGROS - le Garage CREPIN Alix - la Scierie LAPRAYE - SOLDANI, Fournitures Générales pour l'Automobile - "AU BEC FIN" restaurant (GRIMALDI L.) - On trouvait aussi dans cette rue les bâtiments de l'Orphelinat d'Alsace-Lorraine.
       La Rue Pinget perdit de son importance lorsque le Boulevard Victor Hugo fut ouvert.

       On pouvait également emprunter la Rue Petit ou la Rue Piétri ou la Rue Flatters. Sous la place, se trouvait le Square Gambetta. Entre la Rue Séguy Villevaleix et l'Avenue Bienfait, dans cette partie en forte déclivité du Fg Saint Jean, parallè-lement à la Rue Séguy Villevaleix, se trouvaient la Rue Mercuri et la Rue du Dr Morny. Rue des Frères Cécile, l'Ecole de Filles Gambetta accueillit plusieurs générations de filles du quartier.

       L'autre école ouverte dans cette partie de la ville était l'Ecole de Garçons Victor Hugo, que fréquenta Alphonse JUIN, avant de poursuivre ses études secondaires au Lycée d'Aumale. Elle était située Rue Sportisse, derrière le Garage Citroën.
       Les rues perpendiculaires au Bd Victor Hugo menaient jusqu'à la limite du Cimetière Musulman.
Maurice Villard
 
    


LA GUERRE D'ALGÉRIE VÉCUE
A TRAVERS UNE SAS
Par GUY VINCENT
Echo de l'ORANIE N°270
XIVe article :
L'abandon. Le calvaire des Moghaznis et Harkis.
Le camp d'internement de Chanzy

       En 1961 les évènements se précipitent. Le paradoxe est de plus en plus, patent. Face à une rébellion qui agonise se manifeste l'effondrement psychologique et politique de l'œuvre entreprise durant de longues années.
       La population musulmane se réfugie dans un attentisme prudent et compréhensible. Le moral des exécutants est profondément atteint. On note dans le rapport trimestriel de mars 1961 de la SAS :
       « Le moral est très mauvais chez les moghaznis et les cadres, y compris le chef de sas qui se demande quelle position prendre à l'égard de ses hommes qui ont bien voulu nous faire confiance jusqu'à ce jour.
       Comment ne pas éprouver un profond écœurement devant le gâchis auquel nous mène la politique actuelle faite de reniements à la parole donnée et basée sur une vue utopique du problème algérien.

       Le chef de SAS en arrive à envier le sort des combattants rebelles. Eux savent pourquoi ils se battent et connaissent le sens de leurs sacrifices. « Leur gouvernement » les a toujours soutenus et continue de le faire.
       En ce qui nous concerne, nous n'avons même pas le droit de savoir pourquoi nous nous battons. Quant au soutien moral il se traduit par une presse en partie gangrené qui soutient ouvertement « l’adversaire ».
       Le putsch militaire, en avril 1961, marque le désarroi d'une partie importante de l'armée face aux nouvelles perspectives offertes par le gouvernement gaulliste pour la solution du problème algérien. il s'agit, en fait, des unités militaires qui ont supporté, le plus lourdement, le poids de la lutte contre la rébellion et l'on vaincue

       L'échec de la révolte d'une partie de l'armée est durement ressenti par tous ceux, européens et musulmans, qui espéraient qu'une réaction militaire décisive pouvait enrayer le processus fatal menant à l'indépendance.
       Et, malgré tout, les activités se poursuivent : On continue à construire, à soigner, à scolariser, à mettre en œuvre les plans élaborés. Le moral n'y est plus mais la « mission » se poursuit. L'activité opérationnelle se réduit au fil des mois : patrouille, mais de moins en moins, d'opérations, pour une raison bien simple : Les fells sont devenus pratiquement inexistants. Dans ce secteur du Télagh où, quatre ans auparavant, opéraient deux Katibas (deux à trois cent combattants) il reste une douzaine de rebelles, tous fichés, qui errent dans le djebel cherchant avant tout à subsister. Et ce sur une vaste région de plusieurs centaines de milliers d'hectares.

       La réduction sensible du danger rebelle, ce retour progressif vers une sécurité totale se traduit concrètement par des déplacements, de plus en plus aisés, sur les voix de communication. Là où l'équipe de la sas devait en 1957 et 58, disposer d'une escorte de plusieurs blindés et une compagnie portée elle pouvait, en 1961, se déplacer avec une jeep et quelques moghazni. Sans aucun problème.
       Après l'échec du putsch la répression s'abat sur les cadres de l'armée soupçonnés de sympathie envers Algérie française. Au fil des mois l'ennemi, dans la deuxième partie de 1961, a changé. Ce n'est plus le rebelle qui veut l'indépendance et la disparition de la présence française, l'adversaire à com¬battre, c'est le partisan de la défense de cette province française. La S.M (Sécurité Militaire) se distingue souvent par sa hargne à détecter et sanctionner tous ceux qui veulent, dans l’armée, encore croire à l'Algérie française. Tous les moyens sont utilisés, même ceux de « basse police » : Surveillances, dénonciations, provocations...

       Réalisent-ils ces officiers de la S.M que leur action visant à neutraliser et faire condamner ceux qui veulent continuer à lutter pour Algérie française, fait directement le jeux du FLN ? Fin juin 1961 et début 1962 tout s'accélère. Les accords d'Evian, en mars 1962, mettent fin, en principe, aux actions militaires. La propagande officielle se déchaîne. Radio, presse télévision, tracts, etc.. présentent ces accords sous le signe de la paix, la prospérité, l’avenir, pour tout le monde ! La garantie de cette nouvelle ère qui s'ouvre pour Algérie est l'armée. Le slogan » L'armée est là pour vous protéger et vous protégera » est sans cesse, répété. Tout est fait par les autorités françaises pour rassurer et convaincre musulmans et européens, que leur sécurité sera assurée et leurs biens protégés.
       Les nouvelles deviennent rares, en fait, seule la version officielle des péripéties diverses qui accompagne l'indépendance est diffusée.
       Comment s'est passée, en réalité, cette transition entre l'Algérie française et l'Algérie indépendante dans la région des haut plateaux, évoquée dans cette série d’articles ? Fin 1961 le chef de SAS est brusquement arrêté et mis en demeure, après diverses péripéties, de ne plus rejoindre la SAS qu'il a créé et commandé pendant plus de six ans ! Interdiction de revoir ses anciens moghaznis. Les années pas sent. II faudra beaucoup de patience et l'aide de personnes dévouées pour reconstituer les faits qui se déroulaient dans cette région, à partir de mars 1962, date théorique du cessez- le- feu.

       Après les accords d'Evian du 19 Mars la SAS est dissoute. Les moghaznis présent perçoivent un petit pécule en raison d'un mois de solde par année de services. Certains s'engagent dans l'armée, un nombre limité. Les autorités françaises encore en place parlent, un peu, d'amener en France ceux qui désirent mais elles formulent cette offre, vague et imprécise, sans insister. Elles multiplient, en même temps, les assurances verbales :
       - « Vous pouvez rester ici avec vos familles.
       - Vous n'avez rien à craindre
       -Tout se passera bien... Ce sera, de nouveaux la paix » ! Désorientés par l'absence des cadres qu'ils ont connu durant de nombreuses années les moghaznis ne savent qu'elle décision prendre. La grande majorité reste sur place ou rejoint les douars d'origine.
       Cette attitude est renforcée par les actions des cadres FLN qui apparaissent dans la région, venant souvent de l'étranger. Ils créent une milice appelée « Police du 19 Mars ». Ils recensent Harkis et moghaznis présents dans la région. Ils tiennent des propos rassurants, ils manifestent le désir de rétablir la paix. On boit souvent le thé ensemble. Ils répètent inlassablement souvent le fameux dicton, fort connu du bled :
       « Le passé est mort ».

       Cette action psychologique intense contribue à rassurer la majorité des supplétifs. Cette campagne s'accompagne, au fur et à mesure que l'on s'approche de la date du 1er juillet, de demandes de versements « volontaires » pour « oublier le passé ». Ces taxations réduisent les épargnes et le pécule perçu à néant. Les anciens Harkis ou moghaznis pensent ainsi avoir gagné les bonnes grâces des nouveaux maîtres.
       Ce climat nouveau basé sur la détente des esprits est considérablement renforcé par les moyens d'information officiels, toujours aux main des autorités françaises. La garantie des garanties, répètent ils est l'armée qui est encore là pour plusieurs années l...
       Quelques mois passent dans cette ambiance détendue le vote du 1er juillet 1962, se déroule dans des conditions très particulières : dans la mairie du village, où se trouve le bureau de vote, un ancien rebelle, vêtu d'une djellaba qui dissimule mal une mitraillette, appuie une de ses xx sur le tas de « Non»!..

       Vers le 15 juillet, deux semaines environ après la proclamation de l'indépendance, les anciens supplétifs, dont les moghaznis, résidants dans la commune sont arrêtés. Ils sont une douzaine (les autres avaient rejoint leur douar d'origine). Enfermés à la gare de magenta, ils sont dépouillés de leurs vêtements, tête rasée et torturés. On fouille leurs demeures et leurs biens sont saisis (postes radio, mobylette, etc..).
       Les malheureux sont soumis au bon plaisir des « libérateurs » pendant une semaine environ. Dans les jours qui suivent deux d'entre eux décèdent des nuits des sévices subis, l'un probablement par un traumatisme crânien.
       Le calvaire des autres n'est pas terminé. Ils sont expédiés au camp de Chanzy (un ancien dépôt de munitions situé près du village du même nom, à une trentaine de kilomètres de Sidi Bel Abbes). Il retrouvent là la plupart de leurs anciens camarades de combat de la région. Au total leur nombre s'élève à plusieurs centaines. Certains témoignages évoquent le chiffre de six à huit cents.

       Le calvaire reprend. Les prisonniers travaillent durement (déchargement de munitions) et sont soumis, tous les jours à diverses tortures :
       Dos lacéré au rasoir, les plaies couvertes de sel, les malheureux sont exposés, de longues heures au soleil. versement, sur la tête, de goudron brûlant ou de pétrole, ensuite enflammé.
       -Certains ont les dents arrachés à la tenaille.
       -Lourdement chargés de sac les captifs doivent pendant des heures piétiner, des verres cassés ou des fils de barbelés, jetés au sol. Parfois en présence des familles venues les voir. D'autres tortures sont impossibles à décrire.

       Les supplices durent plusieurs mois. Une partie de la population civile musulmane tente de réagir. Une délégation de la commune de Magenta se rend à plusieurs reprises au camp de Chanzy pour intercéder auprès du responsable de ce camp d'internement ou la souffrance et la mort deviennent le lots quotidien de ses anciens combattants de l'armée française. Suite à ces interventions certains détenus sont relâchés, d'autres, au contraire, sont transférés vers un autre camp, près de Saïda, appelé « Camp de travaux forcés ». Et le calvaire reprend pour de nombreux mois.
       Un nombre indéterminé de suppliciés meurt des suites des sévices et des conditions de vie lamentables. D'autres sont marqués à vie en particulier sur le plan psychique et se suicideront plusieurs années plus tard.
       Ceux qui échappent à cet enfer quotidien n'ont néanmoins pas fini avec leur cauchemar. Une fois libérés, douloureusement marqués par ce qu'ils ont subi, ils n'ont pas le droit de travailler et ne perçoivent aucune assistance. Ils vivent dans la misère. Ces évènements dramatiques se passent juste après l'indépendance, proclamée le premier juillet 1962. L'armée française est encore présente, avec de nombreuses unités implantées dans la région. Elle n'a pas réagi. Elle sait parfaitement ce qui se passe. Selon les témoignages recueillis le commandement fait passer des convois militaires près du camp de Chanzy pour voir ce qui se passe. « Là s'arrête son action !... Certes des initiatives individuelles ont permis en Algérie de sauver un certain nombre de ces malheureux, complètement abandonnés malgré toutes les promesses officielles, énoncées pendant des années. Elles n'ont pas été hélas, suffisamment généralisées.

       La question de fond qui se pose est de savoir si, en présence de tels drames atroces (sans oublier les milliers d'européennes et d'européens enlevés par le FLN) une réaction était possible pour sauver ces anciens compagnons d'arme qui avaient lutté à nos côtés ?
       Le devoir d'obéissance a-t-il ses limites ? C'est une question délicate déjà évoqué après la fin du deuxième conflit mondial.
       Laissons les « penseurs » se pencher sur ce thème...Une solution a été trouvée, concrètement, en Algérie, par une unité qui a parfaitement rempli ses engagements envers ses harkis. La D.B.F.M (Demi brigade des fusiliers marins) de la Marine Nationale, sur la frontière marocaine dans la région de Nemours a fait évacuer sur la France tous ses supplétifs, plusieurs centaines, y compris les familles, sauvant un nombre de vies important. Certes la Marine Nationale dispose de bateaux.

       Mais l'armée de terre dispose, en 1962, dans toute Algérie, de nombreux camions, de cantonnements et points d'appui pouvant largement accueillir, respectant ainsi les engagements pris et l'esprit des accords d'Evian, les supplétifs qui se trouvent livrés à la vindicte du F.L.N.
       Pourquoi l'armée de Terre n'a-t-elle pas fait ce que la Marine Nationale, avec la D.B.F.M, a réalisé ?
       Que de sang innocent aurait pu être ainsi sauvé et, surtout, une certaine conception de l'Honneur Militaire et du respect des droits humains. Mais ces droits Humains étaient-ils applicables à tous ceux, civils et militaires, qui ont cru en l'Algérie française ?
GUY VINCENT



MUTILE n°194

NAPOLEON A LA GUERRE DE 1914

        Sous ce litre et à l'occasion du centenaire, le général Debeney a fait," à la salle Récamier, une magistrale conférence, Le savant directeur de notre Ecole de Guerre, qui, par sa fonction même, est le dépositaire patenté de la doctrine napoléonienne, s's’il demandé si la guerre de 1.91/1 s'est éloignée, autant qu'on a bien voulu le dire, des principes posés par le maître.et, après une substantielle élude, il a conclu à la négative.

        Il n'a pas eu de peine à démontrer,. pour commencer, que la manœuvre, enveloppante.' des Allemands par la Belgique, que notre riposte, en tenaille, sur l'Ourcq et la Marne, que la course à la mer pour déborder à nouveau noire gauche, étaient autant de- conceptions d'ordre napoléonien. Même constatation pour l'écrasement. de la Serbie," pour l'étranglement de la Roumanie. En somme, toutes les fois qu'il y a liberté de mouvements, possibilité de manœuvres, les deux Etals-Majors, l'Allemand comme le Français, ne font qu'appliquer à l'envi les leçons du maître.
        Mais voici que, soudain, il s'est posé un problème nouveau. Les deux armées adverses se trouvent figées nez à nez, sur un front immense, hérissé, de part et d'autre, de fils de fer,, de mitrailleuses et de canons. Plus d'espace entre elles ; plus d'ailes accessibles : plus moyen de bouger. Cela ne s'était jamais vu. La doctrine napoléonienne n'a, là, plus que faire, elle qui est basée, toute, sur l'emploi du mouvement. Comment, dès lors, concevoir la bataille ?

        Des deux côtés, donc, les Etat-Major s'acharnent à découvrir la solution ; ils s'acharnent, pendant trois ans et demi.. Seulement, tandis que l'Allemand s'entête à ne la chercher que- dans la percée directe et que. celte percée, il ne la demande qu'à l'accumulation des feux, qu’il rend de plus en plus, puissante, le Français, lui, peu à peu, incline dans un autre sens.
        Lui aussi, il a sacrifié à la percée. Mais il s'est rendu compte assez vite — dès la fin de 1916 — que, seule, une bataille générale, de la mer du Nord aux Vosges, dans laquelle il fixera sur le front toutes les réserves ennemies, lui permettra à un moment donné, et pourvu qu'il dispose alors d'une dernière et forte masse de manœuvre, de produire quelque part ce que Napoléon appelait « l'événement ». C'est le retour, pur et simple à- la. conception napoléonienne.

        Celle bataille, ce fui celle de Foch. Pour la livrer, il fallut attendre jusqu'en juillet 1918, parce que c'est seulement alors, que matériel et effectifs se trouvèrent à. hauteur des nécessités. Mais, une fois commencée elle se déroula dans le plus pur style napoléonien : engagement général, se propageant, de proche en proche, à tout le front ; immobilisation et usure de toutes les réserves ennemies ; cl « l'événement » était prêt à se, produire, le 14 - novembre, sous forme, d'une masse de manœuvre ! forte de trente divisions, qui allait, par la Lorraine, se jeter sur des lignes de communications à peu près découvertes.
        Ce dernier coup, cependant, il n'en fut pas besoin.. L'ennemi avait capitulé avant. Il avait capitulé, ne respirant plus, étouffé qu'il, était sur son réseau de communications. Et, ici, on retrouve encore une idée napoléonienne. Napoléon s'arrangeait pour placer la bataille sur la ligne de communication de l'ennemi et c'était Marengo, Iéna, Austerlitz. Foch a adapté l'idée à son temps et aux circonstances. Il a aussi placé sa bataille sur les communications de l'ennemi, mais en agissant, lui, à la façon d'un refouloir. Il a ainsi forcé cet ennemi à venir paralyser lui-même, par son reflux, le jeu de ses organes de ravitaillement.

        La guerre est à la fois une science el un art. Science, la connaissance, et le perfectionnement des moyens d’action ; art, le maniement de ces moyens. Les Allemands, en 1914, connaissaient mieux que nous la partie scientifique : d'où nos surprises du début, si douloureuses el si sanglantes. Mais, en art, ils se sont montrés inférieurs. Après l'échec de leur manœuvre initiale, ils n'ont plus rien inventer.

        Dans la première moitié de 1918, ils avaient la supériorité numérique. Qu'en a tiré Ludendorff ? Rien que des coups de boutoir. Nous, dès que nous l'avons eue, nous avons refait la bataille napoléonienne el nous l'avons gagnée.
        L'art, français a vaincu la science allemande.
Général F0NVILLE

Algérie catholique n° 2, Février 1938
Bibliothéque Gallica
L’Église Saint-Augustin d’Alger

              Eglise de Saint-Augustin, inaugurée le 16 décembre 1878
              La Paroisse de St-Augustin occupe l'emplacement de ce qu'on appelait autrefois le Quartier Bab-Azoun. I.

              CE QU'ETAIT LE QUARTIER BAB-AZOUN AVANT 1830
              De la place Bresson au fort Bab-Azoun s'étendait un important cimetière. Les rues actuelles d'Isly, Dumont-d'Urville et Henri-Martin étaient hérissées de stèles funéraires, d'aloès et de cactus.
              Voies principales du Quartier Bab-Azoun
              Deux voies principales sillonnaient le Quartier. Elles étaient jalonnées de vieilles masures, de fondouks, de caravansérails d'où émergeaient de-ci de-là quelques palmiers.
              La 1ère de ces rues longeait la mer au haut des falaises. C'était la Rampe du Palmier qui montait des quais. La rue actuelle de la Liberté suit à peu près le tracé de cette ancienne voie qui allait du Square Bresson au Palmier, planté au commencement du boulevard Bugeaud actuel.
              La seconde de ces voies, la plus importante, est occupée aujourd'hui par les rues Dumont-d'Urville, Isly et Charras. C'était la voie empruntée par les charrois venant de l'intérieur.
              Un ravin, dit des Chevaliers, coupait ces deux voies qui, après 1830, devaient se garnir de guinguettes, de cabarets semés pêle-mêle au milieu des casernes françaises et entremêlés aux bâtiments turcs.

              II. CE QU'ETAIT LE SQUARE BRESSON AVANT 1830
              A la sortie de la rue Bab-Azoun se trouvait (extra-muros) le Marabout de Sidi-Mançour et son platane géant, détruit en 1855. A gauche, le long des remparts, une déclivité allait vers la mer. Su.' cette pente se trouvait un lavoir public.
              Les fortifications montaient, de l'actuel Cercle militaire (caserne des janissaires) jusqu'à la Casbah.
              Sur l'emplacement où s'élève le Théâtre actuel, s'ouvrait un ravin avec un masse rocheuse, dérasée en 1850. C'était le ravin du Centaure. Là se tenait le marché au charbon.
              A l'angle du square, là où se trouve le « Café du Glacier » se dressait la chapelle de Sidi Bethoka, patron des corsaires.
              Au bas de la rue Dumont-d'Urville se trouvait la mosquée de Sidi Abd-el-Azis.
              En face de la rue du Hamma, se dressait le Marabout Sidi-Bou- Hamma (le Saint, guérisseur de la fièvre). Là aussi était la maison du Savon « Dar-es-Saboun ».
              En arrière, toujours rue du Hamma, se trouvait le tombeau de la Sainte, Lella-Tesditée.
              Au bas de la rue de l'Echelle, était une fontaine avec abreuvoir, dont on peut voir les estampes au Musée des Antiquités.

              III. CE QU'ETAIENT LES ENVIRONS DE L'EGLISE ACTUELLE AVANT 1830
              A l'entrée de la rue d'Isly (N'Darbia) quartier des Tanneurs, était le marabout Ali-Ezzouavi, où coulait une source, tenue pour miraculeuse et fréquentée par les mauresques, le lundi.
              Au bas de la rue de l'Abreuvoir, était une construction turque, appelée Pavillon Cervantès.
              Sur l'emplacement de l'ancienne Douane, aujourd'hui remplacée par les immeubles 5 et 7 de la rue de Constantine, se trouvait le Fondouk El-Neddebah (de l'Abattoir) devenu depuis 1830 la Caserne Didon. Là aussi était le célèbre Marabout Sidi-Aïssa.
              Au bas de la rue du Carrefour, près de la rue Arago, sur le ravin des Chevaliers (ainsi appelé par les Turcs en souvenir des preux de Charles-Quint, tués là en grand nombre) se dressait le Pont des Fours (Kantara-EI-Afran). C'est là que fut tué, en 1541, le chevalier Savignac et où se distingua le chevalier Villegaignon. De là, la rue qui porte son nom.

              IV. DU BOULEVARD BUGEAUD AU FORT BAB-AZOUN, AUJOURD'HUI BOULEVARD LAFERRIERE
              Au bas de la rampe Bugeaud, le palmier centenaire, renversé par le vent en 1864, fut remplacé en 1865 par un palmier marabout.
              Là, tout près, rue Waïsse, était une chapelle dédiée au grand Saint Sidi Abd-el-Kader el Djilali, inhumé à Bagdad où furent élevées en son honneur, sept coupoles d'or. Ce marabout est resté en grande vénération chez les musulmans du Nord qui lui ont bâti une centaine de Koubbas.
              Plus loin, sur l'emplacement de l'actuelle préfecture, se dressait le Marabout Sidi-Embarek-el-Bahari.
              Au-delà, se prolongeait le Ras-Zafoura (cap de la sortie), sorte d'éperon sur lequel était édifié le Fort Bab-Azoun.

              CE QUE DEVÎNT LE QUARTIER BAB-AZOUN APRES 1830
              Au fur et à mesure que s'affirmait la sécurité, des maisons de campagne se construisaient aux Tournants Rovigo.
              C'est en 1833, que le duc de Rovigo fit ouvrir par les soins de l'armée, cette voie qui va rejoindre les portes du Sahel.

              I. Ouverture des principales rues
              De 1840 à 1850 se formèrent les principales artères :
              La rue Mogador n'était autre que le cimetière Mozabite qui fut transporté au bas de la Bouzaréah où il est encore aujourd'hui.
              La rue de la Poudrière était anciennement un chemin de 700 mètres environ qui allait à la Poudrière Sud.
              La rue du Coq reçut sa dénomination en 1844, évocation du coq gaulois, emblème de Louis Philippe.
              En 1844, la rue de l'Aqueduc devint la rue d'Isly.
              Au milieu de la place d'Isly, statue du Maréchal Bugeaud, inaugurée le 15 août 1852 par Mgr Pavy qui procéda, aux pieds de la statue, à la bénédiction nuptiale de deux enfants assistés, les époux Boulet.
              Le 9 novembre 1850, fut achevée la porte d'Isly, qui fut démolie en 1897.
              En 1852, Mgr Pavy posa la première pierre du Mont de Piété, place Bugeaud.
              En 1857, fut créée, place Bugeaud, le collège Arabe-Français, devenu, en 1871, Hôtel de la Division et, en 1880, Palais du XIX' Corps d'Armée.

              II. Importance des rues de Constantine et d'Isly
              Les rues de Constantine et d'Isly devinrent les grandes artères. Elles servirent de passage aux soldats se rendant au camp de Mustapha, aux convois qui arrêtaient leurs chameaux à la porte Bab-Azoun (Place Bresson) ; à de nombreuses et bruyantes voitures publiques, vinaigrettes d'abord, puis corricolo aux dénominations pittoresques, telles que « Sol lucet omnibus ».

              La nef agrémentée par les vastes rangées de sièges « Stella » - • • Photo Eichacker
              Le maître-autel illuminé et la statue de Saint Augustin Photo de Louvencourt

              Là, défilèrent les maréchaux illustres, les brillants Etats-Majors, les armées victorieuses de retour d'expéditions :
              Défilé du duc d'Orléans après les Bibans.
              — de Bugeaud, après Isly.
              — de Randon après la Kabylie.
              — de l'Empereur et de l'Impératrice en 1860.

              III. Transformations plus récentes
              Le quartier Bab-Azoun devint le quartier français par excellence et sa population augmenta rapidement.
              Dès 1880, des quais magnifiques sont créés, des constructions surgissent de tous côtés, des écoles florissantes s'élèvent.
              Le centre de la ville qui était jusque-là à la place du Gouvernement, se transporta vers Bab-Azoun avec ses magasins, ses promenades, ses attractions diverses.

              Successivement le quartier s'embellit, les vestiges du passé tombent et sont remplacés ici et là :
                 par le théâtre construit en 1853 et rebâti, après incendie, en 1880,
              par la Manutention, en 1856, par le Trésor, en 1866,
              par l'Ecole des Beaux-Arts en 1868, par le Square Bresson en 1876,
              par la construction de l'église actuelle, terminée en décembre 1878,
              par le Palais de Justice en 1885,
              par l'Ecole supérieure des Lettres (rue Arago, n" 2) en 1885,
              par le jardin public sur l'emplacement du Fort Bab-Azoun, en 1892,
              par l'Hôtel des Postes en 1910,
              par la Préfecture en 1913,
              par le Palais des Délégations financières en 1916,
              par le futur Hôtel de Ville qui est en voie de construction sur l'emplacement de la Manutention, 1936.


              Comme on le voit, dans ce quartier Bab-Azoun, se sont donné rendez-vous : les Administrations, le commerce, les théâtres, les grands hôtels, la vie intense sous toutes ses formes.
              Tout cet ensemble fait aujourd'hui du quartier St-Augustin une ruche bourdonnante qui, pour les vieux Algérois dont le souvenir reste attaché au passé, fait un contraste frappant avec ce que fut jadis le quartier Bab-Azoun."

              Tribune. Les orgues inaugurées le 3 mai 1883 et restaurées en 1930-1931 Photo de Louvencourt

              MONOGRAPHIE DE LA PAROISSE
              Annexe de la Cathédrale
              Dès 1846, à la rue des Mulets, actuellement rue Roland-de- Bussy, s'établirent les Sœurs de la Doctrine Chrétienne. La première chapelle du quartier s'ouvrit chez elles ; elle fut desservie par le clergé de la Métropole.
              Ainsi, avant d'être érigée en paroisse, St-Augustin fut annexe de la Cathédrale.

              I. Premier emplacement de l'église
              A l'angle des rues Constantine et Waïsse.

              L'Abbé Decroux fut le premier curé du Faubourg Bab-Azoun. L'église fut d'abord située à l'angle de la rue de Constantine et de la rue Waïsse. Elle restera là jusqu'en 1865.
              Le 14 février 1847 l'Abbé Decroux procéda à la nomination des membres du Conseil de fabrique et le 28 février, le Conseil de fabrique louait, dans la maison Lichtlin, un appartement pour servir de presbytère.
              L'abbé Vazillier lui succéda en novembre 1847.
              L'Abbé Roudil prit la direction de la paroisse en janvier 1849.

              Erection d'un campanile. — Le 13 août 1851, le Conseil de Fabrique décida l'érection d'un campanile dont les frais s'élevèrent à la somme de 1.050 f. payés par la Mairie qui donna 577 f. et par la paroisse qui donna le reste.
              Baptême de la première cloche. —- Le 16 novembre 1851, Mgr Pavy, évêque d'Alger, fit le baptême de la première cloche, don du Conseil municipal.
              Cette cloche porte le nom de Louise Joséphine. Une croix est gravée sur une de ses faces ; sur l'autre, se trouve l'image de la Vierge. Elle porte comme inscription : « Qu'elle nous convie et nous protège tous ». Elle pèse 390 kilos et donne le la dièze. Elle eut, pour parrain, Mercier Lacombe et, pour marraine, Louise-Joséphine Lochesne, épouse du Maire d'Alger. Cette cloche, fêlée, sera refondue plus tard et baptisée en avril 1899, par Mgr Oury.
              Tableau de l'Immaculée-Conception. — En 1853, l'église se para d'un tableau représentant l'Immaculée-Conception, don de Grégoire XVI à la Cathédrale d'Alger et déposé en 1847 dans les dépendances de l'église Bab-Azoun. La toile fut retrouvée détériorée, encrassée. Elle fut réparée par le professeur Lioger.

              Projet d'église. — Le quartier Bab-Azoun se peuple de plus en plus. Le Conseil de Fabrique se préoccupe de trouver un emplacement pour y construire une église plus en rapport avec la population.
              Les années 1854 et 1855 seront employées à faire des démarches en vue d'obtenir le terrain occupé entre la rue de Constantine et de Tanger, par la Douane et le terrain du Génie. Il fallut momentanément renoncer à tout espoir de ce côté. L'idée en sera reprise plus tard.
              Abbé Bathier, curé de 1857 à 1869.
              En 1857, l'Abbé Bathier succède à l'Abbé Roudil. Il eut pour vicaires : M. Clouzet en 1860 ; M. Nicolet en 1861 qui mourut curé de la Cathédrale ; M. Cornu en 1862 qui occupa le poste de Vicaire général et M. Grussemmeyer, qui fut Vicaire général du Cardinal Lavigerie.

              Création des Grands Boulevards. — Plus que jamais, le local de l'église devient une question angoissante. En 1860, lors de la création du Boulevard, l'adjudicataire Marton-Peto, obtient la remise de l'emplacement de l'église rue Waïsse et des bâtiments voisins qui vont disparaître. C'est donc à brève échéance, l'éviction du local destiné à être démoli.
              Aussi, le 6 avril 1864, le Conseil de Fabrique adresse-t-il une supplique au Gouverneur Général pour faire rechercher un local rue d'Isly. Le 21 avril 1865, la Municipalité accorde une subvention de 2.C00 f. pour couvrir les frais d'installation du Culte, dans l'entrepôt des docks de la maison Rocas (marché aux farines, rue d'Isly). En 1866 on prit possession de ce local provisoire avec un bail dont l'expiration était fixée au 15 septembre 1870.

              Nouvel emplacement de l'église
              Désormais, l’unique préoccupation sera de trouver l'emplacement définitif où l'on construira l'église et de réunir les fonds nécessaires à la construction.
              Sur la demande de Mgr Lavigerie, la Fabrique vote une somme de 10.000 f. Il prescrit des quêtes et donne 2.000 f. pour commencer une souscription qui donna la somme de 13.722 f. 45.
              La Municipalité promit 50.000 f. en quatre annuités.
              Entre temps, Mgr Lavigerie avait obtenu l'emplacement de la caserne du Train des Equipages où se trouve l'actuel Palais de Justice, commencé en 1876 et terminé en 1885.
              M. l'Abbé Rion, curé de 1869 à 1872.
              En août 1869, M. Rion, vicaire à Mustapha, succède à M. Bathier. Le 1er octobre de cette même année, l'Abbé Gazaniol, plus tard curé de Tunis et Evêque de Constantine, est nommé vicaire à l'église Bab-Azoun.

              Nouveau déplacement de l'église

              En 1870, à l'expiration du bail du Marché aux Farines, rue d'Isly, l'église est transférée au premier étage de la Caserne du Train des Equipages. Là aussi sera le Presbytère.
              Pour avoir accès à ce premier étage, l'Abbé Rion fit construire un escalier extérieur en bois. Mais l'Administration des Ponts et Chaussées lui intenta un procès et obtint la démolition de cette œuvre jugée encombrante et inesthétique. Il fut remplacé par un escalier intérieur.
              M. Cailhol, curé de 1872 à 1888.
              En janvier 1872, l'Abbé Rion, nommé curé de Bône, est remplacé par l'Abbé Cailhol, trésorier de Mgr Lavigerie.
              De 1874 à 1882, l'Abbé Laffitte, que nous retrouverons curé de Saint-Augustin, 40 ans plus tard, remplira les fonctions de vicaire. M. l'Abbé Teissier, plus tard vicaire général et protonotaire apostolique, fut nommé vicaire en 1886.

              Emplacement définitif de l'église. — La guerre de 1870 avait arrêté tous les projets de construction d'église. Toutefois Mgr Lavigerie n'était pas resté inactif. Le projet du Palais de Justice que l'on voulait construire sur l'emplacement occupé par la Caserne du Train des Equipages remit en question, pour l'église future, l'emplacement situé entre la rue de Constantine, la rue Dumont-d'Urville et la rue de Tanger.
              Après bien des pourparlers, Mgr Lavigerie obtint cotte cession et exigea, en compensation du terrain plus vaste qu'il cédait à côté de la Caserne du Train, une somme de 150.000 f. qui serait affectée à la construction de l'église.

              Adjudication des travaux de l'église. — Toutes les difficultés d'ordre administratif et financier se trouvaient aplanies. On mit les travaux en adjudication. M. Trouvé Chauvel, administrateur des terrains du Boulevard pour le compte de Marton Péto, soumissionna à forfait pour 150.000 f., l'entreprise de la construction.

              Pose de la première pierre. — Mgr Lavigerie posa la première pierre le 8 mai 1876. On se promettait de mener activement les travaux ; mais le 1 5 du même mois il fallut obtempérer aux ordres des Ponts et Chaussées qui réclamaient, pour cette date, l'évacuation des locaux du Train des Equipages, en vue de la construction du Palais de Justice.
              L'église fut donc déménagée encore une fois et, de 1876 à 1878, le culte fut établi dans une construction en bois, rue Portalis.

              Construction du presbytère. — En même temps que l'église, allait se bâtir, à l'angle de la Douane, c'est-à-dire à l'angle de la rue Portalis et de la rue Villegaignon actuelle, la maison curiale. Le 14 août 1876, en effet, le Conseil de Fabrique passait un marché à forfait avec André, entrepreneur, pour le prix de 15.000 f.

              Construction de l'église. — M. Cailhol menait tout de front, brisait les difficultés de toute nature qui s'élevaient, tantôt du côté de l'Administration civile, tantôt du côté de l'Architecte un peu grincheux, M. Chevalier, tantôt du côté des fournisseurs qui manquaient de parole.
              Que de luttes ! Que de démarches ! On est surpris de la masse de travail qu'il a fourni. Les dossiers, véritables archives, nous le montrent s'intéressant à tout, aux plus minimes détails.
              Il ne perdait pas de vue l'ensemble de l'œuvre.
              Autel de Saint Jude, apôtre, patron des causes désespérées

              Chapelle et autel de la petite Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, consacré le 20 juin 1932 Photo de Louvencourt

              Colonnes. — Le plan intérieur de l'église comportait primitivement huit pilastres qui eussent masqué la vue et alourdi le dessin. Dès qu'on le lui fit remarquer, M. Cailhol se mit en mesure de les remplacer par des colonnes.
              Il se rendit à Cherchell ! où le Génie lui avait fait entrevoir la possibilité de se procurer des colonnes en granit, mais, outre qu'elles étaient d'un transport difficile et coûteux, elles étaient massives et inégales.
              La maison Roch-Verdu d'Alger s'engagea à les fournir au prix de 12.780 f. Les socles devaient être en pierre de Drariah, dite banc de fer et les fûts en marbre blanc de Carrare. Ils furent fournis par la maison Cantini de Marseille.
              Souscriptions. — C'étaient là des dépenses imprévues et pour aboutir, il organisa des souscriptions. La première lui donna 2.125 f. 50 ; la deuxième, 10.979 f. 50. Une troisième, plus tard, pour le mobilier de l'église donna 6.450 f.

              Loterie. — En 1877, il organisa une loterie à la tête de laquelle il mit la Générale Wolf, les dames Delacour et Alcay.
              Cette loterie était destinée à recueillir des fonds pour l'ornementation intérieure de l'église. Sa Sainteté Pie IX daigna envoyer comme lots une Vierge en ivoire et un superbe camée monté sur broche d'or et enfermé en un écrin en velours grenat, aux armes pontificales.
              La Maréchale de Mac-Mahon envoya une coupe et deux vases de Sèvres lapis-lazuli.
              Les ressources affluèrent et permirent de meubler l'intérieur de l'église. La dépense s'éleva à la somme de 24.192 f 90. Rosace en mosaïque. En 1842 avait été portée d'Hippone, une rosace en mosaïque. M. Cailhol obtint de Mgr l'Archevêque quelle fut placée dans le chœur de l'église où elle figure encore au milieu du dallage de marbre blanc.

              Chaire de Saint Augustin édifiée en 1901 Photo de Louveneourt
              Les Autels. — En cette même année 1877, il fit venir de la maison Comparât de Lyon trois autels en marbre blanc : le Maître- Autel, l'Autel de la Sainte Vierge et celui du Sacré-Cœur, dont le coût s'éleva à la somme de 4.280 f.
              Cloches. — Le 11 décembre 1878, Mgr Lavigerie baptisait trois cloches : La première porte le nom de Augustine Monique, pèse 992 kg et donne la note mi. La deuxième s'appelle Charlotte Rose, porte l'inscription : « J'ai été donnée par la famille Viviers des Vallons », pèse 595 kg et donne la note fa dièze. La troisième a nom Marie Joséphine, provient de deux cloches/ propriété de l'Administration des Cultes, remisées dans les caveaux de la Cathédrale, elle pèse 564 kg. 5 et donne le sol dièze.
              Ce qui fait avec la cloche déjà existante depuis 1851 et refondue en 1899 par les soins de M. le Chanoine Brunet, curé, un superbe carillon de quatre cloches dans le beffroi actuel de Saint Augustin.

              Procès-verbal de réception de l'église
              Le 16 décembre 1878, le Conseil de Fabrique recevait solennellement, des mains de l'Architecte, M. Chevalier, livraison de l'église et rédigeait un procès-verbal de satisfaction.
              Accident mortel. — Au cours des travaux qui allaient toucher à leur fin, un kabyle, remplissant l'emploi de manœuvre, tomba d'un échafaudage et se tua. La veuve, appelée, se contenta, visiblement satisfaite, du remboursement de frais du voyage et de la somme de 200 francs.

              Les orgues. — Un élève de CavaiIlé-Coll, M. Maucour d'AIbi, s'engagea par contrat du 15 décembre 1880 à confectionner et à placer les orgues, au prix de 17.000 francs. Mais l'architecte n'avait pas prévu les dimensions de l'orgue et la tribune, placée à l'alignement de la frise, se trouva trop près de la voûte, ne permettant pas le développement du buffet dans toute sa hauteur. Il fallut surbaisser la base de la tribune et même, peur certains tuyaux, percer la voûte.
              A cette occasion, des froissements surgirent à propos des responsabilités dont personne ne voulait prendre la charge. Le Gouvernement Général donna une subvention de 2.000 francs.
              Les difficultés s'aplanirent de ce côté, mais ce fut pour surgir, plus inextricables, d'un autre côté. Le facteur d'orgue mourut et on eut bien du mal avec la veuve pour venir à bout de l'installation.
              Enfin, l'expertise de l'orgue eut lieu le 3 mai 1883 à la complète satisfaction des experts. Ces orgues seront restaurées en 1930-1931, par les soins de la maison Merklin de Lyon. On prévoit cinq jeux nouveaux ; la console devra être entièrement refaite, le pédalier sera aménagé pour recevoir les trente notes réglementaires et la soufflerie électrique y sera installée. Cette restauration coûtera 82.511 f.

              Retraite de M. le Chanoine Cailhol. — L'œuvre de M. Cailhol était terminée. En 1888, une hémiplégie l'arrêtait brusquement dans ses projets. Il laissait en caisse 30.000 f. Le Conseil de Fabrique lui vota une pension de 100 f. par mois. Il mourut en 1889. Il avait exprimé le vœu d'être enterré dans son église. Son vœu ne fut pas réalisé. Il repose à Maison-Carrée, dans le cimetière des Pères Blancs.
              M. Brunet, curé de 1888 à 1910. Le 22 avril 1888, M. Brunet succéda à M. Cailhol.
              On lui doit l'installation des douze grands lustres en cuivre du chœur et des nefs, les stalles, la construction du local de la maîtrise, démoli en 1910, en même temps que le presbytère et la création du square qui met un superbe massif de verdure devant la façade principale de l'église.
              En 1901, il réalisa un de ses rêves : l'édification d'une chaire à prêcher. Il en confia les travaux à M. Cantini de Marseille.
              Il eut pour vicaires, l'Abbé Bollon, plus tard curé de la Cathédrale, fondateur de la Messe des Hommes, protonotaire apostolique ; M. l'Abbé Theullières, actuellement vicaire général ; l'Abbé Allard, Aumônier du Lycée.
              Son état de santé l'obligea à prendre sa retraite ; il se retira le 1er novembre 1910 et mourut le 5 juillet 1914.

              M. le Chanoine Laffitte, 1910-1924.
              M. le Chanoine Laffitte, alors vicaire général de Mgr Combes, prit la succession avec le titre d'Administrateur. Ce n'est qu'en 1917 qu'il devint curé de Saint-Augustin.
              Il eut la douleur, dès son arrivée, de se voir ravir le local du presbytère qu'il avait habité comme vicaire et qui avait été construit avec les deniers de la paroisse. Le clergé alla loger au 24 rue de la Liberté (Maison Féraud) où il est encore.
              Sa charge de vicaire général et la guerre de 1914 l'empêchèrent de donner, à l'administration de la paroisse son temps et son activité. Il fit aboutir en 1919 son projet de peinture du chœur. Il fit venir à Alger, en 1921, l'Abbé Desgranges qui donna au Casino, rue d'Isly, des conférences contradictoires très réussies. En 1922, il organisa, au Splendid-Cinéma, la Passion filmée avec chants appropriés qui furent exécutés par la Schola paroissiale, sous la direction de l'Abbé Pezet, vicaire et maître de chapelle.
              Il mourut le 3 janvier 1924.

              M. le Chanoine Dauzon, Administrateur de la paroisse de 1924 à 1926.
              La paroisse resta sans titulaire et fut administrée par M. le Chanoine Dauzon, vicaire général, jusqu'au 1er juillet 1926.
              Il a donné, pendant le court séjour qu'il a passé à Saint-Augustin, un puissant élan religieux à la paroisse.
              C'est lui qui eut l'heureuse inspiration d'appeler à Alger le R. P. Coulet, l'éminent conférencier de la Cathédrale de Bordeaux. Depuis cette époque, la paroisse de Saint-Augustin le voit revenir tous les ans à la grande satisfaction du public Algérois qui se groupe, sympathique et nombreux, autour de sa chaire pour entendre son éloquente parole. C'est pour la 14*' fois qu'il revenait cette année.

              L'Abbé Pezet. — L'abbé Pezet, administrateur de la Cathédrale et Secrétaire aux comptes à l'Archevêché, prit officiellement possession de la paroisse, comme curé, le 4 juillet 1926. Il y avait exercé les fonctions de vicaire pendant 20 ans, du 1er octobre 1904 au 1er juillet 1924. Ce long stage dans la paroisse devait faciliter grandement son ministère.
              Construction d'une sacristie. — Le 15 décembre 1927 il reprit un des projets de M. le Chanoine Laffitte qui aurait voulu faire édifier le presbytère au chevet de l'église sur la courette enclavée dans les escaliers qui donnent accès à la rue Dumont-d'Urville.
              Il en fit modifier les plans que la Municipalité de l'époque avait refusés. Il présenta un projet de Sacristie. Il ne fallut rien moins que l'intervention de M. Bordes, Gouverneur Général, auprès de la Municipalité Raffi, pour faire aboutir le projet.
              Les travaux commencèrent le 2 juillet 1928, sous la direction de l'Architecte, M. Christophe et de l'entrepreneur, M. Ferrer.
              Au mois d'octobre, la construction était terminée et coûtait 54.500 francs.

              Aménagement des anciennes sacristies en chapelles. — Il s'agissait ensuite de transformer en chapelles, les anciennes sacristies. L'une était destinée au Sacré-Cœur, l'autre à la Petite Sœur Thérèse.
              Ces modifications nécessitèrent d'importants travaux. Il fallut abattre un gros mur pour faire communiquer la nouvelle chapelle du Sacré-Cœur avec l'église, ouvrir là une porte d'accès sur laquelle on reproduisit les moulages déjà existants sur la porte correspondante de gauche.
              M. Ferroni, entrepreneur, se chargea des travaux dont le coût s'éleva à la somme de 37.155 francs.

              Entreprises diverses. — Les années 1929 et 1930 furent employées :
              A la réfection des peintures intérieures de la nef, de même des parties décoratives des arceaux. Ce travail fut effectué par l'entreprise Dénoyel, Alger, pour la somme forfaitaire de 35.588 francs. (Précédemment cette maison très connue avait exécuté toute la belle décoration du chœur).
              A l'installation de l'éclairage électrique par la Maison Cornailler, Alger.
              Au montage électrique de la Soufflerie d'orgue par Garros frères, d'Alger.
              A l'érection d'un Chemin de Croix en mosaïque fourni par la « Société nouvelle artistique »de Paris, au prix de 1 1.300 francs. Une souscription pour aider à couvrir les frais, donna 9.700 francs.
              A l'organisation de concerts d'orgue donnés par M. Reuchsel qui se fit entendre trois années consécutives.
              A la restauration extérieure de l'édifice par les soins du Gouvernement Général de l'Algérie.
              Pose de quatre portes métalliques. — En 1931, l'église s'enrichissait de quatre portes métalliques en fer et cuivre, œuvre du ferronnier Petit-Monsigny.
              Inspirées de l'art géométrique des Berbères, ces portes donnent au chœur de l'église un décor original, austère et pourtant séduisant.
              En celles des nefs, une haute croix s'érige, dominée par le triangle de la Trinité et environnée d'une irradiation de lames d'acier, indépendantes et rivetées entre elles.


              Sur les deux autres, plus proches de l'autel, c'est un semis de triangles, multipliant leur emblème, parmi la scintillation des cuivres.
              Le critique d'art de la « Dépêche Algérienne », M. Barrucand, écrivait le 3 janvier 1932 : « Ces portes resteront célèbres. Elles dateront une époque, un « goût et une imagination. D'un merveilleux travail, elles laissent « une impression de beauté. Elles sont la réalisation d'une idée. Elles « affirment une formule nord-africaine originale et séduisante où « se rejoignent la tradition punique et l'invention française.
              « ...S'inspirant du triangle de Janet et d'une géométrie rectiligne, M. Petit Monsigny a rénové l'art berbère dans ses applications architecturales. Les portes de Saint-Augustin en sont une preuve convaincante. Le soin que l'artiste ferronnier a pris d'y faire figurer la croix, comme motif ornemental, en la raccordant à un parallélisme de verticales et d'horizontales, contribue à un effet religieux que n'obscurcit aucune légende trop littéraire. « Pour tout dire, ce n'est pas un travail de scoliaste. Il atteste des « préoccupations originales et hardies qui sont celles du calculateur autant que du poète de la matière.

              Portes métalliques en acier et cuivre, œuvre de M. Petit Mourigny, posées en 1931 Photo de Louvencourt

              « Un effet très curieux de ces grilles d'église les apparente dans leur ajourement aux tapis de tenture d'inspiration purement berbère. Dans leur cloisonnement de tons, elles gardent ainsi une signification décorative qu'on ne retrouve pas au même degré dans les enjolivements de la Renaissance et qui parle discrètement en faveur de l'ancienne église africaine. On n'a rien composé de plus significatif pour le rapprochement de deux idées : celle du culte monothéiste et celle de la géométrie triangulaire.
              « Dans une autre porte, le symbolisme de l'émanation éclate dans un assemblage de lignes fusantes et irradiantes. Un effet puissant s'en dégage : c'est la philosophie sacrée du Tabernacle dans une « sorte d'éblouissement rythmique.
              « J'exprimerai toute ma pensée en disant que ces barrières sacrées sont d'une éloquence biblique et Ancien Testament, sans contredire la polygonie phénicienne et musulmane.
              « La perfection du travail d'ajustement leur confère d'ailleurs un cachet très moderne de netteté et de dynamisme.
              « Une nouvelle formule nord-africaine se trouve ainsi réalisée qui mérite l'attention publique et les éloges de la critique. »

              Autel et Chapelle de la Petite Sœur Thérèse. — A l'Exposition Coloniale de 1931, à Vincennes, on pouvait visiter, dans un petit pavillon spécial, dit « Oratoire Africain, groupe XII » un autel dédié à la petite Sœur Thérèse. C'était l'autel destiné à l'église Saint-Augustin. Il était l'œuvre de « l'Atelier de Nazareth », fondé à Paris en 1928 par un groupe d'artistes, sculpteurs, décorateurs, peintres, graveurs, chasubliers, dans le but d'apporter à l'Art chrétien le concours d'une collaboration effective, imprégnée de tradition française et catholique et adaptée adéquatement aux exigences modernes. L'autel de la Petite Sœur Thérèse de Saint-Augustin en est un exemple.

              Portes métalliques des nefs latérales Portes métalliques du chœur

              La table d'autel et les deux colonnes qui la supportent sont en pierre blanche, le tombeau et les gradins sont en silithe gravée.
              Le retable est en pierre blanche sculptée en composition de roses. Le Tabernacle est aussi en pierre blanche ; la porte, en onyx blanc, représente, sculptés, la Vierge et l'Enfant Jésus.

              La maison Grubër de Paris fournit les vitraux avec les emblèmes de la foi et de l'espérance.
              L'autel fut monté par les soins de M. Ferroni. Il fut consacré le 20 juin 1932 par Mgr Teullières, vicaire général.
              M. Petit Monsigny fournit, pour l'ornementation : la Croix du Tabernacle, deux candélabres, quatre chandeliers en cuivre massif ciselé.
              L'aménagement de la chapelle, le montage de l'autel et l'ornementation coûtèrent la somme de 115.000 francs.

              Achat d'un terrain, n 15, rue Mogador. — En novembre 1932, M. le Curé songea à l'acquisition d'un terrain pour y construire une salle paroissiale et éventuellement le presbytère.
              En l'étude de Me Bresson, fut signé, le 18 novembre 1932, l'acte d'achat du dit terrain appartenant à Melle Rocas, au prix de 275.000 francs.
              II nous est agréable de souligner ici le geste d'un paroissien, M. Ferroni, qui nous aida pécuniairement à l'acquisition et la générosité des paroissiens qui en facilitèrent le paiement en donnant leur offrande à une souscription dont le montant s'élève à ce jour à la somme de 170.079 f. 20.
              En attendant de pouvoir réaliser la construction projetée, les œuvres paroissiales occuperont les locaux existants. Là, se réuniront les gymnastes, les patronages du jeudi, la clique fondée en 1935. Cette même année, au concours organisé à Boufarik, par l'Union Régionale des Patronages, nos gymnastes remporteront, de haute lutte, le drapeau fédéral et la clique un premier prix d'excellence.

              Il reste à réaliser le projet de construction retardé par la crise mais tout fait espérer qu'avant 1940, ce projet sera réalisé.

              Chorale de Saint-Augustin. — Parmi les œuvres de la paroisse Saint-Augustin, la Chorale occupe une place de choix par les exécutions magistrales qu'elle a données sous la direction de M. Rizzo, maître de chapelle, avec le concours de Melle Gard, organiste de la paroisse depuis 20 ans.

              Nous signalons, entre autres manifestations, l'exécution de la Messe de Vierne, le 25 décembre 1935, qui fut retransmise par le poste Radio-Alger, il en fut de même pour l'exécution, le Jeudi Saint, des « Mystères douloureux » de Planchet, en 1936, les 7 paroles du Christ de Th. Dubois et la messe de minuit en 1937.
              M. le Chanoine Emile Pexet, Curé de l'église Saint-Augustin

              La Clique au Concours de Boufarik

              Autel de Saint Jude. — Pour répondre à la piété de nombreux fidèles, un autel a été consacré à l'Apôtre Saint Jude, patron des causes désespérées. M. Petit Monsigny a fourni, pour l'ornementation, deux brûloirs et deux lampadaires-veilleuses en fer et cuivre massif.
              Nous arrêtons là cette monographie.

              Nous voudrions qu'elle soit un témoignage de gratitude à l'égard des paroissiens de Saint-Augustin qui n'ont cessé d'encourager, par leurs générosités et leur dévouement constant, les efforts de leur Curé, heureux de leur dire, avec tout son cœur, sa profonde et vive reconnaissance.


              SALLE PAROISSIALE ET MAISON D'ŒUVRES

              Avez-vous remarqué, dans l'historique que vous venez de parcourir, la préoccupation du clergé à réaliser le projet d'une salle d'œuvres, et l'effort financier qui tend depuis plusieurs années déjà à cette réalisation ?

              Pourquoi cela ? Pourquoi ! mais, si l'Eglise demeure dans la paroisse le centre liturgique, spirituel, religieux où se manifeste la vraie vie chrétienne, la Maison d'Œuvres en est devenue aujourd'hui l'annexe nécessaire, de jour en jour plus indispensable.

              C'est à la salle paroissiale que seront conviés, attirés, ramenés les paroissiens, trop nombreux hélas ! qui ont abandonné le chemin de l'Eglise, perdu tout contact avec le prêtre. C'est dans la Maison d'Œuvres, et ses multiples locaux, que se formeront les élites qui se préparent à la reconquête du monde paganisé — les jeunes qui veulent faire de l'Action catholique. C'est là encore que se rencontreront, se réuniront ceux qui veulent se pencher, à l'exemple du Christ, sur les misères matérielles et morales de leurs frères pour les secourir et les consoler.

              Aussi ne vous étonnez plus, si de tous les points de la paroisse, on attend avec impatience la construction de la salle paroissiale au 15 de la rue Mogador.

              Un coup d'œil rapide sur les œuvres paroissiales de Saint Augustin (et nous n'avons pas la prétention de croire qu'existent encore toutes celles qui seraient nécessaires) vous fera mieux comprendre l'urgente nécessité d'une telle construction.

              Et d'abord les œuvres de charité :

              Les confrères de Saint-Vincent de Paul qui se réunissent chaque vendredi, de 19 à 20 heures, à la sacristie de Saint-Augustin, sous la présidence de M. Goupille.


              L'Association des Dames de Charité qui ont, comme les confrères de Saint-Vincent de Paul, le grand mérite de visiter les pauvres à domicile. Elles se réunissent chaque mois, le dernier mercredi, pour causer des familles qu'elles visitent et le 2 e mercredi, pour des travaux de couture. Elles sont aidées par une sœur de la rue Salluste.

              Les « Louise de Marillac », les dernières venues, mais qui mettent toute l'ardeur de leur jeunesse à soigner et à consoler les « bons petits vieux » qui leur sont confiés, si ingénieuses aussi à se procurer des ressources.

              Viennent ensuite les Associations de piété : les Associées du Saint Sacrement ou Dames du Sacré-Cœur, les Congrégations des Enfants de Marie et des Saints Anges, les petits garçons et les petites filles, qui au nombre de près de 100 composent les divers groupes de « croisade eucharistique ». Tous ces groupements se réunissent dans les dépendances diverses de l'Eglise, voir même (c'est le cas des Croisées) jusque dans le clocher.

              Voici enfin les œuvres de formation, qui non moins que les autres veulent être des œuvres de conquête et d'action catholique. Et d'abord nos patronages : patronages d'écoliers, réunissant le jeudi les petites filles dans la vieille maison de la rue Mogador, et les petits garçons devant l'Eglise, faute de local, puis le patronage des jeunes gens avec ses diverses sections d'études, de théâtre, de gymnastique, de clique. Les scouts de France, qui viennent d'inaugurer, grâce à l'activité inlassable du chef Gimel, un beau local, impasse Chaise. Et enfin, avec de très belles promesses d'avenir, deux sections de J.E.C. viennent de se former parmi nos jeunes du Lycée et des écoles primaires supérieures.

              Voilà, n'est-ce pas, de quoi utiliser tous les locaux, qui, en plus de la salle proprement paroissiale, pourront être compris dans la construction de la Maison d'Œuvres de la rue Mogador. Sans compter les locaux nécessités par les catéchismes de persévérance, salles de jeux, bibliothèques, chapelle, etc., etc... Comprenez-vous maintenant pourquoi le clergé de Saint-Augustin attend impatiemment la réalisation d'un tel projet ?
C. D.


LES GRANDS HOMMES BÔNOIS
Bonjour, N°129 – 12 août 1934
journal satyrique bônois.

       C'est grâce à quatre hommes éminents, aujourd'hui défunts, que Bône peut être citée, dans l'Algérie tout entière, comme un modèle de paix et de concorde dans l'ordre religieux.
       Il y a quatre noms que les Bônois doivent conserver gravés en lettres fortes dans leur cœur de bons citoyens.
       Le pasteur Meyer, le muphti Guèche, le chanoine Leroy et le rabbin Kahn sont les fondateurs de la paix bônoise et de la tolérance, de la fraternité humaine dans sa conception la plus élevée, en dehors de l'exercice du culte de chacun, qui ont fait de notre ville la capitale algérienne de la paix religieuse.
       Les Bônois doivent s'énorgueillir de ces grands compatriotes ; ils ont le droit, aussi, d'être fiers d'eux-mêmes puisqu'ils ont conservé, intactes, les traditions que ces grands morts leur ont laissées.

        Nous citerons rapidement et de façon succincte, les bienfaits de cette entente entre quatre hommes de bien. Voici quelles ont été les preuves principales de leur union :
       1* Vote d'un crédit de 50.000 francs pour la vieille ville indigène et israélite dès 1928.
       2* Répartition du crédit entre les trois cimetières.
       3* Mélange des élèves de toute religion dans les écoles. Geste qui fut consacré par les vives félicitations de M. Tailliart, Recteur.
       4* Vote de crédits importants pour les indigents indigènes.

        Pendant plus de quarante années, ces hommes ont prêché la tolérance à leurs administrés et, ce qui est infiniment mieux, pur leurs actes quotidiens, ils ont donné l'exemple, magnifiquement. C'est depuis leur apostolat que l'on peut constater, dans notre ville, la cordialité réelle qui règne entre les israélites et les indigènes lors de toutes les cérémonies des différents cultes : baptêmes, mariages, communions et fêtes rituelles. C'est très beau !

        C'est cette noblesse dans l'âme qui a fait que, de Bône, la tragédie a été écartée. Bénissons la mémoire, et exaltons-la, des quatre Bônois qui ont placé leur cœur fraternel et leur remarquable intelligence, leur inlassable bonté au-dessus de toutes les contingences. Ce sont des citoyens de cette sorte qui font la grandeur et la renommée des cités.
       Bônois ! A quelque religion que vous apparteniez, regardez votre femme, votre mère, vos sœurs avec une tendresse accrue comme si vous aviez failli les perdre, caressez les jolies têtes, blondes ou brunes, de vos enfants et songez longuement que vous devez leur sécurité et, peut-être, la vôtre, à des hommes que vous ne devez jamais oublier.

        Meyer, Guèche, Leroy et vous Kahn, vos noms dotent quatre de nos rues et ils y demeureront tant que Bône durera ; c'est presque une assurance vers l'éternité.
       Lorsqu'ils contemplent votre œuvre, le philosophe, le libre-penseur et l'athée regrettent, peut-être, dans leur conscience la plus secrète, de ne pas croire en une divinité et ils se demandent si les théosophes n'ont pas raison.

        Vous avez été des grands prêtres. Vous aviez compris, entre les hommes, l'importance et la grandeur de votre sacerdoce et sa sublime mission et votre vie, tout entière, n'a été qu'un acte de foi.
       Aujourd'hui, vos ombres planent sur la ville calmée.
Pierre Marodon

       


 
ALGER ETUDIANT
N° 29, 3 mai 1924 - Source Gallica
Le Chemin.... Professionnel

       Depuis un temps assez éloigné, c'est-à-dire depuis qu'existe la clique spéciale des voleurs, faussaires, escrocs, etc. (ça ne date pas d'hier !) je trouve qu'on emprisonne les gens un peu trop à la, bab-âlla, pour employer le terme du pays. On ne tient nullement compte — et c'est bien regrettable — ni du lieu où est commis le délit ni de l'état social du pauvre bougre qui s'est laissé glisser sur la pente fatale..

       Si j'étais la moindre des choses dans le Gouvernement

       — par exemple Ministre de la Justice !! — je voudrais que cela changeât sur le champ. Je décréterais que tous les rastaquouères, reconnus coupables, devraient immédiatement prendre le chemin professionnel !
       Quel chemin ? questionnez-vous.
       Ne vous fatiguez point les méninges, surtout par ces bien vilains temps de grippe, espagnole ou autre ; voici quelques exemples :
       Ainsi un chef de gare coupable de... (ici la nature eu délit) serait, à sa propre gare et non ailleurs mis aussitôt en état d'arrêt-station !
       L'agent des P.T.T. conduit au Poste (central) !.
       L'artiste musicien (avec ou sans tambour ni trompette) fourré au. violon !
       Le quincaillier, dans son magasin même, serait mis sous les.. verrous !
       La sage-femme, chez elle, serait mise aux fers !
       La « petite main » conduite par les menottes !
       Le mécanicien d'un train, avec sa machine, serait envoyé au.:.. Dépôt !
       Le.. « bourreau » dirigé sur la Santé !
       L'employé de.la Cie « Le Soleil » aurait.. l’assurance sur la vie qu'il serait mis. à l'ombre !
       Le tailleur de pierres, à cause de sa caillasse, serait flanqué au... bloc !

       Le jardinier, avec ses corbeilles de légumes, jeté dans le... panier à salade !
       Le proprio — qui pour un oui ou pour un non — nous flanque dehors, on le mettrait. . .dedans !
       Au vidangeur on lui ferait faire connaissance avec les... lieux de la geôle !
       Le fabricant d'articles en celluloïd et par application de la loi Loïd) serait mis en. . . cellule !
       Le ferblantier et l'entôleuse.. à la tôle !
       Un maître du « The Loop » en plein air et devant son public, serait.. bouclé !
       Le fabricant de jeu de jacquet, histoire de le distraire, serait flanqué à la. . . boîte !
       Le policeman à la salle de. . . police !
       Le marchand de cigares et cigarettes, tout simplement . . . passé à tabac !
       Au caissier, qui aurait emporté le coffre, on le... coffrerait !
       L'employé du Mont-de-Piété — comme ma regrettée montre — serait mis.au clou !

       Les maçons, âgés, conduits directement à la guillotine pour contempler une dernière fois...l’échafaud. . .- d'âge, etc., etc.

       Ne croyez-vous pas qu'il n'est pas si bête que ça mon système, non encore breveté ? Ah ! si j'étais la moindre des choses dans le Gouvernement, par exemple : Ministre de la Justice !......

       J'allais oublier de vous dire aussi que les maboules comme moi, qui ont toujours la tête en l'air, seraient, naturellement, . . .enfermés chez Gniol, successeur de Rouby !
M. H.


LES ODEURS DE LÀ-BAS
Odette TREMELAT LEGAY
       Sens-tu le frais parfum de la blanche anisette
        Dans le verre embué ? Et celui des brochettes
        Aux portes des cafés ? De là-bas c'est l'odeur.
        Me voici transportée sous l'oranger en fleurs

        Des souvenirs, soudain, s'ouvre tout grand le livre
        Quand toutes ces senteurs se mettent à revivre,
        C'est un ciel éclatant d'azur et de vermeil
        Une mer d'émail bleu ondulant au soleil

        C'est la vigne naissant au sein des terres rouges
        C'est midi si brûlant que l'ombre seule bouge
        C'est l'ardente clarté courbant les floraisons

        C'est la chaleur, la plage; c'est notre maison.
        Respire à pleins poumons cette odeur généreuse
        Et vois le bourricot sur la route poudreuse
        Qui trotte résigné, chargé de lourds paniers
        Qui lui battent les flancs. Retrouve les palmiers

        Aux écailles brunies dont la houppe balance
        Dans les cieux en fusion la verte nonchalance
        Qui, respire bien fort les parfums de là-bas
        Et tu verras alors, emplissant les cabas

        En tunique de sang, la tomate pulpeuse
        L'orange ensoleillée et la grappe juteuse
        Tu sentiras l'odeur des couscous épicés.
        Des paëllas fumantes, des piments grillés,

        Et l'arôme fruité de notre huile d'olive
        La fragrance salée du rouget, de la vive
        De la dorade rose au bout de l'hameçon
        Dont on se mijotait des soupes de poissons

        Vois les figues sucrées emplissant la corbeille
        Près desquelles tournoient les friandes abeilles
        Délaissant le jasmin langoureux, obsédant.
        Nous mordions dans la vie, ensemble, à pleines dents

        C'était la joie, le rire, c'était le bonheur !
        Le passé contenu dans ces fortes senteurs
        C'était les temps heureux, c'était notre richesse...
        Car l'odeur de là-bas, c'était notre jeunesse !
Odette TREMELAT LEGAY PNHA N° 179


CARTES POSTALES DE BÔNE
Envoyée par M. C. Ciantar





























LETTRE DE Mgr COMBES ÉVÊQUE D'HIPPONE ET DE CONSTANTINE A M. LE CURÉ DE BONE
Gallica.fr- combes N5788785_PDF_1_-1DM.pdf

Au sujet du quinzième anniversaire séculaire de la conversion de saint Augustin Constantine, le 19 avril 1886

  MONSIEUR LE CURÉ,

  Vous aurez peut-être appris que notre pèlerinage d'Hippone va recevoir une marque d'honneur et de sympathie de la part d'un grand nombre de Français qui se rendront tout exprès dans votre ville.

  Chaque année, il se forme en France un pèlerinage patriotique qui a pour but d'aller prier au pied du Calvaire, pour demander la protection de Dieu sur notre Patrie. Le but atteint par ces manifestations annuelles n'est pas seulement un but spirituel, il a encore un intérêt national, celui de montrer aux religieuses populations de l'Orient, l'amour que la France, qui est leur protectrice séculaire et officielle, ne cesse de leur porter. Voilà pourquoi les agents du Gouvernement français en Syrie favorisent constamment ces manifestations et leur donnent leur aide.
  Cette année, les organisateurs de ce pèlerinage se sont souvenus que l'Eglise célèbre, le mois prochain, le quinzième anniversaire séculaire de la conversion de saint Augustin, et ils ont tenu à célébrer ce centenaire par une visite aux ruines d'Hippone et au monument qui y est élevé à la mémoire de saint Augustin.

  C'est le dimanche 16 mai, jour où nous célébrerons cette année extraordinairement ici la conversion de saint Augustin, que les membres de ce pèlerinage se rendant en Terre Sainte, arriveront à Bône sur un navire spécialement frété à cet effet. Ils se rendront directement sur les ruines d'Hippone où la solennité religieuse se passera tout entière, comme cela a lieu chaque année au mois d'août, le jour de la fête de saint Augustin. J'y serai présent moi-même ; et mon vénérable prédécesseur sur le siège de saint Augustin, Mgr Robert, évêque de Marseille, a promis d'honorer aussi cette fête de sa présence.
  J'ajoute que j'invite à la présider Son Eminence le Cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger et notre Métropolitain, et que j'espère le voir accompagné par Mgr Dusserre, qui a été aussi votre évêque.
  Il ne vous échappera pas, Monsieur le Curé, combien une telle manifestation religieuse est de nature à honorer, aux yeux du monde chrétien tout entier, votre ville de Bône, en rappelant par ce pèlerinage, les souvenirs incomparables de son histoire passée.

  Il ne vous échappera pas non plus que la venue de tant de personnages considérables, ne peut que servir la cause de l'Algérie, en la faisant mieux connaître. Ce qui lui nuit, en effet, partout et même en France, c'est de ne pas être suffisamment connue. Tous ceux qui la visitent sont séduits par les beautés que la nature y prodigue, émerveillés par les progrès matériels accomplis en si peu de temps. Recevoir des hôtes en si grand nombre, les rendre témoins de notre activité industrielle et commerciale, de la prospérité de nos populations, est donc une chose heureuse.
  C'est ce qu'exprimait, dans la lettre récemment adressée par lui en mon nom au directeur du pèlerinage, pour le féliciter de sa pensée, Son Eminence le Cardinal Lavigerie :
  « Je ne doute pas que vos pèlerins ne soient tous heureux d'accomplir un tel acte de patriotisme chrétien.
  « Je ne doute même pas qu'ils ne soient heureux de voir de leurs yeux, dans cette ville de Bône, une des plus florissantes de notre Afrique, ce que notre France nouvelle a déjà réalisé de progrès dans tous les ordres de l'activité et de l'industrie humaines, sur une terre que protège encore l'ombre d'Augustin et où les indigènes musulmans gardent encore son souvenir. »

  Je vous prie donc, Monsieur le Curé, de vouloir bien faire connaître tout ce qui précède à vos paroissiens, de leur dire combien je suis heureux de pouvoir favoriser l'exécution d'une pensée qui me paraît si avantageuse pour eux à tous les points de vue, et combien je compte qu'ils auront à cœur de donner à leurs hôtes d'un jour, les marques de sympathie fraternelle auxquelles ils ont droit en leur double qualité de Français et d'amis de notre Algérie.
  Veuillez agréer, Monsieur le Curé, l'assurance de mon plus affectueux dévouement en N.-S.
  CLEMENT,
Evêque de Constantine et d'Hippone



7 ANS DE GUERRE EN FRANCE
QUAND LE FLN FRAPPAIT EN METROPOLE
Par Raymond MUELLE
ACEP-ENSEMBLE N°272, mai 2010

Le FLN déclare la guerre à la France

               Dans le cadre d'un plan qui consiste à transporter la guerre en territoire français pour la libération de l'Algérie. " (Déclaration du CCE-Radio Le Caire, 1er Septembre 1958)

                Si les événements de mai 1958 provoquent en Algérie l'inquiétude et un fléchissement certain de l'agressivité du FLN, il n'en est pas de même en métropole où les efforts des différents services de police dans tout le pays - ceux du préfet Papon pour l'agglomération parisienne - ne modifient guère la cadence des exactions jusqu'à l'explosion de la fin août.

                Le 27 août, les rapports officiels enregistrent une vingtaine d'attentats terroristes d'une extrême gravité perpétrés en moins de trois heures par les saboteurs du FLN sur l'ensemble du territoire français :
               2 h 15 : Le Havre, sabotage et incendie du dépôt de carburant et de la raffinerie Notre-Dame-de-Gravenchon ; saboteur tué dans l'explosion.
               2 h 30 : Paris, boulevard de l'Hôpital, attaque et incendie d'un garage de la Préfecture de police ; 3 gardiens tués, un blessé.
               3 heures : Bois de Vincennes, échec du sabotage de la Cartoucherie ; un policier tué, un Algérien abattu, un autre arrêté.
               3 h 5 : Marseille, sabotage et incendie du dépôt Shell.
               3 h 15 : Narbonne, sabotage et incendie du dépôt de carburant.
               3 h 15 : Saint-Mandé, une voiture tente de forcer un barrage ; un Algérien armé abattu.
               3 h 15 : Port-la-Nouvelle, sabotage et incendie du dépôt de carburant.
               3 h 18 Frontignan, échec au sabotage de la raffinerie ; 5 bombes découvertes.
               3 h 20 Paris, porte des Lilas, une voiture tente de forcer un barrage ; 2 Algériens armés abattus.
               3 h 20 : Toulouse, sabotage et incendie du dépôt de carburant.
               3 h 35 : Ivry, incendie d'un dépôt de véhicules militaires.
               3 h 35 : Gennevilliers, incendie du dépôt de carburant du port de Paris : 3 arres-tations.
               3 h 43 Marseille, échec au sabotage du dépôt de carburant de Martigues : 3 bombes découvertes.
               3 h 45 Marseille, bombes découvertes dans les dépôts de carburant des Aygalades et du cap Pinède.
               4 heures : Villacoublay, interception d'un commando de saboteurs, échec au sabotage des installations du terrain d'aviation ; Algériens porteurs d'armes et d'explosifs arrêtés.
               5 heures : Salbris, découverte du sabotage de la voie ferrée Paris-Vierzon.

                A ces exactions meurtrières et extrêmement coûteuses s'ajoute, dans la journée du 27 août, le mitraillage d'une jeep de police à Paris, place Denfert-Rochereau ; 2 agents y sont blessés, un sous-officier européen est agressé et blessé par des Nord-Africains, boulevard de Bonne-Nouvelle.
               Ainsi, cette nuit-là, toutes les forces armées du FLN, tous ses tueurs et ses saboteurs des groupes armés ont été lancés avec des fortunes diverses contre des installations en métropole. La rébellion a déclaré la guerre à la France chez elle, mais cela ne l'empêche pas de poursuivre, par les méthodes qui lui réussissent depuis 1955, la mise au pas du MNA et celle de la population musulmane immigrée.

                Le lendemain, 28 août, Ferhat Abbas déclare à l'Associated press : "La décision de porter les attentats sur le territoire métropolitain a été prise au lendemain des événements du 13 mai. Nous avons donné l'ordre que les vies humaines soient respectées." Cet ordre n'a bien sûr jamais été donné. La série d'actions meurtrières menées contre les policiers, les personnalités françaises ou algériennes dans les semaines à venir le prouve abondamment. Cette partie de la péroraison du leader nationaliste qui tente ainsi de conserver sa réputation de modéré n'est que propagande à l'usage des amis français du FLN, des belles âmes hésitantes et de l'opinion internationale afin d'aider ce joli monde à garder bonne conscience.

                Le 27 août 1958 marque un tournant important dans le déroulement de la guerre d'Algérie.

                En France, trois années d'une lutte sans merci ont permis au FLN de prendre le pas sur le MNA, de mettre au point l'utilisation politique et économique de la population musulmane immigrée. L'organisation, mise en place par la Fédération de France, est en passe de devenir toute-puissante sur ce terrain comme sur d'autres. Pour faire pression sur le pouvoir politique, sur les structures administratives et sur la population française, les hommes du Front n'ont pas hésité à s'en prendre aux forces de l'ordre, à des objectifs relevant de l'économie et même de la Défense Nationale, afin de démontrer leur force et leur détermination. Manifestement de plus en plus puissante l'organisation terroriste peut de mieux en mieux profiter d'un système juridique sans rapport avec la gravité de la situation.

                Dès le 28 août, un plan d'action gouvernemental décide de confier à l'armée la garde des points sensibles, les congés sont supprimés pour les policiers, les contrôles systématiques des Nord-Africains se multiplient. Malgré de nombreuses arrestations pour sabotage, meurtres, atteinte à la Sûreté de l'Etat la situation évolue peu. Chaque jour continue d'apporter son lot de destructions, d'assassinats et d'horreurs diverses.

                Le 29 août, la raffinerie de Grand-Quevilly est incendiée ; un saboteur est tué, un autre arrêté. A Paris, rue de Lyon, un sous-officier européen est abattu, 2 Algériens assassinés.
               Le 30 août, dans le 15° arrondissement, un policier attaqué abat son agresseur nord-africain, une usine est la proie des flammes à Conflans, l'établissement de forage de Saint-Pierre-du-Perray est détruit, une tentative de sabotage du port du Havre échoue, 9 Algériens y sont arrêtés dont 2 blessés.

                Le 1er septembre, le CCE déclare à Radio Le Caire :
               "Les attaques effectuées la semaine dernière sur les réservoirs de pétrole en France constituent seulement une première offensive dans le cadre d'un plan qui consiste à transporter la guerre en territoire français pour la libération de l'Algérie ; le FLN ordonne aux commandos algériens de combattre furieu¬sement l'ennemi."
               Les consignes données par les dirigeants de la rébellion sont bien suivies. Le même jour un militaire européen est abattu au métro Montparnasse, un autre poignardé rue d'Alésia ; un dépôt de matériel est saboté rue des Poissonniers ; à Saint-Maur, une voiture du secours routier est attaquée. Un Nord-Africain est arrêté lors d'une tentative d'incendie du dépôt d'essence de Port-Saint-Louis-du-Rhône. A Alès le dépôt de fuel est saboté, la tentative de destruction dirigée contre le gazomètre de la ville échoue.
               Le 2 septembre, la circulation des Nord-Africains en région parisienne est interdite de 21 h 30 à 5 h 30, sauf pour motifs professionnels. Cette décision gêne peu le FLN, familier de l'utilisation des faux papiers procurés par ses réseaux de soutien.

Obsèques des deux Gardiens de la Paix, Albert Lavaud et Roger Pateron,
tués lors de l'attentat d'Issy les Moulineaux.

               A Paris, un groupe de parachutistes est attaqué rue de Metz, un avion est saboté à Orly ; à Fontainebleau, un soldat est agressé par des Arabes. Le lendemain un militaire français est assassiné rue de Metz, une voiture de police est mitraillée.
               Les 14.000 contrôles effectués en une semaine provoquent 306 arrestations, ce qui n'empêche pas la multiplication des exactions. La voie ferrée Paris-Le Havre est sabotée, ainsi que le paquebot Président-Cazalet à bord duquel l'explosion d'une bombe fait 7 blessés entre Marseille et Bône.

                Le 6 septembre, deux commissariats de Lyon sont attaqués : un policier est tué, 2 Algériens arrêtés ; à Grenoble 8 Nord-Africains sont interceptés avec des armes et des explosifs destinés à l'attaque et au sabotage de la poudrière et de l'usine Péchiney ; à Bordeaux, un membre de l'OS responsable d'un attentat à Toulouse est arrêté.
               Le 8 septembre, 2 sous-officiers sont tués à Paris, l'un boulevard de Magenta, l'autre rue de Charenton. A Bègles, deux bombes sont déposées dans un dépôt de carburant. Le 9 septembre, à Knutange, 2 Européens sont égorgés. Les tentatives FLN contre la base aérienne de Villacoublay et la centrale électrique de Lyon échouent.

                Alors que 2 policiers sont blessés à Roanne, un autre à Elbeuf, les opérations de police menées dans 26 départements amènent 220 arrestations ; celles conduites à Paris et en banlieue en provoquent 120. Le 12 septembre, un militaire français est poignardé au métro Montparnasse ; la voie ferrée Genève-Lyon est sabotée, elle le sera de nouveau trois jours plus tard.

                Le 14, quatre bombes de 2 kg sont découvertes à Saint-Martin-d'Herres ; à Saint-Etienne, une Européenne est arrêtée pour trafic d'armes, à Paris un agent est tué rue Montmartre, une voiture de police est mitraillée à Belleville. Le 15 septembre, un officier est tué à Metz ; 3 soldats blessés à Joinville ; 2 agents de police attaqués à Lyon. Si, le 16 septembre, l'attentat contre Soustelle échoue miraculeusement, une bombe fait 3 blessés à la préfecture de Marseille ; à Paris, Rue Vieille-du-Temple, une voiture de police est mitraillée. Dans le nord de la France plusieurs fermes sont incendiées.

                Il faut trois semaines au pouvoir politique pour décider, le 17 septembre, le rappel de 15.000 réservistes de la gendarmerie. A Paris des brigades spécialisées sont constituées par la Préfecture de police.
               A Marseille un engin explosif dans un char destiné à l'Algérie fait un tué, 5 blessés. Un autre engin est découvert dans le dépôt de carburant de l'avenue du Rove après l'attaque d'une sentinelle et un début d'incendie. Au Havre, une cuve d'acide sulfurique de l'usine Saint-Gobain est détruite à l'explosif. Un militaire est blessé à Villeparisis, un cocktail Molotov lancé contre le commissariat de Sèvres. Le lendemain, c'est le dépôt Primagaz de La Courneuve qui est l'objectif des groupes armés.

Après des manifestations dans la région parisienne, des Algériens sont arrêtés
Ceux qui étaient déjà fichés ou pris en flagrant délit de violence sont regroupés
au Bourget et expulsés vers l'Algerie.

                Le 19 septembre, alors que Soustelle déclare au Conseil des ministres : "Le ministre de l'Intérieur a réclamé des moyens contre le terrorisme, il les a !", en fin d'après-midi un agent de police est abattu à une station d'autobus du 14° arrondissement. Rue des Gravilliers, une voiture de police est mitraillée au début de la nuit ; on signale 2 blessés par balles avenue de la Grande-Armée.
               Les arrestations d'Algériens continuent, 9 à Marseille, 12 à Sèvres, 2 à Rennes.

                Entre le 25 et le 31 août, la police procède à 105 arrestations liées à des flagrants délits ou aboutissement d'enquêtes relatives à des crimes ou à des sabotages.

                Une tentative de sabotage contre un navire de guerre échoue à Toulon le 20 septembre. Le 22, on découvre dans le 7° arrondissement de Paris un cadavre dans une voiture. C'est un commissaire de police, le commissaire Chenine. Il a été ligoté, torturé, étranglé. A Lyon, 5 policiers et 2 passants sont blessés au cours de l'attaque d'un commissariat. Un inspecteur de police est tué à Aulniers-sous-Bois. A l'Hay-les-Roses un car de police est mitraillé deux fois en une heure. Une voiture de police est attaquée au Havre où l'on signale une tentative de destruction du relais de télévision

                L'usine de pneumatiques Kléber-Colombes est incendiée. Il y a 2 morts et 28 blessés parmi le personnel. Un agent est blessé à Aubervilliers.

                Le 24 septembre, une femme de ménage découvre une valise piégée au dernier étage de la tour Eiffel. Un atelier de fabrication de bombes est découvert dans le 13° arrondissement. La police saisit 17 charges de dynamite ainsi qu'une réserve de 50 kilos d'explosifs. On découvre un cadavre d'Algérien dans un terrain vague de La Courneuve. L'homme a été torturé puis étranglé. On a écrit au stylo à bille bleu dans la paume de sa main droite : "Par ordre du FLN."
               La promulgation des ordonnances antiterroristes du 25 septembre 1958 ne changera rien.

                Certes, les coupables et les complices d'attentats doivent être déférés devant les tribunaux militaires, les procédures accélérées, les sentences exécutées dans les plus brefs délais. Les individus douteux seront internés et éventuellement expulsés vers l'Algérie, mais il y a déjà près de 15.000 suspects dans les centres d'internement, et la justice, totalement embouteillée, d'impuissante est en passe de se ridiculiser.

                Des changements interviennent dans la hiérarchie policière, Verdier est nommé directeur de la Sûreté nationale, Hacq à la PJ, Vig aux RG.

                Avant la fin de septembre, la voie ferrée Strasbourg-Bâle est sabotée ; une bombe explose dans le train Paris-Turin, Le central téléphonique de Chaville est attaqué à la bombe ; une patrouille de gendarmes est prise à partie à Marseille. Les coupables sont souvent appréhendés, parfois même en flagrant délit, mais le collectif des avocats intervient vite. De plus, les réseaux sont bien cloisonnés et les arrestations n'amènent, la plupart du temps, que des résultats limités. Exécutants et petits cadres mis hors de combat sont vite remplacés.

L'Etat Major de la FPA : au centre, le Capitaine Montaner, à sa droite le lieutenant de
Roujoux, à sa gauche le lieutenant de Champsavin, autour d'eux, l'encadrement.

               Le 27 septembre, la DST marque des points en mettant la main sur le responsable de la wilaya sud (42 départements) et deux de ses adjoints. Mais, à Grand-Quevilly, le dépôt du Gaz de France est attaqué ; la station radar de Largentière échappe de peu à la destruction. A La Courneuve, le FLN s'en prend à l'usine d'acétylène ; à Rouen à un commissariat où 2 agents sont tués, un troisième blessé. Un des agresseurs appréhendés avait déjà été condamné à dix-huit mois de prison...pour meurtre.

                Les statistiques officielles comptent 110 morts pour le mois de septembre 1958. Jusqu'à la fin de l'année 1958 cette effroyable cadence ne subit aucun ralentissement. En dehors des habituelles attaques de cafés et d'hôtels arabes. des exécutions de mauvais payeurs ou de mouchards présumés, de fusillades entre groupes ennemis, manifestations courantes de la lutte entre le MNA et le FLN, ce dernier continue ce qu'il a baptisé "la guerre contre la France" : voitures de police mitraillées, policiers et militaires agressés. Au cours du dernier trimestre 1958, des voies ferrées sont sabotées à plusieurs reprises dans le nord du pays. Dans le courant d'octobre, un Algérien est abattu par une sentinelle lors d'une tentative de sabotage de la Cartoucherie de Sèvres. A Rouen la police découvre des bombes destinées à la destruction des raffineries Shell et des installations portuaires. A Vitry et à Bagnolet elle met la main sur des dépôts d'armes et d'explosifs ; à Marseille elle récupère un stock de plastic et de cheddite ; à Paris, rue de la Huchette, plusieurs engins explosifs en cours de fabrication.

                Car les divers services de police, apparemment motivés par leur réorganisation, par des directives efficaces provenant d'une volonté mieux établie de leur haute hiérarchie animée par la pression du pouvoir politique, marquent des points sérieux.
               Pour Paris, après les 174 arrestations et les 110 expulsions imputables à la semaine du 22 au 29 septembre, 3 754 interpellations provoquent 113 arrestations et 111 expulsions du 29 septembre au 6 octobre. Parmi les Algériens arrêtés figurent des responsables des incendies de Marseille, des saboteurs du Président-Cazalet, de la tour Eiffel, des commissariats de Rouen, les assassins du commissaire Chenine, les agresseurs de Soustelle et d'Ahmed Djebbour. Par ailleurs 21 membres de l'OS venus du Maroc par l'Espagne sont interceptés par la DST. Il faut y ajouter des arrestations un peu partout dans l'hexagone, collecteurs, assassins, propagandistes : le 8 octobre 75 à Corbeil, 21 à Lyon, 7 à Soissons, 7 à Bayonne, 8 en Saône-et-Loire ; le 14 octobre la presse révèle 43 arrestations à Paris en une semaine.... En un an 150 armes ont été saisies en Meurthe-et-Moselle où 17 attentats ont fait, officiellement, 12 morts et 8 blessés.

                Le 18 octobre, la presse fait état du démantèlement de réseaux de soutien. A Lyon c'est l'affaire du Prado. La police saisit des fonds importants et des documents au séminaire du Prado à Saint-Fons. L'argent provient des collectes forcées opérées par le FLN auprès des musulmans. Les documents prouvent que cet argent, quatre à cinq millions par mois, est distribué aux détenus FLN, à leur famille en fonction des responsabilités de l'interné dans l'Organisation. Les documents prouvent aussi que le trésorier, M. Albert, est l'abbé C... curé de la paroisse du Saint-Sacrement à Lyon. Il sera inculpé en même temps qu'un autre ecclésiastique, le Père Ch.... 4 Algériens sont arrêtés, 13 autres inculpés dans l'affaire. Les deux prêtres se retrouveront rapidement en liberté provisoire.
               A Paris, la police enquête chez les prêtres des Missions de France. Ici, l'aide au FLN est nettement plus effective : hébergement des terroristes, fournitures de faux papiers, filières d'évasion et d'infiltration. L'abbé D... est convaincu d'avoir transporté, caché les tueurs de l'OS et les armes contre Soustelle.
               Les agresseurs arrêtés racontent leur voyage sous sa conduite de la frontière espagnole à Paris.

                La wilaya sud-est est décapitée fin septembre. Le 13 septembre la DST renouvelle l'opération avec le même succès. L'état-major de la wilaya 3 reconstitué est pris, laissant aux mains des policiers 24 prisonniers parmi lesquels 3 Européens dont 2 femmes ; l'un des hommes est un membre actif du PC. Le chargé de la coordination politique en métropole, Hadj Ali, alias Corentin, est arrêté dans le coup de filet, porteur d'une carte d'identité française apparemment en règle, tout à fait authentique, au nom de Maurice Yvernot. Il ne fait guère de difficultés pour dénoncer un ecclésiastique, B… qui l'a hébergé. Ce dernier, ingénieur à Saclay, reconnaît avoir en toute connaissance de cause apporté son soutien au FLN.

                Avec l'aide inconditionnelle de ces réseaux, un filet pesant s'étend sur toute la population immigrée qui bascule du côté du plus fort, c'est-à-dire du plus impitoyable. Les cotisations vont presque toutes au FLN, la masse algérienne est devenue un vaste réservoir de complices, de partisans. d'hommes de main.
               Le Service de coordination des affaires musulmanes du préfet Papon, encore embryonnaire, est bien incapable d'inverser la tendance. Par la Fédération de France dirigée par Ben Tobal, par l'OS directement mise en œuvre par le GPRA depuis l'étranger, par les groupes armés, par son organisation politico-administrative chez les immigrés, le FLN maintient son empire. L'Algérien fait peur au métropolitain, il fait peur aux policiers. Les problèmes du nationalisme arabe sont dépassés ; le FLN a créé et continue de mettre en place, en France, une véritable situation révolutionnaire dont on ne sait où elle peut mener.

                Le 21 décembre 1958, de Gaulle est élu président de la République et de la Communauté avec 78,5 % des suffrages. Les mesures de grâce présidentielle portent sur la libération de 7 000 détenus FLN. Yacef Saadi est gracié, Ben Bella et ses compagnons transférés de la prison de la Santé à l'île d'Aix. Il est mis fin à l'internement de Messali Hadj.

                Le 9 janvier 1959, Michel Debré forme le gouvernement.
               La situation militaire se rétablit en Algérie où le FLN, chez lui, étouffe. Mais il a transporté la guerre chez l'ennemi, c'est de là qu'il la gagnera. Les libérations massives de détenus FLN, d'ailleurs preuve de faiblesse aux yeux de l'Organisation, vont permettre à ceux qui ont risqué leur vie en votant pour la France de se retrouver en face de leurs assassins.
               Pour les populations algériennes des deux communautés, la volonté de la France est exprimée par de Gaulle et par l'armée, d'où la nécessité de deux langages, de deux attitudes analogues. Les actions de l'armée ne sauraient être perçues que comme la manifestation de l'engagement pris par de Gaulle, devenu chef de l'Etat, de garder l'Algérie à la France.

                Une rapide évolution de la situation vers une ambiguïté grandissante est traduite par un rapport du CCE connu au début de 1959 :
               "C'est le général de Gaulle, qui, sans le vouloir, nous a sauvé de cette situation catastrophique en laissant entendre assez rapidement que la France pourrait se retirer d'Algérie. Grâce aux incertitudes de la politique algérienne du général nous avons finalement reconquis le terrain. La masse musulmane ne pouvait plus se fier à une France appelée à plus ou moins longue échéance à quitter le pays, alors, par la force des choses, cette masse s'est tournée vers nous."

                Slimane, le chef du groupe de choc auquel appartenait Laskri, avait été tué en même temps que Bouakouir, le 28 août, avant le lever du jour. Après une folle course poursuite depuis Vincennes, leur voiture était venue buter contre un barrage de police du côté de la porte des Lilas. Ainsi, la tentative de sabotage de la Cartoucherie avait lamentablement échoué. Les journaux confirmaient quelques réussites spectaculaires, mais relataient surtout de piteux échecs techniques dans cette folle offensive du FLN. A Villacoublay, les fedayin s'étaient tous fait prendre ; en Normandie une opération prévoyant la destruction de dépôts et de raffineries se soldait par la mort d'un des saboteurs, 2 blessés appréhendés et 7 arrestations quelques jours plus tard. La note à payer s'alourdissait quotidiennement car les policiers, déchaînés, s'arrangeaient pour obtenir des aveux qu'ils exploitaient aussitôt. Les Européens des réseaux, effrayés, parlaient facilement. L'arrestation d'un saboteur amenait des réactions en chaîne, imprévisibles auprès des collecteurs de fonds, les militants.... C'était au tour des avocats du collectif d'être débordés.
               Laskri tentait d'appréhender les raisons de cette situation ; comme il la voyait à son niveau il n'en imaginait pas les conséquences psychologiques et politiques, il était prêt à imputer au Front la cause de ces échecs douloureux.

                Pour des raisons de secret, de mouvance du recrutement sans cesse remis en cause par l'action de la police, les groupes armés sont souvent hétéroclites, composés de participants se connaissant mal, aux motivations et à l'entraînement inégaux. De plus, cette fois, sans doute à cause de la multiplicité, de la diversité et de l'importance des objectifs, des hommes éprouvés avaient été mis à la disposition de chefs inconnus. Il y avait eu trop d'exécutants inexpérimentés ; trop d'objectifs difficiles, mal reconnus, avaient été traités par des étrangers au secteur, courageux et volontaires, mais aussi parfois désignés d'office.
               Laskri dont on vantait volontiers en haut lieu la discipline et la détermination avait carrément refusé d'exécuter une mission en Normandie, pour lui terre inconnue, avec une équipe fournie par le commandement de la zone. Son attitude n'avait pas été appréciée, mais il avait hérité d'une mission dans Paris qu'il avait menée à bien avec deux hommes dont il était sûr..
               Le Front, Le Caire ne s'en rendait peut-être pas compte, avait été particulièrement actif en France depuis plusieurs mois. Après le mois d'août, les pertes devenues particulièrement sévères, la désorganisation s'installait. Il vaudrait mieux souffler un peu et réorganiser l'appareil.

                En novembre 1958, sur l'ordre de l'Organisation, Laskri reconstitue le groupe de Slimane ; maintenant il en est le chef sans contestation. Depuis trois ans à Paris, dur, méfiant, secret, il a réussi à passer à travers les pièges et les accidents, les jalousies et les bavardages, évitant soigneusement les querelles de clan. Sa baraka lui donne presque autant de prestige auprès des militants que sa détermination glacée et son implacable férocité.
               Depuis son arrivée en France, il est passé par des phases de confiance, de terreur, d'exaltation. Maintenant il se sent sûr de lui, invulnérable indestructible. Hors de l'action, il sait répondre sans se troubler, avec juste l'humilité qu'il faut, aux policiers mal embouchés et souvent lourdauds. Lors des contrôles, il sait bafouiller, jouer celui qui ne comprend pas, l'air perdu, le dos rond. A l'encontre d'autres responsables trop voyants qui sévissent du côté de Barbès, il s'habille toujours simplement, comme un ouvrier. Il joue fort bien le travailleur craintif, dépaysé, protestant à tout propos de son innocence et de son ignorance avec des papiers toujours en règle. Bien sûr sa carte d'identité est vraie, avec un faux nom ; bien sûr son certificat de travail est faux. Mais on peut vérifier auprès de l'entreprise de manutention censée l'employer, il porte le nom d'un homo¬nyme figurant sur le registre des salaires et disparu depuis longtemps....

                Laskri est parfaitement à l'aise dans l'agglomération parisienne et dans n'importe quelle banlieue. Ses activités professionnelles et surtout ses missions pour le Front l'ont promené partout. S'il connaît bien les Algériens qui vivent autour de lui, il connaît moins bien les Français qu'il fréquente peu. Il les méprise tous, systématiquement.

               Maintenant il sent tout cela, les hommes, la ville autour de lui comme il sentait naguère la montagne d'Ighil Imoula où vit toujours sa mère, les rochers, les buissons familiers, les mechtas de pierres sèches, les troupeaux de chèvres et les petits bergers immobiles sous les chênes-lièges. Les robes aux couleurs criardes et les foulards bariolés des femmes kabyles ne lui manquent pas, les femmes d'ici lui suffisent, de temps en temps, en vitesse. Il ne leur accorde guère d'attention. Les autres parlent sans cesse de leur virilité, des femmes qu'ils ont, de celles qu'ils auront, pas Laskri.

                Il éprouve toujours la même répugnance pour les discussions politiques ou religieuses. Parler ainsi est une perte de temps. Son rôle à lui c'est l'action, rien que l'action. Autour de lui on épilogue sans fin sur ceux de la Fédération, ceux détenus, ceux des maquis ou bien sur l'attitude et les intentions du gouvernement français. De Gaulle libère des milliers de prisonniers FLN, gracie Yacef Saadi, le patron des terroristes d'Alger. Pour Laskri cela dépasse l'entendement. Comment un chef militaire peut-il faire preuve d'une telle faiblesse ? Yacef Saadi a été pris, il a perdu, il est normal qu'il paie, personne n'y trouvera à redire
               Pourquoi donner tant de publicité à Ben Bella dont on améliore la prison ? Ainsi on peut croire que la France admet l'existence officielle du Front, qu'elle ménage l'avenir parce qu'elle a peur.

                C'est bien trop compliqué pour Laskri et certainement aussi pour ses compa¬triotes, même ceux qui coupent les che¬veux en quatre en se donnant l'air de tout savoir.
               Debré est allé en Algérie pour "donner l'assurance de l'union indissoluble de la France et de l'Algérie." Laskri n'en a rien à faire, rien à penser. Une fois pour toutes, il y a quatre ans, on lui a dit et il l'a aussitôt accepté, que l'Algérie devait être indépendante, c'est-à-dire que les Français devaient partir. Il fait donc depuis ce qu'on lui commande pour cela et il y a beaucoup à faire.

                D'abord, il doit instruire ses hommes après les avoir choisis : quatorze hommes en deux fractions de sept, chaque fraction avec un chef et deux cellules de trois.
               C'est un souci permanent. Heureusement, avec "Texas" Kassim et "Lunettes" Moha, deux Kabyles, l'un de Michelet, l'autre d'Azazga, il est bien secondé. Mais il a fallu tout leur apprendre : à s'habiller, à parler et à se taire, se déplacer, regarder. Il faut préparer les actions, veiller chaque fois aux moindres détails, imaginer comment faire face aux imprévus, aux ripostes.

               Après, il faut organiser le repli, préparer les réponses aux interrogatoires éventuels, camoufler les armes, assurer les alibis, prévoir les cachettes et, surtout, obtenir que les hommes se taisent.
               Le groupe, grâce à Laskri. est bien rodé. Rien à voir avec ce groupe de la "région 2" à Paris, qui a laissé un cadavre dans les limites de la "région" voisine. Le corps de la victime, égorgée après un interrogatoire difficile, ligoté. a été retrouvé dans une camionnette en stationnement rue Réaumur. En plus de l'étonnement furieux du propriétaire du véhicule, les militants du secteur, non prévenus, ont frôlé la catastrophe. et cela a bien failli déclencher une guerre fratricide dont l'Organisation n'a pas besoin.

                Parmi les histoires qui lui font hausser les épaules, il y a celle des trois imbéciles, une cellule entière, ont étés avec leur taxi, boulevard de la Chapelle. à une heure du matin, transportant un MNA récalcitrant, fraîchement étranglé : ou bien celle du simplet de l'équipe qu'un chef de groupe inconséquent a expédié seul, à pied, boulevard de la Fillette, à trois heures du matin, avec, sur le dos, un cadavre dans un sac. Le crétin, un type de Condé-Smendou - il n'y a que les Constantinois pour être aussi stupides - hésitait entre le canal Saint Martin et le bassin de la Villette pour se débarrasser de sa charge encombrante lorsque les gendarmes mobiles l'ont tiré d'embarras. Il en est résulté des ennuis en cascade pour toute la région.

                Laskri n'est pas sans connaître un certain nombre de détails sur l'organisation du Front. Il sait, en particulier, que dans la wilaya 1, celle de l'agglomération parisienne proprement dite - ou Paris Centre - il y a douze régions donc douze groupes de choc. Dans la wilaya 2, celle de Paris-Périphérie, il y en a dix-huit. Cela fait donc 450 volontaires comme les siens, comme lui. Son secteur c'est Nanterre, la région 2213, c'est-à-dire la wilaya 2, la super-zone 2, la zone 1, la zone 3.

                Les chefs de région se réunissent parfois en commission de coordination lorsque les groupes doivent entreprendre une action commune. Parfois on va aussi cogner chez les voisins, avec l'accord ou plutôt ordre de la hiérarchie. Ces derniers mois, les groupes d'action ont travaillé avec les hommes de l'OS. Laskri rêve toujours d'entrer dans cette confrérie. Ils sont, paraît-il, deux cents dans les deux wilayas, mis en œuvre par un seul, res¬ponsable, organisés en katibas de trente et un. La katiba comporte deux sections à deux groupes de quinze et le chef, chaque groupe divisé en deux cellules.

                Laskri aimerait commander un de ces groupes, pourquoi pas une section ! Il s'en sait capable, plus capable que certains !

               L'OS est seulement un outil de combat, une force d'intervention de spécialistes. Elle est dégagée du souci des missions mercenaires de l'organisation politico-administrative assurées par les groupes de choc des zones : la surveillance des collectes, les exécutions des jugements contre les mauvais payeurs, contre les putains trop bavardes, contre les mou¬chards et les traîtres, contre les boudjadis (1) imbéciles qui débarquent du bled et ne veulent pas comprendre.

                Par ailleurs, Laskri vient de découvrir un autre sujet d'inquiétude. Depuis quelques semaines les Français ont ouvert des bureaux à l'intention des Algériens. Il y en a un à Nanterre. Les Européens qui se tiennent dans ces bureaux, vraisemblablement des militaires en civil, parlent arabe ou kabyle et surtout ils parlent à tout le monde, aux femmes, aux enfants.... Apparemment ces hommes-là connaissent l'Afrique du Nord, les Nord-Africains et ils semblent ne pas avoir peur comme les Français rencon¬trés tous les jours, même les policiers en tenue. Ils proposent leur aide, leurs conseils. La ficelle est grosse et cache sûrement quelque manœuvre. Il faut les surveiller de près et aussi tenir à l'œil ceux qui les fréquentent sans l'autorisation du Front.

                Depuis les premiers accrochages de la fin 1954, sur le terrain, le FLN a su mettre en place un dispositif cohérent et particulièrement efficace pour la prise en main de la population musulmane immigrée. Les Français n'ont su réagir qu'à partir de patrouilles aveugles et d'opérations de contrôle maladroites mal perçues par ceux qui les subissaient. Souvent au moins au début, ceux-là ne partageaient pas le point de vue du Front, n'éprouvant pour l'organisation terroriste qu'une crainte de plus en plus justifiée. Personne, parmi les responsables français, n'a imaginé que ce grouillement humain, presque toujours confiné dans des quartiers lépreux et des bidonvilles infâmes, méritait d'être réellement pris en compte et en charge surtout à partir de l'établissement d'une situation révolutionnaire.

                Les services d'action sociale de la Préfecture de Police de Paris ou ceux des grandes agglomérations provinciales, les œuvres privées comme l'Association des foyers nord-africains préoccupés de logements, d'alphabétisation, de soins médicaux, se révèlent cruellement insuffisants et inadaptés faute de moyens matériels. Ils n'ont jamais pu œuvrer réellement pour l'intégration des immigrés musulmans dans la société française. Depuis l'apparition du terrorisme leur rôle s'est encore amoindri en raison de l'accroissement de la puissance de l'adversaire. Le fanatisme du FLN a permis à ses structures de prendre toute la place auprès de ceux qu'il considère, sans discussion possible maintenant, comme ses ressortissants.

               En septembre 1958, l'ambiance est telle en métropole que le ministre de l'Intérieur peut parler dans une de ses circulaires (2) "d'un climat d'insécurité et de tension de nature à justifier la légitime défense."

                L'initiative du préfet Papon dont l'expérience algérienne n'est pas contestable, soumise et acceptée par le général de Gaulle, tend à reprendre l'expérience des SAS qui, en Algérie, a permis de reconquérir une grande partie de la population que seule la rébellion avait jusqu'alors prise en main.

               Mais, constituer à Paris des structures analogues, implique le recrutement de cadres compétents et volontaires pour une mission difficile. L'armée les fournit au compte-gouttes. D'autres problèmes surgissent à propos de leur installation, des moyens à leur allouer, de la mission à définir. L'administration civile malgré son efficacité relative ne facilite pas l'arrivée de ces intrus dans sa routine confortable. Il va falloir du temps pour que ces implantations qui dépendent du Service de coordination des affaires musulmanes de la Préfecture de police soient à même d'être efficaces. Elles le seront dans le domaine de l'action psychologique et sociale, détachant de l'emprise FLN de nombreux immigrés dont le seul souhait est de vivre et de travailler en paix.

               En face de ces intentions, le Nidham, l'organisation politico-administrative du FLN est tout-puissant. Il dépend de la Fédération de France, elle-même dirigée par un comité fédéral de cinq membres. Le quadrillage de la population musulmane immigrée y compris Marocains et Tunisiens est poussé dans le détail. Tout nouvel arrivant est aussitôt pris en compte, les retours au pays doivent être signalés pour être éventuellement autorisés.

                Les immeubles où résident les immigrés sont étroitement contrôlés, même les hôtels dont la population peut être mouvante. Tout déménagement ou changement d'emploi est signalé. Dans l'existence des Algériens le Front est partout, continuellement. Sa police y veille et ses collecteurs de fonds, ses comités de justice, ses commissions d'hygiène, ses propagandistes. Il tente et à partiellement déjà réussi, à couper cette population des structures de l'administration et des autorités françaises. interdisant les contacts avec les mairies, les gendarmeries, les bureaux officiels. Il crée ainsi un corps étranger dont il dispose à l'intérieur du pays.

                Sa hiérarchie territoriale est organisée sur le type militaire, mais s'y ajoutent les branches qui gèrent des activités définies : étudiants, soutien aux détenus, presse, propagande, etc..., tout cela cloisonné suivant les règles d'une clandestinité efficace.

               La pègre nord-africaine - en particulier proxénètes et trafiquants - apporte son concours au Front qui dispose ainsi d'exécutants sans scrupules et de sources financières intéressantes (3)

               L'année 1959 va donc voir s'opposer sur le territoire métropolitain deux forces résolues : d'une part celle de l'autorité française dont les exécutants remotivés, disposant de nouvelles structures de combat plus adaptées, s'engageront à fond : d'autre part celle du FLN, forte de ses succès antérieurs, de son organisation structurée, du soutien de l'intelligentsia française et déjà confortée par certaines ambiguïtés dans le comportement du chef de l'Etat.
               Et, si les années précédentes ont été sanglantes, celles qui vont venir prendront des allures de tragédies.

(1) Débutants.
(2) Circulaire ne 95, du 8 septembre 1958.
(3) Taxes et impôts FLN ; tarif à la fin 1958 (par mois) : ouvrier et manœuvre 2.000 F ; femme musulmane 500 F ; chauffeur de taxi 8.000 F. prostituée musulmane ou européenne à souteneur musulman : 5.000 F (les changements de femmes entre proxénètes sont taxés, atteignant 100 à 500.000 F suivant la valeur de l'objet échangé) ; commerçant 10.000 F (peut être supérieur suivant l'importance du commerce. S’y ajoutent : les dons (en cas de mariage par exemple), les amendes (retard de paiement, retard ou absence aux réunions, ivresse, usage du tabac, mariage mixte, propos non conformes, etc...)
Muelle




CARTES POSTALES DE BÔNE
Envoyée par M. C. Ciantar






























EXPOSÉ DES Dires de Messieurs les Vignerons et Cultivateurs DES ARRONDISSEMENTS DE GUELMA ET DE BONE REUNIS A RANDON LE 10 AOUT 1893.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
A L'OCCASION DE L'ÉLECTION DE LEUR REPRÉSENTANT
A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS


  Nous, vignerons et cultivateurs de l'arrondissement de commune de… croyons devoir exposer à M. notre futur député :
  L'état exact de notre situation matérielle ;
  Nos desiderata ;
  La façon dont nous envisageons quelques questions d'intérêt général, afin d'éviter, pour l'avenir, tout malentendu avec le mandataire qui nous fait l'honneur de solliciter le droit de nous représenter au Parlement.
  Nous avions toujours admis que la majorité des hommes d'Etat dirigeant les affaires de la République avaient adopté, pour tout ce qui concerne le gouvernement de l'Algérie, une ligne de conduite bien tracée, une politique visant ce but de rendre ce pays une possession prospère, utile à la nation française.
  Le seul moyen d'atteindre ce but était de compléter le peuplement de l'Algérie, d'ajouter aux 3.500.000 habitants indigènes, 600.000 Français et 600.000 étrangers de race latine, susceptibles d'être assimilés promptement.
  En effet, un million de colons européens possédant et cultivant une partie des terres du Tell, pourrait payer toutes les dépenses de son administration, composer et solder une armée assez nombreuse pour garder l'Algérie, fournir, au besoin, un corps expéditionnaire important, capable de participer à la défense du territoire de la Mère-Patrie.

  Nos gouvernants voulurent agir rapidement; ils recrutèrent en France de futurs colons en leur promettant l'acquisition facile ou gratuite des terres, la sécurité, le bien-être.
  Les terres furent distribuées, mais trop souvent à des gens ignorant la culture.
  La sécurité des personnes laissa souvent à désirer ; quant à celle du bétail et des récoltes, elle n'a pas été assurée depuis la chute des bureaux arabes militaires.
  Pour ce qui concerne le bien-être, il dépendait de la législation fiscale et économique. Des lois sages, prévoyantes devaient assurer des salaires suffisants au travailleur de la terre ; l'importance de ces lois fut absolument méconnue.
  La terre nue, non défrichée, embroussaillée le plus souvent est presque improductive ; il faut, pour mettre cette terre en production, beaucoup de travail, ou l'emploi d'un capital dépassant quatre ou cinq fois la valeur vénale du sol.

  Il est indispensable qu'on ait la possibilité de vendre les récoltes à un prix tel que les recettes dépassent les dépenses, que les trois facteurs du produit du sol, main-d'œuvre, intelligence, capital obtiennent une équitable rémunération.
  Nous pouvons produire aux prix limités, indiqués ci-après:
  Blé 20 f. les 100 kilos.
  Orges. 13
  Avoine 14
  Vin de plaine 15
  Vin de coteau 20

  Avec ces cours, le fermier peut payer convenablement la main-d'œuvre de ses aides, le loyer de la terre arable au prix de 25 francs l’hectare, l'entretien et l'amortissement du matériel ; il lui reste une petite rétribution pour ses soins de surveillance et sa part de travail manuel à peine suffisante, il est vrai, pour l'entretien de sa famille.
  Dès que ces prix-limites sont dépassés, ce qui est arrivé pour le vin de 1878 à 1883, les cultivateurs de France arrivent en grand nombre ; ils ne demandent pas de concessions gratuites, ils achètent des terres à leur convenance, ils ont le capital et l'outillage nécessaires à la mise en valeur du sol.

  Les ouvriers espagnols et italiens affluent dès qu'on leur offre du travail ; ils se fixent volontiers dans le pays et leurs enfants demandent la naturalisation.
  Le Parlement venait de nous accorder la taxe douanière qui frappe d'une taxe fort modérée l'entrée des céréales venant de l'étranger.
  Nous étions pleins d'ardeur, nous avions tous cette confiance que l'Algérie riche, peuplée formerait bientôt un véritable prolongement du territoire national.

  L'Algérie eut été bien et rapidement peuplée si nous avions eu, en 1884, à la tête des affaires, quelques patriotes acceptant les vieilles idées bien françaises d'Henri IV, de Sully, de Colbert, du maréchal Bugeaud.
  Quelques gros industriels de la Métropole furent effrayés de cette marche en avant.
  Ils persuadèrent à nos gouvernants imbus pour la plupart des théories empruntées au mercantilisme britannique et qualifiées libre-échangistes, qu'il fallait réformer l'assiette de l'impôt algérien, en augmenter le montant et surtout imposer l'alcool; car, si on n'y prenait garde, l'Algérie allait inonder la France de vins vinés en franchise de droits.
  Les distillateurs d'alcools de betteraves, de grains, de topinambours redoutaient aussi la concurrence des eaux-de-vie de vin.
  Cette crainte n'était pas fondée, mais elle démontre le grand intérêt qu'a le cultivateur français de pouvoir distiller lui-même sa récolte, d'obtenir d'un seul produit l'alcool, la viande et le fumier.

  Grâce à l'organisation des petites distilleries agricoles effectuées sous les auspices de M. de Bismarck, le cultivateur allemand gagne de l'argent en vendant la viande à un prix inférieur de 30 °/, à celui des marchés de France. On se pressa de publier à l'Officiel ce néfaste décret du 27 décembre 1884.
  Les bases de notre impôt communal furent bouleversées.
  Le droit de 5 f. par hectolitre perçu sur les vins pénétrant en Algérie était supprimé.
  Cette suppression avait pour but, nous disait-on, de faciliter aux vignerons du Midi l'écoulement de leurs vins en Algérie.
  Inutile de dire qu'elle ne leur profita nullement, la production française, à cette époque, ne suffisant pas à la consommation intérieure.
  Les étrangers seuls en bénéficièrent.
  Notre jeune production vinicole, arrêtée dans son développement, se vit accablée par la concurrence déloyale des vins d'Espagne et d'Italie additionnés d'alcools allemands, et, par ce privilège maintenu aux négociants de France d'alcooliser en franchise et jusqu'à 15° 9, tous les vins qu'il leur plairait d'expédier en Algérie.

  On avait perfidement introduit dans ce décret des dispositions spéciales permettant à l'administration de frapper quand elle le voudrait l'alcool d'un droit de 45 f., payable par le producteur agricole.
  On nous privait implicitement, mais sans oser le déclarer franchement, du droit de disposer de nos récoltes.
  Cette œuvre législative, conçue par quelques gros distillateurs qui nous offraient leurs alcools rectifiés à très bas prix, fut rédigée par M. le conseiller d'Etat Marquès di Braga et mise à exécution par M. le conseiller d'Etat Tirman, gouverneur général de l'Algérie.
  Elle arrêta net l'essor de la colonisation libre ; les achats de terrain, les défrichements, les plantations, les constructions rurales cessèrent brusquement.

  Un très grand nombre de cultivateurs français, déjà en Algérie à la recherche de propriétés ou de terrains à leur convenance, quittèrent le pays en prévenant leurs amis que l'Algérie a toujours constitué une sorte de traquenard agricole, que les lois politiques et économiques changent fréquemment; on ne peut songer à fonder des établissements sérieux et prospères dans un pays si instablement gouverné et administré; on a, au contraire, en y faisant de la culture, toutes les chances possibles de se ruiner.

  L'application de ce perfide décret du 26 décembre 1884 fut l'origine de cette crise qui, prolongée, aggravée par une série de mesures impolitiques, a déterminé la perte des colons les plus entreprenants.
  Tous ceux qui avaient eu recours au crédit ont été ruinés et expropriés ; la déconfiture, la misère attendent les plus sages, les plus résistants parmi les membres de cette démocratie agricole, sobre, économe, travailleuse, qui avaient eu foi dans la loyauté des promesses et déclarations gouvernementales.
  Si on ne veut pas voir, sous peu de temps, l'écroulement complet de cette institution de la colonisation algérienne si chèrement édifiée par l'administration, il faut mettre fin à une situation économique absolument intolérable pour les vignerons et les cultivateurs.
  Le seul remède est le relèvement du prix de vente des vins et il ne dépend pas entièrement de la volonté des députés de l'obtenir.

  Nous avons cependant la conviction que si un ministère, composé d'amis dévoués de l'agriculture, appliquait loyalement la loi douanière de janvier 1892 en faisant payer aux vins d'Espagne le tarif maximum; en tenant compte des différences provenant du change des monnaies, la loi Griffe et les règlements qui soumettent les vins artificiels de raisin sec, de glucose, de sucre à tous les droits d'octroi et de régie qui frappent les vins naturels, il y aurait un relèvement sensible dans les cours de nos vins.
  L'interdiction de vendre les imitations de vins sous le nom de vins de raisin frais, la suppression du privilège accordé aux négociants français d'alcooliser en franchise les vins qu'ils expédient en Algérie seraient des mesures utiles qui nous rendraient confiance et courage, car elles amélioreraient la situation actuelle.

  Nous serions heureux de voir Monsieur notre député se joindre au groupe de ses collègues du midi de la France pour réclamer la ferme application de toutes les lois protectrices du travail du vigneron.
  Nous voulons marcher d'accord avec les viticulteurs de France, nous acceptons même, s'ils le veulent, la suppression de ce droit, dénommé le privilège des bouilleurs de cru, à cette condition qu'il sera aboli simultanément en France et en Algérie.
  Nous espérons, Monsieur le député, que vous voudrez bien être persuadé que les rapports de MM. les membres de la Commission du budget algérien et notamment celui de M. Burdeau sont de magnifiques dissertations appuyées par des chiffres inexacts bien que très habilement présentés.
  Nous vous aiderons à redresser ces erreurs de statistiques et à dire ce qui est la triste vérité :
  La population agricole française va en diminuant rapidement dans nos campagnes ;
  La main-d'œuvre étrangère est substituée de plus en plus à celle de l'ouvrier français ;
  Les vignobles commencent à être abandonnés ou détruits ;
  La plupart des exploitations agricoles ne sont plus la propriété de ceux qui les ont créés, mais bien des capitalistes ou des sociétés de crédit qui ont été trop confiantes dans l'avenir agricole de l'Algérie.

  Nous disons trop confiantes ; en effet, donnez-vous la peine de rechercher dans les bureaux de la Conservation des hypothèques quel est le montant total de la dette qui frappe la propriété agricole ; comparez les chiffres des créances inscrites et les prix des ventes par autorité de justice des biens ruraux; vous saurez pourquoi les créanciers n'osent plus exproprier de peur de devenir propriétaires et colons à leur tour.
  Beaucoup le sont déjà et ils trouvent que cette situation de travailleur de la terre est des moins enviables.
  MM. les Ministres, MM. les rapporteurs du budget, MM. les Gouverneurs généraux proclament la richesse des agriculteurs algériens avec une grande éloquence et ils concluent : Colons algériens vous êtes riches, donc vous devez payer de gros impôts.
  Non, Messieurs, nous sommes pauvres, très pauvres.

  Nous reconnaissons avec vous que le montant des impôts que nous versons dans les caisses de l'Etat est moins élevé que celui qui est paye par nos frères, les agriculteurs de France, mais il est juste de reconnaître que le prix de vente de nos produits est beaucoup moins élevé.
  Nous vendons nos récoltes aux cours fixés par la place de Marseille, mais diminués par divers frais de courtage, de commission, de transport par mer.
  L'industrie n'existe pas en Algérie; nous achetons à la France tous les objets manufacturés et les matériaux de construction; les prix de France sont fortement majorés par le coût des transports maritimes, par les bénéfices des négociants en gros et au détail.

  Par cette opération de double échange, nous payons aux marins et aux commerçants de la métropole des sommes très considérables qui dépassent trois ou quatre fois la différence qui existe à notre avantage entre les quotités d'impôt payées par le cultivateur en France et en Algérie.
  Ces frais de transport payés à la marine française diminuent fortement les subventions que l'Etat doit consacrer chaque année à la conservation de la population maritime qui fournit les équipages de la flotte de guerre.
  Si les marins ne trouvaient plus de travail sur les navires marchands, ils changeraient forcément de métier.

  Le manque de sécurité pour les personnes et surtout pour les troupeaux et les récoltes impose des charges accablantes à la plupart d'entre nous.
  Nous pouvons vous donner le compte détaillé de ce que coûte la garde des moissons sur pied, des gerbiers, des jardins, des vignes.
  Pour un vignoble comprenant une superficie de 50 hectares d'un seul tenant, les frais de garde pendant le jour et la nuit, du 15 juillet au 15 septembre, s'élèvent à 1.200 f.
  Ces frais de garde montant à 25 f. par hectare sont beaucoup plus élevés pour les étendues inférieures.
  Il est regrettable que MM. les Sénateurs n'aient point visité, en 1892, les petites propriétés des colons ; ils auraient pris en pitié le sort de ces cultivateurs qui, après avoir travaillé tout le jour, sont obligés d'aller, armés de fusils et de revolvers, passer leurs nuits sur les places à battre, dans leurs vignes, dans leurs jardins.

  On s'étonne, après cela, que les hôpitaux regorgent de malades et que nos budgets communaux soient écrasés par les frais d'hospitalisation.
  En France il existe de bonnes chaussées garnies d'un solide empierrement, les transports par voitures sont faciles à toute époque de l'année.
  En Algérie la plupart de nos routes, départementales, vicinales, d'intérêt commun, se transforment, dès les premières pluies, en bourbiers semés de fondrières; les transports sont difficiles et très coûteux en hiver.
  A moins de vingt kilomètres, dans la plaine de Bône, des exploitations importantes desservies par un chemin d'intérêt commun paient 20 francs par 1.000 kilo. de vin transporté à quai depuis le 1ºr novembre jusqu'au 31 mars de chaque année.
  Pendant l'été ces mêmes transports effectués à travers champs, à côté de la route, bien entendu, reviennent à 6 francs la tonne.

  Le département de Constantine est sillonné de routes qui mettent en communication les communes de plein exercice avec la mer.
  Mais ces centres de production constituent des ilots au milieu de la mer formée par les terres Arch, improductives le plus souvent.
  Le développement du réseau de chemins présente un chiffre effrayant de kilomètres dont le plus grand nombre, au travers du territoire Arch, n'est que fort peu utilisé.
  On a voulu établir des routes à trop bon marché.

  Les cahiers des charges des chemins de fer du département de Constantine ont été si singulièrement rédigés que les Compagnies ont le plus grand intérêt à transporter un minimum de voyageurs et de marchandises.
  Quelques tarifs spéciaux ont, dans ces derniers temps, diminué d'une façon notable les prix du transport des produits agricoles sur la ligne du Bône-Guelma. Les ingénieurs et directeurs de cette Compagnie ont présenté des projets de tarifs acceptables.
  Les colons ont cependant encore, pour la plupart, grand avantage à transporter sur leurs voitures plutôt que par les voies ferrées.

  Les frais d'entretien des routes n'ont donc pas diminué, bien que le budget algérien paie aux Compagnies de chemins de fer une somme de 13.000.000 de francs pour combler le déficit provenant de l'insuffisance de trafic.
  Nous espérons que la nouvelle Chambre saura modifier ces étranges conventions, de telle sorte que l'intérêt des Compagnies en parfait accord avec celui des cultivateurs et de l'Etat, soit de transporter un maximum de voyageurs et de marchandises. Le Parlement s'est occupé de l'étude de ces questions dans sa session dernière.
  Nous pensons qu'il n'y a pas cent membres du Parlement de France qui se représentent exactement les charges, gènes et ennuis causés à la colonisation française par cette existence des terrains arch.

  Cet immense territoire a été, contrairement aux prescriptions de la loi musulmane, donné par Napoléon. III en toute propriété aux tribus qui paraissaient les occuper en 1863.
  Un Français n'a pas le droit de louer une parcelle de ces terres qui constituent le bien indivis de groupes de familles indigènes.
  La loi musulmane, commentaires du Koran par Sidi Khrelil, plus pratique que la loi française, édicte que tout champ appartenant à la communauté musulmane vivifié (défriché ou planté d'arbres fruitiers) sera la propriété Melk (propriété personnelle) de celui qui l'aura mis en valeur.

  Nous comptions que les républicains de 1892 avaient adopté les idées de la Convention Nationale de 1793 sur les inconvénients des biens de main morte (propriétés du clergé, des couvents, communales et autres).
  Nous étions dans l'erreur.
  MM. les membres de la commission sénatoriale de 1892, encore plus désireux que Sa Majesté Napoléon III, d'être agréables à MM. les membres et représentants de la Féodalité indigène, ont interdit ou arrêté le travail de la constitution de la propriété individuelle dans les terrains arch.
  Un des résultats de la suppression de ce travail est que le département de Constantine a payé des sommes énormes pour des constitutions de propriétés qui ont été effectuées surtout dans les départements d'Alger et d'Oran.

  On nous a laissés dispersés, entourés, noyés pour ainsi dire au milieu d'une population musulmane aussi nombreuse que celle des deux autres provinces.
  Il n'est pas inutile de vivre à petite distance du palais de Mustapha.
  On a dépensé dans les départements d'Alger et d'Oran des sommes très considérables en routes, travaux d'art, barrages gigantesques de retenue des eaux et canaux d'irrigation d'une exécution assez soignée.
  On n'a presque rien fait, proportionnellement, dans le département de Constantine.
  Le Conseil supérieur, composé en grande partie de fonctionnaires domiciliés à Alger, a toujours réservé à notre département de Constantine le rôle utile et modeste de vache nourricière du budget algérien.

  Le Conseil général de Constantine et M. le préfet Mengarduque ont obtenu, dans ces derniers temps, la cessation de quelques injustices et notamment une répartition équitable et légale des produits de l'octroi maritime. Mais la délégation de notre Conseil général constitue une si faible minorité du Conseil supérieur qu'elle doit très gracieusement, comme on le dit dans nos campagnes, offrir une grosse fève pour obtenir que la majorité lui alloue en échange un tout petit pois.
  Est-il bien équitable, ainsi qu'on l'a fait au Parlement de France, de rendre des agriculteurs français préoccupés uniquement de la mise en valeur des terres algériennes, conformément aux invitations réitérées du Gouvernement, responsables des folles dépenses, des erreurs économiques d'un personnel administratif choisi et dirigé par Messieurs les Ministres qui habitent Paris.

  Nous avons vu avec peine ces créations insensées de villages établis en des points d'une insalubrité notoire, dépourvus d'eau potable.
  Nous nous sommes élevés contre le gaspillage des fonds de l'État, de son domaine, de ses forêts, les fausses manœuvres, les travaux inutiles.
  On a ri de nos observations, nous étions des ruraux incompétents, des grincheux.
  Nous sommes traités comme des mineurs; nous voudrions être émancipés.
  On éviterait de bien lourdes fautes, si Messieurs du Parlement daignaient nous consulter au sujet des lois et règlements intéressant notre profession.
  Il serait bien facile de constituer des Chambres consultatives départementales d'agriculture, composées d'agriculteurs élus par des agriculteurs. Ces mandataires autorisés pourraient vous donner des avis utiles, vous aider dans l'organisation du Crédit agricole qui a fortement occupé Messieurs les députés de la précédente législature.

  Vous fournir des indications nécessaires pour la transformation de cette société musulmane féodale et fanatique dirigée par la noblesse d'origine militaire ou religieuse et sous l'influence des missionnaires Khouans. Nous n'avons ni haine ni mépris pour les indigènes; nous les traitons avec la plus stricte équité ; nous rendons justice à leurs bonnes qualités, ce sont des cultivateurs comme nous et nous souhaitons leur assimilation tout aussi sincèrement que Messieurs les délégués du Sénat.
  Vivant au milieu d'eux, nous connaissons leurs idées, mœurs, coutumes et caractères et nous seuls pouvons amener, avec beaucoup de temps, des modifications désirables.

  Pensez-vous, Monsieur le député, que cet antagonisme de races proclamé, ravivé par quelques bruyantes personnalités, dans des discours très retentissants, soit une action patriotique et bien méritoire ?

  La conscience publique reconnaît qu'il n'est pas juste de priver l'agriculture des avantages d'une représentation légale accordée au commerce et à l'industrie par la constitution des Chambres de commerce, des arts et manufactures.

  Vous savez, Monsieur, tout aussi bien que nous, que le crédit public est monopolisé au profit exclusif des commerçants et des industriels.

  Le papier agricole n'est pas accepté par les banques d'État, institution complètement maîtresse du crédit national par la concession du privilège de l'émission des billets de banque.

  Il est bien étrange de voir qu'un commerçant auquel on suppose la possession d'un capital de 10.000 francs obtienne sans frais, sur sa simple signature et celle d'un individu quelconque, 20.000 francs au moins de crédit, alors que l'agriculteur, maître d'un capital visible de 10.000 francs, ne pourra emprunter que 5.000 francs en se soumettant aux formalités longues et coûteuses d'un prêt hypothécaire.

  L'agriculture paie déjà beaucoup plus que sa part des impôts ordinaires ; elle est obérée par les frais de justice imposés par la loi aux licitations, partages, transmissions, vente des propriétés rurales.

  Nous réclamons l'égalité devant la loi et les règlements de tous les travailleurs de race française, quelle que soit leur profession.

  En résumé, nous comptons, Monsieur le Député, que vous consentirez de prendre l'engagement formel de :
  1° Soutenir énergiquement toutes les mesures d'administration ou de police capables d'assurer la sécurité des personnes et des biens, de réclamer, au besoin, la responsabilité des tribus ;

  2º Profiter du renouvellement prochain du privilège accordé à la Banque de l'Algérie pour demander l'inscription dans les statuts de l'obligation d'admettre, avec toutes les garanties de solvabilité et d'honorabilité nécessaires, les agriculteurs et les syndicats agricoles à l'escompte et au compte courant de cette Banque d'émission ;

  3º Demander la simplification des procédures, la diminution des frais de justice, la réduction des droits perçus à l'occasion des ventes et mutations de la propriété rurale; rendre cette propriété plus facilement transmissible par l'application de l'acte Torrens;

  4º Réclamer la prompte constitution de Chambres consultatives d'agricultures départementales composées de cultivateurs élus par des cultivateurs ;

  5° Vous joindre au groupe des députés des départements vinicoles pour exiger la loyale exécution des lois et règlements qui protègent le travail de l'agriculteur et du vigneron ;

  6º Insister pour l'application de peines sévères à tous ceux qui contreviennent aux prescriptions de la loi Griffe, qui vendent des boissons de raisin sec, de glucose ou de sucre sous le nom de vin ;

  7º Réclamer que les tarifs douaniers maximum et minimum soient augmentés de la somme provenant de la différence du change, afin que ces tarifs si modérés soient effectifs et réels. Demander l'application du tarif maximum aux vins d'Espagne et supprimer tous les tarifs de pénétration qui facilitent l'introduction des vins étrangers;

  8° Demander que le droit de distiller librement les fruits de sa récolte soit rendu au vigneron algérien, si le prétendu privilège des bouilleurs de cru est maintenu en France.
  Accepter la suppression de ce droit si tel est l'avis de la majorité des vignerons français ;

  9º Réclamer la suppression de ce privilège qui permet au négociant de France d'alcooliser en franchise de droit et jusqu'à 15°9 les vins qu'il juge convenable d'expédier en Algérie.
  Randon, le 10 août 1893.
  Le Secrétaire de la réunion,
  A BEUGIN
BONE. IMP. DU Courrier de Bône (PH. PUCCINI, PROPRIÉTAIRE)
Place d'Armes et rue Vieille-Saint-Augustin. 1893



CARTES POSTALES DE BÔNE
Envoyée par M. C. Ciantar

























BÔNE - Croix de Guerre
Envoyé par M. J.L. Ventura


 UN SQUARE DEMOCRATIQUE 
Par Guy ROQUE
ACEP-ENSEMBLE N°272, Mai 2010
                    Le square dit "de la République" se devait forcément d'avoir un autre visage que son vis à vis un tantinet "monarchique" honorant le Maréchal Valée. Si celui-ci se paraît d'un jardin évoquant son inspiration britannique, l'autre avait son côté jardin bien à la française ; mais il avait réservé un vaste espace à son côté cour pour accueillir plus largement les foules, ainsi d'ailleurs que le terrain s'y était offert depuis les origines.
             Lorsque les bambins se prenaient l'envie d'échapper à leur condition piétonnière et visaient plus haut, c'est bien là qu'on leur ouvrait horizon et promotions en les promenant sur des chars - enfin, des petites charrettes tirées par des ânes ou des chèvres, pour des considérations évidentes de proportions - ou en leur faisant enfourcher des destriers : d'accord, le destrier n'était, pour l’instant, qu'un âne placide, qui ne consentait jamais, en dépit d'incitations persistantes des cavaliers, à dépasser l'allure d'un chameau (très) nonchalant - dont il imitait d'ailleurs le lent mouvement de tangage sur la mer de sable. Qui veut aller loin ménage sa monture", devait se dire le palefrenier en gandoura qui ne lâchait pas sa bête d'un sabot....




              C’est encore pour la foule (des mélomanes du dimanche) qu'avait été édifié là un haut kiosque à musique coiffant superbement de prestigieux orchestres locaux où l'on aimait à reconnaître Untel (le cornet à piston), ou bien Untel (la clarinette), sans parler bien sûr de ce fameux chef d'harmonie dont la forte moustache scandait les frémissements de sa baguette autoritaire. Autour du kiosque, il n'y avait pas assez de chaises de square pliantes (et pinçantes parfois pour supporter tous les séants, de sorte qu'alentour des "nantis" se formait un promenoir stoïque, ou bien baladeur, tandis qu'en retrait, des bandes de gamins tournoyaient et piaillaient même à intervalles entre les "Chut !" courroucés des grandes personnes. C'est que, les autres jours, le kiosque leur appartenait, il servait de « bastion », avec assiégeants et assiégés hurlant jusqu'à I‘enrouement... ou I'arrivée du gardien en casquette officielle...

             Pour l'édification des foules avait été aménagé plus loin un large cercle de pierres romaines, sculptures, fûts de colonnes, chapiteaux et stèles, d'extraction locale, rappelant le prestigieux passé de Cirta. Au centre du cercle historique, une belle fontaine ruisselant de cascades portait à sa base des personnages mythologiques à demi drapés dans leur divinité et, au-dessus, disposés en auréoles, les mêmes mais encore enfants et tous nus.





             Non loin, une demi-rotonde à colonnes et arcs offrait une courbe de bancs aux dames accompagnées d'enfants venus jouer là dans un carré de sable ou courir derrière leur cerceau. Comme le cerceau (non pas le petit, à clochette, mais le grand qu'on mène à la baguette) les entraînait souvent hors de vue - et interrompait trop fréquemment le tricot ou la lecture des dames accompagnatrices - certaines avaient..."trouvé le truc,' (ou s'étaient passé la recette ?). Il suffisait de montrer du doigt, d'un air grave et entendu, aux jeunes candidats aux escapades, Ia dame-chaisière ratissant le square. Cette menue personne long vêtue de noir, portant un long sac noir en bandoulière, longeait Ies allées en furetant de ci, de là avec des mines plutôt sournoises : on aurait dit qu'elle cherchait à attraper quelque chose, ou bien quelqu'un. Peut-être même des enfants isolés, ou perdus ? On en venait à la redouter, cette fouine, à la guetter du coin de l'œil, et on galopait vers les jupes protectrices dès qu'on apercevait sa silhouette...


             Il y avait aussi des statues "modernes", dans ce square. Mais celle qui me fascinait, enfant, représentait trois musiciens arabes assis en tailleur sur un haut socle de pierre. Drapés dans leur burnous, le regard perdu, ils jouaient de leurs instruments traditionnels - enfin, ils faisaient "comme si", puisqu'on n'entendait rien : ils avaient dû être pétrifiés par un djinn ! A certains moments pourtant, ils semblaient sur le point de s'animer, surtout lorsque l'ombre du feuillage frissonnant sous la brise faisait courir des reflets sur leurs formes claires, sur leur visage, sur leurs mains... dont je guettais presque le mouvement qui allait faire couiner la raïta ou résonner la derbouka...

             A l'approche de l'été, ce square devenait le domaine des kermesses : associations diverses, sapeurs-pompiers, écoles surtout. Il se couvrait alors - côté cour ! - de baraques et de stands avant d'être envahi par une foule en liesse, et des gamins en délire, et des étudiants en folie : c'est que les jeunes gens, sur ce terrain propice, commençaient à "chasser" sérieusement un certain gibier bien tendre qu'ils n'approchaient que difficilement ailleurs ! Les stands de limonades étaient alors pour eux une sorte de lieu-test, en même temps que l'abreuvoir (l'oasis !) des gorges desséchées par l'agitation et les cris, la chaleur et la poussière. Après ces journées de déchaînement populaire, le côté jardin - à la Française - avait lui-même un air vraiment fatigué....
Guy ROQUE
    


La grande poste
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°179 - novembre 2009
     
             L'hôtel des postes constitue un repère central de l'urbanisme européen outre-mer. C'est le cas à Alger où la grande poste occupe un lieu stratégique.
             Sa construction, à partir de 1910, marque une étape dans l'expansion de la ville et le renouvellement de son image urbaine. Son style si particulier, défini comme néo-mauresque, est une tentative de réinterprétation de l'architecture traditionnelle. Un véritable palais pour des PTT triomphants.


             L'extension des services postaux et télégraphiques est un indicateur de progrès fréquemment repris par les publications officielles du Gouvernement Général de l'Algérie. En effet, l'expansion du réseau des bureaux de poste et du télégraphe suppose la pacification intérieure et un contrôle effectif du territoire ; son développement pose les bases de I'implantation de colons et de l'exploitation économique. À l'origine la poste dépend du trésor aux armées, puis un décret du 10 mars 1860 en fait un organisme civil ; la colonie compte alors 97 bureaux. Lorsqu'en 1881, le service des postes et télégraphes est directement rattaché à l'administration de métropole, l'Algérie dispose de 295 bureaux.

             La progression est constante pendant les décennies suivantes. En 1937, le Rapport sur la marche générale des services des Postes Télégraphes & Téléphone d'Algérie recense 753 bureaux et 1917 boîtes aux lettres. Le nombre d'objets transportés dépasse 113 millions ; 240 services automobiles et seulement 14 à cheval et 18 à pied assurent leur acheminement terrestre. Autre indice de modernité, le poids des dépêches avion est en progression constante, à 15.186 kg en 1931 pour les quatre lignes desservies: Algérie-France (94 % du total), Algérie-Congo, Oran-Maroc et Alger-Constantine-Bône-Tunis. En 1950, les trois départements algériens sont desservis par 818 bureaux de poste.


             À Alger, au lendemain de la conquête, la ville européenne se construit à la périphérie de la Casbah.
             Le premier bureau de poste ouvre vers 1845, rue Jean Bart, la ville s'étendant à l'ouest de la porte Bab-Azoun, un nouvel Hôtel des postes est érigé dans ce quartier en 1860, déplacé en 1879 à l’angle de la rue de Strasbourg, le bureau prendra ultérieurement ce nom. En cette fin du XIXème siècle, une intervention radicale, de type haussmannien, restructure le tissu urbain existant : des voies sont percées, des rampes relient la ville au port, des bâtiments sont renversés ou transformés.


             De 1900 à 1910, 66 nouvelles rues sont créées. À l'image des nombreuses communes de métropole démantelant alors les ouvrages à la Vauban, en 1893 le déclassement définitif par l'armée des anciens remparts d'Alger puis leur démolition ouvrent de nouveaux espaces d'urbanisme, en particulier une extension au sud, l'ouverture du boulevard Laferrière et le développement du quartier d'Isly. De grands projets structurent et jalonnent cet espace privilégié: la nouvelle préfecture, La Dépêche algérienne, la grande poste ... Afin de dégager le maximum d'espace, on rase même une chapelle anglicane construite en 1870 sur la partie basse du terrain.
             La construction du monument dédié aux Postes, Télégraphe et Téléphone est réalisée par les architectes Jules Voinot et Marius Toudoire, de 1910 à 1913.

             La grande poste constitue un repère central à la croisée d'axes majeurs de la vie algéroise, les rues d'Isly et Michelet, le boulevard Laferrière. C'est aussi un joyau de l'urbanisme du moment.

             Joyau de l'urbanisme
             En ce tournant du XXème siècle, le style néoclassique qui s'imposait depuis la conquête, s'estompe progressivement au profit d'une architecture orientaliste. À partir de 1905, plusieurs circulaires successives du gouverneur général Jonnart officialisent l’intégration aux projets de bâtiments publics d'éléments architecturaux néo-islamiques. " Les édifices publics de style néo-mauresque constituent les nouveaux repères de l'Alger moderne, et confèrent à cette cité la dimension patrimoniale qui lui manquait jusqu'alors". Même si certains détracteurs qualifient les édifices néomauresques de pastiches, ils n'en continuent pas moins à fixer l'image du paysage urbain algérois. Le langage néo-mauresque est une démarche à tendance humaniste, une tentative de récupération et de réinterprétation des valeurs du patrimoine architectural et urbain traditionnel dans une forte volonté d'arabisation du cadre bâti. Pour autant, ces édifices ne sont la copie d'aucun monument arabe existant. Les architectes parent de décors islamisants des structures Art nouveau qui font largement appel aux charpentes métalliques et dégagent de vastes espaces indispensables à la destination contemporaine de constructions telles que gares, théâtres, hôtels de ville ou bureaux de poste, fonctions nouvelles sans équivalent dans le patrimoine traditionnel de l'Afrique du Nord.
             La façade de la grande poste, bâtiment de prestige, allie la symétrie de tradition européenne classique aux attributs de l'Orient : vaste coupole à nervures d'inspiration byzantine, faux minarets, arcs outrepassés brisés.

             Couronnant l'édifice, la galerie à colonnes jumelées et balustrades métalliques est soulignée sur toute sa longueur de bandeaux de faïence verte portant, en arabe, les noms des principales villes d'Algérie. Des escaliers de marbre conduisent au parvis et au porche décoré de trois arceaux ouvrant sur trois voûtes brodées d'arabesques et d'épigraphies, et reposant sur des colonnes aux chapiteaux de marbre ciselé. Suivant la formule hispano-mauresque, le décor est polygonal, floral et épigraphique. L'épigraphie est somptueuse. Sous le porche, autour des trois portes d'entrée en bois précieux " Le télégraphe et le téléphone l'ont créé" est inscrit sur le petit et le grand arceau. La même inscription se retrouve à l'intérieur et dans des cartouches polychromes " La hauteur de la construction qui a embelli l’œuvre, avait été choisie par le Gouverneur Général Jonnart. Autour de ces cartouches, en caractères andalous imitant une broderie est écrit (" Il n'y a de puissant que Dieu ", " Le pouvoir éternel lui appartient" et au-dessus en hautes lettres claires " Dieu est vainqueur ".
             Cette dernière inscription se renouvelle en haut du mur et sur le pourtour du hall. Le décor lui-même a un sens religieux " Les lignes de la polygonie évoquent l'idée divine; le bouquet est le symbole de la prière; le cyprès celui de la délivrance de l'homme et l'étoile un symbole d'adoration "... qui ressemble à une mosquée.


             Dès l'entrée, le visiteur est impressionné par la salle centrale couverte d'une coupole octogonale, les jeux de la lumière, la délicatesse et l'ampleur du décor: "
             J'ai rejoint la RP d'Alger. C'était un bâtiment particulièrement beau, ressemblant plus à une mosquée qu'à un bureau de poste ! Les arcades faisaient le tour des guichets, formant ainsi un cercle de plus de 30 mètres de diamètre. La coupole était formée de stucs ouvragés et peints, représentant des motifs arabes : une splendeur.
             Les guichets étaient faits de bois dur et foncé, toujours astiqués. Un immense lustre de style arabe pendait au centre de la coupole " se souvient un postier qui y était affecté à la toute fin de l'administration française.



             Dès 1914, Henri Klein, en donne une description enthousiaste: " Ce qui frappe particulièrement, c'est cette coupole dont la superbe décoration en entrelacs géométrique rayonnant, une polygonie exquise aux enchevêtrements savants, jaillit de son centre où s'attache un pendentif pour s'épanouir ensuite sur un premier cercle paré de pommes de pin, puis sur un second constellé d'étoiles, et enfin sur cette admirable couronne de stalactites.
             L'ornementation des parois, d'inspiration andalouse, évoque le palais de l'Alhambra : soubassement des murs en faïence polychrome surmonté d'un décor de stuc finement ciselé. Une annexe pour les chèques postaux édifiée par Voinot occupe l'emplacement de l'ancienne église anglicane, du côté de la rue de Constantine.

             La grande poste d'Alger devient le plus important bureau de poste français après celui de la rue du Louvre. On peut s'étonner qu'inlassablement reproduite en carte postale, elle n'ait pas été, avant 1962, le sujet d'un timbre algérien, contrairement à la poste de Casablanca représentée dès 1933 dans une série du Maroc. Il est vrai que jusqu'aux années 1950 les figurines algériennes, exotiques, pittoresques ou convenues, font la part belle au double héritage mis en exergue par la politique officielle, les antiquités romaines et le patrimoine arabe.
             En architecture pourtant, avec la célébration du centenaire de l'Algérie en 1930, la tendance néo-mauresque entame un déclin progressif laissant place à un mouvement moderniste exaltant le caractère méditerranéen.

             Certes, à l'exposition de 1931, ce sont encore des répliques de monuments musulmans" en particulier le minaret de la mosquée de Sidi Abderhamane d'Alger, qui signalent le pavillon de l'Algérie dans la section de la France d'Outre-mer. Mais il y a eu débat, les milieux européens regrettant que l'on sacrifie une fois encore au pittoresque avec le rappel des architectures traditionnelles. C'est pourquoi l'Algérie a un second pavillon dans la section des régions de France : " consacré à l'activité moderne " il présente artistes et vins ... Encore au printemps 1944, lorsque la Ville de Paris envisage une exposition philatélique ayant pour thème La France et son Empire avec émission de vignettes souvenir, le projet retenu, jamais émis, représente la Casbah, l'Arc de triomphe de Timgad et la villa Abd-el-Tif.

             Certains membres de la commission d'organisation avaient pourtant souhaité " représenter l'effort colonial français en Afrique du Nord par des édifices administratifs, des barrages ... plutôt que des monuments antiques.

             Au fil des ultimes années de l'Algérie française, les tensions et les tragédies n'épargnent pas la grande poste. Claude Molina, le postier ébloui par les fastes du bâtiment, se souvient des derniers temps d'Alger RP, alors qu'il est affecté au guichet de la poste restante, fréquenté par les travailleurs venus de métropole, les représentants de commerce, les adultères, les prostituées, mais aussi les clandestins, en particulier les membres de I'OAS objets d'une étroite surveillance des services spéciaux. La grande poste est à deux pas du gouvernement général, au carrefour stratégique de grandes artères : les Barricades se dressent non loin, puis le 26 mars 1962, elle est le décor de la fusillade de la rue d'Isly qui fait plus de 100 victimes parmi les Français d'Algérie venus manifester pour libérer Bab-el-Oued de son blocus.

             Avant la fin de 1962, les derniers postiers français non coopérants quittent Alger. En toute hâte, les dossiers personnels de tous les agents des PTT d'Algérie, gérés jusque-là par la direction centrale d'Alger, sont évacués. Trois ou quatre voyages d'un camion postal sont nécessaires pour les acheminer jusqu'au câblier Ampère, puis ils sont expédiés vers le ministère à Paris afin de faciliter le reclassement des agents rapatriés. Le reste des archives postales est laissé sur place. Postalement, la surcharge EA (Etat algérien) sur les timbres français marque le tournant définitif de l'indépendance. La grande poste demeure cependant un édifice cher aux Algérois. Et, depuis quelque temps, des voix se font entendre pour un classement de ce monument.
François Chauvin
    


 
Piqûre de rappel VERITAS N°149 Janvier 2010
Envoyé par M. Alain Algudo
Pour deux peuples frères !
« Le mal absolu ! »

         La narration d’une histoire commune passe hélas par d’inévitables évocations de moments douloureux, cruels, voire insupportables pour les victimes, leurs familles et leurs proches. Mais personne ne pourra jamais contester que le ressenti de chaque parti doit se concevoir partagé et que la peine, la révolte devant l’insoutenable ne peuvent être l’apanage que du côté auquel on appartient. Il nous faut donc faire, ensemble, la part des choses.
         Alors dans la réflexion imposée par le temps qui passe, nous pouvons nous rendre compte, qu’effectivement, nous avons été les jouets et les victimes d’un double « mal absolu » qui a exclu, avant d’agir, tous comportements que des êtres normalement constitués ne peuvent et ne pensent même pas mettre en œuvre. Cet état de schizophrénie, marque de fabrique de tous les dictateurs qui parsèment l’histoire de l’humanité a généré pour nous un cataclysme humain, tremblement d’âmes dont les répliques n’ont cessé de se faire ressentir de nos jours.

         La tragédie de nos deux peuples a commencé en 1954 par un conciliabule secret de machiavels qui terminèrent en criminels associés !
         De notre côté, une orchestration sournoise en 1945 à Sétif occasionnant un massacre sans nom dont furent victimes non seulement des européens mais encore plus de musulmans fidèles à la France, suivi par une réplique de maintien de l’ordre à une révolte sciemment organisée par l’autre côté, et amplifiée exagérément par médias interposés qui portent la plus lourde responsabilité du soutien révoltant aux instigateurs : celui d’une information tronquée, mais peu leur importe, encore aujourd’hui, que sans l’intervention des forces de l’ordre à cette époque cela aurait été une innommable boucherie. L’éloquent et remarquable ouvrage de Maurice VILLARD sur cette tragédie mérite amplement que l’on s-y arrête, le drame est suffisamment terrifiant et lourd de conséquences pour ne pas rester dans la rigueur historique !
         Certes les raccourcis sont faciles, mais les faits sont là : « le commencement de la fin » était en route, le premier tour de manivelle du processus d’un film dramatique, qui devait durer 17 ans, venait d’être donné.
         Ensuite un enchaînement de preuves indéniables de connivences allait voir le jour au cours des événements tragiques dans les années qui suivirent.
         Les deux partis savaient que le point de non retour était arrivé.

         Et ces premiers événements où les victimes innocentes d’un côté, voyaient soudain de manière imprévisible la terreur s’abattre sur eux, et en face des « exécutants », clones de ceux qui allaient se « distinguer » à El Halia et ailleurs, téléguidés par des pleutres bien à l’abri, ceux qui savaient que le sang engendrait le sang, ce sang qui ne cessera plus de couler dans des conditions effroyables avec les résultats que nous connaissons aujourd’hui : le malheur de deux peuples vivant majoritairement en symbiose, puis manipulés ; l’un, déraciné et traumatisé à jamais, l’autre, cherchant sa survie dans la fuite…par tous les moyens, même souvent au prix de sa vie, fuyant ce qui ne fut, fugacement, qu’un mirage qui se transforma, au fil des ans, en une indépendance cauchemardesque.
         Et les responsables de ce scénario catastrophe, que deviennent-ils ?

         Que deviennent les auteurs d’une tragédie où leur implication mortelle à des fins personnelles inavouables au détriment de deux peuples crédules, ne fait plus aucun doute, l’actualité nous le prouve journellement.
         La simple logique, vu les résultats catastrophiques, voudrait que plus d’un demi-siècle après, ils soient relégués à une retraite honteuse forcée, ou condamnés ……Eh bien non, des deux côtés de la rive nos deux peuples souffrent, eux persistent dans leurs agissements coupables et nous assistons encore au spectacle de leurs effusions indécentes pour les familles des victimes, faisant abstraction totale du résultat mortel de leurs forfaitures communes impunies !

         Non seulement l’idéologie perdure de notre côté par le biais d’un héritage que nos édiles ne renient pas, au contraire, puisque le responsable suprême est fait héros d’une nation conditionnée faisant d’un criminel de guerre avéré une icône posthume.
         De l’autre côté, les responsables directs des exactions meurtrières sont toujours en place, mais même si cette présence digne de toutes les Républiques bananières, sans partage, et à vie n’est plus notre affaire, nous constatons que les tueries n’ont pas cessé, et un immense désarroi précipite des masses malheureuses vers « l’Eldorado » des anciens « colonisateurs, » remplacés par une néo-colonisation asiatique qui fait « rire jaune » (c’est le cas de le dire) une jeunesse victime d’un des taux de chômage les plus élevés au monde. Nous n’irons pas plus loin dans la dénonciation de l’état dans lequel se trouve notre pays natal placé aux premières places mondiales de l’insécurité de la corruption et des émigrations massives dont la misère est la cause, il suffit de lire leur presse nationale, terribles constats d’un pays à la dérive.
         Alors que penser de ceux qui se gargarisent encore, des deux côtés de la rive, d’avoir « libéré » un peuple et les autres de s’être libérés du « joug du colonialisme ? »
         Doit-on les qualifier d’aveugles ou d’irresponsables ? Pas du tout, ils affichent leur « fierté » du résultat obtenu et s’entendent, malgré les apparences, comme larrons en foire.

         Devant un tel résultat cataclysmique qui a ouvert « la boite de Pandore » faisons un retour en arrière, oh ! pas trop loin, car tout a été dit et prouvé sur certains actes de lâchetés, de forfaitures, de reniements, de mensonges et de crimes précédant 1958, mais simplement depuis les événements du 13 mai, ou l’espoir trahi :
         Son « Je vous ai compris » de sinistre mémoire, sonnait le glas de l’Algérie Française et ceux qui n’étaient pas dupes, les rares visionnaires connaissant sa duplicité, savaient que c’était le tocsin qu’il fallait donner, l’ennemi public de deux peuples venait de surgir, ses mains tendues ne nous étaient pas destinées, ses mensonges étaient le message attendu par ceux d’en face, ainsi des larmes de sang allaient commencer à couler.
         Il était dit, il était écrit que nous serions tous victimes de ces hommes sans foi ni lois, fait pour se rencontrer dans d’inavouables besognes.

         Il était dit, il était écrit que la solution la plus pacifique, réalisable pour des hommes normaux faisant passer la paix avant les ambitions personnelles, ne pouvait convenir aux rêves de « grandeur » et de « libération » de PARIS et du CAIRE, et pour cela il était exclu pour eux de faire appel aux plus pacifistes des protagonistes qu’ils n’eurent cesse d’éliminer, le plus souvent physiquement, pour arriver à leur fin.
         Alors aujourd’hui nous sommes en mesure d’affirmer qu’une simple politique de franchise immédiate après la date propice du 13 mai 1958, quel qu’en soit le prix à payer pour les égos, une simple mise noir sur blanc d’un plan d’accession à la transformation d’un statut de dépendance vers celui d’une indépendance au bout d’une période raisonnable à déterminer, avec une garantie respectée de protection des personnes et des biens sur place, même en employant des moyens coercitifs s’il le fallait, et d’un accueil fraternel et dédommagé en Métropole pour ceux qui s’y refuseraient, des éléments clés qui, même s’ils avaient entraîné des réactions violentes des plus radicaux d’entre nous, n’auraient jamais été à la hauteur du terrible drame qui s’ensuivit.

         Songeons aux milliers de morts dans les deux camps évités, aux opérations militaires inutiles avec leur corollaire tragique des morts inutiles dans les deux camps, aux attentats et aux représailles FLN/OAS qui n’ont plus lieu d’être ; pas de 26 mars, pas de 5 juillet, pas de massacres de harkis, pas de « corvées de bois », et aujourd’hui encore bon nombre des nôtres conservant leurs racines, leur cadre de vie, leurs amis et leurs cimetières.
         Mais ce rêve est passé, car le diable est le père des cauchemars, et le nôtre un monstre l’avait programmé ; la duplicité de ses déclarations ne pouvait nous parvenir qu’après avoir passé les portes de l’enfer : Ainsi naissait une immonde trahison que, depuis un demi-siècle, les différents gouvernements et les médias complices cachent encore sciemment au peuple Français et au monde entier. Un silence qui transforme la lâcheté d’un abandon en victoire, et la calomnie des victimes diabolisées en alibi d’une politique criminelle en l’état !
         Nous pourrions, à foison, de Novembre 1956 au 22 octobre 1960, citer des déclarations fracassantes et sans ambiguïté venant d’abord de Michel DEBRE, puis du Chef de l’État, mais à quoi bon se répéter, le bon peuple de France a besoin de ce héros préfabriqué. Alors son revirement total et soudain où la bête cachée en lui a montré sa vrai face, installant méthodiquement et inexorablement son plan mûri depuis de longues années transformant, à la suite d’un référendum violant la constitution, une victoire militaire écrasante en déroute politique, alors qu’en même temps la répression s’abattait en complicité avec celui devant lequel sa ceinture ne retient plus rien. On expulse, on interne, on pourchasse, on livre parfois à l’ennemi, on fusille finalement ceux qui se sont opposés par les armes à la perte de leur parole d’honneur donnée à ceux qu’on livre en même temps aux égorgeurs, par une déclaration sans ambiguïté dévoilée en son temps par l’académicien Éric ROUSSEL.

         Apprenant par Michel DEBRE que les Français se faisaient massacrer à ORAN le 5 Juillet 1962, il répondit : « Eh bien, ils n’avaient qu’à rentrer avant ! », « s’apitoyer » étant un mot inexistant dans son vocabulaire, comme sa répartie à Alain PEYREFITTES l’avait prouvé.
         En connaissance des ordres de non intervention donnés aux forces de l’ordre auparavant, les intentions génocidaires de l’énergumène n’offrent plus l’ombre d’un doute : Sa déclaration d’amour pour ORAN du 7 juin 1958 allait se terminer par un baiser mortel !!!
         Mais que pouvons-nous attendre aujourd’hui encore de celui qui préside la Nation, Nicolas SARKOZY, quand on connaît l’étendue de ses déclarations et lettres compassionnelles de promesses d’Avril 2007, quand on sait que le 5 Décembre (aïe, ça fait mal) de la même année, il déclarait dans son discours à l’Université de CONSTANTINE au début de son allocution : (vous êtes bien assis ?) :
         « Monsieur le Président de la République, Cher Abdellaziz, ( j’allais écrire Adolphe), qu’il me soit permis en commençant de vous dire mon amitié, mon respect et mon admiration ! »

         Par pitié pour votre taux d’adrénaline J’arrêterai là la narration de ce discours !
         Alors la complicité avec l’ennemi pour combattre les patriotes fidèles à la parole donnée étant avérée, la complicité dans les 26 mars et 5 juillet 1962 étant avérée, la complicité dans les massacres des harkis étant avérée, la complicité dans les milliers de disparitions étant avérée, la complicité dans l’abandon des soldats Français prisonniers du FLN étant avérée, cette complicité l’étant tout aussi maintenant par ses héritiers pour faire le silence sur cette entente criminelle, un silence de cimetières !
         Les récentes initiatives de rapprochements unilatérales, pleines d’effusions et de mea culpa, de toute la classe politique Française au nom de cette sacro-sainte « raison d’État » inoxydable et pour d’autres raisons qui puent l’arrivisme électoral, prouvent que plus aucun doute ne subsiste.

         Mais que peut-on espérer d’héritiers d’un parjure au pouvoir absolu et de ceux qui depuis un demi siècle maintenant, sont le pouvoir absolu ; que peut-on espérer en effet, sinon la démonstration de la représentation complice encore vivante sur les deux rives d’un état de fait qui ne peut générer pour l’avenir que :
« LE MAL ABSOLU !!!
Alain ALGUDO
Président C.D.F.A./U.C.D.A.R.A
Vice-Président de VERITAS
Rédigé à Béziers le 19 décembre 2010


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ECOLE Caraman 1949 - primaire ?

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ANGOISSE
De Jacques Grieu


Beaucoup de gens ont peur ; peur du matin au soir.
Tête dans les épaules, ils n’ont plus même l’espoir
Qu’un jour cela s’arrête et qu’ils puissent souffler,
Goûtant enfin le calme en un monde apaisé.
De multiples raisons justifient cette crainte,
Excusant leurs soucis, leur mal-être et leurs plaintes :
Les guerres, les privations, les crises, les exactions,
Notre époque est remplie de toutes ces questions.

Mais d’autres, sans raisons, sont tout glacés d’effroi.
Tout leur semble agression, ils ne savent pas pourquoi.
Des raisons, ils en trouvent ou bien ils en inventent,
Sans que leur peur ne cesse ou le calme ne se sente.
D’où vient cette impression, cette insécurité,
Ce permanent tourment, minant leur société ?
Peut-être de complots, de louches intentions ?
Elles viendraient de l’État, de ses institutions...

Avoir peur de son ombre est un mal répandu,
Et même Lucky Luke voulait tirer dessus.
« Avoir peur, c’est aimer. Donner peur, c’est haïr »
Beaucoup de gens sont morts de la peur de mourir...
La peur d’être déçu, bien souvent rend méchant.
« Sang-froid vient en osant et peur en hésitant ! »
La crainte de son moi est un révélateur :
C’est bien la peur de soi dont on a le plus peur...

La peur de mal vieillir nous vieilli plus que l’âge ;
Mais « n’avoir peur de rien » est bien loin du courage ;
C’est, en réalité rien qu’un aveuglement
Ou bien la hâblerie de celui qui se ment.
Bien des gens sont honteux de se voir effrayés,
Et la peur d’avoir peur les rend paralysés.
La peur de réussir cause souvent l’échec :
C’est le plus sûr moyen de tomber sur un bec.

La peur, c’est la « phobie » : on en a mille sortes
Pas toujours bien connues mais que la langue apporte.
La caïnophobie est peur des nouveautés
Et l’atychiphobie n’est que la peur d’échouer.
Si l’arachnophobie est peur des araignées
L’athazagoraphobe a peur d’être oublié.
Et la scopophobie est la peur d’être vu,
Arrêtons les phobies, nos oreilles n’en veulent plus !

La prudence elle-même provient de l’anxiété :
Sur la pointe des pieds, elle en est bien l’effet.
Autant que le covid, la peur est contagieuse,
Mais sa vaccination reste toujours trompeuse.
S’inspirer du passé est peur de l’avenir
Et empêche d’oser pour pouvoir conquérir.
Pourquoi sommes-nous nés ? Serait-ce un châtiment ?
C’est que la peur de vivre est notre grand tourment…
Jacques Grieu                  



Pourquoi n’enseigne-t-on pas
L’histoire des Barbaresques à l’école ?

      Un de nos lecteurs nous a fait parvenir cette excellente vidéo de 10 minutes, évoquant l’histoire des Barbaresques, et expliquant comment, pendant trois siècles, ces attaques ont marqué la Corse, et notamment le fait que de nombreux villages ont été construits dans les montagnes, et pas en bord de mer.
      Les Barbaresques ont duré trois siècles, et n’ont pris fin qu’en 1830, quand Charles X a envoyé l’armée française prendre Alger et en chasser les Turcs qui occupaient le pays et menaient ces attaques qui ont fait plus d’un million de prisonniers européens, devenus esclaves pour les hommes, les femmes étant livrées dans les bordels et les harems.

      Parmi les plus célèbres prisonniers, Cervantès, auteur de Don Quichotte, et Saint-Vincent de Paul. Et pourtant, dans nos écoles, cette histoire pourtant capitale pour notre pays et notamment pour le Sud de la France n’a jamais été enseignée. Christine Tasin avait montré, dans un article remarquable, que la victoire de Poitiers faisait partie des programmes scolaires, de tous temps, et qu’elle a été à présent totalement édulcorée afin de ne pas heurter les jeunes arabo-musulmans, de plus en plus nombreux dans nos écoles.

      La grande Bat Ye’Or nous a expliqué qu’Eurabia, en 1973, impliquait de valoriser la culture arabo-musulmane et d’expliquer que l’islam avait toujours fait partie de l’histoire de l’Europe, alors que son seul apport ont été les guerres perdues de Poitiers en 732, de Lépante en 1571 et surtout de Vienne en 1683. Trois dates qui sont occultées des programmes scolaires, et on n’explique pas à nos élèves les enjeux civilisationnels de ces trois victoires.

      C’est la même chose pour les Barbaresques, car enseigner aux élèves français ces trois dates serait tordre le cou à toute la culture de culpabilisation et de repentance qu’on inflige à notre pays et à nos enfants dans les programmes de l’Éducation nationale – que nous appelons Éduc Naze – depuis que les gauchistes ont pris le contrôle de l’école.
      Enseigner les Barbaresques à l’école, faire des émissions historiques dans les médias officiels remettrait les pendules à l’heure, expliquerait l’histoire du colonialisme avec un autre regard que celui imposé par les Macron, Mélenchon et Stora, et réhabiliterait l’histoire de notre pays, montrant notamment sur l’esclavage une autre réalité que celle imposée par le narratif gauchiste habituel.

      Mais il est vrai que la loi du nombre compte et que, dans de nombreuses écoles, les enseignants préfèrent ne plus enseigner la Shoah, pour ne pas provoquer d’incidents et de propos ouvertement racistes et antisémites, voire négationnistes, de la part des élèves musulmans. On peut donc penser qu’évoquer l’histoire des Barbaresques, voire enseigner aux élèves l’histoire des crimes et des razzias musulmanes vaudrait à nombre d’enseignants quelques soucis, menaces, voies de fait, voire pire…
      Et pourtant, il faut que des millions de nos compatriotes voient et revoient ce film de Charly Cassan, de 2013, « La Valise ou le Cercueil » qui tord le bras aux mensonges historiques des collabos de gauche et des soumis de droite.

      Conclusion : la France ne redeviendra la France que lorsqu’elle sera désislamisée, et elle ne sera désislamisée que lorsqu’elle aura procédé à une remigration massive.
CYRANO


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Surmenage
De Jacques Grieu

De tout, on se fatigue, prétendaient des anciens ;
« Et même du bonheur », en rajoutaient certains.
Le fait de travailler, évite de penser,
Mais la grande paresse n’apporte pas d’idées.
Un cerveau bien soigné ne se fatigue pas ;
Et même l’insomnie ne le rend pas si las.
C’est quand on ne fait rien qu’on se fatigue le plus.
Mais trop de harassement devient coup de massue !

La paresse ne peut pas se passer du travail :
Pour bien se reposer et que tout l’esprit aille,
Il faut que tout le corps ressente la fatigue,
Que pour les courbatures, bras et jambes se liguent.
Il faut pourtant savoir, sur ce point, rester sage :
A trop faire le ménage, on risque le... surmenage !
Est-ce excès de repos ou le mauvais sommeil ?
Trop de jours de congé ? Trop de siestes au soleil ?

Je me sens fatigué, en grande lassitude
De chercher, du sommeil, toute la plénitude...
Si lire entre les lignes fatigue moins les yeux,
Il épuise l’esprit en questionnaires fumeux.
Ce qui fatigue le plus est souvent trop d’ardeur ;
La précipitation est un courage trompeur.
Si penser nous fatigue, c’est qu’il faut penser mieux:
Penser fort au néant, aux vides ténébreux !

Le bras droit fatigué ne doit pas inciter
À « passer l’arme à gauche » pour se défatiguer !
Si la douce paresse amène trop d’inertie,
C’est par grande fatigue que se soigne l’énergie…
La fatigue de l’âme s’appelle la tristesse ;
C’est celle de l’esprit qui est la vraie paresse.
Donc le travail fatigue ; mais le repos aussi !
Quelle est la solution pour un somme réussi?

Le travail reposant ? Le repos fatiguant ?
Tout labeur est lassant, toute grève également.
On se sent doute mieux, fatigué mais heureux,
Plutôt que reposé, relax, mais malheureux.
La vie n’est, après tout, qu’un très long processus
Menant par la fatigue jusqu’au grand terminus…,
Celui de l’épuisement d’un cœur trop éprouvé,
Qui est celle du ressort cent mille fois comprimé.

Blessures, deuils et malheurs veulent alors le briser ;
La mort fait-elle moins peur quand on est fatigué ?
Jacques Grieu                  


MON PANTHÉON DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE
DE M. Roger BRASIER
Créateur du Musée de l'Algérie Française

A SUIVRE


Draâ-el-Mizan
PNHA - N'179 - novembre 2009
(le fléau de la Balance),
centre de plusieurs routes nationales

     
            Situé dans le Djurdjura occidental, Draâ-el-Mizan se situe à 2147 m avec ses ruines romaines et ses forêts de cèdres. C'est là que fut créé le 1er régiment de Zouaves en 1852.
            Durant la période française, il est très important de dire que la Kabylie était subdivisée en quatre cercles : le cercle de Tizi-Ouzou, celui de Fort-National, celui de Dellys et enfin celui de Draâ-el-Mizan, auxquels étaient rattachées plusieurs tribus de même que Palestro. Le nom officiellement a d'abord assigné ce centre était Nadeur Amar Aberkane, auquel se substitua officieusement celui de Thala n'Doukart, source située à l'ouest du village, puis plus tard celui de Draâ-el-Mizan, le nom d'une crête voisine. Plusieurs tribus relevaient directement du chef d'annexe après sa création en 1869. Il s'agissait des Nézlioua, des Harchaoua, des Abid, des M'zala, de la confédération des Guechtoula. Et bien d'autres ..

            Draâ-el-Mizan ne date pas de l'époque française. Entre 1567 et 1568, les Turcs établiront des beys à Constantine, l'une des routes qu'ils empruntaient passait par Tizi-Nath Aïcha, l'actuelle Thénia puis Chabet-el-Ameur, Tachentirt (Draâ-el-Mizan), le Souk Hamza, l'actuelle Bouira et l'Ouennaoura. En 1842, les Français installèrent un camp d'observation en lieu et place de ce qui deviendra par la suite le village de Draâ-el-Mizan. Le 15 novembre 1851, ce camp se transforma en annexe sous le commandement du capitaine Beauprètre.
            Une longue histoire
            Bâti par les Turcs pour observer les Guechtoula et la vallée de l'oued Bor'ni, le fort remplaça une simple enceinte. élevée. plus bas, et que la garnison avait abandonnée après, le massacre d'une partie des siens.
            Les Romains avaient également élevé un poste, à l'entrée de ce pays, celui d'Isatha, pour fermer l'accès de la plaine aux montagnards quinquegentiens. Bordj-Bor'ni fut occupé par une forte troupe que commandait Si Mohammed, bey du Titteri, 1754 (1167 de l'hégire) Nul parmi les chefs turcs ne commandait mieux les hommes et les choses kabyles. Il était, par les femmes, petit-fils de Sid Ameur-el-Kadibou-Kettouch, chef des marabouts des Aït-Iraten, dont l'influence s'étendait fort loin sur les confédéra tions berbères; de plus, dans sa jeunesse Mohammed, étant venu voir ses parents maternels, reçut une excellente instruction dans les zaouïas, alors célèbres, des Iraten.

            La ville s'étend
            Ainsi à la fin de l'année 1858 Draâ-el-Mizan fit ériger en centre de population d'une superficie de six cent quarante-trois hectares et quelques ares. Le 9 mai 1868, les trois communes mixtes de la subdivision de Dellys avaient été créées par arrêté du gouverneur. La commune mixte de Draâ-el-Mizan entra en exercice le 1er janvier 1869. Elle comportait le territoire de la colonisation de ce village et les tribus de Boghni et de Aïn-Zaouia. Ses ressources financières étaient de 8680 francs (anciens) alors que le centre de Tizi-Ouzou n'avait que 8.400 francs.

            Un arrêté gouvernemental du 18 mars 1870 décida de rattacher le centre du Palestro à Draâ-el-Mizan. Dans le rapport adressé le 30 décembre 1858 par le prince (Napoléon Jérôme) chargé du ministère de l'Algérie et des colonies à l'empereur Napoléon afin de le convaincre de signer un décret portant création du centre de Draâ-el-Mizan on peut lire : "Le Poste militaire de Draâ-el-Mizan, créé en 1855, à l'entrée de la Kabylie, est devenu le chef-lieu d'un cercle. La population civile d'environ cent cinquante colons s'est fixée sur ce point et après avoir vécu du produit des diverses industries auxquelles donne naissance la présence des troupes, s'est successivement livrée à la culture des terres mises à sa disposition par l'autorité militaire.
            Des mesures ont été prises Pour favoriser ce mouvement agricole de 683 hectares, dix-huit ares et 45 centiares a pu être ainsi définitivement affecté à ce centre dont il s'agit aujourd'hui de régulariser l'existence. Situé à proximité du fort et dans un emplacement très salutaire, possédant des terres d'excellente qualité, enfin relié aux villes d'Alger et de Dellys, où les produits du sol trouveront un débouché facile et fluctueux, le village de Draâ El Mizan est dans les meilleures conditions d'avenir". Le Prince insista auprès de l'Empereur en vue d'assurer l'existence légale de ce centre.

<           Après ce rapport jugé convaincant, l'Empereur Napoléon a signé le décret portant la création du centre de Draâ El Mizan, si bien que Draâ-el-Mizan fut érigée en centre de population le trente décembre 1858, avant de devenir commune mixte le premier janvier 1869

img src="image_infos_diverses/pnmag/n179/draa4.jpg" border="0" width="374" height="268" alt="" align=left hspace=04 vshapes="_x0000_s1028">             Puis chef-lieu de commune en 1875 en comptant en son sein 772 Français, 606 Musulmans, 18 étrangers et 2.500 indigènes vivant en dehors du village sur une superficie de 683 hectares 18 ares et 45 centiares.

            Il est relevé dans ce décret :
            "Sur le rapport du Prince chargé du ministère de l'Algérie et des colonies, il est créé dans la subdivision de Dellys, province d'Alger, à environ quarante-deux kilomètres au sud de Dellys, un centre de Population de quatre-vingt-deux feux, qui prendra le nom de Draâ-el-Mizan".

            Dans un autre document, il est écrit qu'avant novembre 1858 déjà M. Verpriot (géomètre) avait reçu l'ordre de terminer le relevé cadastral de Draâ-el-Mizan. Par le biais de cette exposition, il a été permis aux jeunes de revivre l'histoire de Draâ-el-Mizan.
            Furent créés le palais de justice, la mairie, les hôtels, le marché couvert, l'église et le monument aux morts et bien d'autres bâtisses existants encore aujourd'hui.

            Plusieurs révoltes, à travers les ans ont eu lieu montrant un certain caractère belliqueux des habitants. On peut évoquer l'assaut de 1871 contre la caserne et autres soulèvements populaires jusqu'au déclenchement de la guerre d'Algérie où la commune mixte de Draâ-el-Mizan constitua l'un des fiefs de l'insurrection jusqu'à la réaction de la déclaration du 1er Novembre rédigée à Ighil Imoula. Draâ El-Mizan est le lieu de naissance de Krim Belkacem.

            Draâ-el-Mizan aujourd'hui
            Dans le journal " El Watan " un article sur la situation actuelle présente un visage dramatique.
            " Malheureusement, ni sa faune ni sa flore ne sont exploitées. Ainsi, cette vaste contrée n'arrive pas à sortir du sous-développement. Car, faudra-t-il le dire, dans toute la région, aucune réalisation économique n'a vu le jour.
            À commencer par le chemin communal la reliant, d'un côté, à Mirabeau, et de l'autre, à Boghni.
            Cet axe se rétrécit d'année en année à cause de l'érosion des terres et de l'écoulement des eaux pluviales. Quant à l'agriculture, elle est limitée à la culture oléicole qui, d'ailleurs, est insuffisante et ne nourrit plus toutes ces familles gagnées par la pauvreté. La plupart des oliviers ont été décimés par les feux de forêt, et l'on sait que rien n'a été fait pour désenclaver cette localité. L'école primaire du village n'est pas en reste malgré les quelques réfections engagées ici et là. Certes, ce village a bénéficié d'un bureau de poste, mais celui-ci est fermé depuis près de quatre ans à cause de l'insécurité. Les habitants doivent faire tous ces kilomètres (30 à 40 km ndlr) juste pour retirer une lettre recommandée. La salle de soins fonctionne tant bien que mal.
            D'ailleurs, tout comme toutes les autres salles de la commune, elle continue à rendre d'énormes services aux patients.
            Car, dans les autres cas, le citoyen doit se déplacer jusqu'à Boghni ou encore jusqu'à Mirabeau, juste pour un pansement ou une injection. Même si ces infrastructures de base présentent des insuffisances, il n'en demeure pas moins que ce village accuse un manque considérable en matière d’alimentation en eau potable. Il suffit de se rappeler les fois où les villageois avaient fermé la mairie de leur commune, notamment l'été dernier.

            Le projet de forage de Kantidja a accusé dix ans de retard. De promesse en promesse, les "fils de Krim Belkacem" commencent à désespérer. Bien que ces habitants souffrent du manque de réseau d'assainissement, de revêtement des pistes, ils placent ce problème épineux en tête de leurs préoccupations. Le mouvement associatif est en hibernation faute d'aides financières.

            Même l'association Tarwa n'krim Belkacem qui veut, coûte que coûte perpétuer l'œuvre historique du "lion du djebel" ne trouve pas assez de moyens. Par ailleurs, il est à ajouter que le chômage touche de grandes couches de la population à telle enseigne que des dizaines de jeunes recourent à la vannerie ou encore à la transformation du bois en allant le chercher dans cette forêt parsemée de mines, au péril de leur vie. "

  J-M L
    

 
L'OPUNTIA ou CACTUS RAQUETTE D'ALGÉRIE.
Revue d’orient 1857- pages 55/63 – tome 5

Cette plante est peut-être, dans l'état actuel des choses, la plus précieuse
ou une des plus précieuses productions du territoire algérien.
MOLL, Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers.

L'OPUNTIA CROIT DANS LES TERRAINS ARIDES. - LIEUX QU'IL HABITE. - VARIÉTÉS. - EXPLOITATION DES ARABES. - IMPORTANCE DE CETTE PLANTE. - USAGE COMESTIBLE DU FRUIT ET DES FLEURS. - PRINCIPE COLORANT - APPLICATION A L'INDUSTRIE : ÉBÉNISTERIE. TABLETTERIE, CHAPELLERIE. - PROPRIÉTÉS MEDICINALES. - COLLE. - CHAUFFAGE. - NOURRITURE DES BESTIAUX. - ENGRAIS. - CULTURE.

  Parmi les nombreux végétaux qui composent la flore algérienne, il en est un qui se remarque tout d'abord par la singularité toute caractéristique de sa forme et par son abondance dans les terrains les plus arides : c'est le Cactus raquette que l'on désigne plus brièvement par son nom scientifique Opuntia.
  Quoique l'on soit aujourd'hui généralement d'accord pour considérer cette plante comme exotique sur le sol barbaresque, on ne peut cependant point s'empêcher de reconnaître qu'elle s'y est complétement acclimatée et que sa nouvelle patrie est essentiellement propre à son plus parfait développement. Dans les situations les plus désavantageuses par la pauvreté du sol, partout où il semble que toute autre végétation renonce à couvrir la terre et à l'utiliser, l'Opuntia sait y trouver assez de nourriture pour y croître rapidement avec vigueur et pour rivaliser, par sa force, par son élévation et la richesse de ses rameaux, de ses fleurs et de ses fruits, avec les arbres les plus précieux et les plus robustes.

  Nous donnons ci-dessous les différentes synonymies botaniques et vulgaires de l'Opuntia, car nous croyons que ce détail est réellement utile et propre à faciliter les recherches des personnes qui s'intéressent à cette plante, dont la grande multiplicité de noms peut donner lieu à des erreurs regrettables et surtout à faire négliger des documents qui, bien que rattachés à un végétal d'un autre nom, ne s'en rapportent pas moins à celui qui nous intéresse :
  Famille des Cactus. Juss.- Famille des Portulacacées. ADANS.
  OPUNTIA VULGARIS. MILL.
  Cactus opuntia. LINN.
  Karmous nazara des Arabes.
  El-tin el-choki en Egypte.
  Noms vulgaires : Cactus raquette. Raquette.
  Semelle du pape.
  Figuier de Barbarie.
  Cardasse.
  Anglais: Indian fig-tree.
  Hollandais: Gewoone vygplant,0 indiaansche vyg.
  Espagnol: Tunal, higos de pala.
  Portugais: Opuncia.
  Souvent confondu avec l'Opuntia á cochenille ( Opuntia coccinellifera, MILL.)


  L'Opuntia, qui est originaire de l'Amérique centrale, est très commun dans le Sahel algérien ; la variété à feuilles lisses se rencontre surtout dans les jardins, sur le massif d'Alger ; celle à longues épines croît spontanément dans diverses parties de l'Afrique septentrionale, et entre autres dans la plaine de Mitidja. Ce cactus croît également dans le midi de la France et surtout dans la Provence ; on le trouve de même en Italie et dans la Sicile, qu'il paraît envahir chaque année de plus en plus.
  Deux variétés de cette plante se rencontrent dans l'Afrique française: la première, désignée par les indigènes sous le nom de Figuier du chameau, a les feuilles armées d'aiguillons très-durs et groupés ordinairement par trois, quatre ou cinq, au centre desquels paraissent les fleurs. Les piqûres de ces épines sont très dangereuses; aussi cette espèce de cactus est-elle parfaitement propre à former des haies. Les Arabes l'emploient habituellement à cet usage, et leurs jardins, qui en sont entourés, passent pour être impénétrables. Cette variété d'Opuntia pourra donc continuer à être ainsi utilisée comme clôture destinée à garantir les propriétés des invasions du dehors.

  La seconde variété, et celle sur laquelle nous comptons nous étendre le plus, est appelée par les Arabes Figuier du chrétien.
  Les piquants qui garnissent les feuilles sont moins développés que dans la variété précédente et n'empêchent pas les animaux de s'en nourrir avec avidité. La végétation de cette espèce étant plus vive que celle de la première, les feuilles atteignent une plus grande dimension et sont plus succulentes. Les fruits de l'espèce armée d'aiguillons sont également moins gros et moins bons que ceux du Figuier du chrétien.
  Les Arabes consomment une très-grande quantité de figues d'Opuntia pendant toute la saison, et leurs bestiaux trouvent dans les raquettes de cette plante un aliment nutritif et succulent.
  Enfin, suivant M. Jules Duval, ils se servent des feuilles torréfiées de ce cactus comme calmant et résolutif contre la goutte.

  Dans la suite de cette courte note, nous nous occuperons des différentes propriétés de l'Opuntia et des raisons qui doivent porter les colons en Algérie à ne point négliger cette plante importante, toute acclimatée dans le sol qui est livré à leur exploitation, et qui doit être une des richesses végétales de l'Afrique française, si l'on sait la propager avec habileté dans les terrains incultes qu'elle engraisse et fertilise avec le temps.
  Un habile agronome, M. Moll, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, convaincu de la vérité de cette assertion, a exprimé, ainsi qu'il suit, son opinion relativement à l'Opuntia, dans son ouvrage sur l'agriculture algérienne : « Cette plante que nous nommons Figuier de Barbarie, est peut-être, dans l'état actuel des choses, la plus précieuse ou une des plus précieuses productions du territoire algérien.»

I.
USAGE COMESTIBLE. - DU FRUIT ET DES FLEURS.
- PRINCIPE COLORANT.

  La floraison de l'Opuntia commence d'ordinaire au mois d'avril ; elle se continue durant tout le mois de mai et même dans une grande partie du mois de juin.
  Les fleurs sont de couleur jaune un peu claire : elles atteignent assez souvent 10 centimètres de diamètre: elles sont parfaitement comestibles. Suivant Thiébaut-de-Berneaud, les Mexicains les mangent comme les asperges, en sauce blanche, à l'huile et au vinaigre, ou bien avec une sauce composée d'un mélange de piment et de tomates broyées avec de l'eau et du sel.

  Aux fleurs succèdent, vers la fin de juin ou au commencement de juillet, des fruits de forme ovoïdale et ressemblant assez bien à des figues, d'où leur est venu le nom de Figues de Barbarie. La partie extérieure du fruit présente une enveloppe charnue et d'un goût peu agréable : elle est garnie de piquants peu développée, mais qu'il faut cependant ne toucher qu'avec précaution, car il s'en détache de petits aiguillons imperceptibles qui causent une piqûre semblable à celle de quelques orties, et que très-souvent on a beaucoup de peine à extraire de la peau où ils ont pénétré. Au moyen d'une incision longitudinale, après avoir coupé la partie supérieure du fruit et de même la partie qui se rapproche de la tige, l'enveloppe se détache facilement et laisse à découvert un fruit de couleur rouge orangé tirant plus ou moins sur le jaune, rempli de petites semences brunes et réniformes à enveloppe très-dure et contenant une petite amande blanche et farineuse. Le fruit de l'Opuntia a une saveur très agréable et toute particulière: pendant la saison il est tout à la fois nourrissant, très-sain, et très-rafraîchissant. Les Européens en mangent avec plaisir, et il ne pourrait leur causer de danger que s'ils en consommaient avec trop peu de modération.

  Ces graines, de la grosseur des lentilles, fournissent aux habitants des iles du Vent et du continent américain, une farine blanche qui est employée pour faire de la bouillie et même du pain.
  M. Moll rapporte que les indigènes de l'Afrique du Nord s'en servent même comme spécifique contre les diarrhées. Il se mange également cuit : on en trouve ainsi préparés sur les marchés de Guaxaca. Les fruits d'Opuntia peuvent enfin être la base de gelées, de confitures, de liqueurs et de sirops.
  On a songé à extraire un principe colorant des fruits de l'Opuntia, et le jardin d'acclimatation de Biskra (province de Constantine) a exposé au concours agricole de Paris, en 1856, de l'encre rouge tirée des baies du Cactus raquette.
  Quant à la valeur des figues d'Opuntia, elle est extrêmement minime en Afrique, à cause de la grande quantité qu'on en recueille. Suivant les saisons, elles sont vendues sur la place, au prix de 4 à 20 pour cinq centimes.

  A Cinti, les tunas ou fruits du Cactus raquette sont fort en honneur. M. Francis de Castelnau nous raconte qu'il a connu plusieurs Cinteños qui, tous les matins en se levant, consommaient une douzaine et même deux douzaines de ces fruits. Mais il ne put en user longtemps comme ces derniers, parce que les vertus rafraîchissantes de ces fruits agirent sur lui avec une grande intensité.
  Les indigènes du Mexique, outre le fruit, trouvent encore dans l'Opuntia une partie qui sert à leur nourriture 5: ils mettent dans leurs marmites les bourgeons des fleurs ou des articles, dès qu'ils ont atteint à la hauteur de cinq à six centimètres. On vend sur le marché de Guaxaca de jeunes articles d'Opuntia (de vingt à vingt- cinq centimètres de long sur dix à quinze de large) qui, cuits à l'eau, se mangent comme des asperges ou avec une sauce composée de piment et de la baie du Lycopersicum esculentum.

II.
APPLICATIONS A L'INDUSTRIE.

  Un ancien sous-officier de spahis, N. Toussaint, a imaginé d'employer le tissu ligneux des feuilles d'Opuntia pour la fabrication d'objets d'ébénisterie et de tabletterie, et il a obtenu des succès remarquables dans ses premières opérations.
  Nous extrayons du rapport fait à la Société d'encouragement par M. Clerget, sur cette application à l'industrie du Cactus-Opuntia, quelques lignes qui présentent un intérêt réel dans la question.

  Animé de l'esprit de recherche, M. Toussaint s'était livré à des essais dans le but de reconnaître s'il ne pourrait pas extraire directement du Cactus (la cochenille vivant sur ces plantes) la précieuse substance colorante que l'organisme de l'insecte sait créer ou s'assimiler. Ses efforts dans ce sens, on ne pouvait que trop s'y attendre, sont restés sans succès, mais en traitant les raquettes des Cactus pour en retirer le suc, il fut frappé de la contexture variée, légère et toutefois consistante, comme aussi de la diversité des teintes que présentaient les couches du tissu ligneux qui forme leur charpente. Ces couches, dont chacune est le produit d'une végétation annuelle et dont le nombre est ainsi en rapport avec l'âge des raquettes, sont parfois aussi minces que du papier ; parfois aussi elles atteignent des épaisseurs de trois à quatre millimètres. Toujours leurs fibres, solidement entrelacées, constituent un tissu dont l'aspect est, en quelque sorte, celui de dentelles ou guipures. M. Toussaint a pensé qu'en faisant un choix intelligent de ces couches, quant à leur épaisseur, à leurs teintes, au croisement de leurs fibres, on pouvait s'en servir pour remplacer, dans beaucoup de cas, soit la vannerie ordinaire ou de luxe, en osier et en jonc, soit les pailles tressées, soit même aussi les bois d'ébénisterie découpés à jour.

  Le procédé au moyen duquel il détermine la séparation des couches ou feuillets des Cactus et les rend propres à l'emploi auquel il les destine, est très-simple. Les Cactus-Opuntia croissent en grande abondance en Algérie, sur les bords des chemins et des terrains non cultivés.
  M. Toussaint s'en approvisionne ainsi avec la plus grande facilité: il les abat, les divise à la scie et remplit de leurs fragments composés chacun d'une ou de plusieurs raquettes, des chaudières contenant de l'eau additionnée d'une petite quantité (5 0/0 environ) de carbonate de soude. Le liquide est chauffé, et après quelques heures d'ébullition, les feuillets cessent d'adhérer entre eux. Desséchés, ils se séparent entièrement ; et il suffit de les battre et de les brosser pour débarrasser leurs fibres des restes de pulpes qu'elles retiennent encore. Après cette préparation, on les classe par dimension, épaisseur, couleur et similitude plus ou moins apparente de contexture. Il s'agit ensuite de les assembler pour les transformer en objets usuels. M. Toussaint y parvient par différents moyens, mais principalement en ayant recours à des sertissures en métal, en jonc, en bois, en ivoire, en baleine et autres substances.

  C'est par ces procédés que l'on est parvenu à fabriquer avec une élégance et un cachet d'originalité des plus agréables, une série très-grande et très-variée d'objets de luxe et de fantaisie, tels que paniers, boîtes et coffres, couvertures de livres, buvards, stores, jalousies, persiennes, éventails, écrans, berceaux, lits, tables, sièges, étagères, cadres, candélabres, coupes, plats pour dessert, chapeaux d'homme et de femme, etc. » Le rapport que nous venons de citer ajoute que si la plupart de ces objets rentrent dans la classe de ceux de pure fantaisie, il en est quelques-uns qui se rattachent à de grandes branches d'industries ; tel est, par exemple, l'emploi des feuillets d'Opuntia à la confection de chapeaux qui pourront, dans un temps peut-être assez prochain, tenir leur place dans l'importante partie du commerce des chapeaux de paille ; car déjà une des premières modistes de Paris, qui a apprécié les qualités de l'Opuntia pour son art, a fabriqué des chapeaux de Cactus qui ont été favorablement accueillis dans les plus hautes classes de la société.

  L'Exposition permanente des produits algériens présente une série d'objets fabriqués par M. Toussaint avec les feuilles d'Opuntia préparées comme il est indiqué sommairement dans l'extrait du rapport à la Société d'encouragement que nous venons de reproduire ci-dessus.
  Le bois de l'Opuntia est aussi employé par les nègres de l'ile d'Haïti, et par les naturels de diverses parties de l'Amérique centrale et méridionale pour fabriquer des ustensiles de ménage de différentes sortes, et surtout des plats et des vases. Ils s'en servent aussi pour faire des rames et des seuils de porte.

  Quand on est habitué à n'observer les Cactus que dans nos serres chaudes, on est frappé d'étonnement en voyant à quel degré de densité peuvent parvenir les vaisseaux ligneux de vieilles tiges de Cactus. Les naturels de l'Amérique savent que le bois de Cactus est incorruptible et qu'il est excellent pour faire des rames et des seuils de porte. » ALEX DE HUMBOLDT, Tableau de la nature (traduction d'EYRIÈS), tome 2, page 146.

  L'Opuntia est également employé en médecine. Les Arabes, comme nous l'avons rapporté plus haut d'après une autorité bien digne de confiance, se serviraient des fruits comme d'un spécifique contre les diarrhées et des feuilles torréfiées comme d'un calmant résolutif contre la goutte. En pressant les articulations de l'Opuntia, on parvient à en extraire une liqueur gluante qui, suivant J. Bauhin, peut être usitée avec succès contre les ulcères invétérés; il considère également comme anodines et rafraîchissantes les parties charnues du Cactus raquette. Enfin, l'Opuntia passe pour un très-bon spécifique contre les affections goutteuses et rhumatismales, et il est également usité en place de cantharides ou de sinapisme.
  Le mucilage que les tiges de l'Opuntia renferment en grande abondance est utilisé par les habitants de quelques parties de l'Amérique méridionale qui s'en servent en guise de colle, et que l'on mêle ainsi, le plus souvent, au lait de chaux avec lequel on blanchit les maisons.

  Parmi les nombreux produits que la colonisation française en Algérie peut retirer de l'Opuntia, il ne faut pas considérer comme d'une importance secondaire les feuilles de ce Cactus, qui présentent un excellent aliment pour les bestiaux, durant plus de trois mois de sécheresse chaque année (juillet, août et septembre) ; et ce fourrage est d'autant plus précieux qu'il provient de terrains arides et dépouillés de toute autre végétation susceptible de fournir la nourriture nécessaires aux nombreux troupeaux qui sont véritablement le principe de toute prospérité dans les localités encore peu favorisées de la nature.

  M. Moll, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers.
  Nous devons cependant rappeler que quelques auteurs portent à croire que les figues d'Opuntia ont une vertu presque entièrement contraire à celle que nous citons ici. Ne s'agit-il pas de cataplasme comme il est indiqué.
  J. DUVAL, Catalogue des produits de l’Algérie, page 95.
  Voy. THIÉBAUT DE BERNEAUD (dans le Dictionnaire pittoresque d'histoire naturelle publié par Guérin). A Minorque, lisons-nous à la même source, on emploie le Cactus-Opuntia en cataplasmes dans les dysenteries et autres inflammations intestinales.
  Ce produit peu connu de l'Opuntia a été signalé par M. Francis de Castelnau (Expédition dans les parties centrales de l’Amérique du Sud, tome III, page 123),qui nous apprend également un autre fait que nous ne citerons qu'en passant, à savoir, que les femmes de quelques localités se servent de ce même produit de l'Opuntia pour se lisser les cheveux.

  La taille des Opuntia, qui, bien qu'elle ne soit pas absolument nécessaire pour leur parfait développement, a cependant l'avantage, outre celui d'assurer une végétation plus régulière et partout plus riche en produits, de fournir des jeunes pousses vertes dont les bestiaux sont très-avides. «Ces feuilles, dit M. L. Moll, sont coupées en tranches comme les racines. Pour les rendre plus appétissantes, on peut, dans le début, les saupoudrer de son. »
  Les parties des Opuntia abandonnées par les bestiaux, comme le superflu de leur feuillage, seront très-utilement employées pour l'engrais des terres incultes, car c'est un fait aujourd'hui bien constaté que l'Opuntia engraisse et fertilise le sol primitivement improductif et incultivable qui l'a porté.
  Enfin les pièces non utilisées du bois du Cactus raquette, peuvent être employées pour le chauffage des fours.

  Quant à la culture des Opuntia, elle ne consiste qu'en un ou deux labours pratiqués annuellement entre les différents pieds, encore n'est-elle effectuée que pour augmenter le nombre et la qualité des produits. Pour la reproduction de ces Cactus, il suffit de planter, à une profondeur de cinq centimètres environ, une raquette que l'on aura eu soin de laisser quelques jours sur le sol pour permettre à la section de se cicatriser. L'époque la plus favorable pour faire ces boutures commence en août el se continue jusqu'aux premiers jours d'octobre. Dans les terrains les plus secs, la dernière quinzaine d'octobre pourra être favorablement employée à ces travaux de multiplication. Bref, la culture et l'extension des plantations d'Opuntia est une des plus faciles et des plus avantageuses de l'Algérie, et il ne faut, pour en profiter, que des colons intelligents, et à la création des grandes routes et des moyens de transports qui doivent causer une si heureuse révolution pour notre belle colonie africaine, qui ne demande qu'à rendre au centuple ce que l'on aura l'intelligence de dépenser pour son libre et parfait développement.
L. LÉON DE ROSNY.


LES MILLES ET UNE VIE DE ROBERT ABDESSELAM
PNHA N°179 - Novembre - 2009
     
              Né le 27 janvier 1920 à El Biar (Algérie) et mort le 26 juillet 2006 à Paris, Robert Abdesselam a connu une destinée digne du roman de Joseph Kessel, marqué par la guerre et la décolonisation mais aussi par la performance sportive au plus haut niveau.

              Qui d’autre peur se targuer d’avoir croisé à la fois à la fois le général de Lattre de Tassigny dans la France de 1940 puis Jack Kramer ou Budge Patty dans le vestiaire de Wimbledon ?

              Robert Abdesselam est né d'un père kabyle, Mehana Abdesselam, avocat à la cour d'appel de Paris, et d'une mère française, Marguerite Tedeschi, peintre renommé issu de la bourgeoisie parisienne.

              Il grandit à El-Biar et découvre le tennis, qui devient sa passion.

              Il fait ses études secondaires au lycée d’Alger, puis au lycée Janson-de-Sailly à Paris. Il suit ensuite des cours à l'École libre des sciences politiques (Sciences Po) et obtient une licence en droit à la faculté de droit de Paris.

              Il continue parallèlement le tennis et devient l'un des meilleurs joueurs français.

              Il est champion de France junior à deux reprises en 1937 et 1938, puis champion de France par équipes (dans l'équipe du Racing Club de France) et champion du monde universitaire en 1939.

              UN JEUNE HOMME ENGAGE
             Durant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il atteint son meilleur niveau, en décembre 1940, il devient chef d'un chantier de jeunesse dans le Puy-de-Dôme, où il rencontre de Lattre de Tassigny. Fin 1941, en Tunisie, il croise une nouvelle fois le chemin du militaire français, avant d'être attaché au cabinet du général Mast, résident général de France à Tunis en 1943.
              Il rejoint Alger en 1942 après le débarquement allié en Afrique du Nord. Il participe à la campagne d'Italie au sein du Corps expéditionnaire français du maréchal Juin. Il est cité plusieurs fois et obtient la croix de guerre 1939-1945 et la Bronze Star Medal américaine.
              Sur le terrain, Bob participe à la campagne d'Italie dans les rangs du Corps expéditionnaire français en Italie (Cefi) comme officier de liaison avec le commandement allié, poste qu'il conserve jusqu'à l'armistice. Il prend part, entre autres, à la prise de Florence et fut l'un des premiers Français à entrer dans Rome.

              Lorsque la guerre se termine, sa carrière internationale de joueur peut reprendre. De 1946 à 1963, il est également avocat à la cour d’appel d’Alger.

              PREMIERS PAS EN POLITIQUE, DEVIENT UNPARLEMENTAIRE CONFIANT, PASSANT DE L'ESPOIR AU DOUTE
              En 1956, il décide de mettre un terme à sa carrière sportive et de se consacrer à la politique.
              Conseiller technique auprès de Chérif Sid Cara (secrétaire d'Etat à l'Algérie dans les cabinets Bourges Maunoury et Félix Gallard) en 1956.
              Il accompagne à cinq reprises, entre 1956 et 1961, la délégation française aux Nations-Unies lorsque la question algérienne est portée à l'ordre du jour. Aux élections législatives de novembre 1958, Robert Abdesselam est élu député d'Alger-Banlieue.
              Il milite alors pour le maintien d'une Algérie française, ce qui le coupe du gaullisme, et pour l'intégration, ce qui le coupe de l'OAS.

              Le 5 mai 1960, considéré par les indépendantistes algériens comme un traitre, il est victime d'une tentative d'assassinat par arme à feu, Rue de la Faisanderie à Paris. L’agresseur, Larbi Lamraoui, est un militant du FLN. Le gardien de la paix chargé de la protection de Robert Abdesselam, Jean Parachay, 24 ans, est assassiné.
              Robert Abdesselam est criblé de balles, miraculé du fait qu'une balle de l'exécuteur s'enraille et aussi qu'une balle soit stoppée, plein cœur, par son carnet d'adresses !

              Le 8 novembre 1961, Robert Abdesselam est l'un des 80 parlementaires qui votent « l'amendement Salan ». En mars 1962, il qualifie les accords d'Évian d'« inhumains, de déshonorants et d'indignes de notre pays ». La même année, il est cité comme témoin aux procès d’Edmond Jouhaud et de Raoul Salan.
              Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, Robert Abdesselam abandonne la politique pour se consacrer à sa profession d'avocat international.

              " Ma mère m'a initié au tennis en 1927, j'avais 7 ans et les Mousquetaires étaient bien évidemment mes idoles ".

              C'est ainsi que Bob évoquait en 1999 ses débuts dans le tennis. Il aura même l'occasion, alors qu'il n'est âgé que de 10 ans, d'échanger des balles avec Jean Borotra.

              Première série de 1937 à 1956, n° 2 français à cinq reprises, il porte les couleurs de l'équipe de France en Coupe Davis 21 fois en sept ans (1947-1953), 11 victoires simples et doubles confondus. En 1947, alors âgé de 26 ans, il parvient en huitième de finale à Wimbledon.

              LE DIRIGEANT DE TENNIS
              En homme responsable, Robert Abdeselam a également mené une carrière de dirigeant dans le tennis : il fut ainsi vice-président de la Fédération Française de Tennis (1968-1974) et de la Fédération International de Tennis (1974-1975). A la tête de l'International Lawn Tennis Club pendant 10 ans (1993-2004), il en devient Président d'Honneur en 2004.

              L'AVOCAT INTERNATIONNAL
              Avocat reconnu dans son domaine, celui des affaires internationales, étroitement mêlée à l'histoire de La Chemise Lacoste, membre du Conseil d'Administration depuis 1963 jusqu'à 2005. Robert Abdesselam but à traiter de nombreux dossiers : implantation dans de nouveaux pays, contrats de licences et de distribution, affaires de propriété intellectuelle, de contrefaçons. Il mit sa compétence juridique au service de la FFT et FIT, notamment dans les années 1968, pour traiter le dossier délicat du passage du statut " amateur-marron " au statut du joueur professionnel, ainsi que pour l'ouverture aux joueurs professionnels aux 4 tournois du Grand Chelem, en particulier Roland Garos. Il participe notamment au développement de la société Lacoste à l'étranger.
              LES HONNEURS
              Au cours de sa vie, Robert Abdesselam a reçu de nombreuses distinctions, dont celles de Commandeur de la Légion d'honneur, commandeur du Mérite sportif, et titulaire de la Croix de guerre 1939-1945.

      UN HOMME EN PHASE AVEC SON TEMPS
              Bob fut en effet un homme en phase avec son temps durant la Seconde Guere mondiale comme pendant la guerre d'Algérie, il en est de même comme joueur et dirigeant du tennis, comme engagé dans ces autres vies européennes et atlantistes. Jusqu'à la fin de sa vie, il est décédé le 26 Juillet 2006, Bob était à l'écoute des autres, il parlait avec tout le monde, dans plus de 4 langues étrangères, avec le cœur et en faisant appel à sa mémoire impressionnante qui lui permettait de citer des scores de ces matches joués, il y a 50 ans. Comme l'écrit Michel Lacoste, dans la préface de la biographie de Robert Abdesselam, une vie criblée de balles, " Robert Abdesselam fut un homme extraordinaire ". Que ce site de la Fondation Robert Abdesselam permettre de ne jamais l'oublier.
www.fondationrotlertabdesselam.org

    

 
« Piqûre de rappel 2023 »
N’OUBLIE JAMAIS
Envoyé par M. Alain Algudo
D’INSUPPORTABLES INSULTES

         En ce début du mois de Juillet 2016, une information tombait, déclenchant, tel le simoun soufflant avec force dans le désert, une mobilisation sans précédent des médias et de la classe politique dans son ensemble, le tout assorti d’une kyrielle de louanges posthumes :

         Michel ROCARD était mort, nous étions le 02 Juillet 2016.

         Cette funeste nouvelle allait entraîner un concert d’éloges et de gratitudes pour cet homme au passé néanmoins tumultueux, notamment en ce qui concerne « ses services » rendus au FLN

         Il convient d’ouvrir une courte parenthèse pour rappeler que ce « grand serviteur de l’état » était un homme politique d’obédience socialo marxiste et qu’il s’était distingué dès 1954, revendiquant, sans la moindre retenue l’indépendance de l’Algérie.

         Il devait concrètement œuvrer pour la décolonisation en agissant en véritable traître par des affabulations et autres manipulations.

         En effet, en Septembre 1958, cet ancien étudiant anticolonialiste qui était devenu Inspecteur des Finances, fut envoyé en Algérie, avec toute la promotion de l’ENA (École Nationale de l’Administration), par le récent gouvernement constitué par Charles Degaulle en juin 1958.

         La mission confiée consistait de collaborer à la fin des événements d’Algérie en luttant contre le sous-développement. (A cette époque il ne s’agissait pas d’une guerre)

         Au lieu s’en tenir à sa mission, il établissait en 1959 un rapport outrancier qu’il remettait à Paul DELOUVRIER, alors Délégué Général du Gouvernement en Algérie dans lequel il faisait état de déportations et d’enfermement dans des camps, déplorant notamment les conditions inhumaines de ces populations dont la plupart mouraient de faim, de froid et de maladies.

         Il évaluait à plus de 2 000 000 (2 millions) de personnes ainsi traitées avec un bilan de 200 000 morts, ce qui est un pur fantasme que ne confirme nullement la démographie de l’époque.

         En fait il s’agissait de regroupements par l’Armée d’une partie de la population paysanne pour la soustraire aux attaques du FLN, dont les habitants des douars et les villages isolés étaient systématiquement massacrés.

         Cette disposition militaire permit de regrouper et de mettre en sécurité 400 000 personnes.

         Par cette manœuvre, il est ainsi démontré qu’il n’était pas seulement un traître, mais un affabulateur et un manipulateur politique.

         D’ailleurs, s’il en était besoin, il figure en bonne place dans l’importante liste des « porteurs de valises du FLN », qu’il ne contestait pas.

         Il convient de faire grâce de son bilan en qualité de premier Ministre du gouvernement MITTERRAND, que ce dernier finit par éjecter, après qu’il ait contribué à plomber l’économie. (RSA et autres)

         Le décès de ce piètre personnage suscita une énorme agitation au sein de la classe politique dans son ensemble, chacun se transcendant en formules élogieuses.

         Marine Le Pen, sans doute pour des raisons qui lui sont personnelles, se fendit elle aussi d’un message de condoléances, ainsi rédigé le 02 juillet à 11 heures 40 :

         « Sincères condoléances à la famille et aux proches du Michel Rocard, Premier Ministre de la France, homme de conviction. MLP »

         Au beau milieu de ces litanies, autant excessives qu’inutiles, un autre éclairage devait être fourni, et, pas des moindres.

         Le lendemain, 3 juillet à 11 heures 25, Jean Marie Le Pen dans une déclaration à contre-courant devait indiquer :

         « On oublie de dire que Michel Rocard fut un combattant de la guerre d’Algérie dans le camp de l’ennemi. »

         Puis de nouveau, ce même jour à 14h 43 :
         « Michel Rocard se vantait d’avoir porté des valises de billets qui servaient au FLN à acheter des armes pour tuer des Français. »

         Il n’en fallait pas plus pour qu’un jeune dogmatique, du nom de BENOÎT Alexandre, réagisse très brutalement, s’en prenant directement aux Français d’Algérie.

         Au préalable, il avait lui aussi adressé un message de condoléances d’hommages déclarant notamment :
         «Rocard est mort et je suis encore mélancolique : un homme délicieux et bon, malgré nos convictions opposées. Vraiment triste.»

         Ce personnage, proche de Florian PHILLIPOT vice-président du Front National, dont il s’est avéré plus tard qu’il n’était pas adhérent du F.N, se trouvait être l’Assistant parlementaire de Mme Sophie MONTEL, Député Européenne du Front National et membre du Bureau Politique du FN.

         A ce stade, chacun est en droit de s’interroger sur la présence de cette personne à un tel poste, d’autant qu’il serait issu d’une mouvance proche des gaullistes de gauche et d’une tendance chevènementiste.

         Très vraisemblablement piqué au vif par les déclarations de Jean Marie LE PEN, il rédigeait un message diffusé sur Twitter ainsi rédigé :
         « Les Français qui étaient assassinés en Algérie n’étaient pas de simples Français, mais des Colons et Rocard, l’étudiant décolonisateur avait vu et agi juste. »

         Puis d’ajouter :
         « J’ai un mépris total pour les Pieds-noirs qui ne savent que geindre sur leur petit sort de colons illégitimes. Et puis on ne mène pas une révolution légitime sans couper les couilles de quelques salauds de colons, pas vrai ? »
         Cette déclaration, en plein cœur de l’été, ne fut reprise par aucuns médias, pourtant habituellement friands d’exclusivités.

         Seuls deux de nos compatriotes, Jean-Pierre RONDEAU* et Manuel GOMEZ réagirent énergiquement par des interventions directes et par un article paru dans des journaux en ligne.

         Sitôt connue, un profond malaise s’installa au sein des Français d’Algérie, lesquels n’en revenaient pas d’êtres ainsi insultés, de surcroît par une personne censément être proche du Front National.

         C’est dans la consternation que chacun attendait légitimement une prise de position du Front National, pour dénoncer l’inacceptable.
         Il n’en fut rien, alors cette affaire resta-telle en l’état ad vitam æternam ?

         Quelques jours plus tard, M. Louis ALIOT, Vice-Président du FN était interrogé sur cette affaire par le journal Présent.
         Au cours de cet entretien, il devait notamment faire savoir que l’intéressé n’appartenait pas à la formation Politique dont il était en charge et qu’à ce titre aucune sanction ne pouvait être prise.

         Il indiquait néanmoins qu’il appartenait à Mme Sophie MONTEL, Député Européenne FN, par ailleurs membre du bureau politique, de prendre une décision.
         Contre toute attente cette dernière ne tarda pas à faire savoir qu’elle soutenait les propos de son Assistant parlementaire.
         Ce qui en clair signifie qu’elle cautionne, sans la moindre réserve et dans l’intégralité les déclarations scandaleuses de son Assistant.

         Là encore les cadres du FN ne réagirent pas.

         Plus tard, une autre information diffusée par JP RONDEAU faisant suite à des entretiens de celui-ci en août, par téléphone et par E-mail, avec Louis ALIOT et E.FERRAND Président du groupe FN au parlement, et suivant laquelle une décision serait prise à la fin Août, date de reprise des travaux au Parlement Européen

         Depuis, plus aucune information n’était communiquée au sujet de cette affaire.

         Les réactions furent nombreuses et beaucoup de Français d’Algérie faisaient savoir qu’ils ne souhaitaient plus soutenir cette formation politique, la plupart d’entre eux faisait savoir qu’ils se désolidarisaient de ce parti et qu’ils avaient rendu ou déchiré leur carte.

         Il fallut une récente relance pour apprendre que l’intéressé n’était plus l’Assistant parlementaire de Mme Sophie MONTEL, ce qui signifiait que cette affaire était classée.

         Il s’est trouvé que lors d’une requête de JP RONDEAU lui faisant part du mécontentement général suscité, M. Louis ALIOT lui signifiait par E-mail « qu’il n’écoutait plus les Associations de Rapatriés depuis longtemps… La plupart, selon lui, roulent pour l’UMPS. »
         Il s’agit d’une réponse simpliste et là encore inacceptable.

         Ceci étant, cette affaire nécessite néanmoins une analyse beaucoup plus sérieuse et plus approfondie, tant les termes employés relèvent d’une extrême gravité totalement intolérable.

         De fait, il est hors de question de relativiser de tels propos au motif que M. BENOÎT Alexandre serait un inconséquent et que ses écrits comme sa pensée n’avait aucune valeur, et que dès lors il convenait de ne pas en tenir compte… .
         Il s’agirait, somme toute, d’un idiot magnifique dont il ne faut strictement rien retenir.
         L’important étant l’élection Présidentielle et tant pis pour les insultes.
         Pourtant l’analyse des formules employées sont très explicites et surtout très lourdes d’affirmations tendancieuses, ce qui donne à cette dialectique une coloration parfaitement inacceptable et surtout condamnable.

         En effet l’affirmation suivant laquelle : «Les Français qui étaient assassinés en Algérie n’étaient pas de simples Français, mais des Colons et Rocard, l’étudiant décolonisateur avait vu et agi juste. », est beaucoup plus qu’une simple insulte.
         Il n’est pas superfétatoire de considérer que l’exposé ainsi rédigé tend à démontrer que tous les pauvres gens (hommes femmes et enfants) qui furent lâchement et souvent atrocement assassinés par les tueurs du FLN, grâce notamment à l’aide apportée par les porteurs de valises, parmi lesquels se trouve en bonne place le sinistre Michel ROCARD, n’étaient en fait que des salauds de colons, de surcroît illégitimes.
         De plus, affichant ouvertement et sans réserve son « mépris total pour les Pieds-noirs considérant qu’ils ne savent que geindre sur leur petit sort de colons illégitimes, relève de la pire pensée gauchiste réactionnaire et non de celle d’un farfelu qui ne sait pas de quoi il parle, comme on voudrait nous le faire croire.

         Enfin que penser lorsqu’il légitime la révolution (Algérienne) en admettant qu’il fallait couper les couilles de quelques salauds de colons ???
         Le manque de réaction du FN devant de tels propos, rend la ligne politique de ce parti totalement opaque et incompréhensible.

         Un tel comportement démontre une évidente absence de réalisme doublée d’une incapacité totale d’agir, ainsi que d’un patent manque de volonté.
         Il convient aussi de tenir compte de l’adage qui stipule que : « qui s’abstient, consent »

         En effet, l’explication indigente et inacceptable de M. Louis ALIOT au journal Présent relève d’un sérieux manque de volonté, ce qui ne fait que s’inscrire dans un comportement déplorable notamment en se rapportant à la déclaration qu’il a faite à un représentant associatif.
         De plus, les références réitérées à De gaulle dans les discours ainsi que ligne politique insufflée par Marine Le Pen, et Florian PHILIPPOT constamment, démontrent bien que l’orientation a changée et qu’à cet effet, les Français d’Algérie, victimes de cet individu, constituent des éléments suffisamment probants pour en tirer, individuellement, à défaut d’êtres collectives, les conclusions qu’il convient.

         D’autant que nous connaissons aujourd’hui la « considération et l’estime », que De gaulle nous portait. :
         Charles Degaulle, Conseil des Ministres du 04 Mai 1962

         « Qu’est-ce que c’est que tous ces Fernandez, ces Lopez, et autres Segura qui se voudraient Français ? »
         « Les Harkis, ce magma dont il faut se débarrasser sans attendre
         « Il est hors de question que l'armée protège les Français d'Algérie, ils n'auront qu'à se débrouiller avec le FLN ! »


         Bien entendu toute cette histoire, au demeurant totalement inacceptable, pose la question de l’élection présidentielle de 2017.
         Avons-nous le droit de faire semblant d’ignorer les propos ignominieux proférés envers notre communauté ?
         A-t-on le droit d’accepter et de laisser assassiner une deuxième fois toutes les malheureuses victimes qui ont laissées leur vie en souillant leur mémoire, au motif qu’une élection se profile à l’horizon ?

         Devons-nous nous résigner à sacrifier tout honneur et toute dignité, fusse pour une élection présidentielle ?
         Que restera-t-il en conscience après l’élection, gagnée ou perdue, de notre moralité ?
         Voilà en substance les quelques questions sommaires qu’il convient de se poser.
         A moins d’être prêts à tout accepter et à rééditer l’Histoire lointaine de 1958 ou nous fûmes pris pour ce que nous n’étions pas.

         * Jean Pierre RONDEAU est le représentant du Comité VERITAS pour l’île de France.

Alain ALGUDO ex Président fondateur Comités de Défense des Français d’Algérie

ex Vice Président du Comité et de la revue VERITAS VERITAS


AVERSION

De Jacques Grieu


Les vers, j’en ai soupé ; trop, c’est trop, je m’y perds,
Je sens que je dépasse les doses excédentaires.
Ça tourne à l’aversion : des vers, j’en vois partout,
A tort et à travers, en vers et contre tout.
Je sens nager les rimes dans ma tête surchargée,
Débordant de mon crâne où elles sont empilées.
L’avers et le dévers, me brouillent mes repères
Quand j’évoque le revers, l’envers et leurs travers.

Faudrait-il me restreindre et détruire tous ces vers ?
Garder ces vers à soi serait un brin pervers !
J’en envoie, j’en reçois, partout le vers est mis,
Mais ces vers de contact ennuient-ils mes amis ?
Mon « rimage » peut-être, est loin de mon plumage,
Et sa douce euphonie ne vaut pas un fromage ?
Tout vers est relatif, fait de jaune et de bleu :
Les miens ne sont pas pire que certains trop verbeux...

Le vers est dans le fruit ; le doute est là, rampant ;
Mes vers seraient pédants ? Seraient-ce des vers luisants ?
Tempête dans un verre d’eau serait vers grossissant ?
C’est tout au fond du verre que le vrai est stagnant !
Sur l’avers du vieux sou, dort le profil d’un roi,
Le temps a buriné son image de loi.
L’avers montre un visage, une date, un emblème,
Tandis que l’autre face indique le barème.

On croit qu’il est aisé d’aller jouer les Prévert
Mais c’est plus difficile que les rimes qu’on espère.
Le doute s’insinue ; mes vers font-ils dormir ?
Sans rime ni raison, certains disent les fuir.
Les jugements des censeurs, je les trouve bien trop verts ;
Et bons pour des goujats, grossièrement sévères.
Je les envoie au diable ! À celui de vauvert !
Et leur lancerais bien ma volée de bois vers …
Jacques Grieu                  



PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par M. Cataldo (décédé)
ECOLE Caraman 1950-2

1 ? ; 2 ? ; 3 ? ; 4 ? ; 5 ? ; 6 ? ; 7 ? ; 8 ? ; 9 ? ;
10 ? ; 11 ? ; 12 ? ; 13 ? ; 14 ? ; 15 ? ; 16 ? ; 17 ? ; 18 ? ;
19 ? ; 20 ? ; 21 ? ; 22 ? ; 23 ? ; 24 ? ;
            
            Est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms à cette photo ?
            Si OUI, contacter le webmaster, SVP, d'avance merci.


LE SERMENT D’UNE FRANCE QUI SE RELÈVE
Transmis par José CASTANO - juillet 2026
https://popodoran.canalblog.com/archive/2026-08/
« Là où il y a une volonté, il y a un chemin » (Winston Churchill)

       À l’orée de 2027, quand l’histoire semble retenir son souffle et que le monde vacille entre fractures et renaissances, trois silhouettes s’avancent. Elles ne surgissent ni du hasard ni du tumulte, mais d’une fidélité ancienne, presque charnelle, à ce qu’est la France. Trois visages jeunes, mais déjà éprouvés par le sens du devoir. Trois voix portées par une même ferveur intérieure, une même foi ardente dans la grandeur possible du pays. Ils s’appellent Jordan, Sarah et Marion... et leurs prénoms résonnent comme un appel.

       Jordan marche en tête, avec la solidité tranquille de ceux qui bâtissent pour durer. Il incarne cette jeunesse enracinée, consciente que l’avenir ne se construit qu’en honorant la terre qui l’a vue naître. Son patriotisme n’est ni un slogan ni une colère : c’est une promesse tenue. Il va à la rencontre de la France silencieuse, celle des campagnes, des ateliers, des villages oubliés, celle qui se lève à l’aube et porte le pays à bout de bras. Il écoute les anciens, partage leurs inquiétudes, comprend leurs combats. Dans ses pas, il y a la poussière des chemins ruraux et la mémoire des générations. Il aime la France comme on aime un héritage sacré, avec respect, courage et humilité. Sa force est calme, mais sa détermination est de granit : il veut rassembler ce que d’autres opposent, et transformer la jeunesse en rempart face aux tempêtes, sans jamais céder à la haine ni au renoncement.

       Marion, enfin, surgit comme une flamme vive. Elle est l’élan, la parole franche, le courage assumé. Chez elle, le patriotisme est un verbe d’action. Elle ne se contente pas d’espérer : elle agit. Elle ne détourne pas le regard : elle nomme, elle dénonce, elle entraîne. Sa voix claire porte loin, car elle parle au nom de la responsabilité et de la transmission. Chez elle, la foi chrétienne nourrit l’action, et la figure de Jeanne d’Arc éclaire son idéal comme une lumière tutélaire qui lui donne la force de défendre avec âpreté l’identité et le combat civilisationnel qui vise à protéger et transmettre la civilisation européenne. Elle croit profondément que chaque citoyen compte, que chaque engagement est une pierre posée à l’édifice commun. Elle incarne une espérance combative, une force féminine solaire, où la tendresse n’amoindrit jamais la fermeté, et où le courage devient contagieux.

       Ensemble, Jordan, Sarah et Marion forment plus qu’un trio : ils incarnent une relève. Ils rappellent que la France ne meurt jamais de ses combats, mais seulement de l’oubli de ce qu’elle est.

       À travers eux renaît ce que la nation a toujours porté de plus noble : la fidélité à une idée plus haute que soi, le goût de l’effort, la dignité des gestes simples, la certitude que chaque génération est dépositaire d’un flambeau qu’elle n’a pas le droit de laisser s’éteindre. Cette génération de jeunes patriotes a refusé l’héritage du renoncement légué par ses prédécesseurs ; elle a choisi celui du courage.

       Dans leurs pas, dans leurs voix, dans leur foi, se lève une promesse immense : celle d’un pays qui se redresse sans se renier, qui avance sans renoncer à son âme. Trois prénoms, trois visages, un même serment : transmettre une France plus forte, plus juste, plus belle… Mais cette victoire ne sera la leur qu’à condition qu’ils acceptent de marcher en rangs serrés : qu’ils laissent derrière eux les querelles d’ego, les ambitions solitaires et les intérêts fragiles, pour ne faire battre qu’un seul cœur, celui de la France.

       Car on ne conquiert pas l’avenir en ordre dispersé, mais dans l’union, la discipline et le dépassement de soi. Alors, dans cet élan commun, porté par l’amour du pays et le souffle de l’histoire, pourra naître la victoire, belle, grande, ardente, et profondément française. 2027 sera l’année de leur consécration.
José CASTANO 13 août 2026
E-mail : joseph.castano0508@orange.fr


Paul Vanuxem :
un officier au destin hors du commun

Envoyé par M. J.L. Ventura

         Né à Bully en 1904, Paul Vanuxem intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1930 (promotion Joffre).
         Il sert d'abord au sein des tirailleurs marocains avant d'être affecté au 91e régiment d'infanterie à Mézières lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale.

         Après le débarquement allié en Afrique du Nord et la reconstitution de l'armée française, il rejoint le Corps expéditionnaire français du général Juin. Il participe avec distinction à la campagne d'Italie, puis aux campagnes de France et d'Allemagne, où il contribue à la libération du territoire et à la victoire des Alliés.

         En 1947, il est envoyé en Indochine. Ses qualités de chef lui valent l'estime du général Jean de Lattre de Tassigny, qui lui confie le commandement du Groupe mobile du Tonkin. Plus tard, il devient commandant de la zone Sud du Tonkin et supervise notamment l'évacuation de Hanoï après les accords de Genève de 1954.

         Promu général de brigade en 1955, Paul Vanuxem est ensuite envoyé en Algérie, où le général Salan le nomme commandant de la zone Est-Constantinois et responsable de la frontière tunisienne.

         Son soutien à l'Algérie française entraîne sa mise en disponibilité en 1961. Soupçonné d'être le chef de l'OAS en métropole sous le pseudonyme de « Verdun », il est arrêté et emprisonné à la prison de la Santé. Deux ans plus tard, il est finalement acquitté, et le Conseil d'État annule le décret qui l'avait écarté de l'armée. Il poursuit ensuite une carrière dans le journalisme jusqu'à son décès, le 7 janvier 1979, à l'hôpital du Val-de-Grâce.

         Quelques précisions historiques méritent toutefois d'être apportées : le capitaine Jean Vanuxem est bien son fils, le professeur Vanuxem est son cousin, et sa fille Françoise de Lesseps est descendante du lieutenant Monique Danjou, dont la mère était surnommée « la mère des Muongs ».

         De Saint-Cyr aux tirailleurs marocains, de l'Italie à l'Indochine, puis à l'Algérie, Paul Vanuxem demeure une figure marquante de l'histoire militaire française du XXᵉ siècle, dont le parcours reflète les grands conflits et les débats qui ont façonné la France de l'après-guerre.

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Vanuxem

         Paul Fidèle Félicien Vanuxem, né le 22 juillet 1904 à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais) et mort le 7 janvier 1979 (à 74 ans) dans le 5e arrondissement de Paris, est un général de division et journaliste français.

         Ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre d'Indochine, il est par la suite connu pour ses prises de position en faveur de l'Algérie française et du Sud Viêt Nam.
         Il est grand officier de la Légion d'honneur.

         Paul Vanuxem est le fils de Félicien Vanuxem (1875-1930), né à Bailleul, employé au chemin de fer des mines, et de Louise Hélène Fihey.
         Il se marie le 2 octobre 1926 à Ronchin avec Louise Renée Dran. Il divorce le 7 mai 1955 et se remarie avec Monique Danjou le 8 octobre 1955.
         Monique Danjou, surnommée la « mère des Muongs » en Indochine, infirmière et assistante sociale militaire, lieutenant, commandeur de la Légion d'honneur, sept citations, a publié en 2008, « 6e régiment de tirailleurs marocains au Tonkin : 1947-1949 » (Muller Gt Editions) dans lequel elle relate ses séjours en Indochine entre 1947 et 1949. En 2023, ses « Confidences d'une femme soldat » ont été publiées aux éditions Historic'one. Elle est décédée le 29 juillet 2014 à 98 ans.

         Jeunesse : Paul Vanuxem fait ses études à l'université de Lille[6], où il obtient une licence de philosophie. Il commence sa carrière de professeur au collège Mézeray à Argentan puis à Charleville-Mézières. Il s'implique dans l'histoire locale, créant la Revue du pays d'Argentan.
         En 1930, il embrasse la carrière militaire et entre à Saint-Cyr. Il rejoint les tirailleurs marocains à sa sortie.

         Seconde Guerre mondiale
         En septembre 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est lieutenant au 91e régiment d'infanterie à Mézières. Il est blessé à Sedan en mai 1940. Le 25 décembre 1940, il est promu capitaine puis il est affecté au Maroc.

         Après le débarquement des Alliés le 8 novembre 1942 en Afrique du Nord et la reconstitution de l'armée française, il combat pendant la campagne d'Italie au sein du Corps expéditionnaire français du général Alphonse Juin, notamment à la bataille du Garigliano puis lors des campagnes de France et d'Allemagne.

         En Italie, il commande la 3e compagnie du 2e régiment de tirailleurs marocains (2e RTM) qui devient lors de la campagne de France la 11e compagnie du 6e régiment de tirailleurs marocains (6e RTM) . Sa compagnie est citée à l’ordre de la division dans les termes suivants :

         « Magnifique unité qui, en tant que 3e compagnie du 2e RTM avait déjà donné en Italie, sous les ordres du capitaine Vanuxem les plus belles preuves de son mordant, de sa ténacité et de sa valeur manœuvrière. Devenue 11e compagnie du 6e RTM, s’est distinguée à nouveau sous les ordres du même chef, ardent et énergique au Haut du Faing (16 au 28 octobre 1944) et Menaurupt (15 novembre 1944). Le 22 novembre, à Lepuix, Delle, en Haute Alsace, a capturé 60 prisonniers dans une importante opération de nettoyage. Le 26 novembre, après deux jours de durs combats, a réussi à prendre pied dans les lisières du village d’Heimsbrunn, permettant ainsi la manœuvre du bataillon. Le 29 novembre, après deux jours de combats sous-bois, s’est emparé de Pont d’Aspach, objectif final du groupement et s’y est maintenue malgré de violentes réactions ennemies. Par son allant et son moral élevé, son esprit de sacrifice, a contribué pour une large part au succès de son bataillon. »
         — Ordre général n° 1062 du 12 juillet 1945

         Guerre d'Indochine
         Pendant la Guerre d'Indochine, il commande le bataillon de marche du 6e RTM, puis devient en 1947 commandant du secteur de Sontay jusqu'en 1948. Son bataillon de marche est cité à l’ordre de l'armée en juin 1948.

         En 1950, il revient en Indochine pour prendre le commandement du secteur de Biên Hòa, jusqu'en 1951. Remarqué et estimé du général de Lattre de Tassigny, ce dernier lui confie la responsabilité du groupe mobile du Tonkin. Il revient une troisième fois en Orient comme adjoint au commandant de la 1re division de marche du Tonkin, puis comme commandant du secteur de Hasong et enfin comme commandant de la zone sud du Tonkin. Il est à ce titre chargé de l'évacuation d'Hanoï après les accords de Genève en 1954.

         Guerre d'Algérie
         Il est promu général de brigade en 1955 et nommé commandant de la 2e division d'infanterie motorisée (2e DIM) qui se trouve dans l'est de la France. Il conduit ensuite sa division en Algérie dans les Aurès puis dans l'Est-Constantinois sur la frontière tunisienne. Il est promu général de division le 1er janvier 1958. Il contribue au développement de la ligne Morice.

         Le général Raoul Salan le nomme commandant de la zone Est-Constantinois (ZEC) et responsable de la frontière tunisienne lors de la bataille des Frontières. Salan donne l'ordre de détruire toutes les katibas venues ou à venir de Tunisie, avant ou après le franchissement du barrage. Il affecte à Vanuxem, toutes les réserves générales dont il dispose, c'est-à-dire le 1er régiment étranger de parachutistes (1er REP) du lieutenant-colonel Jeanpierre, le 9e régiment de chasseurs parachutistes (9e RCP) du colonel Pierre Buchoud, le 14e RCP du lieutenant-colonel Ollion, le 8e RPC du lieutenant-colonel Louis Fourcade et le 3e RPC du colonel Bigeard ultérieurement remplacé par le colonel Trinquier.

         Vanuxem soutient le coup d'État du 13 mai 1958, mais s'oppose à l'envoi de militaires vers la France.
         Il quitte son commandement le 28 novembre 1958, disgracié par le président de Gaulle. Il est alors nommé adjoint au commandant des forces françaises en Allemagne.

         Le procès Vanuxem
         Sa sympathie non dissimulée pour l'Algérie française lui vaut d'être mis en disponibilité le 31 mai 1961. Soupçonné d'être l'individu désigné sous le pseudonyme de Verdun, chef de l'organisation de l'armée secrète en métropole, à la suite de la découverte de documents saisis lors de l'interpellation de Maurice Gingembre, il est arrêté le 7 septembre 1961 et incarcéré à la prison de la Santé en attente de son procès. Ses filles Françoise et Martine sont alors refusées à la Maison d'éducation de la Légion d'honneur où elles étaient inscrites pour la rentrée scolaire. Deux ans plus tard, le 10 septembre 1963, il est acquitté, les témoins ayant nié la possibilité qu'il soit Verdun. En octobre 1966, le décret du 31 mai 1961 qui l'avait placé en position de disponibilité est annulé par le Conseil d'État.

         Carrière de journaliste
         Il devient ensuite journaliste, notamment pour l'hebdomadaire Carrefour. Il plaide par exemple en 1969 pour une revitalisation du service militaire par la conscription dès 18 ans, ce qui provoque une grève dans plusieurs lycées parisiens. Dans le contexte de la guerre du Viêt Nam, il se fait surtout remarquer pour sa campagne anticommuniste en faveur du Sud-Vietnam, où il se rend à plusieurs reprises au titre de correspondant de guerre, notamment en 1966, et de Nguyễn Văn Thiệu, président du Sud-Viêt Nam, dans Carrefour, à la radio, et dans des conférences.

         Cela explique sa présence aux conférences annuelles de la Ligue anticommuniste mondiale (WACL), notamment en décembre 1968 à Saïgon et en septembre 1970 au Japon, et sa participation active en novembre 1970 à la conférence tenue à Bruxelles du Bloc des nations anti-bolchéviques (ABN) de l'exilé ukrainien Iaroslav Stetsko et du Conseil européen de la liberté ou European freedom council (EFC), liés à la WACL.

         Il est aussi vice-président de l'association Amitié France-Vietnam, présidée par l'ancien ministre Jean Letourneau. Cette association dénonce le Nord-Vietnam. Il co-préside avec André Chauvain, ancien président de la compagnie Shell, le Comité français pour l’information et les libertés européennes, fondé en 1970. Présent à Saïgon (Sud-Vietnam) en 1975, en tant qu'envoyé spécial de Carrefour, il est expulsé par le nouveau pouvoir communiste du Vietnam unifié.

         Il meurt à l’hôpital du Val-de-Grâce le 7 janvier 1979.
         Une rue de Maubeuge porte son nom.

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SITE EXODE DE M. MARTINEZ
https://exode1962.fr/exode1962/en-savoir-plus/13mai/vanuxem-13mai.html
Le 13 mai Général Vanuxem

         Il est bien difficile, même quelque vingt ans plus tard, après une si longue décantation, de distinguer les intérêts et les passions de ceux qui furent les hommes de la Révolution du 13 mai 1958 et aussi, toutes mêlées, les naïvetés exaltées et les exaltations calculées, les honnêtetés sans discussion et les audaces sans scrupules. A distance on n'en voit heureusement plus que la pureté et la chaleur de tout un peuple de Chrétiens et de Musulmans unis aux soldats dans leur appel délirant à la mère Patrie. Pourtant, beaucoup de ceux qui se sont promenés sur le devant des tréteaux, que ce soit à Paris ou en Algérie, sont des hommes qui s'étaient jusque-là tenus à l`abri de toute compromission, mais ils semblent avoir été poussés par d'autres agissant dans les coulisses.

         Cependant, ils furent tous, tous, après coup, joués par le Pouvoir qu'ils auront suscité. Sauf quelques politiciens habitués aux retournements partisans et qui ont pu continuer leur jeu, les autres aujourd'hui, épars et démunis, ont ce caractère commun et qui les a purifiés d'avoir été les victimes d'un rêve qui les a dépassés et dont ils ont été, parfois cruellement, réveillés sans comprendre encore quelle a été leur illusion tragique.
         L'événement surprend toujours par sa brutalité et le renversement soudain des forces qu'il emporte en sa vague, ce n'est que plus tard qu'on discerne ses causes. On dit alors qu'elles ont été longuement prévisibles. Or cet événement-là, personne n'y croyait. Ni le général de Gaulle, qui en fut le bénéficiaire, ni les autres qui l'ont vécu et qui s'en sont enthousiasmés pour en être ensuite les victimes. Toute leur troupe éparse et plus encore les populations, qui ne furent que des instruments, n'ont pu prévoir les faits ni leurs conséquences. Les uns et les autres paraissent n'avoir pu lire à temps dans le livre du destin comme le présente après coup l'Histoire. Le souvenir ne peut que verser des pleurs sur des photos jaunies et des fleurs sur des marbres froids, il ne fait pas revivre le passé ; il l''arrange pour le confort des vivants sans trop de souci des morts qui ne parlent plus...
         Entre l'ancienne Armée épurée dramatiquement et l'Armée d'Afrique qui prétendait avoir pris la meilleure part aux campagnes d'Italie et de la Libération et d`autre part la Resistance et les Free French de Londres, toutes les distinctions semblaient avoir été depuis longtemps abolies ; les jalousies étaient éteintes ; la guerre d'lndo avait refait l'unité de l'Armée. Le nom de De Gaulle n'était rappelé que par quelques exaltés ou quelques nostalgiques.

         Le cri qui courait dans la foule et la soulevait de toutes ses poitrines était uniquement ; " l'Armée au pouvoir ". Les militaires, tout à leur tâche prenante, étaient inquiets de la soudaine vacance du pouvoir politique. Tant à Alger qu'à Paris, il n'y avait plus de véritable volonté gouvernementale pour sauver le peuple algérien, ni de puissance politique pour poursuivre l'effort de pacification mené si efficacement non seulement dans les villes, mais et la frontière même de l'Algérie.
         Devant ce vide, l'Armée était la seule force qui, pour la défense de l'Algérie, assumait encore la responsabilité du pouvoir. Il ne lui restait qu'à le prendre mais elle n'en voulait pas parce qu'elle en avait peur.
         Elle s'y prêtera malgré elle, en fermant les yeux pour ne pas mesurer les conséquences de son acte et pour ne pas voir jusqu'où cela la conduirait. Aussi, ce geste aveugle sera celui, non des généraux, mais des subalternes.
         Pour le reste, l'Armée n'avait qu'un objectif : demeurer fidèle à la mission reçue, attacher l'Algérie à la France, conserver la France à elle-même.

         Depuis le 15 mars. Donc, la France n`avait plus de gouvernement. " Ça finira mal ", titraient les journaux algériens. Peu à peu naissait, faute d`une solution possible selon la constitution, l'idée de l'homme de la Providence qui eut tout sauvé, et les regards se tournaient vers Colombey-les-Deux-Eglises. Non seulement les Gaullistes enragés que l'on connaissait, mais déjà des hommes honnêtes, comme le Prince Napoléon en voyage en Algérie et Robert Lacoste lui-même, socialiste bon teint, y voyaient le seul salut possible. Vide politique à Alger, vide politique à Paris. Le peuple d'Alger criait : " l'Armée au pouvoir ! ". Le silence du peuple de la métropole paraissait l'approuver. Qu`attendait l'Armée ?

         L'occasion qui s'en présenta.
         La rumeur, bientôt confirmée officiellement, arrivera de Tunisie du jugement et de l'exécution de trois jeunes soldats. Rene Decourteix, Robert Richomme et Jacques Feuillebois, bien oubliés depuis et qui furent la cause directe de tous les événements qui bouleverseront l'Algérie et la Métropole.
         Les malheureux jeunes gens appartenaient, les deux premiers au 23e Rl et le troisième au 18° Dragons. Ils avaient été faits prisonniers un an et demi auparavant, le 1er novembre 1956, au cours d'une embuscade tendue par les fellaghas à Roum-El-Souk, près de Lacroix, sur la route en bordure de mer, qui mène à la frontière tunisienne.
         Dix-huit mois durant, ils avaient été trainés de village en village, la corde au cou, exposés aux invectives et aux molestations, sans qu'on pût rien pour eux ; leur condamnation par un tribunal sommaire, suivie de leur exécution immédiate à la frontière tunisienne même, près de Souk-El-Arba, face au Barrage, était un crime qui rejoignait les abominables tortures et les indicibles martyres qui jalonnaient la présence fugitive de la rébellion algérienne depuis bientôt quatre ans.

         L'ostentation dérisoire dont leur mise à mort avait été l'objet relevait de la provocation : dans l'atmosphère du moment, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre ; elle impressionna vivement l'opinion ; il fallait un geste de réparation.
         Le général Salan téléphona directement au général commandant la Zone de l'Est-Constantinois (1), sur le territoire de qui ils avaient été faits prisonniers et où leurs régiments étaient encore stationnés ; le 23e RI tenait le secteur devant Sakhiet. Il lui demanda d`organiser une cérémonie de réparation, une prise d'armes au cours de laquelle seraient remises la médaille militaire et la croix de guerre à titre posthume aux trois jeunes martyrs. Il en fixa la date et l'heure, le 13 mai, à 18 heures, de façon à ordonner au même moment une cérémonie à la même intention réparative dans chacune des garnisons d'Algérie.

         Ainsi fut fait.
         (1) Il s'agit de Vanuxem lui-même. Dans ses passionnants Mémoires, le général Vanuxem parle de lui à la troisième personne. comme on le verra ci-dessous " conversation Vanuxem - de Gaulle " Note de l'éditeur.
         A Bône, le cours Bertagna, large et somptueuse avenue, descend depuis le parvis de la blanche cathédrale, aujourd'hui détruite, jusqu'aux palmiers de la place des Gargoulettes, avec sa suite de jardins, de statues et d'allées ombreuses. Dès cinq heures du soir, à la mode méridionale, tout Bône venait " faire le cours " la société d'un côté, le petit peuple de l'autre, jusqu'à la statue de Thiers. On ne savait pas la raison de cette présence, mais Thiers marquait la limite à ne pas dépasser aux jeunes amoureux si ce n'est en s'engageant pour toujours.
         D'un côté s'élevait une immense mairie du siècle dernier, au balcon duquel les orateurs viendront bientôt porter la bonne parole aux foules rassemblées. Sur les marches du péristyle, se plaçaient les autorités lors des cérémonies militaires. Là, déjà, quelques jours plus tôt, à la cérémonie commémorative du 8 mai, la foule avait scandé, " Vive l'Armée ! " et " l'Armée au pouvoir ", ne ménageant pas sarcasmes à l'Administration civile, tandis qu'elle réservait ovations enthousiastes aux unités régulières et territoriales qui, peu à peu, avaient pris en compte la sécurité des villes et des banlieues. Elle avait applaudi les anciens combattants, européens et musulmans mêlés, toutes décorations sur leurs poitrines, orgueilleuses comme pour un défi. Et, grondante, elle avait injurié le Préfet, qui avait dû se retirer.

         Le 13 mai, bien avant l'heure fixée pour la prise d`armes, tout un peuple s'était massé sur le Cours. Chaque détachement qui arrivait était salué par des applaudissements qui n'en finissaient pas. Pour cette cérémonie un peu improvisée, de toute l`immense Zone, de la mer au désert, étaient venues les délégations d'une trentaine de régiments, avec leurs colonels, leurs drapeaux et leurs compagnies de garde. De part et d'autre du Cours Bertagna, c'était comme une haie de drapeaux palpitants.


         Devant le théâtre, deux jeunes soldats du 23e RI et un jeune dragon du 18e attendaient, portant chacun un coussin. Le général, devant chacun d'eux, fit lire les citations de leurs camarades morts puis il épingla les insignes des décorations. La mère de l'un d'eux était présente, secouée de sanglots.
         Le geste était à peine achevé, la clique n'avait pas fini d'exécuter le " Fermez le ban ! ", qu'une immense clameur balaya la foule d'une extrémité à l'autre comme une vague de fond. Devant le général, ayant à sa droite les trois jeunes soldats portant les coussins, le défilé commença. Le jour finissait. De l'ombre plus noire sous les frondaisons, sortaient les unités au pas que scandait, bien plus que la musique qu'on n'entendait plus, la clameur de plus en plus souveraine de la foule.

         Quand, à leur tour, les UT et les Anciens Combattants défilèrent, ce fut du délire.
         Le Préfet était blême. Non sans peine, il s'éclipsa en empruntant les petites rues adjacentes. Sur le Cours Bertagna, maintenant noir de monde dans la nuit tombée, on entendait comme un immense rugissement de la mer : c'était tout un peuple. Difficilement, il fallut fendre ses vagues qui déferlaient jusqu`aux autorités avec des cris et des acclamations qui n'étaient ni de haine, ni de peur, mais comme une supplication ardente.
         A la même heure, comme dans toutes les garnisons principales d'Algérie, à Alger, devant l`immense monument aux morts du plateau des Glières, se déroulait une cérémonie de réparation, en union avec celle qui avait lieu à Bône.

         Dans les rues, des haut-parleurs appellent à la manifestation. Dès 14 heures, les étudiants chahutent devant le Centre culturel américain ; ils arborent le drapeau a la devise " Honneur, Volonté, Patrie " et chantent la Marseillaise. Déjà, de jeunes manifestants tentent de forcer les grilles du Gouvernement General, gardées par des CRS qui se dégagent à coups de grenades lacrymogènes.
         A 16 heures, tous descendent sur le Plateau des Glières. Voici comment l'un d'eux, Claude Mouton, décrit joliment la scène :
         " De toutes les rues et ruelles avoisinantes, des rivières humaines venaient grossir le fleuve. Des grappes multicolores se comprimaient sur les balcons et les terrasses. Des centaines de milliers de drapeaux tricolores s'agitaient sur tous les immeubles. Autour du Monument aux Morts, ce fut un océan. Rues, trottoirs, escaliers, jardins, esplanades, balustrades, tout était recouvert, fondu comme en une seule couleur fauve. Les hurlements " Algérie Française ! " atteignaient le ciel en prière sublime. Toutes les poitrines battaient à l`unisson ; l'âme de l'Algérie appelait la mère Patrie au secours ".

         Grimpés contre le bloc de bronze, auprès de la flamme, les chefs activistes hurlaient : " Aujourd`hui. nous irons jusqu'au bout ! L'Armée prendra le pouvoir. Restez ici ! ". Près de deux heures d'une attente intense allaient ainsi passer. On chantait, on criait : " l`Armée au Pouvoir ! " On conspuait Pflimlin. Mendes, Chevallier. On scandait " Algérie Française " sur trois brèves et trois longues. Les délégations des Anciens Combattants rejoignirent une à une, section par section, de toutes les banlieues, drapeaux en tête, Musulmans et Européens mêlés. Ils sont couverts d'ovations et de cris délirants.
         A dix-sept heures quarante-cinq, dans un immense mouvement de foule, arrive le général Salan avec le préfet Baret, l'amiral Auboyneau et les généraux Jouhaud, Allard et Massu. La multitude les acclame et hurle ; " Vive l'Armée ! ". Puis soudain, à la sonnerie du clairon, un immense silence s'établit. Salan s'avance, dépose une gerbe au pied du monument, s'immobilise et salue, la main au képi. Mais, dès qu`il la retire de la visière, c'est un énorme déchainement, " l`Armée au pouvoir ! l`Armée au pouvoir ! " Et toute l`immense assistance d'entonner la Marseillaise. Un mot d'ordre circule alors : " Tous au GG ! ". Le cortège des généraux parvient à grand peine à s'extirper de la foule et à regagner l`hôtel du commandement tout proche. Il est 18 h 20. Devant le Monument aux Morts. Lagaillarde, en tenue léopard, agite son grand corps efflanqué : " En avant, tous au GG ! ".

         La marée humaine se met en marche ; elle s'engage sur les grands escaliers qui mènent au Forum : elle s'agglutine devant les bâtiments du Gouvernement Général, qui à ses yeux symbolise le pouvoir central, celui qui trahit l'Algérie. Les gardes précipitamment ont fermé les grilles et se sont retranchés à l'intérieur. D'autres gardes, de l'extérieur, tentent en vain de dégager les grilles sur lesquelles la foule se rue. Une compagnie de paras, venue remplacer les gardes impuissants, est littéralement engluée par la foule qui ovationne les soldats, les entoure, les embrasse et se joue d'eux, qui sont mi-consentants ; leurs officiers laissent faire ; tous fraternisent, tandis que les colonels Godard, Trinquier, Ducourneau, Thomazo et le général Allard, vite débordés, tentent en vain de contenir les vagues qui les submergent et les ballottent.
         Un camion militaire, conduit par un civil, est lancé contre la grille qui s'effondre. Déjà, là-haut, sur la terrasse, on voit la silhouette de Lagaillarde qui gesticule. Des centaines de manifestants se sont précipités dans les couloirs, dans les bureaux ; les vitres sont brisées ; de toutes les fenêtres, volent les dossiers et les papiers. C'est le sac du GG, tandis que, sur le Forum enfiévré par le spectacle, la foule hurle " Algérie Française ". Claude Mouton exprime son jugement sur ce moment :
         " Le grand bâtiment blanc était désormais bel et bien aux mains de la population algéroise et le pouvoir républicain était désemparé. Les CRS n`avaient pas tiré, l'Armée non plus. Pas une goutte de sang n'avait été versée. En prenant toute la subversion à contre-pied, étouffant la guerre civile dans l'œuf. Robert Martel avait empêché l'irréparable. Le complot gaulliste n'avait pas réussi son odieux chantage ; alors on pouvait encore, si Salan le voulait, s'il en avait le courage, s'il en prenait vraiment conscience, lui barrer la route. Tout tenait à l'Armée ".

         Le général Salan, du toit de l'Hôtel du commandement, a pu assister au spectacle. Par le souterrain qui le relie au GG, il gagne le bâtiment pour tenter de rétablir l'ordre en usant de son autorité. A quelques paras et aux CRS qu'il rencontre, il ordonne de faire évacuer les lieux. Dans le bureau du Secrétaire Général, il grimpe par la fenêtre qui donne sur le fameux balcon, qui n`est d`ailleurs qu'une terrasse. La foule, plus de cent mille personnes massées sur le Forum, hurle. Le général tente d'apaiser sa colère :
         - Je suis le général Salan...
         On lui répond par des injures; Franc-maçon, Bradeur ! Indochine ! Dien Bien Phu ! A bas Salan ! l'Armée au pouvoir ! Déjà, il y a quelques ; " Vive Massu ! ". Salan se retire. Sollicité par ceux qui sont là, encombrant le bureau du Secrétaire Général, et qui voient en lui le seul homme qui puisse prendre en main la situation, il renouvelle sa démarche. La foule le conspue à nouveau.
         Il faut reconnaitre que le général Salan, sous l'injure gratuite et quelle que fut sa mortification, n'abandonnera pas la partie. Il oubliera sa peine et n`aura aucune rancune envers le peuple algérien dans sa détresse. Mieux, il s'en fera le dernier rempart.

         Avec un temps de retard, arrive alors Massu. Il jouissait auprès des Algérois du prestige d'avoir été le patron des paras qui avaient libéré la ville de l'oppression d'un terrorisme forcené, et les paras de sa division lui étaient attachés. Auprès des uns et des autres, avec sa gueule de condottiere et son abord de brusquerie comme venant d'une volonté tendue vers un but unique et incapable de vouloir deux choses à la fois, il faisait confiance. Son double commandement lui était favorable. Il avait autorité directe sur la ville d`Alger et la division de paras qu'il commandait constituait la meilleure de la Reserve Générale. Elle pouvait, pensait-on obscurément, devenir à son ordre, l'aile marchante de la révolution aujourd'hui entamée. Elle en imposerait au reste de l'Armée. Massu paraissait donc pour les Algérois l'homme de la situation. Il était surtout le patron dont les officiers subalternes, véritables organisateurs de la révolte, avaient besoin pour se couvrir et donner à leur action une hauteur suffisante, faute de quoi elle serait dissoute. Les appels " l'Armée au pouvoir ! " se traduisirent alors par les cris de " Vive Massu ! ". La situation particulière des Algérois leur faisait ignorer que Massu ne pouvait être qu'un intermédiaire. D'ailleurs, Massu, tout autant que Salan, n'était pas décidé à se soumettre à ces " voyous ", comme il les appelait...

         Il venait, lui aussi, de l'Hôtel du commandement de la Place Bugeaud par le fameux passage secret. Un capitaine, tué depuis, a prétendu que, dans ce souterrain, il aurait joué de son pistolet devant le ventre de Massu en lui disant :
         - Fini de rigoler, il faut y aller ! Sinon !
         Massu va au balcon. Les gens se taisent et l'écoutent :
         - L'Armée répond à l`élan populaire...

         Il est alors 20 heures. Lagaillarde s'agite énormément. Il va au balcon, il revient à l`intérieur, il semble dévoré par la fièvre d'une réussite qui, d`un coup, saoule cette tète trop jeune. Sur le Forum, paras et population fraternisent. Généraux et hauts fonctionnaires, dans le bureau du GG, délibèrent. On contacte Paris, où Ely s`interroge lui aussi. Gaillard est toujours responsable. Pflimlin n`est pas encore investi. Une seule consigne ; " apaiser, ne pas tirer ". La solution est que l'Armée assume pour le moment la responsabilité du Pouvoir.
         " Au GG, raconte Lagaillarde, on a gueulé, on voulait exposer notre point de vue. On était quatre ou cinq, je ne sais plus. Pendant trois quarts d'heure, personne n`a voulu prendre de responsabilités. Je me suis fait houspiller par tout le monde, qui voyait en moi le responsable qui avait déclenché tout ce cinéma, jusqu'à ce que le général Massu arrive. Massu engueulait tout le monde. Vous savez ce ton qu'il prend : " Qu'est-ce que vous voulez ? " dit-il. Je m'accrochais à lui, pensant qu`il était le seul, à ce moment-là, capable d'endosser une responsabilité.
         " Je veux que l'on fasse un Comité de Salut Public mixte, civil et militaire, dis-je. "

         Massu s`est tourné vers ses adjoints, Dusanne et Trinquier, Salan s'en était allé dans la pièce à côté.
         - Allons-y ! Maugrée Massu. Qui on met dans votre Comité ?
         - Ceux qui sont ici, répond Lagaillarde. Et vous le premier !
         A un bout de table, sur un papier, il inscrit les noms des deux colonels et des cinq civils qui sont là et qui ne se connaissent guère, et il y ajoutera Thomazo. Il faut des Musulmans ; personne ne peut donner un nom. Au balcon. Massu, follement acclamé, proclame :
         - Je vous annonce qu'un Comité de Salut Public vient d`être formé.
         Il lit les noms dans le brouhaha et ajoute :
         - Et ce Comité, c'est moi qui le préside !
         La foule hurle, chante la Marseillaise, scande " Algérie Française ".
         - Voila ! Vous êtes contents. Maintenant, dites à vos gens de rentrer chez eux.
         Au téléphone, Lacoste :
         - Un coup d'Etat ?
         - Non, il s`agit de calmer et d'arrêter l`émeute. On ne peut quand même pas tirer.

         Il est 21 heures. La nuit vient de tomber. Le Forum fourmille de toute une foule qui demeure la, toute chaude et passionnée encore de l'événement qu'elle a vécu et auquel elle a participé.
         A ce moment, arrive un télégramme secret, rédigé à la suite d'un conseil interministériel, tenu à Matignon. Il est signé Guichard qui continue à expédier les affaires, mais émane de Gaillard, démissionnaire, et il a l'accord de Pflimlin qui n'a pas encore reçu l'investiture : " Le général Salan, commandant supérieur interarmes, est habilité à prendre toutes mesures pour la protection des biens et des personnes jusqu'à nouvel ordre ".
         Salan en prend connaissance. Il ne dit rien et met le papier dans sa poche ; il conserve sa liberté de manœuvre. Ainsi, les pouvoirs ont bien été donnés, en toute légalité, par le gouvernement à l'Armée, en la personne du général Salan. Celui-ci, pour le moment récuse, c'est Massu qui pratiquement a pris l`autorité. Il s'adresse et la foule :
         - Voici un télégramme que nous adressons au Président de la République :
         " Vous rendons compte de la création d'un Comité de Salut Public civil et militaire d`Alger... Le Comité attend avec vigilance la création d`un gouvernement de Salut Public, seul capable de sauver l'Algérie, partie intégrante de la France ".
         Dans le bureau voisin, on téléphone et on parlote avec Paris. Tout semble alors en l'air, comme suspendu. Le Pouvoir est aux mains de Massu qui s'en réfère à Salan : celui-ci en a reçu la charge de son gouvernement, mais n'en dit rien. Les Gaullistes ne sont pas encore dans le coup ; ils sont absents, Pour les responsables du moment, il s'agit de tempérer l'agitation. La révolution va-t-elle s'arrêter court ?

         C'est alors que des officiers parachutistes subalternes, inquiets de ce qu'ils pensent être le long feu de l'explosion, interviennent. Ils font donner l'ordre d'alerter le 1er et le 18e RCP, ainsi que l'unité blindée des UT, pour venir au Gouvernement Général défendre ce qui a été réalisé. On ne permettra pas de toucher à ce qui a été acquis. L'Armée a le pouvoir qui était vacant ; il a été cédé par Paris à Salan qui n'en a rien dit ; il est aux mains de Massu qui refuse de s'en servir ; en fait, personne n'a voulu le prendre, et les capitaines sont inquiets.
         Alors arrivent à la rescousse les Gaullistes, furieux d'avoir été pris de vitesse : ils font irruption, Delbecque en tête, tout essoufflé. Tout va répartir. Delbecque s'impose : " Je suis le représentant de Soustelle. " Bon ! On l'inscrit sur la liste du Comité de Salut Public. Malgré quelques objections, vite étouffées, le prestige du nom de Soustelle a prévalu. En réalité, aux yeux des Algérois, Soustelle n'est pas le représentant de de Gaulle, il est toujours l'ancien gouverneur qui, le premier, a saisi le problème de l'Algérie, il l'a personnifié d'une autorité acquise sur place : à son départ, dans la houle de la foule qui le portait à son bateau, il a promis de revenir ; il a juré que " l'Algérie resterait Française ". A ce titre, il a droit et autorité dans toute l'Algérie.

         Delbecque monté au balcon et annonce l'arrivée de Soustelle. Un souffle nouveau attise le feu d'une nouvelle détermination dans l'inquiétude de tout un peuple qui ne savait plus comment relancer son jeu. Cependant le général Salan a envoyé l'ordre d'arrêter Soustelle s'il se présentait à un aéroport d'Algérie ; l'ancien gouverneur ne pouvait être qu'un gêneur, surtout depuis que le Général se savait investi de tous les pouvoirs par le gouvernement légal, à qui il semblait vouloir continuer à obéir. Mais, à l'intérieur du GG, c'est une vive discussion. Les Gaullistes signifient leur volonté d'entrer eux aussi au CSP, comme on dit maintenant. Delbecque s'en fait le vice-président.
         De surenchère en surenchère, le Comité de Salut Public passera de sept à quatorze membres, puis à quatre-vingt-deux...
         Il est près de minuit. Léon Delbecque pousse le général Salan au balcon. De nouveau, de la foule fusent des invectives, des hurlements, des sifflets. Le général doit se retirer sous les huées.
         Thomazo, le colonel au nez de cuir, commandant les Unités Territoriales, grimpe à son tour sur la fenêtre qui donne sur le balcon, il est applaudi : " Le général Salan. " commence-t-il..,

         Des hurlements et des sifflets lui interdisent de continuer. Le général Salan se retire à l'Hôtel du commandement. Au grand désappointement de la foule, on annonce que l'arrivée de Soustelle est retardée. A Paris, à 2 h 45, le Président Pflimlin a reçu l'investiture du Parlement par 280 voix contre 126. Personne n'a répondu aux appels du Comité de Salut Public et l'on ne sait rien du pouvoir délégué au général Salan. L'Algérie semble être seule et ne plus pouvoir compter sur personne, ni sur son territoire, ni en Métropole : va-t-elle, une fois de plus, se résigner ? Elle a l'impression d'être abandonnée, elle qui vient d'avoir un sursaut national qu'elle croyait sublimé. C`est l'affrontement avec le vide. Tout semble perdu. La foule hurle sa colère. Puis un grand silence, comme un désespoir, la saisit.

         Alors, le général Salan revient au GG. Il monte à nouveau au balcon. La foule se tait ; par lassitude, elle accepte. Le général lit un communiqué que des délégués du Comité de Salut Public sont vénus lui proposer. Il apporte un grain d'espoir nouveau :
         " Ayant la mission de vous protéger, je prends provisoirement en main les destinées de l'Algérie Française. Je vous demande de faire confiance à l'Armée et à ses chefs, et de montrer par votre calme, votre détermination... ".
         Il est 3 h 30. La foule parait soulagée. Elle pousse comme un immense soupir de reconnaissance : l'Armée est engagée. Il y a enfin quelqu'un pour soutenir tout un peuple.
         La révolution est faite. L'Armée a pris le pouvoir. Mais la question demeure : qui sera le sauveur ? La réponse sera donnée le 15 mai. Le général Salan, une fois encore, vient au GG. On le hisse sur le balcon. La foule se tait puis, selon les consignes passées parmi elle, elle lui fait une ovation triomphale. Il est ainsi, d`un coup, plébiscité. " Seul, il peut sauver la situation, pensent les uns ; il est le chef de l'Armée. A lui, faute d`autres, à assumer le pouvoir et la direction du mouvement. S'il ne marche pas, l'unité est fichue ". " Il faut le pousser, lui donner de l'assurance, lui faire crier : Vive de Gaulle ", estiment les autres... La foule hurle : Salan ! Salan ! Salan ! Il va parler.
         - Ce qui a été fait ici, hier, montre au monde que l'Algérie veut rester française. L'Algérie, une fois de plus sauvera la France... La victoire, c'est la seule voie de la grandeur française. Je suis avec vous tous...

         Le micro est défaillant. Les derniers mots se sont perdus.
         Qu'importe ! La foule acclame l`orateur. " Répétez votre phrase, mon général " lui dit-on en coulisse. Il achève :
         - Et nous remonterons les Champs-Elysées, couverts de fleurs. Vive la France ! Vive l`Algérie Française !
         La foule scande : Salan ! Salan ! Salan ! Il se retourne à demi pour quitter le balcon. " Allez, dites : Vive de Gaulle, mon général, et la partie est gagnée ", lui aurait alors susurré Delbecque. Le général, qui en avait fini, reprend le micro :
         - Et vive de Gaulle ! crie-t-il.
         Tous les journaux de l`époque ont relaté que le général Salan, avant son discours, a déclaré à son entourage : " Ici, on ne peut crier que " Vive l'Algérie Française ! ". D'une prudence exemplaire jusque-là, il vient tout juste de dépasser d'un mot ce qui est permis au chef militaire pour ne pas franchir le seuil qui sépare le stratégique du politique. Ce mot lui sera fatal.

         Peut-être n'était-il pas sûr de lui ?
         Peut-être ne voulait-il pas, alors, s'engager lui-même ? Peut-être avait-il conscience de la fièvre activiste, peut-être ne pouvait-il maitriser les jeunes capitaines qui menaient l'action ? En tout cas, il vient de s'en remettre à un autre qui ne souffrira jamais de l'entendre dire : qui t'a fait roi ? Le mot a été lâché. Fatal au général Salan, il sera fatal à l'Algérie. Le sort en est jeté.
         Un court instant interdite, le souffle suspendu, comme imbibée d`alcool, d'un coup la foule s'enflamme, la foule explose dans une espérance folle. Longtemps comprimée par la peur et l'angoisse, elle se détend soudain par le besoin à n'importe quel prix de s'exalter :
         " Vive de Gaulle ! ".
         Tout est consommé ; la révolution des capitaines a abouti.
         En un instant, toute l'Algérie a acclamé de Gaulle qui est la promesse de la France ; toute l'Algérie se donne à lui dans un enthousiasme dont il lui sera si douloureux de revenir, sauf pour quelques-uns qui se tairont, clairvoyants ou soupçonneux, mais emportés par la vague de fond. Il me faut pas s'y tromper : de Gaulle, que l'Algérie réclame, c'est la France: c'est l`Alsace-Lorraine qui refuse d'être cédée à l'étranger. Tout un peuple en appelle à la Patrie et à l'homme qui la personnalise, l'homme providentiel, après qui il n'y aurait plus que le vide du désespoir.

         Lorsqu'il fut assuré de l'Armée, elle aussi dans l'anxiété et dans le refus d'être dépouillée de son rôle de garante de l'intégrité nationale, alors de Gaulle parla. Tout ce peuple d'hommes et de femmes, et de soldats, enfin rendus à l'espérance, s'est enivré follement de si nobles paroles qui n'étaient destinées pourtant ni à l'Armée, ni à l'Algérie, ni à la France. Cependant, par ces paroles, allaient être irrémédiablement perdus l'Algérie, l'Armée et ce qui demeurait de la grandeur française.
         Il a suffi d'un cri et une armée de vainqueurs s'est déclarée soumise ! Un peuple a exprimé sa volonté unanime de vivre libre et français, et il sera jeté en exil ou livré à l'esclavage ! Tout un Empire va s'écrouler et la France, si grande encore, ne sera plus que l`ombre d'elle-même, à jamais défigurée et dépouillée de ses richesses !
         Pour le moment, l'enthousiasme était tel qu'il sustentait le peuple. Ceux qui allaient mourir acclamaient ceux qui allaient les condamner.
         Extraordinaire leçon de politique.

         On connait la suite, comment l`Armée, trahie elle aussi dans sa mission, sera contrainte à mentir, comment elle aura à abuser ceux qu'elle avait eu à protéger et pour qui elle s'était portée garante de leur liberté. L'Armée allait subir la plus entière des défaites, celle qui entérinait toutes les autres qu'elle avait subies depuis vingt ans. La signature par la France des accords d'Evian sera la consécration de la défaite de 40, de la ruine de l'Empire et de l'abaissement de la grandeur française.
         Cependant, il ne se passera pas deux générations avant que l'Europe occidentale et l'Afrique du Nord ne soient ressoudées, pour les besoins de leur sécurité et de leur progrès. Ou la France ne sera plus qu'un ilot de l`Archipel du Goulag...

         Paul Vanuxem (texte posthume, extrait des Mémoires inédits du général Vanuxem).
         Algérie Française - Philippe Héduy - Editions SPL

         CONVERSATION VANUXEM-DE-GAULLE (Bône, 5 juin 1958) - Et alors. Vanuxem ?
         La question ne demandait guère de réponse... A Bône, de la base militaire des Salines qui est à quelque distance de la ville, le cortège officiel gagna la route vers la ville, parmi la foule qui faisait une haie d`honneur en applaudissant et en criant. Dans la 15 CV, à droite, le général de Gaulle ; à sa gauche, le général Vanuxem ; devant, Bonneval. Sur le garde-boue, le fanion tricolore à cravate, bordé de franges dorées, selon les prescriptions du vieux règlement des fanions et lanternes.
         - Et alors ? répéta le général de Gaulle. Maintenant, de Gaulle est là !
         - Je ne peux que m'en réjouir puisqu'il porte notre espérance.
         - Et qu'est-ce qu'il doit faire ?
         - Deux choses...
         - Voyons la première.
         - La rébellion est quasiment éteinte. Il convient de ne pas laisser s'en rallumer les brandons. Dans ce genre de guerre, c'est l'espérance de l'adversaire qu'il faut vaincre. Faites un plan progressif à long terme, à cinq ou dix ans, où vous prévoirez l'augmentation progressive des moyens économiques et militaires jusqu'à utiliser tous ceux de la France dans une guerre totale.
         Alors à bref délai, vous aurez la chance de voir votre adversaire rendu... Sinon, si vous faites court, il pensera pouvoir tenir plus longtemps que vous ; si vous fixez une date, ce ne pourra être que celle de notre départ et de notre abandon.

         Plus vous verrez long, plus ce sera court. Dans le même temps, une certaine régionalisation, étendue à la France et rendant à nos provinces leur personnalité, permettrait de résoudre le problème local, tandis que l'arrivée en Algérie d`un million d'Européens serait nécessaire pour la mise en valeur des richesses, l'équilibre des diverses communautés et l'évolution des mœurs.
         - On verra ; en secundo ?
         - L'action extérieure, le Maroc et la Tunisie. Faites une journée d'amitié française en Tunisie et, pour moi, de ce côté de la frontière, c'est terminé.
         - L'emmerdant, c'est qu'ils ne veulent pas...
         - Vous avez les moyens de les convaincre, de gré ou de force. Ils vous en seront reconnaissants.
         - Et le reste, est-ce que c'est vrai ?
         - Quoi, le reste ?
         - Ces Arabes qui fraternisent, on peut y croire ?
         - Vous verrez vous-même. Pour ne pas y croire, il faudrait être aveugle. Pour ne pas en profiter, il faudrait être fou. Vous avez en mains...
         - Et alors, vous ne vouliez pas de moi ?
         - Cela ne fait plus question : vous êtes là !
         Le général de Gaulle leva ses gros yeux globuleux et fixes sur son interlocuteur, et ne dit plus rien.


La différence entre les nouveaux colonisateurs… et les anciens
  

               Puisque c’est vous qui nous colonisez aujourd’hui, préparez-vous à être confrontés dans un demi-siècle au même problème de repentance qui frappe la France depuis plus de cinquante années.
               Faisons un comparatif : avant un pays allait à la conquête de nouvelles terres avec ses armées. Il l’envahissait puis l’exploitait pour son plus grand bénéfice en faisant bien entendu travailler la main-d’œuvre locale.
               Par exemple, ce fut le cas de la France en 1830 lors de la conquête d’un morceau de l’Afrique du Nord que l’on appela Algérie (cette partie n’avait pas de nom).
               Nous avons conquis ce pays et avons mis en valeur des terres inexploitées en nous aidant bien entendu de la main-d’œuvre indigène, et cela pour le plus grand bénéfice et du pays conquérant et forcément du pays conquis.
               Ce schéma s’est reproduit sur quelques continents au cours des derniers siècles, aux Amériques, en Océanie et en Afrique.
               Ces temps-là sont révolus.
               Un pays n’envoie plus ses armées à la conquête de terres inexploitées mais le temps du colonialisme, lui, n’est pas révolu.

               S’il n’y a plus d’armée il y a des capitaux, des investisseurs, des spéculateurs.
               Quand un pays comme la Chine achète toutes les terres, arables ou non, et minières d’un pays comme la République démocratique du Congo, et une immense superficie de pays comme le Cameroun, le Mozambique, Madagascar, Nigeria (plus de 30 millions d’hectares arables, essentiellement en Afrique. Plus que la surface exploitée en France) et même au Brésil, en Russie et au Kazakhstan.
               Quand des pays riches comme le Qatar et l’Arabie saoudite acquièrent d’immenses superficies de terres arables ou non en Australie, en Ukraine, et partout dans le monde.
               Je résume : quand des pays comme la Chine, le Qatar, l’Arabie saoudite achètent donc des millions d’hectares de terres soit arables, soit encore inexploités, qu’ils s’empressent de mettre en valeur afin d’en tirer le plus grand profit, tout en exploitant la main-d’œuvre locale, n’est-ce pas très exactement ce qu’était le colonialisme des siècles précédents ?
               Et je vais même plus loin : quand des Qataris, des Russes ou des Chinois achètent tout ce qui est à vendre sur notre planète : industries, biens d’équipement, hôtellerie, etc. et les exploitent en se servant de la main-d’œuvre locale, n’est-ce pas du colonialisme ?

               Qu’on le veuille ou non il n’y a aucune différence.
               Un pays est conquis par un autre pays plus riche, plus puissant, que ce soit par ses armées ou par ses capitaux, et cela dans le but de l’exploiter sans que les « indigènes » aient leur mot à dire. Ces mêmes indigènes sont exploités ensuite pour enrichir les nouveaux propriétaires… les nouveaux colons.

               C’est un éternel recommencement, seules les méthodes changent.
               Mais il y a tout de même une différence.
               Au début de cet article, j’ai fait référence à la conquête de l’Algérie par la France, en 1830.
               Il est vrai que la France a mis en valeur d’immenses surfaces de terres inexploitées et de terres arables, et cela comme il se doit avec l’aide de la main-d’œuvre locale qu’elle a dû former et l’arrivée de dizaines de milliers d’immigrants venus de toute l’Europe.
               Mais la France a construit un pays là où il n’y avait rien, ou presque rien : toutes les infrastructures, les industries, les ports, les aéroports, les barrages, les routes, les voies ferrées, les hôpitaux, les écoles, et j’en passe. Quelle chance a eu ce vaste territoire sans nom d’avoir été conquis par la France, qui l’a baptisé Algérie !
               Si cela n’avait pas été le cas en 1830, s’il était resté aux mains des Arabes (qui l’ont laissé en déshérence durant plus de dix siècles), eh bien ces immenses superficies de terres inexploitées et arables seraient de nos jours achetées par ces mêmes Chinois, Qataris et d’autres, comme cela est en train de se passer avec le reste de l’Afrique. Pour le plus grand bénéfice des acquéreurs bien sûr mais également pour ceux qui sont au pouvoir actuellement.

               Et les Algériens seraient « colonisés »… comme ils l’ont été, mais avec certainement pas les mêmes avantages qu’ils retirent encore actuellement de la « colonisation française », loin s’en faut.
               Ils n’ont pour cela qu’à constater ce qui se passe dans « ces nouveaux pays colonisés » et ils comprendront la différence qui existe entre « colonialistes » et « colonisateurs ».
Manuel Gomez
12 septmbre 2026



SALAOUETCHES
Envoyé par M. J.C. Gatto
Mai 2013 pages 45-71

PAUL ACHARD chez Balland

FANTAISIE EN CASBAH MINEURE

       - Voyons, Messieurs, si nous parlions maintenant de la Casbah... Lequel d'entre vous... ?
        On ne laissa pas achever la phrase interrogative. Un gros rire courut dans la classe ; les élèves regardaient leur maître avec une joyeuse stupeur. C'était un jeune et brillant professeur, frais émoulu de Normale Supérieure et nouvellement nommé au Lycée d'Alger. Il fallait vraiment que ce novice ne se rendît pas compte de l'inopportunité de sa question pour qu'il la posât, avec cette candeur, à des garçons dont la plupart étaient capables d'écrire sur ce sujet vingt pages substantielles, pleines de fautes d'orthographe, d'impropriétés, de barbarismes, de pensées philosophiques et d'observations d'une saisissante vérité. Aussi, bien plus encore que la proposition : « Si nous parlions de... », la demande : « Qui d'entre vous... ? » eut le don de causer dans la classe une grosse sensation.

        Au long des bancs et des pupitres, les chuchotements allaient leur train. Parmi ces potaches dont les grands-pères n'avaient pas toujours été des modèles de distinction, de scrupule ou de vertu, lors de la truculente époque de l'occupation, les mieux élevés se contentèrent de sourire. Quelques-uns même furent choqués, tandis que la majorité, l'œil pétillant, attendait quelque chose de gras, de scandaleux. Un seul leva la main pour exprimer le désir de passer à la planche.
        Le nouvel universitaire était professeur d'histoire ; il tint à mettre aussitôt les choses au point :
        - Voyons, voyons, Messieurs, pas d'équivoque : je parle de la Casbah-citadelle, ne sortons pas de la Conquête de l'Algérie, s'il vous plaît. Eh bien ?... Ah ! vous ? Vous avez quelque chose à dire ?

        Toute la classe se retourna vers l'audacieux qui s'offrait à laïusser sur un thème aussi dangereux. Mais lui, le bras tendu, suivait son idée et sa fantaisie, sans rien écouter que sa muse. On respira : c'était Rolando, le nom circula dans un murmure. Rolando c'était un poète - le poète de la classe - tout lui était permis ; du reste, il devait être dans la lune, comme toujours, et les bons petits camarades supputaient déjà quelque réponse saugrenue, qui les ferait pouffer.
        - Eh bien, Rolando ? réitéra le professeur, en tapotant sa chaire du bout de son porte-mine.
        - La Casbah, c'est un écheveau...

        - Cela n'a ni queue ni tête, mon garçon.
        - Justement, répartit le poète sans se troubler, un écheveau n'a ni queue ni tête, alors on peut imaginer un écheveau de rues...
        - Mais mon ami, votre comparaison n'a aucun rapport avec la question.
        - Précisément si, Monsieur, parce que rien ne peut mieux donner une idée de la Casbah, que cet entrelacs de ferronnerie architecturale : la Casbah a l'histoire de sa morphologie.
        - Bon, bon, asseyez-vous...

        C'était bien là une définition à la Rolando ; il n'en faisait pas d'autres, avec son accent provençal si charmant. Le professeur chercha, parmi les têtes hirsutes et les crânes tondus.
        - Voyons... vous, Cochet ?
        Le « fort en histoire » se leva comme mû par un ressort et se lança dans un développement historique des plus complets. Comme nous disions alors, il rupina « à bloc ».

        A la sortie dans la cour, il faillit y avoir un combat singulier entre deux élèves, un externe et un interne. Ce dernier, en haussant les épaules avait dit :
        « Un écheveau de rues », comme c'est malin... Le mot n'est pas de lui : c'est Gérard de Nerval qui a dit ça...
        - Menteur ! C'est Rolando qui l'a dit, je l'ai entendu, avait riposté un « nouveau », déjà très impressionné par le poète.
        - Gérard de Nerval !
        - Rolando...

        Pour arranger les choses qui se gâtaient, un potache d'une autre classe proposa une solution simple autant que pacifique :
        - Il n'y a qu'à le demander à Gérard de Nerval lui-même, suggéra-t-il gentiment.

        L'interne haussa les épaules, ramassa son képi, qu'il avait déjà jeté en signe de défi, puis il s'en fut, sans discuter davantage, fumer une cigarette dans les cabinets d'où les premières chaleurs de mai tiraient des bouffées d'ammoniac et de tabac qui se mêlaient curieusement au parfum du printemps fleuri, emplissant toute la ville. L'incident en resta là. « Si bien, concluait la mère d'un élève, qu'on n'a pas pu savoir au juste la vérité. »
        Aujourd'hui, avec le recul, par-delà trente années, je revois la scène et je rends un hommage rétrospectif au génie subtil de Rolando, ce fils de l'Hélicon qui, hélas ! devait plus tard déserter le Parnasse pour Montparnasse, où le menèrent, en première classe, les études de pharmacie que lui fit faire un père prévoyant dont la défiance suspectait déjà la vertu alimentaire de la littérature.

        Rolando, ô prophète ! Seul un poète pouvait avoir la révélation de cette Casbah qui, pour nous, n'était qu'un quartier réservé. Dentelles de rues. Rues sans joie, rues sans tristesses, rues sans ciel, rues sans enfer, rues sans soleil, rues sans ombres, rues qui montent, rues qui descendent, rues si diverses, qu'il n'y en a pas deux pareilles. Il y vit des ermites et des maquerelles, des savants et des brutes, des vierges et des prostituées, des centenaires et des enfants, des saints et des souteneurs, des sages et des fous, des voleurs et des juges, des ascètes et des ivrognes, des artistes et des assassins. C'est un des plus beaux exemples de géographie humaine, une des plus pittoresques illustrations du prin¬cipe qui affirme qu'il faut de tout pour faire un monde.

        JARDIN MARENGO

        Les fenêtres ouest du Lycée donnent sur le jardin Marengo ; on les laisse ouvertes lorsqu'il fait chaud. Tout en traduisant Platon et Tacite, en lisant Fénelon ou Bossuet, les élèves voient passer des femmes arabes ; lentement, avec peine, elles montent le long des sentiers escarpés, pierreux et souvent glissants. Leurs sarouels de plomb blanc entravent des jambes qu'on ne verra jamais ; des paquets de voiles engoncent des poitrines qui ne seront jamais montrées à quiconque, sinon pour allaiter. Parfois, on entend un cliquetis de lourds bracelets, brimbalant autour des poignets sans os... et retombant sur les mains à demi rougies de henné.

        Un cigalon de l'année, fier de ses opercules sous-ventriers, essaie ses jeunes cymbales, encore trop frêles. Enroué par l'humidité de la terre, le présomptueux aurait dû garder son trou plus longtemps ; le son est grêle ; il est loin de la rauque stridulation qui a valu à l'espèce, de la part d'Homère, une flatteuse comparaison avec les vieillards bavards du troisième chant de l'Iliade (traduit l'an dernier), lesquels s'entretenaient avec Priam sous les murs de Troie. Ce mâle insuffisant n'est encore qu'une larve, comme nous sommes des larves de Gaulois sous un ciel turc. Quant au cheval de Troie, que n'est-ce cette forte Mauresque, qu'on verrait avec joie franchir le mur brûlant de l'« Etude », pour nous délivrer de la fastidieuse séance de récitation classique que nous préparons.

        - Calypso ne pouvait se consoler du départ d'Ulysse, articule sur un ton las, pour la troisième fois, un cancre célèbre qui redouble sa classe chaque année.
        La phrase nous frappe comme une balle.
        Un grand Arabe, les mains derrière le dos, la cigarette à l'oreille, passe derrière la fenêtre grillagée ; il monte, chantonnant quelque chose d'informe : « Naanani, nani, nani, naana ». Il suit la Mauresque, pensons-nous, curieux et distraits. Une autre femme indigène, très parfumée s'avance précédant de peu un Bédouin court et large, dont la grosse main taquine la lanière d'une matraque. Celui-ci ne chante pas, il récite des prières.

        Les élèves imaginent des romans, des intrigues, des complots, des mystères, des crimes même, et surtout, l'amour, l'amour oriental, naturellement. Or, la première passante, parée comme une idole, en est à son troisième époux ; trois fois de suite elle a été répudiée pour stérilité et, en désespoir de cause, elle se rend au marabout de Sidi-Abd-er-Rhaman où, selon le conseil d'une vieille de son quartier, au coin de l'impasse Micipsa, elle devra s'asseoir sur une pierre en forme de pomme de maïs et penser fortement à un enfant. Elle espère ainsi être mère ; elle a quatorze ans et voudrait avoir un petit pour jouer avec lui : c'est de son âge. L'Arabe qui suit est uniquement préoccupé de ce que va lui dire son beau-frère et ami Lounès ben Boudjemâa, qu'il va visiter à la prison de Barberousse où ce parent est détenu pour coups et blessures ; la troisième passante vend des fards et du parfum aux dames du « Palmier », qui paient comptant - ce sont des Françaises - enfin, l'homme au gourdin est un maquignon qui va charger Allah de lui faire vendre au 5e Chasseurs d'Afrique une paire de chevaux de Tiaret, plus que suspects.
        Et l'imagination fébrile des élèves, surchauffée par la température, brode autour de ces quatre personnages en quête d'auteur.

        Près du Marabout, il y a des Européens ; des femmes qui prennent l'air avec leurs mioches ; des retraités, des flémards ; un tondeur de chiens qui fume sans parler ; un garçon de café qui volait et qui a été renvoyé ; un portefaix qui s'est foulé la main droite ; un colporteur ruiné ; un laitier qui descend d'El-Kettar où il est allé faire panser une vilaine plaie, envenimée dans le fumier. Tout ça jacasse. Belle palette ethnologique qui va de Gibraltar à Jérusalem en passant par les Baléares et par Malte. Toute ce qui défile devant cet aréopage méditerranéen est épluché, étrillé. Quand la première Mauresque est passée, on entend :
        - Aïaïaïe, si c'est pas malheureux qu'on peut pas s'asseoir une honnête femme sans qu'y vient vous salir une putaine !
        - Forcé c'était que le Kaoued il se la suit, pour se la surveiller...

        Tel est le commentaire qui accueille le second personnage. Le troisième est salué par un reniflement qui ferait pâlir d'envie un cochon mahonnais : « Arrchchrrh ti as senti cette odeur, Roméo, si c'est Dalpello ? C'est pas avec son cul qu'elle se l'est fait, mais c'est avec qu'elle se l'est gagné. »
        Quant au troisième figurant, comme il a jeté un vague coup d'œil sur les gosses couverts de croûtes qui jouent « à se jeter de la poussière dans les yeux », une voix aiguë lance à la cantonade :
        - Entention ! il nique les enfants !...
        Un agent de police qui fait les cent pas là-haut dresse l'oreille, mais il aperçoit le groupe ; il a compris... Tchaleffes, que tout cela... Au loin la mer est belle, ce soir il fera frais. Sa femme aura préparé des rougets froids, il y aura de la glace à un sou le kilo pour la fête du beau-père qui descend tous les samedis de la Bouzaréah avec du vin et de la soubressade.

        Demain, dimanche, la pêche à la Pointe-Pescade. Cet après-midi, c'est « la classe ». L'agent est optimiste, il a un bon sourire. Il est du Cap Matif ou, un pays de rigolos, de moitiés fous, comme il dit. Pourtant au passage des quatre personnages, il faut qu'il donne son avis, comme tout le monde : deux madrigaux et deux conseils : à la première : « Qué des yeux canailles ! » ; au second : « Qu'est-ce ti attends pour rentrer à l'orphéon de Bab-el-Oued, Ahmed ? » - ça rime par-dessus le marché ; à la troisième : « Au jardin Marengo, on sent le savon du Congo » - décidément il est en forme. Enfin, au quatrième : « Cache toi le bâton dans le pantalon, si le marabout il le voit, jamais il t'écoute ça que tu lui demandes. Je rigole pas. Moi quand je vais à l'église, oulla, je me jette le coupe-choux dans le caleçon... Adieu plein des poux ! »

        Quatre heures, un roulement de tambour. C'est la sortie du Lycée. Des ordonnances attendent les fils d'officiers ; on voit quelques mères, jamais de pères. Comme dit à sa femme l'un d'eux, un marchand d'oranges en gros :
        - La maison il la trouvera, le petit ; la petite, peut-être elle se trompe elle en trouve une autre ; mieux tu vas la chercher.
        Les externes traînent rue Bab-el-Oued, rue Bab-Azoun, se livrant à mille farces ; les amoureux de la mer passent par le Boulevard Amiral Pierre ; ils regardent les petits Napolitains qui, du haut de la balustrade, pêchent le mulet avec du crin de cheval et du fro-mage pourri, mais ceux-ci n'aiment pas se prêter longtemps à cette admiration, même si elle reste muette.
        - Dis, gommeux ti as pas fini de faire peur aux poissons ?... Allez, allez, gare de là !

        Quelquefois le lycéen, fils de fonctionnaire depuis peu de temps installé à Alger, s'étonne de ce manque d'hospitalité et confie ses impressions à un condisciple, en déplorant que « ce jeune garçon ne soit pas très aimable ». Alors le gosse de Palerme ou de Minorque empoigne sa culotte à pleine main et au bon endroit et feint de tendre le paquet symbolique au censeur importun ; ou bien il se contente de porter ses mains en cornet à ses lèvres serrées, d'émettre un son crépitant, qui, amplifié par ce haut-parleur improvisé, prend l'importance et le caractère d'un bruit incongru, du plus mauvais aloi.

        Mais les plus avancés s'attardent dans les ruelles voisines du Lycée. Dans l'ombre des portes, des femmes aux poitrines fracassées, violemment maquillées, les pieds nus dans des babouches, le ventre en avant et les cheveux collés, en guiches, à la salive, demandent une cigarette.
        Plus on « monte », plus les invites se dépouillent d'artifice.
        - Ti es girond, dis, petit.
        - Amène-moi ton père, mon chéri, pisque toi tu veux pas monter.
        - Ti as tort, on te fera pas de mal.

        LA MATERNELLE

        Il y en a une surtout, rue du Chameau. Ah ! un pinceau, des couleurs et du talent pour la fixer sur une toile ! Peu de cheveux, mais huilés, sentant le rance, ramenés « à la chien », sur un front bas ; sous de lourdes paupières boursouflées, sans cils, l'éclair d'un regard tendre, coulant dans l'eau glauque d'un œil, l'autre restant à demi fermé ; un visage capitonné de graisse jaune, informe comme le corps qui pèse ses cent kilos. Elle est innommable. Mais elle impressionne les morveux qui, déjà, chez eux, d'un air sournois, com¬mencent à regarder la bonne en pensant à des choses...

        Son vrai nom est Modestine ; elle est née à Alicante, mais se fait appeler Rachel, nom qu'elle préfère pour le négoce. Elle se dit la fille d'une riche juive de la rue Randon, si belle qu'un officier de spahis l'enleva et la mit enceinte à Colomb-Béchar, chez un grand chef marocain à qui le ravisseur avait sauvé la vie. On lui fait toujours raconter cette histoire. Alors elle demande deux sous. Souvent, on ne les a pas ; on se cotise pour les lui donner, mais alors on réclame une autre histoire, plus originale, surtout plus corsée. Elle ne se fait pas prier. Parfois elle est égrillarde, la grosse cochonne, son œil - le seul ouvert - s'arrondit comme celui d'un perroquet apercevant un morceau de viande rouge, et elle raconte l'histoire que nous avons intitulée « Trompette de spahis ». Laissons-la parler, avec son effroyable accent hispano-mauresque (1).
        - Alors esté femme qué yo dis, elle no poubait pas aboir del pétit ; y belforça elle boulait qué son mari il loui fasse oun pétit ; ma manco y poubait, le pobré, parce qué il était bieux ; alors, porqué c'était ouna Moresque, ail' s'en ba trouber el Marabout, y ellé loui dit : « La, M'sio Mohammed, Adjebet Sliman, atani oun moutchatchou ». Comme elle était zoulie, le marabout il accepte, de rif ; ils sé couchent sour lé lit. Y boilà qu'ils commencent dé trabailler... Oun ! dos ! Oun ! dos ! Chacoune il tiré dé son côté. Andar y benir, andar y benir, ha, ha ! Oun ! Dos ! Y avait bon. Tiens, comme ça... Mira ! Chouf !

        (1) Je me suis toujours demandé pourquoi les Espagnols prononcent les b comme des v et les v comme des b. Ce renversement est bien inutile, puisqu'il serait aussi facile et aussi naturel de faire exactement le contraire.

        Et la répugnante ruine, reniflant, ahanant au rythme d'un mouvement simulé mais sur la nature duquel il n'était pas permis de garder le moindre doute, travaillant des bras, du ventre et des hanches, mime la scène d'amour que jouèrent la jeune femme et le marabout. Sans cesser d'accomplir le geste, qui rappelle à la fois celui du rameur et l'attitude que Rabelais définit par le verbe « faire la bête à deux dos », elle poursuit son récit :
        - Alors, la femme elle boudrait vien qué son fils il est oune grand mercanti, oun général, oun bachagha, pouisque c'est ona Morra... Le marabout, il est pas tranquille, parce qué loui aussi, il est pas vien jeune. Alors il troube qué agha c'est assez, porqué lé bachagha, c'est plous que non pas l'agha... Alors ils font comme ça tous les dos, regarde : Agha... Bach-agha... Agha... Bach-Agha... Loui il dit : « Agha » ; elle, dit : « Bach-Agha... » « Agha... Bach-Agha... » Y ainsi d'souite y tout. Tout d'oun coup la femme il fait oun pet terrible... djouste ail' moment qu'el faut pas... Alors, lé marabout il est bexé, il est pas content ; il sé ravoutonne el sarouel et il dit comme ça :
        « Ni bachagha, ni agha, ni même caïd : trompette de spahis, Barka ! Hon ! hon ! hon ! »

        Elle rit à gorge déployée, avec un bruit de gargoulette qui se vide, montrant sa bouche édentée, sa langue épaisse et blanchâtre, rongée par le tabac et l'anisette. Sa gaîté est grasse, révoltante, son nez s'étale sur sa figure flasque ; elle n'a plus d'yeux ; des larmes troubles tombent sur ses mains boudinées aux ongles noirs, ornées de bagues fausses. Sa masse tétonnière tressaute et le gros ventre tremble sous la robe, usée à cet endroit par l'embonpoint. C'est un spectacle. Et il faut avouer que ces garçons qui traduisent Horace, Tibulle et commentent Platon, partagent cette horrible hilarité. Ils paient pour cela. Déjà, quand elle est bien lunée, elle dit : « Embrassé-moi ». Et il s'en trouve toujours un, peu dégoûté, pour lui obéir. Il feint de rigoler, ensuite, mais au fond il doit être ému et un peu honteux. Il a l'air embêté, exactement. Jamais les privautés de ce monstre ne vont plus loin que le baiser maternel.
        - Yo souis la maman Rachel, répète-t-elle.

        Peut-être sa bestialité, qui doit être énorme, s'accommoderait de cette chair fraîche. Mais elle a peur de la police.
        - Maintenant, allez-bous-en, les enfants, dit-elle, quand elle a reçu quelques cigarettes et deux ou trois sous... et laissez-moi trabailler...
        Car elle travaille. C'est fou ! Quel Kabyle trop privé, quel marin tenu aux fers depuis six mois, quel Mozabite privé d'amour, peut bien partager sa couche, qui doit être habitée, car la bougresse ne cesse de se gratter. Elle pue la sueur et le parfum bon marché ; quant à son odeur particulière, elle sent comme tout un pensionnat. Pourtant, à tout propos, elle vante sa propreté et celle de son « intérieur ».
        - Biens bois, frisé, a-t-elle dit un jour à l'un des galopins, le plus grand, le plus fort, le plus timide.
        Puis elle l'a tiré à elle par un bouton de sa veste. Il a résisté ; le bouton a sauté.

        - Yo bais té lé récoudre, a-t-elle proposé.

        Et comme il aimait mieux perdre son bouton, elle lui a pris son chapeau, qui était tout neuf. Le garçon a rougi, il a balancé ses grands bras durant une seconde, se demandant s'il allait envoyer un de ses poings dans la face de la vieille ou s'il allait accepter l'invite crapuleuse. Elle a deviné son hésitation et s'est livrée à une mimique si abominable, que les camarades se sont éloignés, de peur d'être vus par quelqu'un. Resté seul, le grand a flanché. Il est entré pour voir, a-t-il dit. Oh ! il n'est pas resté longtemps. On s'est caché sous une porte cochère et on l'a guetté. Mais quand il est sorti, il avait un drôle d'air. Dès qu'il a tourné la rue, il a craché, et craché ; il ne s'arrêtait plus. Il avait l'air incommodé, malade. Jamais l'on n'a pu savoir ce qu'elle lui avait fait. Quand on lui a demandé ce qui s'était passé pour qu'il vomisse presque, il a prétendu qu'elle lui avait donné à fumer une cigarette d'Espagne, très forte, qui lui avait donné des nausées. C'était peut-être vrai. Mais c'était bien curieux tout de même.

        Après des flâneries aux abords de la Casbah, les lycéens rentrent chez eux travailler à leurs devoirs. Le soir ils dînent en face d'un père magistrat ou gros commerçant, d'une mère revêche ou seulement austère, souvent jolie, distinguée, raffinée, sensible et délicate (j'ai connu une de ces mamans qui était une fleur) ; à table il y a quelquefois une sœur, naïve, pure, tendre ! Si tous ces gens savaient !... Dire que dans la nature, il y a, proches de certaines divinités féminines, des « mères Rachel... »

        Mlle MANARF

        Plus jeune et plus jolie, mais beaucoup moins avertie était cette petite Mauresque qui pouvait avoir quatorze ans bien qu'elle en parût dix et qui, par ses gestes et ses œillades, attirait des regards et, pour employer l'expression policière et journalistique en honneur à cette époque : « incitait les passants à la débauche ». Jamais l'un de nous n'a osé lui adresser la parole autrement que pour lui demander un renseignement. Elle était trop jeune, trop naïve. Il faut cependant lui rendre justice : elle ne savait rien. Nous avions toujours besoin de savoir quelque chose. On la questionnait :
        - Quelle heure est-il ?
        - Manarf.
        - Où est la rue Kattaroudjil ?
        - Manarf.
        - Tu n'as pas vu un petit noir, avec une serviette jaune ?
        - Manarf.
        - Tu es bête ou intelligente
        - Manarf.

        Elle répondait invariablement : Manarf, ce qui voulait dire qu'elle ne savait pas. Nous l'avions surnommée Mademoiselle Manarf. Et nous, les censeurs, que savions-nous ? Au sortir des ruelles, regagnant les quartiers convenables, il nous est bien arrivé de nous arrêter pour écouter un air de flûte ; nous imaginions quelque rêveur en burnous et c'était sans doute le fils Barboteux qui répétait Samson que le Théâtre Municipal représentait le lendemain. Ce qui prouve que le même petit salaouetche pouvait se changer, dans certains cas, en petit babaô.

        Ce qui plaisait dans la Casbah, à notre insu, à nos âmes de salaouetches, c'était la naïveté, la candeur, l'innocence qu'on y rencontrait à chaque pas, voisinant avec le stupre. La jeunesse en un mot, la jeunesse attirant la jeunesse : lycéens qui pensions aux courtisannes d'Alexandrie et qui nous amusions des boniments de quelque vieille jument de retour, moussaillons échappés de l'escadre qui mouillait presque en permanence dans la baie, ou jeunes mécanos des torpilleurs de la darse, engagés de cinq ans aux « chass' d'Af' » « pour le costume », tous gamins à peine plus âgés qu'un élève de rhétorique, cette jeunesse était attirée en ces « mauvais lieux » par la même curiosité instinctive, éprise de vie, de couleur et de bruit ; mais nous, les rhéteurs, nous étions moins pardonnables de nous laisser envelopper par les grossiers sortilèges de la rue honteuse : l'appel lancinant des mandolines, les criailleries énervantes des phonographes, les râles des guitares, châles, foulards, dentelles, oripeaux, appareil du vice, uniforme de la prostitution au même titre que la bouche trop rouge, l'œil charbonné, le rose mal placé sur les pommettes et la fleur rouge crânement piquée dans les cheveux ; nous n'avions pas toujours l'excuse littéraire que nous donnaient les maîtres du genre descriptif standard : le cri du muezzin, le ronronnement de la guzla et l'écho assourdi d'un tam-tam nègre ; laissons ce magasin d'accessoires à la peinture de l'école romantique et avouons que nous avons été rarement émus, lorsque nous nous plantions devant le « 6 Fran¬çais », ou devant « La Lune », par un cadre évocateur de Mille et une Nuits ou par quelque récit à la Théophile Gautier, ou à la Fromentin.

        Nous pensions, certes, aux gynécées que nous venions de quitter dans nos manuels et nos dictionnaires, mais nous étions plus près des pages réalistes de Louis Bertrand que des phrases de Pierre Louys ou de Loti ; deux pierres qui n'allaient pas dans notre jardin littéraire. Le Sang des Races nous travaillait plus qu'Aziyadé et nous comprenions mieux Pépète le bien-aimé que Démétrios. Nous, c'était Aristote ou alors Raton fille de joie ; Bertrand avec Raton... cela avait l'air d'une fable... n'était-ce pas Bertrand qui tirait les marrons puisque nous y laissions des sous ? Mais les singes que nous étions osaient à peine y mettre la patte, de peur de se brûler. C'est donc bien la présence des autres gosses qui nous rassurait : gosses de l'école maternelle qui se trouvait à deux pas de la plus importante maison de tolérance de l'endroit ; les bambins, au sortir de la classe, jouaient dans l'eau sale du ruisseau, où surnageaient des tomates écrasées et des écorces de melon d'Espagne ; jeunes mendigots ; élèves de l'Ecole arabe-française située un peu plus bas ; enfants des rues ; sages étudiants de la Medersa, pâlis sur les livres et qui, parfois, traversaient la Casbah, dans un envol de gandouras et de djellabas, sans même se laisser étonner ou distraire par le spectacle des femmes encadrées dans les portes comme des peintures avancées ; au milieu de cette fresque grouillante, ces jeunes Arabes, venus de Constantine, d'Oran, du Sud et parfois du Maroc, restaient plongés dans la méditation des textes sacrés et profanes. Peut-être, au fond, ce paysage « crapuleux » était-il le même à Toulon, à Marseille, à Hambourg, à Shanghaï ; le même ou pire. Déjà les récits de voyages nous tiraient par la manche. Nous possédions Alger, cette perle du collier méditerranéen, cette porte de l'Afrique inconnue et nous pensions aux Asiates, aux Aztèques, à Dieu sait quoi. Aujourd'hui, nous savons bien ce que notre salaouetchisme nous a coûté ;
        car ce que nous avions sous les yeux était incomparable ; mais nous étions des acteurs et non des spectateurs ; alors, dans notre impatient piétinement de jeunes étalons, nous avons écrasé les fleurs d'un jardin de souvenirs que nous ne reverrons plus, que personne ne reverra plus, car souvent, plus tard, nous les avons cherchées sans les trouver.

        SUR TROIS MARCHES DE MARBRE VERT

        Jeunesse, d'abord. Il y avait aussi ce jeune Arabe, fils de grand personnage, sûrement ; il était mince, vêtu avec soin ; son port était noble ; il se hâtait lorsqu'il traversait les ruelles à bouges pour gagner la maison de son père, qui était précédée d'un large perron et de trois marches de marbre vert. Un auvent recouvert de tuiles abritait des intempéries les mendiants aux yeux chassieux, qui s'y réfugiaient et que nul jamais ne chassait. Au haut du mur, les feuilles des figuiers, accusant l'éblouissante blancheur de la chaux, brodaient de longues arabesques dans le ciel de cobalt.

        A l'angle nord, vers la mer immobile voilée de brume, deux cyprès, tels deux gardiens géants et sombres, encadraient une fontaine. Ah ! cette fontaine, elle était telle, qu'il est impossible d'y songer encore sans se rappeler ce poème arabe que vainement nous citait Rolando et qui disait à peu près ceci « L'eau de la vasque est si immobile qu'on ne sait si c'est l'eau qui est de marbre ou le marbre qui est liquide... »

        LA PERLE ET LE DAUPHIN

        Quand le jeune musulman soulevait l'énorme mar¬teau de cuivre qui retombait lourdement sur la grosse porte garnies de barres de fer, armée de verrous monstres et semée de clous aussi gros que des mandarines, on voyait s'ouvrir un judas derrière lequel apparaissait une tête de xvi° siècle. Dans le même moment, on entendait des aboiements féroces. Quels molosses devaient défendre les deux trésors de ce riche et puissant Croyant ? Car l'adolescent avait une sœur, disait-on, plus belle que le jour. Elle était gardée, assurait Rolando, comme dut l'être la Toison d'Or. Sans la connaître, on l'appelait « la perle », la perle de la Casbah ; et Guasco, qui était royaliste, appelait le garçon « le Dauphin ». Il en était ainsi quand nous étions convenables. Mais souvent nous ne résistions pas au plaisir de nous demander des nouvelles du petit « tronc » et de sa sœur qui redevenait « la petite Mauresque du onze », à ces moments-là le noble père n'était plus qu'un « batta en gros » de la place de

        Chartres. Ainsi s'effondrait de temps en temps cette légende que Rolando voulait écrire un jour, tout en ajoutant, pour paraître « à la page », que le « père battaïni n'était peut-être après tout qu'un marchand de moutons ou de « cuirs et peaux » !

        Nous avions beau rire. Cette demeure, où pouvait loger la plus pure poésie de l'Islam, nous troublait comme l'eût fait un couvent ou un donjon féodal, brusquement découverts, se dressant au détour du chemin des lupanars, au long duquel nous allions traîner notre nostalgie littéraire.

        « LES ANDALOUSES »

        L'attraction prenait vite le pas sur la rêverie. L'exotisme éclatant était son aspect le plus séduisant pour nous, à l'âge où seul notre goût grammatical commençait à se former. Rien de ce qui était vulgaire, mais l'était violemment, ne nous rebutait. Nous étions attirés par la couleur comme par les épices des nourritures atroces que nous préférions aux sages recettes culinaires de nos mères : poivre rouge, ail, oignons, felfel, piment, cannelle, huile frite, safran, condiments retrouvés dans les loubias, les poissons, les couscous, les brochettes, les margas, les sauces, les bonbons et les pâtisseries que nous avalions en cachette, entre les repas, comme cet ignoble et délicieux nougat arabe qui avait reçu, en raison de son jaunâtre et peu ragoûtant aspect, le nom bien mérité de « caca de cheval ».

        Notre foie leur doit bien des soucis ; et je revois ces mines allongées des mères se confiant, au square Bresson :
        - Mon fils a tout le temps mal à l'estomac.
        - Le mien, c'est l'entérite.
        - C'est le climat, Madame, - Quel sale pays...
        Pauvres femmes ! Si elles avaient su que nous osions goûter d'un même palais leur brave nourriture et les mixtures des gargotiers arabes ; regarder des mêmes yeux leurs fillettes si jalousement surveillées et les petites Espagnoles du même âge, mais qui, déjà, gagnaient leur vie au bordel. Simple divergence de vues sur l'éducation, n'est-ce pas ?

        « Aux Andalouses, nous étions douze » chantonnait l'un des nôtres, un autre poète, moins ésotérique que Rolando. « Les Andalouses » ! La maison est connue, réputée, n'y entre pas qui veut, il faut être présentée par ses parents. La patronne les fait venir d'Espagne Malaga, Alméria, Cadix en fournissent ; elles sont très jeunes : de douze à quinze ans ; très brunes ; très fraîches ; très pieuses ; elles vont à la messe tous les dimanches « en ville », car, à la Casbah, ce serait déplacé très racées, les jambes fines et les pieds petits et cambrés ; très dociles, car elles savent qu'au pays, là-bas, la vie est dure et que pour arriver à se faire une situation, il faut de la conduite. Ce sont presque des enfants ; un rien les amuse ; Pépita a des poupées ; elle les couche dans son lit, dès qu'elle est seule ; Frasquita ne sait ni lire, ni écrire et se plonge dans un livre d'images Concepcion a un jeu de patience ; Manuela fait la correspondance pour toute la maison. C'est la moins jolie. Les autres l'aident, quand sa semaine est maigre. Rien d'obscène, rien de lubrique, rien de pervers ; ce ne sont même pas des fruits verts. Ce sont des enfants.

        Leur vie, jusqu'au mariage, est toute simple, comme leur chambre : un lit et une chaise, instruments de travail ; une commode, objet de nécessité ; un rideau, accessoire de respectabilité ; parfois une fantaisie : un éventail en papier, une illustration découpée dans un magazine et collée au mur ; mais toujours, sur la cheminée, une tirelire et un crucifix. Les fournisseurs familiaux les livrent vierges ; elles s'expatrient en Algérie pendant deux ou trois ans et « font le métier » pour gagner une dot qui leur permettra, retournées en Espagne, d'épouser un coiffeur, un vigneron, un garçon d'écurie, un gardien de toril, un carabinier.

        A partir de cet instant, la société bourgeoise n'aura plus rien à leur reprocher ; cela donne à réfléchir, et sans vouloir être paradoxal, c'est à croire que cette sorte de préparation à la vie conjugale a sa valeur et que cette maison d'éducation pour fillettes est une pépinière d'épouses irréprochables, de ménagères accomplies et de mères admirables.

        Quand on passe devant « Les Andalouses » on entend leurs rires clairs ; on pense à une cour de récréa-tion d'école de filles. Toutes chantent, dansent. Elles vivent aux bruits des castagnettes, aux accords des guitares, et des luths espagnols, dans la fumée bleue des cigarettes à un sou le paquet, elles sont gaies, nerveuses, pleurent facilement, adorent des histoires finis-sant par un mariage, sont folles des sucreries et des bijoux, même de toc. Mais si l'on veut leur faire plai¬sir vraiment, c'est une médaille ou un scapulaire qu'il faut leur offrir. Et correctes avec cela. Elles n'enlèvent jamais leurs bas, la robe et c'est tout. Et encore, uniquement pour ne pas la froisser ; quant à la coiffure savante et compliquée, avec ses peignes, ses épingles et ses accroche-cœur, elles s'efforcent de ne pas l'abîmer. Aussi leur tête ne bouge pas plus que celle d'une statue, quoi qu'il arrive. Et il y a un mot qu'elles emploient toutes : « Pronto » ! Elles savent très bien le dire en français : « Vite » ! Seulement avec l'accent espagnol, cela fait : « Bite » ! Elles l'accompagnent d'un sourire innocent de trente-deux perles qui s'ajou¬tent à celles d'importation qu'elles portent autour de leur cou peu lavé, mais recouvert de blanc gras et de poudre.

        Ce sont « Les Andalouses ». Elles sont connues de Tanger à la Tripolitaine. En Andalousie, elles sont inconnues ; comme ces délicieux fromages de France qu'on exporte en Amérique du Sud et que les Français ne mangent jamais. C'est de la primeur d'exportation, de la denrée périssable.

        Jeunesse. Eclats de rires enfantins, chants de canaris trouvant moyen, emprisonnés dans des cages minuscules, de voleter autour d'os de sépias, chats innombrables et joyeux, klebs comiques et pelés, foisonnement d'êtres du premier âge, souples comme des matous, éveillés comme de jeunes chiens, gazouillant comme des oiseaux. Voilà une vision de la Casbah, d'une Casbah encore mineure, que l'on ne peut reconstituer par la pensée qu'à l'âge mûr. En ce temps-là, d'autres tableaux retenaient notre attention et soulevaient nos rires salaouetches ; trois scènes notamment, auxquelles, féro¬ces humoristes avant terme, nous avions épinglé des titres :

        L'ESPOIR DE CES DAMES

        C'était quatre chiqueurs en herbe dont l'aîné avait quatorze ans à peine, on les disait tous trois déniaisés depuis fort longtemps. Encore épris du père Dumas nous les avions baptisés Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan. Mais leurs noms sonnaient plus clairs et sentaient autrement la marée : Espouth, Llinarès, Escarpintera et Sconamiglioni ; nous l'ignorions, nous ne le sûmes que lorsqu'ils passèrent aux Assises dix ans plus tard et furent jugés par ceux d'entre nous qui, respectueux du Cedant arma toge, avaient quitté la chéchia de zouave pour coiffer le bonnet du substitut. En 1904, ces quatre mousquetaires étaient frais comme des roses ; leurs pères, braves ouvriers émigrés des taudis méditerranéens, gagnaient leur vie au port, dans les carrières, sur la caillasse des routes ou à la pointe des échafaudages ; leurs mères faisaient des ménages, lavaient le linge, « travaillaient cigarières » ou « repasseuses ».

        Eux avaient poussé seuls, traînant parmi les calfats, les contrebandiers, les gitanes, les interdits de séjour de Marseille et les déserteurs de Paris. A douze ans, on ne les étonnait plus. Entre le premier coup de tête et le premier coup de couteau s'était à peine écoulé pour eux le temps, pour nous, de passer du premier au second livre de l'Enéide. Il fallait les voir descendre, débrouiller l'écheveau des rues, à la recherche d'une balafre, avec leurs feutres à la torero, le pantalon retaillé à la chique, par une mère trop faible, dans le vaste flottard paternel. Quant aux souliers, ils annonçaient à eux seuls l'inquiétante vocation : étroits, soignés, offrant à l'œil un choix de couleurs vives, distribuées entre la tige, les boutons, la claque et le bout rapporté, c'étaient de véritables écrins dans lesquels ces futurs coupeurs de chair emprisonnaient orgueilleusement leur pied de femme. Ils s'avançaient en file indienne ou en front de bataille, à petits pas fauchant, en mâchonnant la tige d'un œillet poivré, d'un chèvrefeuille ou d'une simple vinaigrette. Déjà les marchands les redoutaient et tremblaient à leur passage, devant leurs éventaires. La joie de faire du mal l'emportait souvent sur le désir de « pas esquinter les bottines », alors la planche garnie de petits pains, de galettes sucrées ou de beignets à l'huile, allait voler au milieu des immondices jonchant la venelle. Pas de recours : c'étaient des enfants, mais sachant déjà piquer au bon endroit si on les poursuivait et déjà tatoués, à la main, à la commissure du pouce et de l'index, ou entre les yeux : oh ! un rien : un simple point. Un point final. Un point noir pour l'avenir. Les « espoirs de ces dames » n'étaient pas en peine pour leur carrière : déjà, des vraies du métier, des dures --- cinq et six ans de Casbah - disaient : « Ça, je te jure, ça sera des hommes ». Leurs regards d'envie s'attristaient peut-être d'un regret ; pensaient-elles à la « terreur » qu'elles n'avaient jamais su trouver, « trop de cœur qu'elles avaient, aïaïaïe ! »

        LE DÉCROTTEUR SENTIMENTAL

        Le cas du cireur qui, chaque jour, s'arrêtait devant la fenêtre d'une institutrice et la regardait arroser son basilic, était plus touchant. Il faisait des mines et des grâces de jeune singe. Elle souriait, amusée. Lui, n'avait pas l'air de nourrir de mauvaises pensées. Nous l'avions surnommé le décrotteur sentimental. Un jour que l'un de nous lui confia ce secret, il s'entendit couvrir d'injures si ordurières et si diverses qu'il ne parvint jamais à nous les redire.

        CHEVALERIE

        La dernière histoire est très simple, peut-être n'eut-elle de saveur que pour ceux qui la connurent alors... Un jour, sortant de la « retenue », ivres de liberté et assoiffés de farces, trois lycéens débouchent de la rue Bab-el-Oued à toute vitesse, faisant tournoyer les cartables au bout de leurs courroies et obligeant à la retraite les passants rendus prudents par les frasques d'une jeunesse estimée de ses maîtres pour sa vivacité d'esprit, mais redoutée des promeneurs pour sa turbu¬lence. Le flâneur s'effaçait pour la laisser passer ; la mère de famille souriait mais ne se défilait pas moins sous les arcades ; soudain, au milieu de ce terrain déblayé, dans ce vide, ce no man's land, s'avance une grosse Mauresque enfouie sous des flots de voiles rapiécés et sordides : un vrai carnaval. L'un des garnements s'avance la frôle, feint de trébucher, s'accroche à elle, l'entraîne dans sa chute et ce n'est plus, sur le trottoir souillé de mille détritus, qu'un amas de linge crasseux d'où s'échappent des protestations indignées et d'abominables injures. Le garçon, lui, s'est relevé et continue son chemin d'un air innocent. Sans conteste, il a besoin d'une leçon ; c'est un jeune indigène qui va la lui donner ; ah ! cet Arabe ! il est la caractéristique d'une génération qui commence à se franciser sous la double impulsion de l'école et d'un orgueil héréditaire. Le front bombé, la tête oblongue et crépue, les lèvres en rebord et la chéchia rejetée en arrière, roulant de gros yeux réprobateurs, assez semblables à des billes d'agate flottant dans du lait, il dit à l'agresseur, sur un ton courtois mais ferme :

        - Qu'ist-ce qui vos a fit, citt' Dame ?



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23 septembre 1940 :
Dakar sous le feu britannique
Par José CASTANO 2 septembre 2026
23-septembre-1940-dakar-sous-le-feu-britannique/
,
Une tragédie française sur fond de guerre mondiale et de rivalité franco-britannique
(L’affrontement entre alliés que l‘Histoire a oublié)

      

« L’âme de nos marins plane sur l’Océan, je l’ai vue ce matin, sous l’aile d’un goéland » (Freddie Breizirland)

       À l’extrémité occidentale du continent africain, là où l’Atlantique semble ouvrir la route des Amériques, Dakar surgissait en 1940 comme un verrou stratégique majeur, convoité par toutes les puissances maritimes. Cédée définitivement à la France par le traité de Paris du 30 mai 1814, la ville était devenue, en 1904, la capitale prestigieuse de l’Afrique Occidentale Française. Carrefour des routes océaniques reliant l’Europe, l’Afrique australe et l’Amérique latine, elle représentait bien davantage qu’un simple port colonial : Dakar était un symbole de puissance, un bastion impérial, une sentinelle avancée de la présence française sur l’Atlantique.

       Depuis longtemps déjà, la Grande-Bretagne observait avec convoitise cette position exceptionnelle. Les antiques rivalités coloniales entre Londres et Paris n’avaient jamais totalement disparu. Or, après l’effondrement militaire français de juin 1940, certains responsables britanniques virent dans l’affaiblissement de la France une occasion historique de réduire définitivement son influence maritime et coloniale.

       Pourtant, au cœur même du désastre national, une volonté de résistance subsistait encore dans l’Empire français. En septembre 1940, le maréchal Pétain confia au général Weygand la délégation générale du gouvernement en Afrique ainsi que le commandement suprême des forces françaises du continent. Derrière cette décision apparaissait une double ambition : préserver l’intégrité de l’Empire et maintenir vivante l’idée d’une future revanche.

       Mais l’orage approchait déjà.

       Le 31 août 1940, moins de deux mois après la tragédie de Mers-el-Kébir — où la flotte britannique avait ouvert le feu sur la flotte française au mouillage et désarmée, provoquant la mort de 1585 marins — la force navale britannique baptisée « M », (M pour « Menace »), quitta les ports anglais en direction de Freetown, en Sierra Leone, qu’elle atteignit le 16 Septembre. À son bord se trouvait le général de Gaulle, porté par l’espoir de rallier Dakar à la France Libre.

       L’expédition reposait sur deux objectifs essentiels.

       – Winston Churchill voulait s’assurer du contrôle d’un point stratégique capital, mais aussi mettre la main sur les immenses réserves d’or de la Banque de France ainsi que celles des banques belge et polonaise, transférées à Dakar pour échapper à l’avance allemande : plus de mille tonnes d’or dormaient alors dans les coffres africains. Londres convoitait également le cuirassé Richelieu, joyau de la marine française, dont la puissance de feu inquiétait sérieusement l’Amirauté britannique.

       – De son côté, le général de Gaulle cherchait à imposer son autorité sur l’Empire français et à apparaître comme l’unique incarnation de la France combattante. Mais face à lui, le gouvernement de Vichy entendait conserver coûte que coûte ses possessions africaines et refusait catégoriquement toute dissidence.

       Le 23 septembre 1940, à l’aube, la force M apparut au large de Dakar.

       À six heures du matin, un message du général de Gaulle fut transmis à la garnison française, l’invitant à se rallier sans combat. Ce fut un échec immédiat. La seule présence du chef de la France Libre, qu’il croyait suffisante pour provoquer un soulèvement moral et militaire, ne suscita aucun des ralliements espérés. Le souvenir sanglant de Mers-el-Kébir hantait encore tous les esprits ; dans les rangs français, la méfiance envers les Britanniques était devenue immense. Dès lors, l’affrontement devenait inévitable.

       Une première tentative de débarquement britannique échoua dans la confusion. Deux autres suivirent, et connurent le même sort. Les opérations de persuasion politique tournèrent elles aussi au fiasco. Thierry d’Argenlieu, venu parlementer sous pavillon blanc, fut accueilli par des tirs de mitrailleuse qui blessèrent plusieurs hommes de son embarcation.

       De Gaulle et l’amiral Cunningham comprirent alors que la résistance française serait totale.

       En effet, la situation n’avait plus rien de commun avec celle de Mers el-Kébir où la flotte désarmée avait été littéralement assassinée ; cette fois, les marins français étaient prêts au combat et animés, de surcroît, d’un esprit de revanche parfaitement perceptible… et compréhensible. Avant la tragédie de Mers-el-Kébir, la flotte française était la 4ème plus puissante flotte du monde ; elle était décidée à le prouver et cela d’autant plus qu’elle n’avait jamais été vaincue… À Dakar, les forces françaises étaient préparées au combat. Les batteries côtières étaient solides, les équipages déterminés, et la flotte française conservait encore une puissance redoutable. Meurtris par la lâcheté de l’attaque britannique de juillet, les marins français brûlaient désormais d’un désir de revanche.

       Dans ses Mémoires, de Gaulle reconnaîtra lui-même l’échec de l’entreprise :
       Ainsi s’acheva la journée du 23 septembre.

       Durant la nuit du 23 au 24 septembre, de multiples télégrammes furent échangés entre Churchill et l’amiral Cunningham. Le Premier ministre britannique demeurait inflexible : « Que rien ne vous arrête ! »

       Un ultimatum fut alors adressé aux autorités françaises de Dakar, leur ordonnant de livrer la ville au général de Gaulle. Le texte, maladroit et provocateur, accusait même les défenseurs français de vouloir remettre Dakar aux Allemands. L’indignation fut immédiate.

       Le gouverneur général Boisson, se remémorant la mise en garde que Georges Clemenceau adressa, le 9 août 1926, au président américain Coolidge : « La France n’est pas à vendre, même à ses amis. Nous l’avons reçue indépendante, indépendante nous la laisserons ! ».

       Et Boisson de répondre avec fermeté : « La France m’a confié Dakar. Je défendrai Dakar jusqu’au bout ! ».

       Depuis Mers-el-Kébir, Vichy avait considérablement renforcé les défenses de la place. Le cuirassé Richelieu, plusieurs croiseurs, des contre-torpilleurs, des sous-marins et une aviation de combat aguerrie étaient désormais prêts à défendre le port sénégalais.

       Face à eux, la flotte britannique alignait des moyens impressionnants : le porte-avions Ark Royal, déjà engagé à Mers-el-Kébir, deux cuirassés, plusieurs croiseurs et destroyers, ainsi qu’un corps expéditionnaire de plus de 4 000 hommes — dont la fameuse 101ème brigade des Royal Marines — épaulé par les forces gaullistes maritimes et 2700 soldats français.

       Le 24 septembre, Dakar entra véritablement dans le fracas de la guerre.

       Toute la journée, les deux flottes échangèrent des tirs d’artillerie d’une violence extrême. Les obus britanniques de gros calibre s’abattirent sur la ville, frappant notamment l’hôpital et la caserne du 6e RAC faisant 27 morts et 45 blessés. Les civils, eux aussi, payèrent un lourd tribut. Des familles entières découvrirent soudain la guerre moderne, brutale, aveugle, impitoyable.

       Mais la défense française tenait bon.

       Le lendemain, 25 septembre, les Britanniques tentèrent une nouvelle approche. Une fois encore, ils se heurtèrent à une résistance acharnée. Les bâtiments français (Vichystes, diront les gaullistes !) ripostèrent avec précision tandis que l’aviation française dominait le ciel de Dakar.

       Cette fois, l’échec était consommé.

       De Gaulle écrira : « L’amiral Cunningham décida d’arrêter les frais. Je ne pouvais que m’en accommoder. Nous mîmes le cap sur Freetown. »

       Lorsque les derniers navires britanniques disparurent à l’horizon, Dakar demeurait française. En dépit de ses 203 morts et 393 blessés, l’armée française sortait vainqueur de la bataille. Les 1585 marins morts à Mers-el-Kébir étaient partiellement vengés.

       L’épisode de Dakar dépassa largement le simple cadre militaire. Il constitua un choc politique et moral considérable.

       – Pour Vichy, cette victoire défensive renforçait momentanément le prestige du régime et consolidait la fidélité de la marine autour du maréchal Pétain.

       – Pour de Gaulle, en revanche, l’échec fut terrible. À Londres comme à Washington, critiques et sarcasmes se multiplièrent. Beaucoup l’accusèrent d’avoir sous-estimé la détermination des défenseurs de Dakar et d’avoir entraîné les Britanniques dans une aventure hasardeuse.

       Churchill lui-même sortit affaibli de l’opération. Après avoir « triomphé » à Mers-el-Kébir contre une flotte désarmée… et pourtant alliée, il venait cette fois de se heurter à une marine française prête au combat et capable de résister.

       Pendant quelques jours, au large des côtes africaines, deux visions de la France s’étaient affrontées sous le feu des canons. Et dans les eaux sombres de l’Atlantique, ce furent des Français qui tirèrent sur d’autres Français, tandis que l’Histoire poursuivait inexorablement son œuvre tragique.

       José CASTANO

       1) – Pour mieux comprendre la bataille de Dakar…

       La bataille de Dakar ne peut être comprise sans revenir sur la tragédie fondatrice qui, quelques semaines plus tôt, avait profondément bouleversé les marins français : Mers-el-Kébir.

       Depuis de nombreuses années, certains historiens ou commentateurs (généralement gaullistes) ont tenté de justifier l’attaque britannique du 3 juillet 1940 en affirmant que la flotte française aurait inévitablement fini entre les mains de l’Allemagne nazie. Cette thèse -controversée par nos marins- mérite d’être confrontée aux faits.

       L’armistice franco-allemand du 25 juin 1940 consacrait certes l’effondrement militaire de la France sur le continent européen, mais il ne signifiait nullement la disparition de sa puissance navale. La marine française demeurait alors l’une des plus importantes du monde ; surtout, elle n’avait pas été vaincue. Ses équipages conservaient leurs bâtiments, leur discipline, leur honneur et leur volonté d’indépendance.

       Ni l’amiral Darlan, commandant en chef de la Marine, ni le général Weygand n’envisageaient de livrer la flotte aux Allemands. Cette détermination était connue des Britanniques eux-mêmes. Le général de Gaulle l’avait d’ailleurs clairement exprimée à Winston Churchill dès le 16 juin 1940 :

       « La flotte ne sera jamais livrée… C’est le fief de Darlan ; un féodal ne livre pas son fief. Pétain lui-même n’y consentirait pas. »

       Les autorités britanniques souhaitaient évidemment voir cette flotte rejoindre leurs ports afin qu’elle continue la guerre à leurs côtés. Une telle option demeurait possible au moment de l’effondrement français, mais aucun ordre en ce sens ne fut donné. Au contraire, les marins français reçurent l’assurance formelle qu’« en aucun cas la flotte ne serait livrée intacte ». L’amiral Darlan précisa même qu’elle se replierait probablement vers l’Afrique ou serait sabordée avant toute capture.

       D’ailleurs, contrairement à une idée largement répandue après-guerre, Hitler lui-même n’avait pas exigé la remise de la flotte française. Les clauses de l’armistice ne prévoyaient pas une telle livraison. Le Führer savait parfaitement qu’une pareille exigence aurait été rejetée avec violence par la marine française et risquait de provoquer une reprise immédiate des hostilités.

       L’épisode de Dakar vient précisément confirmer cette réalité historique.

       Car si la métropole avait été contrainte à l’armistice, l’Empire français, lui, refusait moralement de se considérer comme vaincu. Dans les ports d’Afrique, les bâtiments français demeuraient sous pavillon national, prêts à combattre si l’on tentait de les saisir. La résistance acharnée opposée aux Britanniques en septembre 1940 démontre clairement que la flotte française n’entendait céder ni aux pressions anglaises, ni aux exigences allemandes. Et Richard LAMB, Historien anglais, de contester en ces termes l’attaque sur Mers-el-Kébir :

       « Le verdict de l’histoire doit être qu’en ignorant l’avis de l’Amirauté et en provoquant une guerre non déclarée contre la France, Churchill a porté atteinte à la cause alliée. Son refus de croire les promesses des Français qu’ils ne permettraient jamais aux Allemands de s’emparer de leur flotte fut presque sa plus grave erreur politique de la guerre. »

       À Dakar, les marins français ne défendaient pas seulement une rade ou quelques bâtiments de guerre ; ils défendaient une certaine idée de la souveraineté nationale, meurtrie mais toujours debout. Leur résistance avait mis en échec les ambitions britanniques. Pourtant Londres n’avait pas renoncé. Partout où subsistaient des unités de la Marine française -notamment celles au mouillage dans les ports du Liban et dans la région- la Royal Navy voyait un danger potentiel et poursuivait son objectif : neutraliser une flotte qui refusait de se rendre.

       2) – L’odyssée du sous-marin « Le Souffleur » *
       Le 8 juin 1941, les forces britanniques et les troupes gaullistes de la France libre déclenchèrent l’offensive contre la Syrie et le Liban, alors administrés par les autorités françaises de Vichy. Face à une écrasante supériorité aéronavale, la Division navale française du Levant, commandée par l’amiral Gouton, engagea un combat aussi inégal qu’héroïque.

       Dans ces eaux orientales, les sous-marins Caïman, Souffleur et Marsouin, appartenant à la 9e Division de sous-marins basée à Bizerte, patrouillaient le long des côtes afin d’intercepter les bâtiments britanniques qui menaçaient le Levant français.

       Dans la nuit du 24 au 25 juin 1941, le Souffleur naviguait en surface au large de Beyrouth. Comme tant d’autres sous-marins de son époque, il devait remonter régulièrement pour recharger ses batteries. À son bord, cinquante-sept hommes accomplissaient leur devoir dans l’obscurité de la Méditerranée. Cinq d’entre eux se trouvaient sur la passerelle.

       Soudain, quatre sillages de torpilles apparurent à bâbord. Elles venaient du sous-marin britannique HMS Parthian.

       L’enseigne de vaisseau Morange, officier de quart, réagit avec une remarquable promptitude et ordonna aussitôt de mettre la barre toute à droite. Mais le destin avait déjà choisi son camp. L’une des torpilles frappa le Souffleur sous l’avant du kiosque. L’explosion fut d’une violence effroyable : le sous-marin se brisa en deux et disparut presque instantanément dans les profondeurs.

       En quelques secondes, cinquante-deux marins furent engloutis avec leur bâtiment, sans avoir eu la moindre chance de se défendre.

       Les cinq hommes présents sur la passerelle furent projetés à la mer par la déflagration. Dans la nuit, au milieu des débris et de la nappe de mazout, ils entreprirent une lutte désespérée contre la fatigue et les flots pour rejoindre la côte libanaise, distante d’environ quatre kilomètres. Quatre survivants seulement atteignirent enfin le rivage, porteurs du témoignage de ce drame.

       Ainsi disparut le Souffleur, victime d’une guerre fratricide qui opposait désormais des marins dont beaucoup, quelques mois plus tôt, auraient combattu sous le même pavillon contre un ennemi commun.

       Après Mers-el-Kébir, après Dakar, cette tragédie ajoutait une nouvelle page douloureuse à une période où des Français tombaient sous les coups d’anciens alliés. Cinquante-deux marins reposent depuis lors dans les profondeurs de la Méditerranée orientale, tombeau silencieux d’un équipage qui avait servi la France jusqu’à son dernier souffle.

       Pour autant, l’obsession britannique de neutraliser définitivement la flotte française ne s’éteignit pas avec les tragédies de Mers-el-Kébir, de Dakar et du sous-marin Le Souffleur.

       Le 5 mai 1942, une puissante escadre britannique de plus de cinquante bâtiments, appuyée par deux porte-avions embarquant plus de quatre-vingts avions, lança par surprise l’opération Ironclad contre Madagascar. L’objectif était clair : empêcher que les ports de l’île et les forces françaises qui s’y trouvaient ne puissent, un jour, « servir les intérêts de l’Axe » (prétexte récurent). Face à une supériorité écrasante, les défenseurs français livrèrent un combat aussi courageux que désespéré. Après six mois d’affrontements, le 8 novembre 1942, ils durent déposer les armes, laissant derrière eux 150 morts et une flotte anéantie.

       Cette nouvelle épreuve venait alourdir un bilan déjà terrible. En moins de trois années, les affrontements entre marins français et britanniques coûtèrent la vie à près de deux mille Français : Mers-el-Kébir, Dakar, Le Souffleur, Madagascar… Autant de noms qui rappellent une vérité douloureuse : ces hommes tombèrent non sous le feu de l’ennemi allemand, mais dans des combats opposant deux nations qui, quelques mois plus tôt, étaient encore alliées. Cette tragédie fratricide demeure l’une des pages les plus amères et les plus déchirantes de l’histoire maritime française.

       Le même 8 novembre 1942, tandis que les derniers combats s’achevaient à Madagascar, les forces alliées débarquaient en Afrique du Nord dans le cadre de l’opération Torch. Ce tournant décisif convainquit l’amiral Darlan que l’avenir de la France passait désormais par la reprise du combat aux côtés des Alliés. Le 7 décembre 1942, les autorités de l’Afrique-Occidentale française signèrent à leur tour un accord avec les Alliés, marquant l’entrée officielle de l’ensemble de l’Empire colonial français dans la guerre aux côtés de ceux qui, malgré les blessures encore ouvertes, redevenaient les compagnons d’armes de la France.

       De cette réconciliation militaire naquit l’« Armée d’Afrique », qui allait jouer un rôle considérable dans la libération du territoire national. Parmi ses combattants figuraient les célèbres tirailleurs sénégalais, dont le courage et les sacrifices marquèrent profondément toutes les campagnes de la Libération, de l’Italie à la Provence, puis jusqu’aux combats d’Alsace.

       Ces soldats africains, souvent oubliés par l’Histoire officielle, versèrent pourtant leur sang pour une patrie parfois lointaine qu’ils servaient avec une fidélité exemplaire.

       Le 24 décembre 1942, l’amiral Darlan franchit les portes du palais d’Été, à Alger, où siégeait le Haut-Commissariat en Afrique française. Là, un jeune homme de vingt ans, Fernand Bonnier de La Chapelle, s’avança et tira trois coups de feu. Mortellement atteint, le chef de la marine française s’effondra ; quelques heures plus tard, il succombait à ses blessures. Plus de vingt ans après, en avril 1964, sa dépouille fut transférée à Oran pour reposer au cimetière marin de Mers el-Kébir, auprès de « ses » marins qu’il avait commandés et qui avaient payé de leur vie la trahison de nos alliés.
José CASTANO 2 septembre 2026
E-mail : joseph.castano0508@orange.fr

      


Les 8 raisons pour lesquelles la Russie
PAR Marc Rousset 9 septembre 2026
Ne veut pas envahir l’Europe !  

               « L’avenir de l’Europe est eurasiatique, pas euro-atlantique. »
               (Général Vincent Desportes)

                « Nous avons besoin des Russes et ils ont besoin de nous. »
               (Nicolas Sarkozy, président de la République)

                « Qui croit encore à la menace d’une invasion soviétique ? En revanche, la présence de bases et de forces américaines en France et l’appartenance de notre pays à une organisation militaire dirigée par les Américains risquent de mêler un jour la France, contre son gré, à des conflits qui ne la concerneraient pas. »
               (De Gaulle en Conseil des ministres – 1966)

                « La menace existentielle n’est pas la Russie ; c’est le Sud et le Grand Remplacement ! »
               (Éric Zemmour, Président du Parti Reconquête – Déclaration sur BFM TV – 3 mars 2025)

                « Au lieu de craindre la Russie, il serait temps de la comprendre, de comprendre que, tiraillée entre deux mondes, c’est tout de même à l’Europe que ce grand pays s’identifie et que c’est son destin qu’il entend continuer à partager ? A nous d’y contribuer. »
               (Hélène Carrère d’Encausse – Secrétaire Perpétuel de l’Académie française)

                Macron et les dirigeants européens mentent comme des arracheurs de dents lorsqu’ils affirment gratuitement, sans rien démontrer ni indiquer aucune raison, que la Russie veut envahir l’Europe ! Leur seul but caché, artifice bien connu, est de se maintenir au pouvoir en créant un ennemi imaginaire commun ! Macron rêve même de l’article 16, la patrie étant en danger, pour nous faire le même coup que Zelenski en Ukraine, et se maintenir au pouvoir, en repoussant la date des élections présidentielles.

                Préambule : Non seulement la Russie ne veut pas envahir l’Europe, mais de plus, la Russie est un rempart de l’Europe face à la Chine et à l’Asie centrale
               La Russie, Rempart de l’Europe face à la Chine, selon l’amiral français Castex (1878-1968)
               Dans une chronique célèbre « Moscou, Rempart de l’Occident[1] » de la Revue de la Défense Nationale, l’Amiral Castex, stratégiste reconnu et très grand érudit, mettait déjà en garde, en 1955, d’une façon futuriste et prémonitoire, en pleine guerre froide avec l’URSS, les Occidentaux, contre la montée en puissance à venir de la Chine. Il était bénéfique, selon lui, pour l’Occident et l’Europe, de maintenir, face à la Chine, l’avantage stratégique d’une Russie forte.
               Castex s’est non seulement opposé aux théories américaines d’Alfred Mahan sur la supériorité inéluctable de la mer, mais il a aussi théorisé la rivalité à venir de la Chine avec la Russie et les Occidentaux. Il concluait sa chronique par un dialogue entre Sir Anthony Eden, secrétaire du Foreign Office et M. Molotov, ministre soviétique des Affaires étrangères, au moment de la signature des accords de Genève en 1954. Molotov avait dit à Sir Anthony Eden, à propos de certaines difficultés soulevées par les Chinois : « Que voulez-vous ? Ils ne pensent pas comme nous ! ». Castex termine l’article ainsi : « J’ai trouvé ce « nous » lourd de sens, et d’immenses espoirs ». Ce « nous » est en effet une parole historique d’une importance fondamentale, la preuve absolue que la Russie est européenne, la preuve que la Russie et l’Europe doivent conclure une Alliance vitale et bénéfique pour les deux parties, face à de nombreux dangers communs, nonobstant les nombreux avantages mutuels d’une coopération économique et technologique.

                Les 8 raisons pour lesquelles la Russie ne veut pas envahir l’Europe :

                1) La Russie ne songe pas à envahir l’Europe de l’Ouest, mais à défendre son pré carré assiégé
               Aujourd’hui les Russes se sentent encerclés par l’OTAN à l’Ouest, par la Chine à l’Est, par les pays musulmans d’Asie centrale ainsi que par la Turquie et l’Iran au Sud, avec environ 20 millions de musulmans à l’intérieur de leur pays.
               Le Russe est toujours dans une posture guerrière, imaginant, à juste titre, être entouré d’ennemis voulant lui prendre son territoire grand et vide. En Asie, l’Européen, c’est le Russe ! La Russie devrait être plutôt considérée par les Européens de l’Ouest comme le « chien de garde », le bouclier protecteur de l’Europe à l’Est, face aux pays musulmans et à la Chine. Quant à l’Europe, elle devrait se considérer et être considérée comme l’Hinterland de la Russie par les Russes, plutôt que comme partie intégrante de l’agresseur OTAN, prête-nom pour l’Amérique. Si un jour le monde musulman devait se trouver à Stavropol, point de départ de la colonisation russe au XIXe siècle, ou si les Chinois devaient se trouver à l’Oural, cela constituerait pour les Européens une défaite civilisationnelle et stratégique, encore plus retentissante que la prise de Byzance (Constantinople) par les Turcs en 1453.

                2) Luttant pour sa survie démographique dans un immense territoire à défendre, la Russie n’a pas les moyens humains, ni la moindre envie d’envahir l’Europe : elle souhaite au contraire s’en rapprocher !
               Faible natalité, faible espérance de vie (alcoolisme plus particulièrement), 27 millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale, écroulement de la natalité après la chute de l’URSS, la Russie cumule les « peines démographiques ». Elle a suffisamment et beaucoup mieux à faire, avec ses maigres ressources humaines dans un immense territoire à défendre, que de vouloir envahir l’Europe, tentative qui serait suicidaire et stupide.
               Le ciment civilisationnel unificateur de la Russie, Etat-Empire, c’est la civilisation européenne : perdre ce ciment providentiel augmenterait à terme les risques de sécession et d’éclatement en Sibérie ainsi que dans le Caucase car la Russie y perdrait son âme fondatrice.
               La Russie de Poutine, tout comme celle de Gorbatchev, souhaite et a toujours souhaité, bien au contraire, se rapprocher de l’Europe !

                3) La Russie dans une guerre moderne avec des drones avancerait très lentement en affrontant les pays de l’Europe de l’Est, la Pologne, l’Allemagne. Il lui faudrait plusieurs années avant de vaincre …

                4)Le nombre de morts serait au minimum équivalent aux militaires russes tués pendant la Deuxième Guerre mondiale, soit plus de 7 millions ! Ce serait donc pour la Russie une victoire à la Pyrrhus !

                5) La Russie ne dispose pas de forces armées suffisantes en nombre pour occuper les territoires de toute l’Europe, du Portugal à la Norvège et de la France jusqu’à l’Ukraine incluse !

                6) Il n’y a jamais eu le moindre discours agressif de Poutine ou de dirigeants russes haut placés ayant fait part de leur animosité ou fait la moindre allusion quant à leur désir d’envahir l’Europe !

                7) La France dispose de l’arme nucléaire ultime

                8) Les services de renseignement occidentaux disent très clairement que la Russie n’a pas de plan pour envahir l’Europe ! Les analystes de la CIA l’affirment également tout comme de brillants géopoliticiens américains tels que le colonel Mac Grégor, John Mesheimer, Scott Ritter…Et le bouquet, c’est que le commandant suprême de l’OTAN (SACEUR), le général américain Grynewich , a pu même déclarer en juin 2026 : « La Russie ne recherche pas le conflit »[2]

                [1] Amiral Raoul Castex- Moscou, Rampart de l’Occident – pp 129-143 – Revue de la Défense Nationale – Février 1955
                [2] Remarques du général Henri Roure dans sa dernière et très intéressante chronique : « Mais que nous a donc fait la Russie ? »


                *Marc Rousset – 2024 : Auteur de « Notre Faux Ami l’Amérique/ Pour une Alliance avec la Russie »- Préface de Piotr Tolstoï – Editions Librinova –
Marc Rousset
9 septembre 2026



Le 1er Régiment Étranger de Parachutistes
26 août 2026, Eric de Verdelhan,
https://ripostelaique.com/le-1er-regiment-etranger-de-parachutistes
« … Les accusés appartenaient tous au 1er REP : 9 capitaines, 2 lieutenants et 1 adjudant. 12 hommes en grand uniforme, la poitrine barrée d’innombrables décorations que leur ont values les 91 citations, les 16 blessures, qu’ils totalisent. 12 hommes en colère – une colère plus mêlée d’amertume que d’agressivité – et qui se voulaient aussi les apôtres du commandant Denoix de Saint-Marc, pour lequel tous ont réaffirmé leur admiration et leur fidélité… »
(« Le Monde », 8 juillet 1961)

        Le 26 août 2013 mourait, à La Garde-Adhémar (Drôme), le commandant Hélie de Saint-Marc qui commandait par intérim le 1er REP (1) au moment du putsch d’Alger d’avril 1961. Tous les ans à la même date j’ai une pensée pour lui ; il est entré à tout jamais au Panthéon de « mes » héros.

        Sur mon bureau, trône une chope de bière à l’effigie du 1er REP. Elle m’a été offerte il y a bien longtemps, à l’EAI (2), par un lieutenant qui était caporal au 1er REP au moment du putsch d’avril 1961. Cette choppe, transformée en lampe, éclaire mes écrits, c’est un peu ma lampe d’Aladin.

        En ce 26 août, je vais donc vous raconter l’histoire oubliée du 1er REP, ce régiment d’élites né en juillet 1948, un an avant ma naissance. Ce n’était alors qu’un simple bataillon créé à Khamisis, près de Sidi-Bel-Abbès. Il est organisé et dirigé par le commandant Pierre Segretain (3) qui choisit le capitaine Pierre Paul Jeanpierre, qu’il a connu au Levant, pour le seconder.

        Le bataillon va embarquer sur le « Pasteur » le 24 octobre 1948 à Mers-el-Kébir et arrive en Indochine, à Haïphong, le 12 novembre. Durant toute la guerre d’Indochine, le bataillon, dispersé dans plusieurs postes, interviendra surtout au Tonkin, dans le nord de l’Indochine. Il intègre la compagnie parachutiste du 3ème REI du lieutenant Morin. Cette compagnie a servi de test, de cobaye, pour la création des Légionnaires-parachutistes, le 1er juin 1949. Les paras ont accumulé les exploits durant la seconde guerre mondiale, le Légionnaire aéroporté – le « para-Légion » – va devenir l’élite de l’élite : un combattant hors pair que les meilleures armées du monde nous envient.

        Coa-Bang : première mort du BEP :

        Les 17 et 18 septembre 1950, le bataillon saute sur That-Khé pour rejoindre le groupement commandé par le lieutenant-colonel Lepage, parti de Lang-Son pour secourir les éléments évacués de Cao-Bang (défaite de la RC 4). Le 1er BEP se battra avec une fougue et un courage exemplaires. Il est presque totalement anéanti lors des combats dantesques autour de Dong-Khé. Le bataillon est dissous le 31 décembre. Ses pertes au feu sont de 21 officiers, dont le commandant Segretain, son chef de corps, 46 sous-officiers et 420 légionnaires. Seule une trentaine d’hommes parviendront à rejoindre les lignes françaises, dont le capitaine Jeanpierre, (futur chef de corps du 1er REP).

        Puis, le BEP ressuscite : il est recréé le 18 mars 1951, avec le reliquat du bataillon originel, regroupé en compagnie de marche du 2ème BEP, et des renforts venus du 3ème BEP d’Afrique du Nord.

        Le nouveau BEP sera d’abord étoffé d’une 3ème compagnie de combat en novembre 1952, puis, le 1er septembre 1953, on lui attribuera une compagnie de mortiers lourds.

        Diên-Biên-Phu : seconde mort du BEP :

        Le bataillon, après 56 jours de combats à 1 contre 3, puis 1 contre 10, sera à nouveau anéanti le 7 mai 1954, quand l’héroïque garnison de Diên-Biên-Phu dépose les armes faute de munitions (et de combattants encore valides), sans reddition et sans drapeau blanc : il a eu 316 tués durant la bataille (sans compter tous les prisonniers qui ne rentreront pas des camps-mouroirs vietminh).

        Les survivants embarquent sur le « Pasteur », à Saïgon, le 1er février 1955 et débarquent à Mers-el-Kébir le 24. Adieu l’Indochine que les Légionnaires-paras quittent avec amertume et, pour beaucoup, l’impression de trahir une population qui croyait en la France. Ce départ presque honteux pèsera lourd sur leur décision, plus tard, de « franchir le Rubicon ».

        Le 1er septembre 1955, le bataillon s’étoffe : le 1er BEP devient alors le 1er Régiment Étranger de Parachutistes, et il s’implante à Zéralda dans la banlieue d’Alger.

        Le 6 novembre 1956, il participe à « l’Opération Mousquetaire » à Port-Saïd et Port-Fouad en tant qu’unité amphibie. Cette belle victoire des paras français (et britanniques) sur les troupes de Nasser, lors de la crise de Suez, se transformera en humiliation sur pression conjointe des USA et de l’URSS. Le régiment évacuera Suez entre le 10 et le 22 décembre 1956.

        Dès janvier 1957, le REP participe à la « bataille d’Alger » avec les autres unités de la 10ème Division Parachutiste du général Massu. La 10ème DP va éradiquer les réseaux de terroristes du FLN dont les attentats causaient de nombreuses victimes innocentes. La réussite de la « bataille d’Alger » va aussi ouvrir des débats sur la torture. Ces débats, dans lesquels on ne parle jamais des atrocités commises par le FLN, sont alimentés par les communistes, la presse progressiste et des prélats – catholiques ou protestants – de gauche. Plus d’un demi-siècle plus tard on s’autorise encore à salir l’armée française en général, et les parachutistes en particulier, alors qu’on devrait les féliciter et les remercier d’avoir su éradiquer le terrorisme à Alger. Il faut savoir qu’en janvier 1957, Alger, qui était alors la seconde ville de France, a subi… 112 attentats en un mois.

        Après la « bataille d’Alger » le 1er REP retourne à son vrai métier et part en opération dans les djebels. Le régiment stationne à Guelma avant de revenir à Zéralda.

        Le 29 mai 1958, durant l’opération « Taureau 3 » dans la région de Bou-Amhdad, le régiment est durement frappé : le lieutenant-colonel Jeanpierre, son chef de corps, est tué au combat : son hélicoptère est abattu par les rebelles. Aux cérémonies de la levée du corps, le général commandant la division déclare : « Je fais ici, devant ce cercueil, le serment solennel que le sacrifice du colonel Jeanpierre ne sera pas vain et que la terre qui reçut ce sacrifice restera française quoi qu’il advienne ».

        Ce serment, les Légionnaires-parachutistes du 1er REP ne l’oublieront pas !

        Putsch du 21 avril 1961 : troisième mort du REP :

        À la veille du putsch d’Alger d’avril 1961, le lieutenant-colonel Guiraud, patron du REP est en permission. Le régiment est commandé par intérim par le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, « figure emblématique de la Légion »(4). À la demande du général Challe, il engage le régiment au côté des autres unités putschistes. Il donne le coup d’envoi, le 21 avril 1961 dans la nuit. Le 1er REP occupe le Gouvernement Général et l’immeuble de la Radiotélévision. Après deux jours de flottement, le putsch tourne au fiasco : le général Challe et le commandant de Saint-Marc prennent la décision de se rendre aux autorités. Hélie de Saint-Marc expliquera ses actes devant le tribunal militaire, le 5 juin 1961. Sa déposition, qui traduit sa loyauté et sa grandeur d’âme, a marqué toute une génération. Elle figure dans « le procès du commandant de Saint-Marc » (5).

        Je vous la livre, ici, dans son intégralité : « Depuis mon âge d’homme, monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves: la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie. En Algérie… après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique. On nous a fait faire tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, souvent amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de Musulmans se sont joints à nous, partageant nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours. Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée… Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon de l’Algérie… Monsieur le président, on peut demander beaucoup de choses à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut pas lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. ». Cet attachement à la parole donnée est remarquable ! Ceux qui ne comprennent pas cela ne comprendront jamais rien au drame de l’Algérie française.

        Hélie Denoix de Saint-Marc est condamné à dix ans de réclusion criminelle. Il passe cinq ans dans la prison de Tulle avant d’être amnistié par De Gaulle.

        Le pouvoir gaulliste aime les symboles forts ; il choisit de dissoudre le régiment le 30 avril (à la demande de Messmer, ministre des armées et ancien Légionnaire), date anniversaire de la bataille de Camerone (30 avril 1863). Ce jour-là, la Légion Étrangère, en deuil, ne célèbre pas Camerone. Les Légionnaires paras du 1er REP quittent leur camp de Zéralda en chantant la chanson d’Édith Piaf, « Je ne regrette rien ». Depuis, cette belle chanson clôture souvent les agapes d’anciens Légionnaires (6).

        Une partie des cadres du 1er REP déserte et passe à l’OAS : le colonel Dufour, son chef de corps en 1959 et 1960, les capitaines Sergent, Ponsolle et Le Pivain, les lieutenants Degueldre, Hays, de la Bigne, Godot, Labriffe, le sergent Dovecar… et beaucoup d’autres.

        Cette troisième mort du 1er REP sera la dernière ; le régiment ne sera jamais recréé.

        Son drapeau est décoré de la croix de guerre des TOE avec cinq palmes, toutes obtenues lors de la guerre d’Indochine. Trois de ses chefs de corps sont morts au combat : le commandant Pierre Segretain, tué le 8 octobre 1950 sur la RC 4 ; le commandant Rémy Raffali qui commanda le 1er BEP en 1950, patron ensuite du 2ème BEP, mortellement blessé à Chuyen-My-Trong-Ha (Tonkin) le 1er septembre 1952, il meurt le 10 septembre ; le lieutenant-colonel Pierre Paul Jeanpierre, tué le 29 mai 1958 dans la région de Guelma.

        La bibliographie sur ce magnifique régiment est riche. Je me permets de vous recommander :

        « Je ne regrette rien », de Pierre Sergent ; Fayard ; 1972. « Au champ d’honneur, vie et mort du chef de bataillon Pierre Segretain du 1er BEP », d’Étienne et Franck Segrétain ; Indo éditions ; 2010. « Les champs de braises » d’Hélie Denoix de Saint-Marc ; Perrin ; 1995. « Les Parachutistes de la Légion – 1948 – 1962 », de Pierre Montagnon ; Pygmalion ; 2005.

        Actuellement, il n’existe plus qu’une seule unité de Légionnaires-parachutistes, le 2ème REP.

        Il y a quelques années, lors de pérégrinations en Corse, je suis passé devant le Camp Raffali, à Calvi, casernement du 2ème REP, puis, à quelques kilomètres du col routier le plus haut de l’île, au Chalet du Vergio où le 2ème REP effectue ses entraînements en montagne. Le 2ème REP a été recréé et adapté aux conflits modernes par le futur général « Bob » Caillaud ami intime de mon père. Leur amitié est née à Diên-Biên-Phu où ils servaient tous deux comme capitaines parachutistes.

        Mon périple m’a également conduit à Bonifacio où trône, devant la citadelle, la statue créée en 1908 par Robert Delandre en hommage aux morts de la Légion Étrangère. Ce monument se trouvait à Saïda. En juin 1962 la statue a été ramenée d’Algérie. Un an plus tard, la statue et son socle ont été reconstruits devant la citadelle de Bonifacio, première garnison de la Légion en Corse.

        Ma chope de bière à l’effigie du 1er REP est là pour me rappeler le respect que l’on doit aux soldats qui ont choisi « les voies de l’honneur » selon la formule de Pierre Sergent. Et pour m’imposer un « devoir de mémoire » envers ces étrangers devenus « fils de France, non par le sang reçu mais par le sang versé ». Je n’ai jamais servi à la Légion Étrangère – dont je suis membre ami depuis des années – mais j’ai porté le béret rouge des paras et j’ai, depuis cette époque, une admiration sans bornes pour nos frères d’armes à béret vert.
Eric de Verdelhan - Le 26 août 2026

1)- 1) REP : Régiment Etranger de Parachutistes.
2) EAI : Ecole d’Application de l’Infanterie, basée autrefois à Montpellier (34)
3) Pierre Segretain était le beau-frère du général Michel de Rocquigny, parrain d’une de mes sœurs.
4) Hélie de Saint-Marc était titulaire de la croix de guerre 1939-1945 avec 1 citation ; de la croix de guerre des TOE avec 8 citations ; de la croix de la valeur militaire avec 4 citations; de la médaille des évadés ; de la médaille de la Résistance ; de la croix du combattant volontaire de la Résistance ; de la médaille coloniale; de la médaille de la déportation et de l’internement, etc. Il a été fait Grand-Croix de la Légion d’honneur, le 25 novembre 2011, par le président Sarkozy.
5) « Le procès du commandant de Saint-Marc » de Bernard Zeller ; Nouvelles Editions Latines ; 2021
6) Détenu avec d’autres au fort de Nogent en mai et juin 1961, le lieutenant Henry Lobel enregistre une cassette des chants de la Légion Étrangère. Plus tard, la cassette deviendra un 33 tours « Chants d’honneur et de fidélité ». Cet album sera édité à 300 exemplaires numérotés. Puis en 1970, un 33 tours sera diffusé par la SERP, maison d’édition de Jean-Marie Le Pen, ancien du régiment. En 2011, un coffret pour le 50ème anniversaire intitulé « L’honneur d’un régiment » est produit : il comporte un CD, un DVD, et un livret de 64 pages « L’album souvenir illustré du 1er REP ».


Je regarde, j'écoute ce pays,
est-ce la France ?

Par Robert Charles PUIG,

         Les grands meetings se suivent. Pourquoi ? Chacun se chatouille le nombril et en profite pour vouer les autres aux flammes d'un Lucifer et lorsqu'ils abordent la dette, cette fameuse dette du macronisme - pas un du camp du centre ne fait de mea culpa. Non, il n'est pas coupable !

         C'est le peuple qui coute trop cher. Le premier ministre et ses sbires sous le souffle venimeux de l'Elysée ont compris... Il y a là matière à sauver les meubles et la vaisselle de Macron. Puisons vite dans ce qui reste de finances chez les retraités avant de les envoyer légalement mourir au nom de la loi sur la fin de vie. Vite essorons leurs derniers fonds ! Ainsi, le pays survivra grâce à eux, juste le temps que les institutions internationales nous prennent sous leur coupe pour que tout le monde paie. Je crains cette France ou les élus ne comprennent rien mais poursuivre leur descente aux enfers. Mélenchon, Attali, et les autres. Ils ne voient que leur possible élection, mais rien sur le futur du pays. Seule compte la place à l'Elysée et le bras d'honneur aux français.

         La gauche qui nous perd depuis si longtemps continue son travail de sape avec 80 % des médias qui creusent le trou ou nous serons enterrés.

         Tous ces gens de Mélenchon à Macron ne souhaitent, avec leurs "merdias" de gauche, que tomber sur le RN pour le perdre et continuer ainsi à perdre le pays. On ne nous montre que des fictions Marine - Jordan même si chacun dément, puis il faut montrer les policiers de Carcassonne, anti arabe, anti immigration... Carcassonne, une ville parmi des milliers, c'est l'os que la gauche, que la 2 et le service "public" rongent pour saborder la droite et le RN. N 'oublions pas le syndicat de la magistrature toujours plus à gauche??? N'oublions pas le mur des cons... Tout est fait, fabriqué pour que la France se noie définitivement pour devenir une terre sans drapeau, sans histoire, sans peuple !

         Nous sommes à ce point de n'être plus rien, que même le parcours du Pape change de route pour ne pas gêner le coin des dealers.

         Moi je crains cette élection ou les coups d'arnac, les coups bas et les fausses nouvelles diffusées par les "merdias" de gauche toujours majoritaires et du macronisme pourront changer l'espoir d'une partie du peuple en grand remplacement où nous n'aurons plus notre place.
Robert Charles PUIG.
16 septembre 2026


Les fameux et pseudos versets dits tolérants du Coran
Envoyé par J.C. Gatto le 20 septembre 2026
https://resistancerepublicaine.com/2026/09/20/les-fameux-et-pseudos-versets-dits-tolerants-du-coran/

            En picorant sur Youtube, je trouve cette vidéo de l’Abbé Pagès, contributeur régulier sur d(autres sites. Il nous délivre sa vision, ainsi que son analyse des versets coraniques dits « tolérants ». Une fois n’est pas coutume de recueillir sur RR une interprétation du coran par un prélat ! Il est bon de ne pas se laisser intoxiquer par les béni-oui-oui fourbes du monde musulman qui voudraient nous faire accroire que l’islam est la grande Religion d’Amour, Tolérance et Paix (RATP).
            La supercherie est depuis longtemps éventée ici, mais le rappel en est parfois judicieux, non ?
            Juvénal de Lyon

            Par Abbé Guy Pagès
            Dans cette vidéo j’attire votre attention sur une arme de propagande massive utilisée par la propagande musulmane pour faire accroire à la bonté intrinsèque de l’islam, à son prétendu caractère pacifique, altruiste : les fameux « versets tolérants du Coran ». Le fait que le Coran contiendrait des versets tolérants semble si universellement reçu que je n’ai trouvé aucune étude critique relative à la teneur tolérante de ces fameux versets … Quand on lit le Coran, effectivement, on a parfois l’impression qu’il dit quelque chose qui semble aimable, ou du moins tolérant. Mais bien vite une incise, une ambiguïté, une amphibologie, révèle un tout autre sens que celui fantasmé par les idiots utiles gargarisés à la vertu de tolérance. Je présente donc dans cette vidéo une analyse inédite de ces fameux versets … et vous montre ce qu’ils disent réellement … Par exemple, le très connu verset 256 de la sourate 2 : « Nulle contrainte dans la religion ! » est très souvent présenté comme preuve du respect de l’islam pour les personnes appartenant à d’autres religions. Or, ce verset ne dit pas : « Nulle contrainte vis-à-vis des membres des autres religions », mais « Nulle contrainte dans LA religion », au singulier, c’est-à-dire « en islam », car, pour un musulman, il n’y a de religion que l’islam (« Qui désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et sera, dans l’au-delà, parmi les perdants. (Coran 3.85) » ; « Combattez à mort (…) ceux qui ne professent pas La religion … (Coran 9.29 ; 24.2 ; 110.2). Ce verset ne parle donc absolument pas des membres d’autres religions ! D’ailleurs, en termes de tolérance, les légistes musulmans ont toujours tiré de ce verset rien d’autre que « le droit des non-musulmans à embrasser librement l’islam (Dominique Urvoy, Les libres penseurs dans l’Islam classique, Champs-Flammarion, 2003, p.24-25) », et le devoir en conséquence de faciliter au maximum leur conversion … Rien d’autre ! Du reste, comment l’islam pourrait-il manquer d’attrait puisque « Allah n’a imposé aucune gêne dans La religion (Coran 22.78) » ?
           
Source : https://www.youtube.com/watch?v=YGpnurBvkgo

Les fameux versets tolérants du Coran
12 septembre 2026
Abbé Guy Pagés

            Les minutages des chapitres de la vidéo :
            https://www.youtube.com/watch?v=YGpnurBvkgo
            05:58 LA TAKIYA
            10:16 LE PRINCIPE DE L’ABROGATION
            20:28 LES VERSETS TOLÉRANTS
            45:42 CONCLUSION


            Dans le cadre de la lutte contre l’islamisation, je voudrais attirer votre attention sur une arme de destruction massive utilisée par la propagande musulmane pour faire accroire à la bonté intrinsèque de l’islam, à son prétendu caractère pacifique, voire altruiste : les versets dits tolérants du Coran. Le fait que le Coran contiendrait des versets tolérants semble si universellement reçu, les yeux fermés, que je n’ai trouvé aucune étude critique relative à la prétendue teneur tolérante de ces fameux versets … Mais j’ai trouvé, publié sous l’autorité de l’ex Recteur de la Grande Mosquée de Paris et alors Président du Conseil français du Culte musulman, M. Dalil Boubakeur, et par l’illustre maison d’édition Dalloz, un livre intitulé « Le coran tolérant » (2008) … aux proportions … d’un timbre-poste … À lui seul le format de ce livre aurait dû dissuader de l’éditer, tant il montre que la plus grande partie du Coran n’est donc pas tolérante … Eh bien, non ! C’est dire combien, dès qu’il est question d’islam, l’aveuglement des uns et la sidération des autres dépassent tout entendement ! Mais le plus fort, tant la matière manque pour remplir ce petit livre, c’est que même dans ce « Coran tolérant », sont mentionnés des versets appelant à tuer les mécréants ! …

            Que sont par définition tous les non-musulmans (Coran 5.33 ; 60.4 ; etc.), et par excellence : les chrétiens, coupables de croire à l’affreuse association qu’est la Sainte Trinité, seul péché impardonnable pour Allah (Coran 4.48 ; 5.116), en sorte que tous les chrétiens sont « les gens de l’Enfer (Coran 2.119 ; 5.10,72,73 ; 9.17,30,63,73,113 ; 15.94-96 ; 21.29,98 ; 35.36 ; 48.6 ; 98.6 ; 112.1-4) ». Sont par exemple rapportés dans ce livre les versets 190 à 193 de la sourate 2, dont voici des extraits : « Combattez à mort dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent. (…) Tuez-les où que vous les rencontriez ; (…) l’association est plus grave que le meurtre ! (…) Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit seulement l’islam ! » Allah commande donc la destruction de l’Église et son remplacement par l’islam ! C’est ce qu’il y a dans le Coran tolérant ! Je vous laisse deviner ce qu’il y a dans le Coran non-tolérant ! Mais pour ne pas clore si vite ma présentation, après un bref rappel de quelques réalités historiques et factuelles relatives au Coran, je vais vous présenter une analyse inédite de ces fameux versets … une analyse qui montre la vérité du principe énoncé par la Vérité qu’un arbre mauvais ne donne pas de bons fruits (Mt 7.18) ! Principe qui fait tellement honte aujourd’hui à ceux qui se prétendent ses serviteurs …!

            Je commence par rappeler que l’identification du Coran, dans son actuelle expression phonétique et graphique, au Livre céleste tel qu’il est gardé auprès d’Allah (Coran 3.7 ; 26.192 ; 43.4 ; 69.43,51 ; 85.21-22), exclut, pour la majorité écrasante des musulmans, toute question sur l’historicité du Coran. À l’inverse de la Bible qui est riche en détails historiques, souvent confirmés par l’archéologie, le Coran n’offre aucune culture historique, au point que ni Jérusalem, ni Bethléem, ni Israël, par exemple, n’y sont mentionnés. Le Coran n’a pas d’histoire, il est seulement la parole intemporelle d’Allah. C’est pourquoi la recherche historique sur les origines et la formation du texte coranique ne saurait avoir de sens pour le musulman, qui la considère comme impie. En témoigne le grand imam d’Al-Azhar, qui était le frère très cher du Pape François, Ahmed El-Tayyeb, pour qui : « La lecture historique ne peut s’accorder avec l’esprit du Coran qui est un texte divin, absolu, valable pour tous les temps et tous les lieux. C’est ce qu’on appelle le miracle inimitable du Coran. (Le Temps, Genève, 22.01.2011) » Dès lors, qui mieux qu’un illettré (Coran 7.157-158) devait être le modèle des musulmans (Coran 7.158 ; 33.21) ?
            Mais avant de vous montrer que les versets tolérants du Coran ne sont pas tolérants, commençons par préciser qu’à proprement parler, on ne tolère que le mal que l’on ne peut pas supprimer, dans l’espoir de le faire dès que possible. C’est dire que contrairement à ce qui ordinairement imaginé, l’acception « versets tolérants » ne signifie pas « versets pacifiques », ou « altruistes » … Et, pour qui n’entend pas se payer de mots, elle n’est qu’une expression de la légendaire takiya.

            LA TAKIYA
            La takiya est un principe de la morale particulière de l’islam autorisant les musulmans en situation de faiblesse à user d’un double langage, où des mots tels que religion, paix, justice, famille, morale, tolérance, etc. ont un tout autre sens que celui compris par leurs interlocuteurs. Ainsi, « Que les croyants ne prennent pas pour alliés les mécréants. Quiconque le fait contredit la religion d’Allah, à moins que vous ne les craigniez. (Coran 3.28) » À moins que vous ne les craigniez … Voilà exprimé un devoir des musulmans d’« embrasser la main qu’ils ne peuvent couper », et ce jusqu’à dissimuler leur croyance, voire la renier, en pratiquer même publiquement une autre, afin de sauver leur vie, leurs intérêts (Coran 16.106 ; Cf. Mt 5.37 ; 10.32-33), identifiés, évidemment, à ceux de l’islam, et cela, dans l’attente que le rapport des forces s’inverse et qu’ils puissent envisager l’agression : « Ne faiblissez pas et n’appelez pas à la paix quand vous êtes les plus forts ! (Coran 47.35) » ; « Le Prophète a dit : ‘Quand je fais un serment, mais qu’ensuite je trouve mieux, j’annule mon serment. (Boukhari 7,67,427) » C’est commode, non ? « Celui qui réconcilie les gens au prix de fausses informations qu’il invente, n’est pas un menteur. (Boukhari 49.857) » ; « Il est permis de mentir si le but est louable. (Ghazali, Reliance of the Traveller, Amana, Maryland, USA, 1997, p.745) » Et ce but peut être l’assassinat d’innocents, comme l’apprirent Ousayr ibn Zarim et trente de ses hommes, désarmés et assassinés après la promesse que Mahomet leur fit d’un sauf-conduit (Boukhari 52.269), ou Mouhammad bin Maslama à qui Mahomet assura qu’il pouvait mentir au poète Kab bin Arshaf pour lui tendre un piège et le tuer (Boukhari, 52.271, 64/15 ; Mouslim, 32-3359 ; 19/4436).

            Mahomet signa un traité de paix de dix ans avec les Mecquois, le temps de refaire ses forces pour s’emparer de la ville deux ans plus tard, après avoir exécuté ceux qui lui avaient fait confiance (Ibn Ishaq 981 ; 834 & 837). Les musulmans justifient ces meurtres au motif que les victimes auraient trahi leurs accords … — mais même à supposer que la prédestination au mal existe et que les musulmans soient doués de prémonition, pourquoi les avoir accusés de parjure puisqu’Allah lui-même justifie le parjure (Cf. Coran 2.225 ; 3.28 ; 8.58 ; 16.106 ; 40.28 ; 66.2…) ? S’appuyant sur un hadith d’Ali : « La Takiya est notre vraie religion et celle de nos parents. Celui qui ne l’exerce pas, qu’il se considère comme un non-pratiquant de l’islam » , l’imam Ja‘far as-Sadiq enseigne : « Quiconque n’observe pas la dissimulation de protection n’a pas de foi. » … En résumé, « la takiya est voile pour le croyant, et celui qui n’a pas de takiya n’a pas de religion. (Encyclopedia of Islam, 1st ed, s.v. Takiya ; Djoumayyil, Kdmous al-shanca, pp. XIII, 127-8) » ? « Le Coran permet au musulman de cacher la vérité au chrétien, de parler et agir contrairement à ce qu’il pense et croit. » nous disait Mgr Beylouni, archevêque d’Antioche, lors du Synode pour le Moyen-Orient, à Rome, en 2010.
            Sachant cela, nous sommes sur nos gardes lorsque chantent les sirènes de l’islam louant l’aménité coranique.

            LE PRINCIPE DE L’ABROGATION
            Du principe général de la takiya a été tiré celui de l’abrogation pour tenter de résoudre les contradictions du Coran, notamment entre les versets semblant faire appel à la tolérance et ceux appelant à la violence. Les versets dits tolérants auraient été révélés lorsque Mahomet étant à La Mecque en situation de vulnérabilité, en bon adepte de la takiya, aurait caché ses véritables intentions, lesquelles se révéleront belliqueuses lorsqu’à Médine il aura gagné en puissance.
            Je rappelle que c’est au 10ème siècle qu’est advenu le récit « historique » musulman sur les origines de l’islam, normalisé à l’aide de ces trois dogmes capitaux :
            • Le texte du Coran est incréé, sacré, intouchable.
            • La fin de « l’effort d’interprétation » (ijtihad) rend impossible la critique du discours islamique officiel.
            • Le dogme de l’abrogeant/abrogé (Coran 2.106 : 16.101 ; 22.52) résout les contradictions du Coran.

            Toutefois, si le Coran est incréé, alors il n’a pas pu être abrogé, mais s’il a été abrogé, alors, effectivement, son interprétation ne s’impose pas … et ce livre doit être mis au rayon des farces et attrapes.
            Le fait d’admettre que le Coran a été modifié en raison du changement de situation de Mahomet, n’est-ce pas reconnaître que le Coran est relatif non à Dieu mais à Mahomet ? Comment dès lors continuer à croire qu’il soit la parole éternelle d’Allah ? Mahomet est-il éternel comme le Coran ? Existait-il avant la Création ? Est-il allé à La Mecque avant que le monde existât ? Si oui, comment a-t-il recommencer les mêmes erreurs ? N’avait-il donc rien appris de ses premiers échecs ?

            Voici les deux versets du Coran présentant cette doctrine de l’abrogation :
            « Si Nous abrogeons un verset ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah est omnipotent ? (Coran 2.106) »
            Parce que vous êtes des personnes rationnelles, vous comprenez que le Coran ne peut pas à la fois être une parole éternelle et être abrogé … et que si Allah apporte un verset meilleur, c’est qu’Allah est imparfait, et s’il est imparfait, alors il n’est pas Dieu … Est-il Dieu en effet celui qui peut se tromper et doive se corriger ? Et si un verset est semblable, c’est qu’il est inutile … et si Mahomet peut oublier des versets, c’est alors qu’il n’est pas le fidèle transmetteur qu’imaginent les musulmans … Mais ceux-ci sont manifestement incapables de faire ces simples et incontournables raisonnements, tant la terreur qui motive leur habitus de soumission paralyse leur liberté … Vous avez pu remarquer aussi qu’à la fin du verset, comme souvent dans le Coran, mention est faite de la toute-puissance d’Allah. « Ne sais-tu pas qu’Allah est omnipotent ? » Cette mention est destinée à faire croire que ce qui vient d’être dit est aussi vrai que ce qu’Allah est tout-puissant … selon le procédé de l’amalgame qui rapproche deux affirmations dont l’une est vraie pour laisser penser que l’autre l’est aussi. L’invocation du nom terrifiant d’Allah est magique : elle suffit à tout justifier !

            « Lorsque Nous remplaçons un verset par un autre —et Allah sait mieux que quiconque ce qu’il révèle— ils disent : “Tu n’es qu’un imposteur !” Non ! Mais la plupart ne savent rien. (Coran 16.101) »
            Nous voyons ici Mahomet répondre à ceux qui lui reprochent de modifier la parole éternelle d’Allah en attribuant ce changement à Allah lui-même. Comme souvent dans le Coran, Allah vient au secours de son prophète, en mettant ici en avant son omniscience : « Allah sait mieux ! » Il supprime les contestations en humiliant les contradicteurs réduits à des gens qui ne savent rien. Là encore, l’amalgame est de service : la mention de l’omniscience d’Allah sert à justifier ce qui est dit en son nom.
            Puisqu’Allah n’a pas pris la peine de révéler de son Coran éternel, évident et très parfait, quels versets il a abrogés, et quels versets sont abrogeant, en sorte que les musulmans ne sont d’accord ni pour déterminer quels sont les uns et quels sont les autres, ni quel est leur nombre, les musulmans ne doivent-ils pas reconnaître qu’avec ses versets abrogés toujours présents dans le Coran, Allah parle pour ne rien dire ?

            Il ne faut pas hésiter à opposer cette doctrine de l’abrogation à l’apologétique musulmane présentant les « versets tolérants » du Coran, car TOUS LES VERSETS TOLÉRANTS DU CORAN ONT ÉTÉ ABROGÉS par les versets ABROGEANT synthétisés par celui dit « du sabre » (Coran 9.5) : « Après les mois sacrés, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les ! Assiégez-les ! Dressez-leur des embuscades ! Si ensuite ils se repentent, accomplissent la prière, et se laissent racketter, alors laissez-leur la vie sauve, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » Les temps sacrés sont ceux du ramadan ; les associateurs, ce sont les chrétiens (cf. Coran 5.116). Ce verset dit donc que la vie est laissée sauve à ceux qui se repentent d’avoir lutté contre leur islamisation, et qui se conforment dorénavant au mode de vie musulman.

            Vous remarquez qu’ici encore le verset se termine par la mention de ce qu’Allah est miséricordieux, ce qui est particulièrement pervers après la violence qu’il vient de commander … Il n’y a donc pas trop à s’étonner de voir tant de malfaiteurs musulmans être déclarés « déséquilibrés » : une des fonctions du Coran est de rendre les musulmans schizophrènes. En effet, la répétition de ce procédé tout au long du Coran ne relève pas du hasard, pas plus que la répétition du Coran par ses adeptes ne peut être sans effet sur leur fonctionnement psychologique.

            Ce principe de l’abrogation est aussi utilisé pour justifier le remplacement de la Révélation chrétienne par l’islam … C’est ainsi que certains musulmans prétendent justifier Allah d’abroger ses versets en faisant valoir que le Nouveau Testament aurait remplacé l’Ancien. Ce à quoi il faut répondre que l’Ancien Testament ne s’adressait qu’au peuple hébreu, et que pour un temps déterminé, celui de l’attente du Messie, annoncé par les Prophètes. L’Ancien Testament annonce la venue du Messie, et le Nouveau Testament proclame l’accomplissement de cette promesse en Jésus (Mt 5.17). C’est dire qu’il n’y a pas de contradiction entre l’Ancien et le Nouveau Testament, mais passage de la fleur au fruit, de l’imparfait au parfait, tandis qu’avec le Coran, il y a contradiction à l’intérieur de l’unité du même. Et qui plus est, APRÈS la venue du Christ ! APRÈS que saint Jean ait écrit ces mots concluant la Bible : « Si quelqu’un ajoute quelque chose à ce livre, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu’un en retranche quelque chose, Dieu le retranchera du Paradis (Ap 22.18-19) » La comparaison ne vaut donc pas.

            Avant de passer à l’examen des versets tolérants du Coran, permettez-moi quelques réflexions supplémentaires au sujet de ce principe de l’abrogation :
            Si le Coran peut être abrogé (Coran 2.106 ; 16.101), alors, puisqu’il n’existait pas avant l’abrogation tel qu’il l’est devenu ensuite, preuve est faite qu’il n’est pas éternel … Que ce soit avant ou après l’abrogation, le Coran, en tant que parole éternelle d’Allah (Coran 33.62 ; 35.43 ; 48.23 ; 85.22), n’existe donc pas … Mais sans Coran, que devient l’islam ?
            L’islam est déclaré irréformable puisque bâti sur le Coran. Or, le Coran n’est pas immuable puisque « Allah efface ou confirme ce qu’Il veut de l’Écriture éternelle qui est auprès de lui (Coran 13.39) ». Dès lors, qu’est-ce qui l’empêche de supprimer les versets qui appellent à la haine et au meurtre ?

            LES VERSETS DITS TOLÉRANTS
            Quand on lit le Coran, effectivement, on a parfois l’impression qu’il dit quelque chose qui semble aimable, ou du moins tolérant. Mais bien vite une incise, une ambiguïté, une amphibologie, révèle un tout autre sens que celui fantasmé par les idiots utiles gargarisés à la vertu de tolérance. Voici ce que ces fameux versets tolérants du Coran disent réellement :
            • Commençons avec le très connu verset 256 de la sourate 2 : « Nulle contrainte dans la religion ! », qui est très souvent présenté comme preuve du respect de l’islam pour les personnes appartenant à d’autres religions. Or, ce verset ne dit pas : « Nulle contrainte vis-à-vis des membres des autres religions », mais « Nulle contrainte dans LA religion », au singulier, c’est-à-dire « en islam », car, pour un musulman, il n’y a de religion que l’islam (« Qui désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et sera, dans l’au-delà, parmi les perdants. (Coran 3.85) » ; « Combattez à mort (…) ceux qui ne professent pas La religion … (Coran 9.29) » ; Coran 24.2 ; 110.2). Ce verset ne parle donc absolument pas des membres d’autres religions ! D’ailleurs, en termes de tolérance, les légistes musulmans ont toujours tiré de ce verset rien d’autre que le droit des non-musulmans à embrasser librement l’islam (Dominique Urvoy, Les libres penseurs dans l’Islam classique, Champs-Flammarion, 2003, p.24-25) », et le devoir en conséquence de faciliter au maximum leur conversion … Rien d’autre ! Du reste, comment l’islam pourrait-il manquer d’attrait puisque « Allah n’a imposé aucune gêne dans La religion (22.78) » ?

            • « Allah n’a imposé aucune gêne dans la religion. » Mais s’il n’y a pas de gêne en islam, devrait-il y en avoir au dehors ? Pourquoi les musulmans devraient-ils se gêner pour contraindre autrui à embrasser l’islam, puisqu’« Allah n’a imposé aucune gêne dans la religion » ? Chacun sait que là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. Et de fait, ce verset et le précédent, dont il est le doublon, n’ont tous deux jamais été compris comme reconnaissant, aux chrétiens par exemple, le droit de convertir les musulmans … non plus qu’aux musulmans celui de quitter l’islam. Allah commande en effet la mise à mort de l’apostat (Coran 4.89 ; 8.11-17 ; 16.106). « Si quelqu’un quitte l’islam, tuez-le ! (Boukhari 9.84.57) ». La tolérance d’Allah est comme les promesses politiques : elles n’engagent que ceux qui y croient.

            • « C’est pourquoi nous avons déclaré aux fils d’Israël que quiconque tuerait une personne n’ayant elle-même ni tué ni répandu la corruption sur la terre, serait coupable comme s’il avait tué tous les êtres humains. (Coran 5.32) » Ce verset, souvent cité pour faire accroire à l’universelle charité du Coran (« tous les humains »), reprend un enseignement talmudique interdisant le meurtre entre Juifs (« Celui qui tue une âme d’Israël, c’est comme s’il avait tué tout un monde. (Talmud de Babylone, Traité Sanhédrin, IV, 37a, Verdier, 1982, p. 1024) » / « nous avons déclaré aux fils d’Israël … ») Le précepte originel ne dit rien d’autre que l’extrême gravité, pour le Talmud, de tuer un juif. Il ne parle absolument pas de tolérance. Et de même, sa reprise dans le Coran ne reconnait absolument pas l’universalité du genre humain, comme les imbéciles heureux veulent le croire, puisqu’il en exclut « tous ceux qui répandent la corruption sur la terre », c’est-à-dire… vous et moi ! tous les non-musulmans, et en particulier tous ceux qui refusent leur islamisation ! (Coran 2.191,217 ; 4.89 ; 5.33,37 ; 9.3-6,14,29,36 ; 60.4), dont l’assassinat est donc justifié, tant il est vrai qu’il n’y a pas de bien en dehors de l’islam (Coran 2.193 ; 3.85 ; 9.33).

            • « Ceux qui parmi (…) les chrétiens, croient en Allah (…) pas de crainte pour eux : ils ne seront point affligés. (Coran 5.69) » Il faut bien remarquer ici que ce ne sont pas les chrétiens en tant que tels qui seraient dispensés des afflictions annoncées, mais seulement ceux qui parmi eux croient en Allah. Or Allah considère la foi en la Sainte Trinité et au Fils de Dieu incarné comme l’abomination par excellence, le seul péché impardonnable (Coran 4.48 ; 9.28,30) … C’est dire si on ne peut le confondre avec le Dieu des chrétiens … Et logiquement Allah a envoyé l’islam pour détruire et remplacer l’Église (Coran 2.114,193,217,286 ; 3.118 ; 7.168,181 ; 8.39 ; 9.33 ; 16.93 ; 48.28 ; 61.4,10-12). En vertu de l’inversion accusatoire typique de la perversion mentale dans laquelle l’islam maintient ses soumis, un musulman vous dira qu’il est un meilleur chrétien que vous, parce qu’il n’y a pour lui qu’une seule et vraie religion : l’islam, en sorte que Jésus, comme tous les vrais croyants, de tous les temps, était musulman. Puisqu’aucun vrai chrétien ne reconnaît le dieu de Mahomet (Jn 10.5 ; Ga 1.-8-9), de quelle tolérance peut-il ici espérer bénéficier ?

            • « Allah ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi. (Coran 60.8) » Vous remarquez ici à nouveau qu’Allah tolère d’être bon et équitable seulement envers ceux qui ne résistent pas à leur islamisation … c’est-à-dire envers ceux qui sont déjà musulmans ! De plus, être bon et équitable est présenté comme une dérogation, une concession (« Allah ne vous interdit pas »), ce qui signifie que la règle est de NE PAS être bon et équitable envers les non-musulmans. Ce que confirme expressément cet autre verset : « Mahomet est l’envoyé d’Allah ; ses compagnons sont bienveillants entre eux, mais cruels envers les infidèles. (Coran 48.29) » Qui peut douter encore après cela de la bonté d’Allah, du Coran et de l’islam ?

            • « Certes, parmi les gens des Écritures, il en est qui croient en Allah, qui tiennent pour véridique ce qui vous a été révélé ainsi que ce qui leur avait été révélé et qui, entièrement soumis à Allah, ne troquent jamais ses enseignements pour un vil profit. Ceux-là trouveront leur juste récompense auprès de leur Seigneur, toujours prompt à faire ses comptes. (Coran 3.199) » Ce verset est présenté comme preuve de la reconnaissance par l’islam de la légitimité des religions juive et chrétienne. Or, que sont des chrétiens qui croient en Allah (qui – je le répète – n’est pas la Sainte Trinité), reconnaissent l’origine divine du Coran, et tiennent fermement aux enseignements de l’islam ? Ce sont des chrétiens apostats devenus musulmans. L’islam ne fait donc ici que louer ses nouvelles recrues parmi les juifs et les chrétiens ! Rien d’autre !

            • « Tu trouveras que ceux qui aiment le plus les croyants [musulmans] sont ceux qui disent : « Nous sommes nazaréens [chrétiens].’’ Cela parce qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines qui ne s’enflent pas d’orgueil. » Le verset 82 de la sourate 5 pourrait laisser penser que les chrétiens jouissent de quelque considération aux yeux d’Allah, mais la suite explicite l’estime dont ils semblent jouir : « Lorsqu’ils écoutent ce qui est descendu vers l’Envoyé, tu vois leurs yeux verser des larmes de reconnaissance pour la vérité. Ils disent : “Notre Seigneur ! Nous croyons ! Inscris-nous donc avec les témoins.” (Coran 5.83) » Les chrétiens ici loués sont donc, encore une fois, de purs renégats. Faut-il noter que prêtres et moines semblent déjà fort appréciés pour leur fausse humilité, servant l’apostasie de leurs coreligionnaires ?

            • « Nous avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. (Coran 5.45) » Ce verset semblerait inviter à la miséricorde, mais la suite en dissuade aussitôt, car « ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre sont des injustes ». Et qu’est-ce qu’Allah a fait descendre ? La loi du talion ! Ceux qui ne la pratiquent pas « sont des injustes ». Qui veut être injuste au regard d’Allah ? Aussi, entre gagner une expiation et être injuste selon Allah, le choix n’est-il pas vite fait ? Allah commande si bien de pratiquer la loi du talion : « Quiconque vous offense, offensez-le à offense égale ! (Coran 2.194) », qu’il a fait de sa pratique le moyen même du salut : « C’est dans le talion que vous aurez le salut, ô vous doués d’intelligence, ainsi serez-vous pieux ! (Coran 2.179) » Puisque le salut se trouve dans le talion, qui voudra être miséricordieux, et puisque sa pratique vous place parmi les doués d’intelligence et les pieux, qui voudra se trouver parmi les idiots et les impies ?

            • « Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle les gens dans le sentier d’Allah. Dispute avec eux de la meilleure manière. (Coran 16.125) » Qu’est-ce que « la bonne exhortation » et quelle est « la meilleure manière » pour islamiser ? Les civilités mises au service de l’endoctrinement, sont-elles vraiment recommandables, lorsque « ceux qui discutent au sujet du Coran sans en avoir reçu la permission sont exécrés par Allah et ses serviteurs (Coran 40.35 ; 4.140 ; 6.68 ; 29.46) » ?

            • « Est-ce toi qui contrains les humains pour qu’ils soient croyants ? (Coran 10.99) » Non, ce n’est pas toi, Mahomet, ni toi, musulman, qui viole la liberté de conscience, mais c’est Allah ! … lui qui tue les mécréants ! : « Ce n’est pas vous qui les avez tués, c’est Allah ! Lorsque tu frappais, ce n’était pas toi, c’était Allah ! (Coran 8.17) » ; ? « Combattez-les ! Allah, par vos mains, les couvrira d’ignominie et vous les fera vaincre ! (Coran 9.14) » Au reste, la reconnaissance de l’inviolabilité de la conscience ne saurait empêcher le châtiment de sa mécréance, puisqu’Allah commande : « Combattez-les à mort jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition [c’est-à-dire d’opposition à l’islamisation] et que le culte soit rendu uniquement à Allah ! (Coran 8.39) »

            • « Rappelle ! Tu n’es qu’un rappeleur ! Et non un dominateur. (Coran 88.21-22) » Ce que doit rappeler Mahomet est le pacte primordial par lequel tout homme s’est engagé – avant sa création ! si ! si ! – à être musulman ? (Coran 4.155 ; 7.172). Le rappel de ce prétendu pacte place de facto le rappelé sous l’autorité du « rappeleur » … de sorte que si le « rappeleur » n’a pas besoin de dominer celui que le rappel du pacte lui soumet … il en va autrement pour ? « celui qui tourne le dos et ne croit pas (Coran 88.23) » …

            • « Tu n’as pas pour mission d’exercer sur eux une contrainte. Rappelle donc, par le Coran, celui qui craint ma menace. (Coran 50.45) » Mahomet doit passer pour innocent de la terreur qu’il fait régner, puisqu’elle ne vient pas de lui, mais d’Allah, à qui il est tout dévoué, et dont il ne fait que transmettre le Coran, la menace d’Allah …

            • « Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers. (Coran 21.107) » Quelle miséricorde serait donc Mahomet ? Il le dit lui-même aussitôt : « Voici ce qui m’a été révélé : Votre Dieu est un Dieu unique. Êtes-vous soumis ? » Sa miséricorde consiste donc à révéler ce que juifs et chrétiens savaient déjà : que Dieu existe et qu’il est unique. Qui d’autre qu’un imposteur se fait gloire d’enfoncer une porte ouverte ? La suite révèle le but de cette pseudo-révélation : la soumission … La soumission à Mahomet, puis à qui se réclamera de lui. Voilà ce qui est réclamé ! Tout le contraire donc de la liberté offerte par le Christ à qui garde Sa parole (Jn 8.32) !

            • « La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse [le mal] par ce qui est meilleur, et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient comme un ami chaleureux. (Coran 41.34) » Cette phrase, à laquelle il manque une partie, essaie de dire quelque chose d’intelligent, mais elle n’y arrive pas, car le mal n’est pas repoussé par ce qui est meilleur, mais par ce qui est bien ; le meilleur n’est en rapport qu’avec le bien. ? D’autre part, le verset précédent définit la bonne œuvre dans le fait de se déclarer musulman, et le verset suivant reconnaît qu’y arriver suppose « une grâce infinie ». Autrement dit : le meilleur dont il est question consiste à islamiser pour repousser le mal qu’est la non-appartenance à l’islam, en sorte que le nouveau converti devienne « comme un ami chaleureux ». Il n’est donc pas question ici de véritable respect !

            • « Nous avons établi pour chaque nation des rites sacrés qu’elle suit. (Coran 22.66) » Ce verset et quelques autres (Coran 7.168 ; 22.66) affirmant qu’Allah a établi plusieurs religions, semblent des tentatives de le présenter maître de situations qui en réalité lui échappent totalement, aussi vrai qu’Allah ne veut que l’islam, à qui il commande de faire la guerre pour éradiquer toute autre religion jusqu’à ce qu’il n’y ait plus sur terre que l’islam (Coran 2.193 ; 3.85 ; 9.33) … D’ailleurs, la suite du verset ne laisse pas de doute sur l’esprit d’aménité qui l’inspirerait : « Qu’ils ne discutent pas avec toi l’ordre reçu ! Et appelle à ton Seigneur. » Il n’y a pas de discussion tolérée pour les différentes nations et religions face à l’appel, à l’ordre de se soumettre à Allah, c’est-à-dire à celui qui parle en son nom.

            • « À chacun de vous nous avons fait une législation et une conduite. Si Allah l’avait souhaité, il aurait fait de vous une seule nation. Mais [il veut] vous tester en ce qu’il vous a donné. Rivalisez donc dans la bienfaisance. (Coran 5.48) » Ce verset révélerait la volonté d’Allah de promouvoir la diversité religieuse et l’émulation mutuelle dans la pratique des bonnes actions. Or, nous venons de voir qu’Allah veut éradiquer toutes les religions (Coran 2.193 ; 3.85 ; 9.33) … En réalité les bienfaisances musulmanes à l’égard des non-musulmans sont celles de la charia que révèle l’histoire, à savoir : le choix entre :
            1) La conversion à l’islam.
            2) Le statut infamant de dhimmi.
            3) La mort.

            Il ne s’agit pas d’autre chose, comme le montre aussi la suite du verset : « Juge-les d’après le Coran. Que si les mécréants s’y refusent, sache qu’Allah veut les affliger. (Coran 5.49) ». Puisqu’Allah veut affliger les mécréants, quel pieux musulman ne le voudra pas aussi ?

            • « Si un associateur te demande protection comme client, accorde-la-lui, jusqu’à ce qu’il entende la parole d’Allah. Ensuite, fais-le parvenir au lieu de repos qui est le sien. (Coran 9.6 ; Traduction Rémi Blachère) » Ici l’octroi de l’hospitalité vise non seulement que l’associateur, mais il n’a pas d’autre fin que l’endoctrinement dans l’islam. Rien à voir donc avec l’amour universel du prochain.

            • « Croie qui veut, et soit infidèle qui veut ! (Coran 18.29) » ; « À vous votre religion, à moi la mienne. (Coran 109.6) » De même que le djihad, en cas de faiblesse, demande une trêve, le temps de refaire ses forces pour repartir à l’attaque, porté par la haine inextinguible à l’égard de tous les non-musulmans, comme le ressasse si bien cette rengaine : « Entre nous et vous, c’est L’INIMITIÉ ET LA HAINE À JAMAIS jusqu’à ce que vous soyez musulmans ! (Coran 60.4) », les versets dits tolérants n’accréditent nullement la liberté de conscience, mais prennent simplement acte du fait que l’islam est parfois mis en échec face à une liberté intérieure ou à une situation qu’il ne peut maîtriser. La véritable liberté de conscience enseignée par Allah apparaît dans ce verset : « Je vais jeter la terreur dans le cœur des mécréants. Égorgez-les et coupez-leur les mains, puisqu’ils ont désobéi à Allah et à Son messager ! (Coran 8.12-14) », ou encore : « La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre [c’est-à-dire qui refusent leur islamisation], c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que leur soient coupées la main et la jambe opposées, qu’ils soient expulsés de la terre ! (Coran 5.33) »

            CONCLUSION
            Pour le Président de la Turquie, M. Recep Tayyip Erdogan : « L’expression « islam modéré » est laide et offensante. Il n’y a pas d’islam modéré. L’ISLAM EST L’ISLAM ! (Kanal D TV, Août 2007) ». Ne peut-on pas en dire autant du Coran, et dire : « L’expression ‘’Coran tolérant’’ est laide et offensante. Il n’y a pas de Coran tolérant. Le Coran est le Coran ! » ?
            À qui me reprocherait d’avoir donné ici une interprétation très personnelle du Coran, je rappellerais que « le Coran est une œuvre facile à comprendre (Coran 54.17) », « un livre évident (Coran 34.3 ; 43.2 ; 44.2) »,« à l’égard duquel il n’y a point de doute (Coran 10.37) », « sans équivoque (Coran 39.28) », parce qu’il « contient des versets clairs (Cf. Coran 16.35) », «d’une clarté limpide (Cf. Coran 24.54 ; 36.12) », « lumineuse (Cf. Coran 24.46 ; 27.1 ; 35.25 ; 37.117) ».

            Mais peut-être quelqu’un me dira qu’il contient néanmoins, et non moins bizarrement, des versets équivoques, sources de confusion et de dissension, au point que « Nul ne connaît l’interprétation du Coran, sinon Allah. (Coran 3.7) » ? Dans ce cas, je lui poserais les questions suivantes :
            a) Si Allah est seul à comprendre ce qu’il dit, pourquoi le dit-il ?
            b) Si Allah est seul à comprendre le Coran, pourquoi citer le Coran ?
            c) Si Allah est seul à comprendre le Coran, les docteurs de l’islam, sont-ils autre chose que des imposteurs, et Allah une idole qu’ils font parler ?

            Bref, je pense avoir fait le tour des prétendus « versets tolérants » du Coran, et montré que le bien qui leur est attribué n’en est pas un, destiné qu’il est à tromper les faibles d’esprit capables de s’en contenter au mépris du vrai bien qu’est l’Évangile. C’est là tout le but visé par le Démon dans l’existence de l’islam : détruire la Révélation chrétienne, accomplissement de la promesse faite jadis par Dieu à Israël. En effet, l’islam n’apporte rien et ne peut rien apporter au monde que le Christ n’ait déjà apporté.

            A l’inverse du Coran, l’enseignement de l’Évangile sur le respect d’autrui est sans ambiguïté : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais Moi, Je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les Cieux ; car Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes. ? Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même ? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même ? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (Mt 5.43-48) »1 ? Qui peut venir APRÈS le Christ, sinon l’Antichrist ?

            1. Et encore : « Ne rendez à personne le mal pour le mal, ayez à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous, sans vous faire justice à vous-mêmes, mes bien-aimés, laissez agir la Colère [de Dieu] ; car il est écrit : C’est Moi qui ferai justice, Moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Bien plutôt, si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. (Rm 12.17-21) »
Abbé Guy Pagès

   FLEURISSEMENT
DU CIMETIERE DE BÔNE   
" JARDIN des ETOILES 2026 "
Chères amies, chers amis.

    Mounir avec lequel j'ai pu correspondre est opérationnel pour notre annuelle action de fleurissement de notre cimetière.
    Plus de tombes seront fleuries en ce 1er novembre 2026, plus l'impact absolument nécessaire sera bénéfique à sa pérennité car en grand en dangers.
    Et nous ne pouvons guère compter quasi que sur nous et sur les bonnes volontés qui veulent bien nous accompagner, s'engager, porter notre voix.

    Nous pouvons également, je le fais moi-même, faire fleurir à titre solidaire d'autres tombes à proximité de celles de nos aïeux.
    Pensons y, cela élargit alors le champ de notre action collective et solidaire.

    Il faudrait d'ailleurs prévoir, penser et faire...mais comment?...de la publicité quant à notre action tant à la Mairie de Annaba, aux médias locaux, aux associations de sauvegarde patrimonial (notre cimetière est bien patrimoine commun), aux autorités divers, eu Consulat de France!
    Afin que notre message dépasse notre petite communauté et qu'ainsi, notamment localement, d'autres personnes agissent avec nous car des bonnes volontés, il y en a, il faut les stimuler.
    Votre aide sera la bienvenue, vos conseils éclairés et avisés aussi...

    Ci-joint le Bon de Commande que j'ai refait à partir d'un document de 2025 qui était sous Word, corrigé en 2026 et mis sous Pdf.
    SVP, date limite 18/10/2026.

    Souhaitons-nous un certain succès au nom de tous les nôtres et des actions à venir concrètes efficaces qui puissent par ailleurs donner l'envie à des compatriotes d'autres villes d'en faire autant pour leurs cimetières...si tant est qu'ils n'aient pas disparus, le plus souvent saccagés, puis rasés sans autre forme de procès!
    Je vous en remercie très vivement.
    Bien respectueusement vôtre.
    Eric-Hubert Wagner, né le 04/12/1961 à Bône, aux santons.
    Familles Wagner (avenue de la Marne), Scala (Santons, Beauséjour...)

    Merci de faire savoir largement autour de vous...

    Sur le bon de commande : Donnez le maximum d'indications de la tombe (le nom - la localisation du carré, de la rangée et du N°, le nom du voisinage), si possible avec un plan.
    Les plans des carrés sont sur le site de chez "Taddo" (ci-dessous)
    https://piednoir.fr/bone/titre_rubrique/cimetieres/page-tete32.html

    Si vous avez des amis qui veulent en faire autant, vous pouvez leur transmettre les adresses, fichier et ces indications.
     Mounir HANECHE (Entrepreneur) boneconstruction23@yahoo.fr
     Eric Wagner (Bénévole) eric.h.wagner@wanadoo.fr

    BON DE COMMANDE 2026 ------->> CLIQUEZ ICI 

Le site, le fichier et le bon de Commande sont protégées par un copyrigth et ne doivent pas être utilisés à des fins commerciales personnelles ou par des associations pour des buts lucratifs.
 
NOTE DE LA REDACTION : Le site du cimetière Taddo a subi une tentative de piratage de ses pages, ce qui a occasionné des pertes de donnée.
Je vais le remettre en état dans les jours qui viennent.
Le site du LIVRE D'OR BÔNOIS des morts de 14/18 a subi le même sort et je pense que quelqu'un pique les données pour les remettre sur un autre site dont je crois connaître l'origine et s'en approprier la paternité.
Le site de la Seybouse.info a été rendu inaccessible par ce ou ces pilleurs.


MISE A JOUR
Par M. J.P.B.
        Chers amis,
        L'envoi de photos d'école de certains amis m'a permis d'ajouter des photos de classe sur le site de Bône la Coquette

Caraman 1949 ?

Caraman 1950-1

Caraman 1950-2

Caraman 1950-3

Rubrique « Où sont-ils »

- Vous pouvez cliquer directement sur les liens pour y accéder.



LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


               Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône et la Province du Constantinois méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.

             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il a continué jusqu'à son dernier souffle. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous, des pages qui pourraient être complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir. Jean Claude est décédé, et comme promis j'ai continué son oeuvre à mon rythme.

             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Guelma, Philippeville, etc. a été fait pour d'autres communes de la région de Bône et de Constantine.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et du Constantinois
    
CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net
Autres Communes

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :


 

De M. Pierre Jarrige
Chers Amis
Voici les derniers Diaporamas sur les Aéronefs d'Algérie. A vous de les faire connaître.
                                                 PDF 220

    PDF 221                                                  PDF 222

    PDF 223                                                  PDF 224

    PDF 225                                                  PDF 225A

    PDF 226 Pierre Jarrige
Site Web:http://www.aviation-algerie.com/
Mon adresse : jarrige31@orange.fr



Mais où travaille ta mère ????
Envoyé Par Jean Claude


          Dans une classe de 5ème, le professeur demande aux élèves de venir à tour de rôle devant le groupe pour expliquer le travail de leur mère.
          Il y a toutes sortes de réponses typiques comme infirmière, vendeuse ...
          David, étrangement silencieux dans le fond de la classe, semblait éviter le regard du professeur.
          Celui-ci ne se laisse pas berner et lui demande expressément de parler du métier de sa mère.

          Après plusieurs secondes d'hésitation, David se lève, soupire... et il explique :
          "Ma mère est danseuse érotique dans un cabaret.
          Elle enlève tous ses vêtements devant des hommes.
          Quelquefois, elle s'isole avec un monsieur dans une espèce de confessionnal, et elle se laisse faire toutes sortes de choses sexuelles pour de l'argent"...

          Le professeur, complètement assommé par ces révélations, envoie sur le champ les autres élèves en récréation à l'extérieur, garde le petit David et lui demande :
          "David, est-ce que c'est bien vrai pour ta mère ?"

          "Bien sûr que non !... Elle travaille aux impôts, mais j'allais quand même pas avouer ça devant tout le monde ! ». C'est elle qui déshabille et qui met tout le monde à Poil !


Si vous avez des documents ou photos à partager,
n'hésitez-pas à nous les envoyer. D'avance, Merci.

                 EN CLIQUANT. ===> ICI
Notre liberté de penser, de diffuser et d'informer est grandement menacée, et c'est pourquoi je suis obligé de suivre l'exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d'information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d'expression, tel qu'il est reconnu par la Résolution 59 de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d'expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».
    
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